CHAPITRE VIL
im Vf^rnSES ESPÈCES DE ÇOCH&
NILLES.
La cochenille , qui a passé quelque temps pour la graine d'un végétal , est un insecte da
APPLIQUÉE A LA TBINTCRE; qS
genre coccitf {xwmç, graine rouge), de Tordre des hémiptères.
On distingue plusieurs espèces de ce genre d'insectes y qui peuvent servir à la teinture:
1® Le coccus cacti y On la cochenille propre^ ment dite, qui se trouve en Amérique, surtout au Mexique ;
st^ L% coccus ilicis^ ou la cochenille du cheue vert, qui se trouve dans la France méridionale, en Italie , en Espagne ;
3^ Le coccus Polonicus , ou la coêhenitle de Pologne , qui vit sur les racines du sclemntus anmmsi
4^ Le coccus jScus ou laccusy qui vit sur diffévens arbres de l'Asie orientale.
Article premier.
De la cochenille.
On distingue dans le commerce deux variétés de cochenille : la cochenille silpestre et la coche* mllejine ou mestèque. Elles sont originaires du Mexique; du moins est-ce dans ce pays qu'on les a découvertes, et est-ce de là que le com* laaerce actuel tire encore la plus grande partie de celle qui est consommée en Europe. Les
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deux variétés y sont appelées grana sil^^estra et grana fina.
La cochenille silvestre est facile à distinguer de la cochenille fine; non * seulement parce qu'elle est plus petite , mais parce qu'elle est recouverte d'un duvet ou bourre d'apparence cotonneuse.
La cochenille mestèque ^ pour être bonne, doit être grosse, hémisphérique, bien nette; sa surface doit être lisse^ avoir des reflets argentés ou soyeux , sur un fond d'un rouge brun ; elle doit exhaler l'odeur particulière à Vacide coccinîque, sans avoir celle de moisi ; elle doit ^tre sèche, et il faut que l'œil n'y aperçoive pas de corps étrangers. Lorsqu'on en prend une poignée dans un sac, il faut en la pressant sentir une certaine résistance; enfin, en la laissant échapper de la main , elle doit s'en écouler à la manière de petits corps arrondis mobiles, qui n'adhèrent point les uns aux autres, et le dedans de la main ne doit point être'imprégné de poussière.
On a trouvé le moyen de frauder la cochenille, non - seulement en la mêlant avec une poussière rougeàtre, avec de petits morceaux de résine laque, etc. , etc. , mais encore en mou*
APPLJQ13ÉE A LA TElKttfRE. ^^
Iqnt des pâtes colorées de^anière à leur dontier la forme de cet inseote.
La cochenille nait et se développe sur le cactus cochenilifer.
Le mâle vit un mois, et la fao^elle deux mois.
i^vès qu'on a récolté les cochenilles , on les fait mourii^ dans Teau bouillante , puis on les fait sécher au soleil.
Od les tue encore en les mettant dans tiu four
OU sur des plaques de fer qu'on a fait ohaufier convenablement. - . . '^
ÊerthoUet s'est servi du chlore pour estim^er la pt*opriété colorante des cochenilles^ du commerce.
ï)es poids égaux de cochenilie mestèque du Mexique, de cochenille silvestre du même pays, de cochenille qui avait été récoltée à Saint-Domingue, bouillis séparément pendant une hewe avec de l'eau, ont donné des décoctions que BerthoUet a amenées ensuite, au moyen du chlore, à une même teinte de jaune ; les quantités de chlore employées pour produire cet effet représentaient la valeur des cochenilles, et étaient,
' Pour la cochenille mestèque 18
*— — -silvestre li
•^ — d« Ikûnt-Dooiingue S
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Mais y suivant cet iUustre chimiste, là partie colorante était identique dans les trois échantillons, car ils donnaient aux étoffes des couleurs également vives.
* Nous avons donné la composition de la cochenille, (tom. h, leçon ag,pa^e 65).
Art. II.
Du kermès.
U a porté les noms de coccum squerlatinumy de coccus haficusy de coccus infectorius, de grornom imctorititm, de vermilion.
Le kerixiès est plus gros que la Cochenille inestèque,plu§ arrondi , d'une couleur moins rouge; aa surfsice est plus lisse.
On récolte en Languedoc le kermès depuis la mi^mai jusqu'à la mi-juin ; d^ femmes l'enlèvent de dessus les arbres avant le jour.
Le kermès récolté doit être tué le plus tôt possible y afin de prévenir l'éclosion des o^ufs qui sont dans le corps de la mère. Pour cela on le laisse macérer 10 à 13 heures dans le vinaigre; OIS bien on Texpose une demi-heure à la vapeur de cet acide; en£n on le fait sécher sur des toiles.
Nou» avons vu plus haut (tom. ii, leçon 29, pag.G6) que M. I^assaigne considère la matière
colorante du kermès comme étant tmiquement la carminé. Quoiqu'il soit très- vraisemblable que cet insecte contienne ce principe, cependant il feut admettre que ce résultat n'explique pas pourquoi le kermès donne à la laine une couleur rouge tirant sur le jaune, lorsque la cochenille lui en doiine um qui est simplemeni rouge.
Il faut employer bien plus de kermès que de . cochenille, pour avoir le raétne ton de couleur.
Art. III.
Du çocais polonicus.
On le récolte immédiatement après'le solstice d'été. On lève de terre, avec une espèce de fer en forme de houlette à manche court, les racines du scleranthus perennis sur lesquelles jl vit. Après en avoir détaché l'animal, on repique chaque plante dans le trou d'où on l'a levée. Le coccus, ainsi récolté, est criblé pour le séparer de la terre. On le feit toourir ensuite avec du vinaigre ou quelquefois même avec de l'eau aussi froide que possible , puis on le fait sécher. On peut encore à la fois tuer l'animal et le sécher en Texposant au soleil.
Le coccus polonicus n'est presque plu» em-
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ployé en teinture. Les expériences de Hellot indiquent qu'il est inférieur à la cochenille.
Art. IV.
De ta cochenille laque , de la laque et
du lac-djre.
La laque ou lacque, gomme laque, résine laque, se recueille sur plusieurs arbres de TAsie orientale , tels que le fious Indîca^ lejîcus réligiosa, Varbor praso ou plaso , U rhamnus jig'uba, le mimosa corinday le mimosa cinerea, et, suivant Hermann, le croton bacciferum : une espèce du genre cochenille appelée coccus ficus , coccus 'lacca,M\X, sur ces arbres. Suivant les uns, la femelle une fois fécondée pique les jeunes branches, il en sort un jus épais dans lequel elle s'enfonee, elle y grossit, et au bout de plusieurs mois elle donne naissance à vingt ou trente petits qui, d'abord sous la forme de vers, nagent dans un liquide rouge , et qui ensuite percent la peau du dos de la mère, dans laquelle ils spnt contenus. Suivant les autres,. et c'est l'opinion. de M. Latreille, les femelles du coccus lacca se pla- . cent les unes auprès des autres, de manière à se toucher; la matière de la laque transsude de corps , et finit par les envelopper, comme
si chaque femelle était placée dans une cellule. Les petits percent la peau du dos de leur mère et la cellule où celïe-ci était contenue.
Daiis les deux opjjiions on admet que la partie colorante de la laque appartient à la cochenille et ncm au végétal qui la nourrit.^La partie colorante se trouve en partie dans les débris de l'insecte restés dans Tintérieur des cellules , et en partie dam la résine même qu'elle colore en rougeâtre,
On distingue dans le commerce trois sortes de laques:
1^ La laque en bâtons {^stick lac). C'est la laque dans l'état naturel, telle qu'on la trouve sur les jeunes branches des arbres où vit le coccus laccus.
â^ La laque en grains {seed lac). Lorsque la laque est séparée des branches où elle est adhé* rente , et qu'après l'avoir réduite en poudre , on en a extrait , en la frottant dans l'eau , autant de partie colorante que possible, le résidu qu'elle laisse est la laque en grains.
• 3* La laque en écailles {shell lac). Cest la la que en grains qui a été fondue dans une toile de coton placée au-dessus d'un feu de charbon , puis filtrée an travers au moyen de la torsion de
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la toile, et enfin qui a été reçue sur un plan bien unie, où elle s'est figée sous la forme de plaques minces.
ooitposrnoir iMMiBiATs.
Suivant Hatchett, ces trois sortes de laques sont formées de
cnbll«iu. * «I
Matière coloraatéi lo .
Cire 6 .
Gluten 5,5
Corps étrangers . . 6,5
Perte 4*0
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USAGHS £T PaiPARATION.
La laque en bâtons a été employée d'abcntl en nature pour teindre la laîne^ en rouge ; on préférait^ bien entendu, celle qui avait le pltts de rou^e danâ l'intérieur et qui était à l'extérieur d'un brun noirâtre. Tantôt on la renfermait simplement dans un sac de toile que rt>n mettait dans la chaudière ; tantôt on la traitait par l'eàu bouillante^ celle-ci était séparée par décantation et concentrée à Tair.
Hellot faisait bouillir ;gras de racine degrande consoode en poudre par pinte d'eau ; la liqueur
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passée dans un linge était mise, chaude en-* eore , an contact avec la laque pulvériaée et tamisée* Après une digestion dé la heures ^ la liqueur était décantée; il y mêlait de l'eau, puis une très-^petite quantité d'une forte solution d'alun. Le, mucilage de la consoude se précipi-^ tait- avec de l'alumine et la couleur de la laque ; il faisait égoutter ces matières sur un filtre, puis il les séchait au soleil. La meilleure laque en hd^ ton^ lui donnait [ de son poids de précipité.
8n 1793., la Compagnie anglaise des Indes orientales epvoya en Angleterre, sotls le nom de laC'laAe ou laque de résine laque y une pré* paratîon faite par M. Stéphens. Peu de temps après, on mit dans le commette, sona le nom deàw-^jre, une préparation absolument ana* logue, faite par M. Tumbuli. Le lac-tfye ne paraît différer àxjklac'-lake ^ que parce qu'on apporte plu3 de soin à le préparer.
Voici deux procédés au moyen desquels tnt peut faire du lac^dye^ iels que je lésai vu pratiquer par une personne qui avait séjourné au Bengale plusieurs années, et qui s'était occupée, avec beaucoup d'intelligence, de la prépar«H tien de l'indigo , du ku>dye , etc.
v^^. • Après avoir diitacbé la laque en bâtons-
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des bois auxquelles elle est adhérente , on la casse en morceaux dont la grosseur ne doit pas excéder celle du chenevis. On la lave à i'eau , puis on la met dans une terrine de grès bien cuite , avec deux fois son volume d'eau claire , très'légèrement alcalisée . de sous-carbonate de potasse ou de soude. Après avoir laissé macérer les matières pendant la nuit, on frotte le lende> main la laque contre les parois de la terrine avec la main ou une brosse de crin. Liorsque Teau est bien chargée de couleur, on la décatite de dessus le résidu , et on la passe dans un linge clair.
On tàïX six ou huit traîtemens semblables, mais avec de Teau non alcalisée ; enfin, lorsqu'on a séparé^ le plus qu'il est possible de matière colorante de la laque v que tous les lavages sont réunis, on les précipite par très^peu d'eau d'alun à o,\ Dès que le précipité est bien déposé, on décante l'eau, et on jette le résidu sur des* filtres. Quand il est égoutté , on l'enlève , on le presse après l'avoir enveloppé dans de la toile , puis on le divise en paias carrés , qi;i'on fait sécher. ^
a* On met i partie de laque, réduite en petits morceaux dans un tonneau , avec 4o parties
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d'eau alcaline marquant { degré. On agite pendant deiçi-heure ; puis on laisse les matières réagir pendant 5 heures, en ayant soin de les agiter de temps en temps.
La liqueur bien claire , après un repos d'une heure , est décantée et passée dans un tamis de crin.
On la précipita avec de l'eau d'alun acidulée, marquant 3^ ; on agite pendant 5 ou 6 minutes ; on laisse reposer, on décante l'eau qui doit être incolore , et on traite le dépôt comme on le fait dans le premier procédé.