ACIDE AZOTIQUE
Symbole = AzO5.
90. Historique. — L’Arabe Geber, philosophe de la fin du huitième siècle, est le premier qui ait fait mention de l’acide azotique sous le nom d 'eau dissolvante. Plus tard, Albert le Grand * décrivit avec beaucoup d’exactitude la préparation de cet acide qu’il appela eau prime. Raymond Lulle 2, auquel on attribue à tort la découverte de ce corps, l’appela eau forte. Ce n’est que vers la fin de 1784 que l’on fut fixé sur sa véritable nature, grâce aux expériences de Cavendish. Il fut appelé acide nitiique par Lavoisier, et analysé par Davy 3 et Gay-Lussac.
Préparation. • — La nature nous offre toutes foimeesdes combinaisons d’acide azotique et d’oxydes métalliques : les azotates de potasse, de soude, de cliaux, de magnésie ou d ammo-
1 Albert le Grand, philosophe et théologien scolastique, naquit à Lavingcn, en
Souabe, en 1173, mourut à Cologne, en 1220.
2 Raymond Lulle, alchimiste et philosophe, né en 1 3d, a Calma, dans i Maiorciue, mourut lapidé par les habitants de Tunis, en 1315.
•i Davy (sir Humphry), chimiste anglais, né en 177S, a Penzancc, dans le corn é
de Cornouailles, mort à Genève, en 1829.
C0MP6SBS DE l’azote . 01
niaque. C’est ordinairement de l’un des deux premiers que l’on extrait l’acide azotique.
On soumet pour cela V azotate de potasse ou nitre, par exemple, à l’action de l’acide sulfurique aidée par une élévation de température. L’acide sulfurique décomposé 1 azotate de potasse, chasse l’acide azotique dont il prend la place et forme du sulfate de potasse. Il faut employer deux équivalents d’acide sulfurique pour un équivalent d’azotate de potasse, parce qu’il se forme toujours du bisulfate de potasse. La formule de la réaction est la suivante.
K0,Àz05 + 2S03,H0 = K0,H0,2S03 -f Az03,H0
Azotate de potasse. Acide sulfurique. Bisulfate de potasse. Acide azotique
monohydraté.
i° Dans les laboratoires, l’opération se fait dans une cornue en verre (fi g. 59) mise en communication avec un ballon tubulé
pi g. 59. — Préparation de l’acide azotique.
plongeant dans l’eau : l’acide azotique produit dans la cornue par l’action de l’acide sulfurique sur l’azotate de potasse se vaporise et va se condenser dans le ballon.
Au commencement et à la fin de l’opération, une certaine quantité d’acide azotique est perdue, parce qu’elle se transforme en gaz rougeâtre appelé acide hypoazotique. Au commencement de l’opération, la production du gaz rougeâtre est due à la présence de l’acide sulfurique, qui n’étant pas encore employé
tout entier à décomposer l’azotate de potasse porte son action sur les vapeurs hydratées d’acide azotique, leur enlève l’eau nécessaire à leur existence et par suite les décompose en acide liypoazotique et en oxygène. Plus tard, l’acide sulfurique se portant tout entier sur l’azotate laisse dégager l’acide azotique sans le décomposer. Les vapeurs rouges disparaissent, mais elles reparaissent à la fin de l’opération, parce que, pour décomposer les dernières parties d’azotate de potasse, il faut élever la température de manière à maintenir en fusion le bisulfate formé, et qu’alors l’acide azotique se décompose.
2° Dans l’industrie on emploie, pour opérer la décomposition de l’azotate, des cylindres G (fig. 60), qui peuventêtre chauffés par
Fig. 60. — Préparation industrielle de l’acide azotique.
le combustible d’un fourneau MM, dans lequel ils sont disposés horizontalement par séries de six. On peut les fermer, à leur partie postérieure, à l’aide d’un disque D qu’on fixe au moyen de lut après avoir introduit l’azotate. Un entonnoir E sert à l’entrée de l’acide sulfurique : il est enlevé et remplacé par un bouchon lu té après l’introduction de l’acide. Les vapeurs d’acide azotique se dégagent par le tube T, et vont se condenser dans une série de bonbonnes H, H', communiquant entre elles par des tubes T', T". Les vapeurs qui ne sç sont pas condensées dans la première bonbonne passent dans la seconde où elles se condensent en partie ; l’excès se rend dans la troisième, et ainsi de suite.