FABRICATION DES BOUGIES STÉARIQUES
G58. L’emploi des chandelles de suif a été presque exclusiiement remplacé par celui des bougies stéariques, dont l’invention est due à Gay-Lussac et à M. Chevreul (1825), et que l’on fabrique avec les acides gras extraits des corps gras neutres. Ces acides ont un point de fusion supérieur à celui des matières d’où ils proviennent, et, à ce titre, sont d’un emploi plus avantageux pour l’éclairage. Les bonnes bougies stéariques fondent à 55°, 5 et donnent une lumière plus belle que celle des chandelles; leur mèche se consume d’elle-même, sans qu on soit obligé de la couper, comme cela arrive pour les chandelles; enfin, elles ne répandent pas d’odeur en brûlant.
Les trois principes suivants servent de base aux procédés employés,pour extraire des corps gras neutres les acides gras qui servent à la fabrication des bougies stéariques : 1° on peut saponifier le suif avec de la chaux, c’est-à-dire combiner les acides gras avec la chaux qui élimine la glycérine; puis décomposer le savon calcaire par l’acide sulfurique qui précipite la chaux à l’état de sulfate et met les acides gras en liberté; 2° l’acide sulfurique chauffé avec les corps gras en isole la glycérine avec laquelle il produit de l’acide sulfoglycérique, et forme avec les acides gras des combinaisons appelées acides sulfogr"S (acides sulfoléiquc, sulfomargarique, sulfustéarique), que l’eau bouillante décompose ensuite, et dont elle isole les acides gras que l’on volatilise dans un courant de vapeur d’eau ; 3° enfin la vapeur d’eau surchauffée exerce sur les corps gras neutres la même
action séparatrice que les alcalis et les acides, et les dédouble en glycérine et en acides gras.
Les trois principes que nous venons d’exposer ont donné lieu à cinq procédés différents pour l’extraction des acides gras; nous ne décrirons que ceux qui sont jusqu’ici le plus employés: 1° le procé lé par saponification calcaire; 2° le procédé par saponification sulfurique et distillation.
SAPONIFICATION CALCAIRE.
6o9. Saponification calcaire. — Pour la saponification calcaire on emploie indistinctement les suifs de bœuf ou de mouton. La saponification s’effectue dans des cuves en bois doublées de plomb, telles que celles que représente la figure 276. Des tuyaux V, Y' V" amènent dans chacune d’elles la vapeur nécessaire à l’opération.
Après avoir introduit dans chaque cuve 8 000 kilogrammes environ de suif en pains, on le recouvre avec de l’eau, puis on donne accès à la vapeur : la matière grasse entre bientôt en fusion et vient fournira la surface une couche huileuse. Puis, après Rvoir éteint une quantité de chaux vive égale à 14 ou 15 pour 100 du poids du suif et l’avoir amenée à l’état de poudre trèsfine, on en fait un lait épais que l’on verse dans la cuve en deux ou trois fois; le mélange, toujours maintenu à l’ébullition, est agité à l’aide d’une espèce de rable en bois ou moaveron, que l'on voit sur la cuve C. La saponification s’opère peu à peu, et le corps gras, au bout de huit heures, est transformé en un savon calcaire insoluble que l’on divise en morceaux, et qui nage au milieu d’une solution jaunâtre de glycérine. On laisse refroidir jusqu’au lendemain, et on vidange par une soupape placée à la partie inférieure de la chaudière. La solution glycérique s’écoule en M.
660. Décomposition «lu savon et lavage «les acides gras. — Il faut alors procéder à la décomposition du savon calcaire par l’acide sulfurique; pour cela, on ajoute dans chaque cuve l’acide sulfurique étendu à 20° Paumé. On chauffe de nouveau par la vapeur, et, au bout de six à sept heures, la décomposition est complète. On laisse reposer jusqu au lendemain; l’eau et le sujfate de chaux vont au fond, et les acides gras encore liquides qui surnagent sont décantés au moyen d un tire-
PRESSURAGE DES ACIDES GRAS. 44 'a
jus B (fig. 276) et conduits dans des cuves doublées de plomb, où ils sont lavés dans l’acide sulfurique à 20° et mis en ébullition par Je «erpentin de vapeur. Ce lavage a pour but d’enlever
Fig. 276. — Saponification des huiles.
les dernières traces de chaux ; il est suivi d’un autre lavage à l’eau bouillante, dont reflet est d’emporter l’acide sulfurique en excès. Ainsi purifiés, les acides gras sont coulés dans des moules en ferblanc, disposés, comme le représente la figure 277, de telle sorte que l’excès de liquide qui arrive dans chacun d’eux puisse se déverser dans le moule inférieur. On abandonne la matière dans ces moules, où elle cristallise.
661. I*re»su rage îles acides g'/as. — La matière solide ainsi obtenue se compose d’acides margarique et stéarique, qui sont solides, et d’acide oléique liquide qui est disséminé au milieu des précédents. On sépare ce dernier par deux pressurages faits le premier à froid, le second à chaud.
Le pressurage à froid s’exécute par des presses hydrauliques verticales (fig. 278). Chaque pain est enfermé dans un sac de laine appelé mal [il. Les sacs sont empilés les uns au-dessus
des autres et séparés de distance en distance par des plaques métalliques destinées à régulariser la pression et munies sur
ig. 2 / 7. M Jules à couler Fig. 278. — Presses hydrauliques pour acides gras,
les acides gras.
leurs bords de rigoles, qui recueillent l’acide oléique et le condensent dans des tuyaux verticaux.
Lorsqu’au bout de cinq à six heures la presse verticale a épuisé son action, les malfils sont vidés et les pains sont mis dans des sacs en crin appelés étreindelles , et soumis au pressage à chaud. On se sert pour cela d’une presse hydraulique horizontale : l’eau arrive en U (fig. 279) dans le cylindre G et agit sur la tige T, qui presse les étreindelles disposées entre des plaques creuses P; ccs plaques sont portées à une température qui ne doit pas dépasser 35°, par la vapeur qu’amènent des tuyaux en caoutchouc H, 11. L’acide oléique s’écoule, entraînant avec lui une certaine quan-