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SAPONIFICATION SULFURIQUE ET DISTILLATION

664. Saponification sulfurique. — Le procédé par saponification sulfurique dont nous avons exposé le principe permet d utiliser des produits plus fusibles que le suif des herbivores, de moindre valeur, et auxquels la saponification calcaire ne pourrait être appliquée que difficilement : tels sont les huiles de palme et de coco, les suifs d’os provenant du traitement à 1 eau bouillante que les fabricants de noir animal font subir aux os avant la calcination, les graisses vertes que produisent les étaux des bouchers, des tripiers, les résidus de cuisine, le graissage des cylindres, etc., enfin les produits gras provenant de la décomposition par l’acide sulfurique des eaux savonneuses employées au lavage des laines, et désigués sous le nom de graisses de Reims et de Tourcoing.

La meilleure méthode de saponification sulfurique est celle qu’emploie M. Knob, et dans laquelle on opère la saponification presque instantanément par l’emploi d’un excès d’acide.

Deux réservoirs S et P (fig. 282), traversés chacun par un Serpentin de vapeur, contiennent, le premier de l’acide sulfurique concentré, le second les huiles ou les graisses à travailler; les deux réservoirs sont portés à la température de 90°. A la partie supérieure de la cuve à décomposer, que l’on voit au-dessous du réservoir S, se trouve une caisse oblongue doublée de plomb C, dans laquelle un ouvrier, placé sur un banc B, laisse couler 50 kilogrammes de corps gras fondu; il y ajoute 15 kilogrammes d’acide sulfurique, recueilli dans un seau que mon-

SAPONIFICATION SULFURIQUE.

•e la figure, et qui est au-dessous du robinet de S; au bout 'une minute de contact, la réaction de l’acide sur le corps ras est accomplie, et l’ouvrier, taisant basculer la caisse G, enverse le tout dans l’eau bouillante de la cuve à décom posion : les acides sulfoléique, sulfomargarique et sulfosléarique se écomposent bientôt au contact de l’eau bouillante, et l’acide ulfoglycérique se dissout; quand 1 opération est finie, il s est

Fig. 232. — Saponification sulfurique.

i formé trois couches distinctes dans la cuve : la couche supérieure L" renferme les acides gras; la couche 1/ vient en dessous • et contient l’eau, l'acide sulfurique et la glycérine; la couche i inférieure L est formée des mêmes substances salies par des matières charbonneuses.

Les acides gras ainsi obtenus sont, comme ceux que fournit la saponification calcaire, soumis à deux lavages, puis portés à l’appareil distillatoire.

865. Distillation. — La distillation des acides gras ne peut se faire à feu nu, car une partie se décomposerait ; on la fait par

l’action de la vapeur surchauffée. Pour cela, lorsque la cornue D (fig. 283), qui est disposée dans un massif en maçonnerie, a été remplie aux trois quarts d’acides gras fondus, on y fait arriver de la vapeur surchauffée; cette vapeur, qui vient en M dune chaudière, traverse un serpentin que l’on voit sur la gauche de la figure et qu’échauffe la flamme d’un foyer; après avoir été ; surchauffée dans ce serpentin, elle pénètre en T" qui se termine I au fond delà cornue en pomme d’arrosoir. Sous l’influence d’une j

Fig. 283. — Distillation des acides gras.

température qui ne doit jamais être inférieure à 200°, les acides gras distillent, et se rendent, par un tube U, dans un serpentin S qui est entouré d’eau et qui se termine en K, réservoir où viennent se solidifier les acides gras; l’eau, qui y arrive en même temps, est extraite par un robinet; le tuyau II entraîne au dehors les produits gazeux et combustibles que peut fournir une décomposition partielle de la matière grasse.

Les acides gras ainsi fabriqués sont en général soumis à la presse, puis employés à la fabrication de la bougie, comme nous l’avons vu pour ceux que l’on obtient par saponification calcaire. Les acides formés par l’huile de palme servetil souvent, sans être pressés, à la fabrication des bougies de deuxième qualité.

SAVONS

SAVONS

666. Les savons sont des combinaisons des acides gras avec les bases. Voici comment on interprète la réaction qui donne lieu à la formation de ces sels. Les principes immédiats des corps gras, la margarine, la stéarine et l’oléine, peuvent être considérés comme de véritables sels anhydres formés d’acides gras et de glycérine anhydre. Dans la formation des savons, on détruit cette combinaison saline par une base plus énergique qui se combine avec l’acide gras. La glycérine, en devenant libre, fixe un équivalent d’eau, de même que dans la décomposition, en présence de l’eau, d’un sel métallique par une base, l’oxvde qui se précipite se combine avec l’eau et forme un hydrate.

Les savons à base de potasse et de soude sont solubles dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther ; les autres sont insolubles dans l’eau, et le plus souvent aussi dans l’alcool et dans l’éther. L’économie domestique n’emploie que les savons solubles. Les savons à base de soude sont plus durs que les savons de potasse, parce que les stéarates, margarates et oléates de soude sont toujours plus consistants et moins attaquables par l’eau que les mêmes genres des sels à base de potasse.

Les stéarates et margarates de potasse et de soude étant toujours plus durs et moins solubles que les oléates des mêmes bases, un savon de potasse ou de soude sera toujours d’autant plus dur qu’il renfermera plus de stéarate ou de margarate, et moins d’oléate. On voit donc que les qualités du savon dépendent non-seulement du choix de la base, mais aussi de celui du corps gras.

Les savons durs sont obtenus avec la soude et les huiles d’olive, d’amandes, d’arachide, de potasse, de coco, le suif et les autres graines. En France, en Italie et en Espagne, on se sert principalement d’huile d’olive de qualité inférieure; dans les pays du Nord, qui n’ont pas d’huile d’olive, on la remplace par le suif ou par la graisse. ^

Les savons mous sont préparés avec la potasse et les graisses ou les huiles de graines.

667. «avons «lur». — On obtient les savons durs, ^Marseille, en saponifiant par la soude les huiles qu’on désigne sous le nom de rccences.

La soude employée est la soude brute artificielle caustifiée par la chaux. Pour produire cette caustification, on mélange la soude brute, réduite en poudre grossière, avec le tiers de son poidsde chaux éteinte. Le mélange est placé dans des bassins en maçonnerie percés, près de leur fond, d’une ouverture qui permettra aux lessives de couler dans de vastes citernes. On amène dans ces bassins, appelés barquieux , l’eau pure et une lessive faible provenant d’un lavage précédent. La dissolution de la soude s’opère peu à peu, la chaux lui enlève son acide carbonique et forme avec lui du carbonate de chaux insoluble. Au bout de deux heures on soutire cette première lessive, qui est très-concentrée, et qui marque de 18° à 25° à l’aréomètre. Par deux autres lessivages on obtient des lessives moins concentrées, l’une qui marque de 10° à 15°, l’autre de 4° cà 8°. Par un mélange de ces trois lessives on obtient celle qui doit d abord servir dans la fabrication du savon.

La lessive étant préparée, on procède à la saponification de l’huile, qui comprend trois phases principales : 1 empâtage , le relargage et la coction.

L’huile, n’étant pas miscible à l’eau, a besoin d’être très-divisée pour arriver au contact de l’alcali : tel est le but de 1 empâtage, qui a pour résultat d’opérer la formation d une émulsion, c’est-à'-dire de mettre l’huile, à l’état de division extrême, en suspension dans l’alcali. Pour cela, on introduit dans une grande chaudière, à fond hémisphérique en tôle, 31 hectolitres 1/2 de lessive à 10°, on porte à l’ébullition, et on y verse en plusieurs fois 6 000 kilogrammes d’huile ; celle-ci perd bientôt sa transparence et. forme avec l’alcali une espèce d émulsion blan che, qui acquiert peu à peu de la consistance et de 1 homogénéité.

Lorsque Y empâtage est complet, on procède au relargage, afin d’enlever à l’huile empâtée l’eau que la soude y a portée. Cette opération consiste cà mettre la masse d’huile empâtée en contact avec une dissolution de soude chargée de sel marin. On brasse continuellement le mélange, et l’émulsion savonneuse avec excès d’huile, ne pouvant se dissoudre dans l’eau salée, lui cède la plus grande partie de son eau, et se rassemble à la surface sous forme d’une pâte consistante et colorée. On laisse alors tomber le feu, et, au bout de quelque temps, on ouvre un ro-

SAVONS

binet dit épine , situé à la partie inférieure de la cuve ; on laisse écouler trois fois plus de liquide qu’on en a introduit pour le relargage, et on pratique la coction.

Celte opération, qui a pour but d’achever la saponification, consiste à faire bouillir le savon, qui contient encore un exces d’huile, avec de nouvelles lessives douces et concentrées. Lasaponication est achevée lorsque le savon se dissout dans l’eau chaude sans laisser d’yeux à la surface, et lorsque, comprimé entre le pouce et l’index, il prend une consistance très-dure. On met le savon à sec en exprimant de nouveau, et on obtient un produit noirâtre, qui durcit par le refroidissement. Sa couleur est due au sulfure de fer mêlé à un savon alumino-ferrugineux provenant de la soude brute.

On convertit ce savon en savon blanc ou en savon marbré.

668. Savon blanc. — Pour faire le savon blanc, on délaye le savon noir dans une lessive faible; le savon alumino-ferrugineux se dépose lentement ; on enlève le savon blanc qui surnage et on le coule dans des moules ou mises, où il se solidifie; on découpe ensuite la masse solide en pains rectangulaires.

669. Savon marbré. — Le savon marbré ou madré s’obtient en délayant le savon noir dans une quantité moindre de lessive, de telle sorte que le savon alumino-ferrugineux, coloré par le sulfure de fer, au lieu de se déposer au fond de la chaudière, reste en suspension dans la masse, au milieu de laquelle il forme des veines bleuâtres. Le savon marbré est plus estimé que le savon blanc,’ parce qu’on ne peut 1 obtenir qu avec 30 pour 100 d’eau au plus, tandis que le savon blanc peut en contenir 40 et 50 pour 100,

670. Sa vont* unicolorea. — On prépare des savons unicolores avec les huiles de coco, de palme, de sésame, d’arachide, l’acide oléique, les suifs d’os, etc. On peut les préparer, soit par le procédé précédent, soit par un procédé qui en diffère peu, et que nous ne décrirons pas.

Ces savons, dits économiques, ne méritent pas toujours cette désignation, car il en est qui renferment jusqu’à 75 pour 100 d’eau.

671. Savon» mou». — Les savons mous, dits savons noirs ou savons verts, sont toujours à base de potasse, et sont fabriqués avec les huiles les moins chères : huiles de chènevis?

LEÇONS DE CHIME.

d’œillettes, de colza. Leur préparation est des plus simples : il suffit de faire bouillir les huiles avec des lessives caustiques de potasse, de concentrer le mélange pour chasser l’excès d’eau, puis de le couler dans des tonneaux lorsqu’il est arrivé à la consistance voulue.

Ces savons sont verts quand on les fait avec des huiles jaunes et qu’on y ajoute à la fin de la cuisson un peu d’indigo. Ils sont noirs quand on les a colorés par du sulfate de cuivre, du sulfate de fer, du tannin et du bois de campôche.

672. Savons «le toilette. — Les savons de toilette se préparent avec des matières très-pures. Ils doivent être autant que possible dégagés d’alcali.

Le savon transparent s’obtient en traitant dej râclures de savon de suif par l’alcool chaud, qui ne dissout que le savon et laisse les impuretés. La dissolution, refroidie et éclaircie par le repos, est versée dans des mouloirs, où elle se solidifie; le savon ne devient transparent qu’au bout de plusieurs semaines.

673. BJsaft'es des savons. — Le savon blanc est employé pour le blanchissage du linge, de la soie, de la laine, pour les besoins de la toilette ; il agit alors à la manière des alcalis faibles, et dissout les corps gras. Le savon marbré, qui est plus alcalin et plus mordant, est employé pour les tissus forts. Enfin les savons mous, qui sont très-alcalins, sont employés pour le blanchissage du linge commun et dans le dégraissage de la laine.

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