NEUTRALITÉ DES SELS
En traitant de la nomenclature chimique , je vous ai dit que pour nommer un sel on a égard à la nature spécifique de l'acide, à la nature spécifique de la base, et enfin à la proportion de l'acide à la base. Je vous ai dit que tous les sels qui ont un acide commun font un genre dont le nom, tiré de celui de Tacide, est terminé en ate ou en ite^ suivant que le nom de Tadde a la terminaison ique ou eux; et qu'en ajoutant au nom générique celui de la base , on a le nom spécifique de la combinaison qu'on regarde comme la plus neutre que cet acide et cette base sont susceptibles de former par leur union mu* tuelle, c'est-à-dire comme celle qui manifeste le moins possible les propriétés caractéristiques de ses principes immédiats. La proportion d'acide et d'alcali qui constitue un sel neutre étant déterminée, il est toujours aisé d'appliquer la dénomination par laquelle on distingue les sels açec excès d'acide et les sels avec excès de hase. Par conséquent , la chose importante est de savoir reconnaître lorsqu'un acide s'unit
à une base en plusieurs proportions, celle qui constitue la combinaison la plus neutre possible (Ton. I, a® leçon j pag. a3).
lélée qu'on doit se faire de la neutralité.
Nous savons que l'acide sulfurique rougit la
couleur des violettes , lliématine ; nous savons
que la potasse verdit la couleur des violettes ,
bleuit lliématine, ainsi que le tournesol préa-
, lablenient rougi par un acide.
Que l'on verse de l'acide sulfurique faible dans une quantité donnée d'eau de potasse avec les précautions convenables, et Ton obtiendra un suIÊite qui n'aura plus d'action sensible sur les réactife colorés que je viens de nommer pour en changer la couleur; il sera donc neutre relativement à ces réactife.
Maintenant quelle idée nous ferons-nous de la neutralité y d'après ces résultats ?
Si nous nous rappelons que les propriétés des corps, telles que la saveur^ l'odeur, la couleur, etc., etc., sont changées, ou singulièrement modifiées par le fait de leur combinaison, il sera tout simple que le principe colorant bleu des violettes et l'hémaline passent au rouge par leur combinaison avec l'acide sulfurique, et au
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vert et au bleu par leur combinaison avec la potasse.
D'après cela , il est visible que si le sulfate de I potasse ne réagit plus sur la couleur des vio-
lettes et rhématine comme le faisaient l'acide suUurique et la potasse avant leur combinaison, cela tient à <;e que ces deux corps ont une affinité mutuelle sissez forte pour que les principes Golorans ne puissent se combiner à aucun des deux en particulier de manière à former des combinaisons d'une autre couleur que celle des principes colorans à l'état de pureté.
On conçoit maintenant qu'un corps composé
absolument neutre serait celui dont les princi-
- pes n^ seraient plus susceptibles de s'unir avec
les corps auxquels ils se combinaient avwt leur
union mutuelle.
Or la neutralité, considérée ainsi d'une manière absolue , ne peut jamais s'observer.
Car il n'y a pas de corps composé connu dont les principes ne soient susceptibles de se séparer pour s'unir avec d'autres corps.
Il est donc impossible que les principes colorans employés pour reconnaître la neutralité des combinaiisons salines donnent d'autres indications que des indications relatives.
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. g
Si nous revenons à la neutralité du sulfate de potasse déterminée au moyen de la couleur des violettes et de l'hématine , nous verrons qu'elle est relative à TafiBnité de ces principes colorans; car s'il en existait d'assez énei^iques pour attirer Tacide suliurique plus fortement que ne le fait la potasse , le sul&te paraîtrait adde à ces réactifs, tandis qu'il serait au contraire alcalin par rapport à un principe colorant qui attirerait sa base plus fortement que ne le fait l'acide sulfurique.
A la vérité, nous ne connaissons aucun principe colorant qui soit dans ce cas : s'il en exis* tait^ nul doute qu'ils ne fussent eux-mêmes des alcalis ou des acides puissans. Les principes colorans actuellement connus sont à peu près neutres à l'égard des acides et des alcalis énergiques; aussi, dans leurs combinaisons avec les premiers de ces corps, nous les considérerons comme £ûsant fonction de base salifiable ; tan* dis que dans leurs combinaisons avec les seconds, nous les considérerons comme foisant fonction d'acide.
Pour compléter ce que je crois utile de dire relativement à la manière dont on doit procéder pour déterminer la neutralité des sels par
des réactifs colorés, je vais exposer les conditions que doivent réunir les principes colorans les plus propres à faire cette détermination.
Il est évident qu'ils doivent avoir la plus grande disposition à éprouver aisément un changement sensible dans leur couleur de la part des acides et des bases salifiables, sans avoir cependant une affinité assez forte pour dénaturer le sel dont on veut constater la neutralité.
S'il est aisé de réaliser ces conditions, lorsqu'il s'agit de sels formés d'un acide et d'une base énergiques, il n'en est plus de même pour les sels solubies qui ont pour principe un acide ou unebase salifiable peu énergique et insoluble dans Feau; et il y a tel sel qui est acide à un réactif coloré, tandis qu'il est alcalin à un autre. Par exemple, un papier de tournesol, plongé dans une solution d'acétate de plomb , indiquera un excès d'acide, par la raison que l'alcali qui est uni à la matière rQuge du tournesol sera enlevé par l'acide acétique d'une portion de l'acétate ; d'un autre côté , l'hématine , versée dans la même solution, y développera une couleur bleue, indice d'un excès de base, et qui appartient à un composé
APPI^IQUÉE A LA TEOrrUHE. Il
insoluble d'hématine et de protoxide de plomb. Ce dernier . résultat s'expliquera aisément si Von prend en considération, et l'affinité de lliématine pour l'oxide de plomb, et l'insolubilité de celui-ci dans Teau. En e£fet, quoique lliématine puisse être considérée comme disant fonction d'acide relativement k Foxide de plomb, et que son acidité soit réellement bien plus faible que celle de l'acide acétique, cependant sa faible acidité concourant avec TinsolubiUté de l'oxide de plomb, composent une force supérieure à celle qui tient cet oxide en dissolution dans l'eau par l'intermède de l'acide acétique.
Vous voyez donc
1» Que les réactifs colorés ne peuvent donner que des indications relatives ^ et non absolues^ sur le point de neutralité des sels ;
Q^ Que pour déterminer ce point y il faut choi' sir les principes cohrans les plus sensibles à V action des acides et des bases saUfiableSy qui aient V affinité la plus faible pour ces corps ^ et le moins de disposition à former avec eux des composés insolubles ;
3** Que les indications des réactifs colorés ^ quoique relatives, n'auront quelque certitude
que dans les cas où les principes immédiats des sels seront également solubles dans Veau.