‹ Leçons de chimie appliquée à la teinture (volume 3)Chapitre 174 sur 268 · G. SAVON DE SUIF · texte numérisé non relu

G. SAVON DE SUIF

Ce savon est principalement préparé en Angleterre, dans le nord de l’Europe et de l’Amérique.

On peut saponifier le suif par des procédés semblables à ceux que nous venons de décrire.

Je ne doute pas qu’il n’y aurait plusieurs pratiques avantageuses à introduire dans la fabrication du savon. Ainsi, en commençant l’opération à une douce chaleur, en agitant très-souvent la matière, on économiserait, non-seulement du combustible , mais du temps. Il ne me paraît pas douteux non plus que les opérations qui ont pour objet de séparer les lessives épuisées de leur alcali , ne soient trop multipliées.

DE DIFFÉRENTES MANIERES DE TROMPER l’aCHE^ TEUR DANS LE COMMERCE DES SAVONS.

Celui qui achète un savon peut être trompé de diverses manières; par exemple :

i° Le savon aura été mêlé à des corps étrangers , tels que de la craie , de l’argile , des soudes lessivées, du chlorure de sodium, de l’amidon, de la fécule, ou des corps analogues;

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a° li contiendra une plus grande quantité d’eau que celle que nous avons notée, pour le savon de potasse , le savon marbré et le savon blanc d’huile d’olive ;

3° Il contiendra une portion de matière grasse non saponifiée;

4° Il aura été préparé avec une matière grasse d’un prix moins élevé que celui de la matière qui lui donne son nom.

Nous allons examiner successivement ces quatre cas.

i° Il suffit de traiter 5 grammes de savon par l’alcool bouillant , jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de résidu, ou , s’il y en a un, qu’il soit épuisé de toute matière soluble.

Si le savon est blanc et pur, la solution est complète ;

Si le savon est marbré et pur, le résidu n’excède pas o,gro5.

Dans le cas contraire , le savon aura été sophistiqué: le résidu sera pesé avec soin, puis traité par l’eau froide, pour savoir s’il cède à ce liquide du chlorure de sodium ou quelque sel à base de soude ou de potasse. S’il y est insoluble, on le traitera par l’eau bouillante; et s’il s’y dissout, on verra si la dissolution devient

bleue avec Fiode, comme le fait Famidon. Dans le cas où l’eau ne le dissoudrait ni à froid ni à chaud, il faudrait le traiter par Facide hydrochlorique, et voir si, comme la craie, il s’y dissout avec effervescence, etc.

a° Pour déterminer exactement la quantité d’eau contenue dans un savon, il faut, s’il est dur, le couper en petits rubans minces, en peser i gramme , et l’exposer au bain d’huile jusqu’à ce qu’il ne diminue plus de poids. La perte qu’il éprouve représente la quantité d’eau, et l’on voit si elle correspond aux proportions que nous avons données plus haut.

On peut encore déterminer celle-ci en décomposant le savon par l’acide hydrochlorique , quand on s’est assuré d’ailleurs qu’il est entièrement soluble dans l’eau. On fait évaporer la liqueur aqueuse, à laquelle on réunit le lavage des acides gras hydratés; on pèse le résidu de chlorure de sodium ou de potassium. Enfin on pèse les acides gras. Avec ces données il est aisé de déterminer le poids des acides secs et de la potasse ou de la soude; en retranchant la somme de ces poids dû poids du savon analysé, on a la quantité d’eau que contenait ce dernier.

Nous avons vu que , lorsque la pâte du savon

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marbré est cuite, elle ne contient, suivant M. Darcet, que 0,16 de son poids d’eau. Nous avons vu en outre que, pour îe marbrer, il faut que la pâte ait assez de viscosité pour retenir la matière ferrugineuse colorante, autrement cette matière se déposerait , et Ton aurait alors du savon blanc. Il résulte de là que, dans la confection du savon marbré, on ne peut dépasser une certaine proportion d’eau, et l’on admet généralement qu’il ne peut guère en tenir plus de o,3o. Il n’en est pas de même du savon blanc; il peut en absorber une quantité considérable; d’où il suit que celui qui achètera un savon sans l’essayer, courra moins la chance d’être trompé, en prenant du savon marbré qu’en en prenant du blanc.

Les marchands qui vendent le savon blanc avec une surcharge d’eau , le conservent dans de l’eau saturée de chlorure de sodium. Si l’on plonge dans cette solution du savon blanc, au moment où il sort de sa mise, et qu’on l’y laisse un mois, il pourra éprouver une telle augmentation de poids, que ioo parties de savon sec, qui ne devraient retenir que 82,5 d’eau, pèseront 254.

3° Pour reconnaître si un savon contient une

matière grasse non saponifiée, on le décompose par l’acide hydrochlorique , on lave les acides gras, on les unit à la baryte, et on traite la matière par Falcool bouillant, après l’avoir épuisée par beau bouillante. L’alcool dissout la matière grasse non saponifiée ; il est aisé de la distinguer d’une petite quantité de savon de baryte, qui s’est dissoute avec elle. La matière grasse non saponifiée doit se fondre à une douce chaleur, et ne pas rougir le papier de tournesol humide.

4° Je ne prétends pas dire qu’il y ait fraude toutes les fois qu’on fait entrer dans la préparation d’un savon une matière grasse, d’un prix moins élevé que celle qui donne son nom à ce savon ; par la raison que si nous supposons un savon formé d’acides stéarique, margarique et oléique, dans des proportions déterminées, provenant d’une matière grasse a, on ne pourrait regarder comme fraudeur celui qui en fabriquerait un identique avec des acides stéarique, margarique et oléique provenant de matières b , c9 cl , dont le prix serait moins élevé que celui de la matière a. Mais il est évident qu’il n’en serait plus de meme, si le fabricant remplaçant la inatière ar par des matières b, c, d ^ d’un prix, moins élevé quelle, faisait des savons qui

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n’auraient pas les mêmes propriétés que celui de la matière a.

En général, les matières qu’on peut employer dans ce dernier cas donnent au savon plus de mollesse , parce qu’elles sont abondantes en oléine; et il en est plusieurs, comme les huiles de poisson, le beurre gâté, qui lui donnent une mauvaise odeur.

Pour reconnaître si un savon est plus mou qu’un autre, il faudra le décomposer par un acide , et prendre le point de fusion des acides gras. Si leur degré de fusibilité est le même, on sera certain que les deux savons seront également solides, en admettant cependant que leurs parties alcalines soient identiques.

Quant aux savons qui ont de l’odeur , celleci est très-propre à faire reconnaître la matière avec laquelle ils ont été préparés. Ainsi l’odeur d’huile d’olive est sensible dans le savon préparé avec cette huile ; le savon de beurre est reconnaissable à l’odeur de l’acide butirique ; le savon d’huile de poisson a une odeur de cuir ou d’acide phocénique ; le savon de suif a l’odeur des l’acide hircique. Ces odeurs se manifestent surtout, quand on traite, à une douce chaleur, les savons par les acides.

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