DEUX SELS FORMENT UN SEL DOUBLE
* Je citerai les sels de magnésie et d'ammoniaque, le sulfate d'alumine, qiii forment des sulfates doubles avec ceux de potasse, d'àmmoniaque, de soude, de protoxide de fer, etc.; le sulfate de nickel , le sul£ate de cobalt , qui ont une disposition analogue.
DEUXIÈME CJS.
DES SELS FORMÉS DE BASE ET d'aCIDE DIFFÉEENS SE DÉCOMPOSENT MUTUELLEMENT.
Nous considérerons
1^ L^ action mutuelle des sels par la voie sèche ;
Appliquée à la teinture. 49
Q? L'action mutuelle dés êeb dissous dans un même liquide ;
3^ U action mutuelle des sels solubles et des sels insolubles.
1^ action mutuelle des sels pdi^ la voie
sèche.
Lorsque dettx sek de genres difiérma el à bases difiérentes sont exposés à tue chaleur que nous supposons insuffisante pour dénaturer leurs bases et leurs acides, iljr mira en général décomposition mutuelle si Vacide de tun forme ùpec la base de Vautre un êd plus volatil que ceux qui existent.
C'est ainsi, par exemple, qa'en ohauffiint un mélange d'hjdroMùrate d'ammoniaque et de sous-carbonate de chaux, l'acide carbonique se porte sur l'ammôtiiaque pour (orttier un sel très-volatil, tandis que l'acide hydrochlorique se porte sur la chaux, et donne naissance à un composé volatil, l'eau, et à un composé fixe, le chlorure de calcium.
La dlfiférence de fiisibiltté des sek est souvent sufEsante pour déterminer des décompositions Semblables.
Les sousK^rbonanes de potasse et de soude
5o 2i* LEÇON DE CHIMIE
décomposent par la voie sèche tous les sels insolubles.
2*» Action mtituelle des sels soluhles dissous dans un même liquide.
M. BerthoUet a découvert une loi très-importante qui permet de prévoir les résultats que présenteront deux solutions salines que Ton mêlera , lorsqu'on connaîtra les solubilités respectives des seb mêlés, et celles des composés qui peuvent résulter de leur décomposition mutuelle. Cette loi est que
La décomposition mutuelle de deux sels dissous dans un liquide s opère si Vacide de Vun iPeux forme avec la base de l'autre un composé moins sohAle que les sels mélangés.
C'est ainsi que,
i» Le sulÉite de soude décompose le nitrate
de baryte ; a» Le sulfiite d'alumine décompose l'acétate
de plomb ;
3» Le sous-carbonate d'ammoniaque décompose l'hydrochlorate de chaux; ce qui est l'inverse du résultat observé lorsque nous avons chauflfé un mélange d'hydrochlorate d'ammoniaque et de sous-carbonate de chaux.
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 5l
Cette loi est encore applicable lorsque les sels sont solubles, mais inégalement, et qu'on vient à évaporer leur solution de manière à obtenir des cristaux. Les acides et les hases réagissent de manière à produire toujours y dans les drconstances où Von opere^ le composé le moins soluble.
^exemple le plus frappant de ce phénomène est la solution du sulfate de magnésie et de l'hydrocblorate de soude. Si vous la faites concentrer par Tébullition, vous séparez du chlorure de sodium , et vous obtenez par le refroidissement du sulÊite de magnésie.
Si vous £aiites refroidir la liqueur suffisamment concentrée , vous obtiendrez au contraire des cristaux de sulfate de soude et une eau-mère dliydrochlorate de magnésie. De toutes les combinaisons possibles entre l'acide sulfurique , l'acide hydrochlorique , la magnésie et la soude, c'est le sulfate de soude la moins soluble dans l'eau, prise à quelques degrés au-dessus de zéro.
C'est un exemple remarquable de l'influence des circonstances pour déterminer des corps à s'unir plutôt dans un ordre que dans un autre.
5 s 2f*^ LEÇON DE CBmiE
3^ Action mutuelle des sels soluiles et des sets
insolubles.
On petit établir en principe arec M. Dulong, qu^ilj a décomposition entre un sel insoluble et un sel solûble dans Veau , toutes les fois que rechange des principes immédiats de ces sels peut donner naissance à un sel insoluble dont la co^ hésiort est plus grande que celle dupfemier.
Si Ton avait une table où les ^els insolubles dans Teau seraient rangés par ordi^e de cohésion, il serait aisé de prévoir lés cas où uû sel insoluble et un sel soluble étant donnée, il y aurait décomposition réciproque. Malheuretise^ tiient une pareille table n'eiiste pas ; nais son exécution ne présehterait aucune difficulté si dtl procédait à une suite d'observations (Jtti ont été indiquiées pat* M. Dtilong dans un mémoire, et sur lesquelles nous reviendrons dans un moment»
D'après TiniSuence que Finsolubilité exercé stir Tarrangement deâ acides et des bases salifiables réagissant au milieu de l'eau, il n'est pai$ étonnant ^u'ily ait décàmpositSoA hrsqu*un sel soluble et un sel in^soluble peui^ênt donner naissance à deux seb insolubles.
Il existe deux cas très-^remarquables dans la
APPLIQUÉE A LA TCIlfTURB. 51
réaction c)cs sels sohibles et iQSplubles; c'est
f"" Celui des carbonates de potasse et de soude sur les sels insolulj^les ^
a* Celui des sels solubles de ppta^se et d* soude sqr des sous-carbonatas iasplubles.
Bs dematidept un examen particulier, ^ cause de cette circonst^ee, qu'ua des sd& agissant peQt être coQ/|idéré eoiQme un alcali bible.
M. Dulong a énopicé à laiir sujel deux bis, que nous allons préarater suçcessâTemopt.
Première loi. — Lorsqi^ ifes carbonates ou sauS'C^ionates de pçtasse ou de soude réagissentaumilieu de l'eau bouillante si^ def sels inr solubles susceptibles déforma des sous-carbo'" m^es insolul^les, la déeomposiiUm des sous^car^ bonates alcalins n*eH jamais complète} tandis que la décompositiofi du sel insoluble peut toujours titre lorsqu^iljr a un exfiès su(fis/anjt d^ souâ^arbonate soluble.
Les eypérif^nces suivantes le prouvent
j4. On met dans un ballon de verre 3o à 35 par(ie9 d'eau > i partie de sou&icarbonate de potasse et 1 partie de sulfite de baryte réduit»^ poudre fine ; on y ajoute des firagipws de verre, pour éviter les soubresauts , puis on 6ût bopiL* lir pendant deux heures.
La liqueur étant refroidie et éclaircie, puis décantée dans un ballon où l'on a mis 2 parties de sulÊite de baryte et des fragmens de verre, on fait bouillir de nouveau; enfin, en répétant encore cette opération avec de nouveau sulfate, on reconnaît qu'il y a une époque où ce sel n'éprouve aucun changement, et de plus que la liqueur contient du sulfate et du sous-carbof nate de potasse, qui sont l'Un à l'autre dans un rapport constant, quel que soit l'excès du sulfate de barjrte qui ait été employé.
B. D'un autre côté, en tenant dans 35 à 4o parties d'eau bouillante i partie de sulBsite de baryte avec 5 parties de sous-carbonate de potasse, le sulfate de baryte est complètement converti en sous'^carbonate.
liCs résultats sont les mêmes en substituant le carbonate de potasse au sous-carbonate de potasse; et cela est tout simple, puisque le premier est réduit dftns l'eau bouillante à du souscarbonate.
Ils sont encore tout-à*fait analogues avec le sous-carbonate et le carbonate de soude, sauf le rapport du sous-carbonate décomposé à celui qui ne l'est pas. Par exemple, si l'on prend deux quantités de sous-carbonate de potasse et do
APPLIQUÉE À LA TBIHTURE. 55
sonde cont^aant la même quantité d'acide carbonique, et si on les &ît bouillir séparément sur da sulfate de baryte, on verra que la quantité de sous - carbonate de baryte obtenue sera, avec le premier, représentée par 6 , tandis quV Tec le second, elle le sera par 5;
Var conséquent, Tacide cai^onique restant dans la liqueur est à celui qui s'est précipité sur la base insoluble dans un rapport différent.
Ce rapport est di£Férent pour tous les sek in» solubles d'un même acide et pour tous les sels insolubles d'une même base, ou, plus généralement, pour chaque espèce de sel insoluble et pour chaque espèce de sel soluble.
Explications des décompositions des sous^car^ bonates de potasse et de soude par les sels insolubles.
Cest un fait démontré par Berthollet, que la potasse ou la soude caustique, bouillies avec un sel insoluble, lui enlèvent une portion de son acide; mais la décomposition s'arrête bientôt, par la raison que la proportion de la base du sel insoluble croissant , son affinité pour l'acide augmente, et il arrive un terme où elle balance l'affinité de la base soluble.
De& fious-carbonates de pota9&^ ou de 96ude peuvent être oonsidépés comine des alcalis Cgû-. Ues^ car non^^nlement ils réagissent comoie œs demiers sur les réactifs colorés, niaî# les carbonates alcalins omt encore une reaction analogue. Lors donc qu'on les met en contact avec un sel insoluble» ils tendent k s'^einparer de Tacide ; maïs leur action serait bientôt arrêtée « si la base de ce sd, qui a été raiaa à nu, ne se combinak à l'acide carbonique. D'après œla^ la condition de la portion du sel insoluble qui n'esl; pas décomposée est la même qu'au cornmencement; mais il en est autrement du liquide alcalin ; à mesure que la décomposition fait des progrès, son alcalinité diminue, puisque Tacide carbonique qu'il abandonne , et qui ne produisait qu'une denU- neutralisation^ est remplacé par une quantité d'acide qui produit une neMtf'olis^Uion eamplète; dès lors la puissance décomposante du U^pside s'qffaiblit de plus en plus, et enfin elle s'arrête lorsqu'elle est en équilibre aaso la force de cohésion du sel insoluble f Par oonséquejàty
i^ Plus un sel aura de cohésion , plus le Liquidés restant consetvera d^alcali ou de souS'Ç(H'- Sonate indécomposé ;
APPUQUIÊE A LA TBIlfTURE, S 7
A<« Si on ajoute de la potéme ou de la soude caustique à du sous-oarionate de potasse ou de soude qui ri a plus dt action sur. uu spl insçfuHe, on doit déterminer une nouvelle décomposition du sous'carbonate alcalin; mais on ne peut /amais, par des additions successives , précipiter tout V acide carbonique sur la base insoluble.
Deuxième loi. -p— Les sous-carbonaies insolubles , bouillis ai^c des sels solubles dont taeide peut former ai^ec leur base des sels insolubles, sont complètement décomposés; mais lorsque les sels solubles sont à bases de potasse ou de soude, jamais la décomposition de ces sels n*est com* plète, quel que soit Vexchs du sous-carbonate insoluble.
Lorsque le sel soluble est à base d*aimnoiiiaque, le ^ou^-carbonate d'ammoniaque produit se d^ge \ \\ ne reste rien dans la liqueur.
Il n'y reste rien non plus lorsque le sel soluble est à base insoluble, c'est-à-dire que sa base est suscçptible de former iin spus-çarbonat^ in- 8ol^ble.
Sofin les AAOïnalies à cette \o\ sont peu uombreiises €t facile^ à expliquer, si , après la réaction, on prend en considération jia force dissolvante du liquide sur le produit insoluble, la
58 Si* LEÇON DE CHIMIE
tendance du nouveau sel insoluble à passer à Tétât de sous^sel , etc. , etc.
Revenons à l'action des sous-carbonates insolubles sur les sels de potassse et de soude.
Expériences.
Des quantités de sulfate de soude et de sul£site de potasse contenant la même quantité d'acide sulfurique , par exemple 20 grammes de sulfate de soude cristallisé et lo'^'jSôy de sulfate de potasse, bouillis séparément u heures dans 260 grammes d'eau avec 20 grammes de sous-carbonate de baryte, ont donné,
Le premier los^-^iyo de sulfate de baryte; Le second 9^1^70 id,
Conséquemment, le sulfate de soude est plus décomposable, ou tient moins à l'acide sulfurique que le sul&te de potasse.
Ce résultat est conforme à l'expérience rapportée plus haut , où le sous-carbonate de potasse a décomposé plus de sulfate de baryte qu'une quantité de sous - carbonate contenant la même quantité d'acide carbonique {pages 54 et 55),
La réaction des sels à base de potasse et d
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. Sq
soude sur les sous-carbonates insolubles a cela de particulier encore , qu'il se dégage au commencement de la réaction une petite quantité de gaz acide carbonique qui s'arrête bientôt, quoique la décomposition' continue à s'opérer.
Explication des décompositions des sels de potasse et de soude par les sous^carbonates in* solubles.
Les sous-carbonates insolubles ayant une cer< taiue énergie alcaline, puisqu'ils ne sont pas neutres, tendent à partager l'acide d'un sel so<* lublc de potasse ou de soude avec lequel on Jes met en contact ; mais pour que la décomposition du sel soluble s'opère, il faut qu'en vertu de la cohésion , il puisse se former un sel insoluble.
Au commencement d'une décomposition de ce genre, il se dégage du gaz acide carbonique, parce qu'alors la liqueur ne contient pas assez d'alcali pour vaincre la force élastique du gaz; mais à mesure que la décomposition se conti* nue, l'alcalinité du liquide devenant de plus en plus forte , il arrive un moment où il ne se dégage plus d'acide carbonique; dès lors il se forme du sous - carbonate de potasse ou de soqde.
6o 3r LEÇON DE CHIMIE
Snfin la réaction continue jusqu'à ce que la
force d'alcaUmié de Ai liqueur pour retenir Va^
cide du sel soàible de pQta^^e ou de soude saii
égale à hifçroe de eohémn 4u nouveau sel in-
soluble.
CQNSÉQUGNCE&
1» La force de cohésion du nouveau sel insoluble produit est proportionnelle à la quantité de sel sobdde décomposée.
a» Si on prenait un sous^earèonate insoluble d'une base A susceptible déformer avec les acides sulfurique, phosphorique , arséniquCy bori^^ que^ehrômique^ tungstiqucy etc. y etc. y des sels instdubles , et qif^^après Vawirfait bouillir avec du suif aie ^ duphospkate^ de VarsériiatCy du bo^ rate y du chrdmatey du tun^state^ etc. ^ etc. y de potasse ou de soude, on' déterminât le rapport de la quantité du sulfate, du phosphate, de Varséniate, du borate, du chrâmaté^ du tungstate, etc., etc., de la base A produite, avec la quantité qui Faurait été si la décomposition de chaque sel soluble eût été complète, on aurait des nombres exprimant les rapports de cohésion des divers sels de la base A.
En répétant des expériences analogues auec
APVLiqirtE A lA TElBtUftÊ. 6l
dea sous - carbonates insolubh^ des bnses B , G , D , etc. y on tturaii de nouveaux nofnbi^s qui, remis auœ premiers, fbrmeràieftt ta tablé 4e cohésion des sels insùltibleè dont U a été ffueslion plus haut (page 5û).
Après avoir exposé les considérations les plus générales auxquelles l'étude des sels donne lieu , je vais indiquer l'ordre diaprés lequel je traiterai de l'histoire de ces composés, parmi lesquels il y en a plusieurs qui sont de la plus grande utilité à l'art de la teinture.
Dans la leçon suivante, qui sera la aa^, j'exposerai les généralités que présentent les sels lorsqu'on les distribue en groupes dans chacun desquels l'acide est commun.
Dans la a3' leçon j'exposerai les généralités que présentent les sels lorsqu'on les distribue ' en groupes dans chacun desquels la base est commune.
Il est évident qu'un sel étant donné, on saura en trouver l'espèce, lorsqu'on sera en état de reconnaître i"" l'acide, et a"* la base salifiable, qui le constituent.
Enfin la a4^ la a5* et la 216^ leçons auront
6a ZV LEÇON DE CHIMIE APPL. A LA TEINTURE.
pour objet Tétucle des sels qui sont employés en teinture. Ils seront groupés d'après la considération de leur base, les généralités qui se déduisent de ces groupes étant bien plus utiles au teinturier que celles qui se déduisent des groupes établis d'après la nature de l'acide.
TINaT-DEUXIElHE LEÇON.
DES O'éwéKKLTVis QITB PRliSEirrÉirT LES SELS
O^DOKETÉS Eir GEITRES , I>*APRÈS LA
COnSID^RATION DE l'agIDE.
INTRODUCTION
Messieurs ,
Les généralités principales que je compte établir dans la revue que je vais faire des genres des sels proprement dits, auront pour objet la composition de chacun d'eux et leurs propriétés les plus saillantes, parmi lesquelles je comprendrai celles qui sont propres à faire reconnaître Tespèce d'acide qui constitue chaque genre en particulier.
Toutes les fois qu'on aura à déterminer Tacide d'un sel insoluble qui ne sera pas le carbonique 9 on pourra le combiner à la potasse ou à la soude, en faisant bouillir pendant une
a 22* LEÇOK DE CHUDS
heure ou deux ^kS parties du sel avec i partie de sous-carbonate de potasse ou de soude dissoute dans 35 parties d'eau , et Fou tiendra compte , dans la recherche que Ton fera ensuite de l'acide dissous par la potasse ou la soude, de la quantité de sous-carbonate qui aura résisté à la décomposition (ai® leçon, page 53). La question sera alors réduite à déterminer l'acide d'un sel de potasse ou de soude. On sent d'après cela qu'il est nécessaire de donner une attention toute particulière, même dans ces généralités, aux seb qui ont ces alcalis pour bases»
À:PPUÇOiM A LA RnVTURK.
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