‹ Leçons de chimie appliquée à la teinture (volume 3)Chapitre 194 sur 268 · DES DIVERSES ESPÈCES DE COCHE- NILLES · texte numérisé non relu

DES DIVERSES ESPÈCES DE COCHE- NILLES

La cochenille, qui a passé quelque temps pour la graine d’un végétal , est un insecte du

genre coccus (xqxkqç, graine rouge), de l’ordre des hémiptères .

On distingue plusieurs espèces de ce genre d’insectes, qui peuvent servir à la teinture:

i° Le coccus cacti , ou la cochenille proprement dite, qui se trouve en Amérique, surtout au Mexique ;

20 Le coccus ilicis , ou la cochenille du chêne vert, qui se trouve dans la France méridionale, en Italie , en Espagne ;

3° Le coccus P olonicus , ou la cochenille de Pologne , qui vit sur les racines du scierantus annuus\

4° Le coccus ficus ou laccus , qui vit sur différens arbres de l’Asie orientale.

Article premier.

De la cochenille.

On distingue dans le commerce deux variétés de cochenille : la cochenille sihestre et la coche* nille fine ou mestèque. Elles sont originaires du Mexique; du moins est-ce dans ce pays qu’on les a découvertes, et est-ce de là que le commerce actuel tire encore la plus grande partie de celle qui est consommée en Europe. Les

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deux variétés y sont appelées grana silvestra et grana fina.

La cochenille silvestre est facile à distinguer de la cochenille fine; non -seulement parce qu’elle est plus petite, mais parce quelle est recouverte d’un duvet ou bourre d’apparence cotonneuse.

La cochenille mestèque , pour être bonne, doit être grosse, hémisphérique, bien nette; sa surface doit être lisse, avoir des reflets argentés ou soyeux, sur un fond d’un rouge brun; elle doit exhaler l’odeur particulière à l 'acide coccinique , sans avoir celle de moisi ; elle doit être sèche, et il faut que l’œil n’y aperçoive pas de corps étrangers. Lorsqu’on en prend une poignée dans un sac, il faut en la pressant sentir une certaine résistance ; enfin , en la laissant échapper de la main, elle doit s’en écouler à la manière de petits corps arrondis mobiles, qui n’adhèrent point les uns aux autres, et le dedans de la main ne doit point être imprégné de poussière.

On a trouvé le moyen de frauder la cochenille, non - seulement en la mêlant avec une poussière rougeâtre, avec de petits morceaux de résine laque, etc. , etc. , mais encore en mou-

îant des pâtes colorées de manière à leur donner la forme de cet insecte.

La cochenille naît et se développe sur le cactus cochenilifer .

Le mâle vit un mois, et la femelle deux mois.

Après qu’on a récolté les cochenilles , on les fait mourir dans l’eau bouillante, puis on les fait sécher au soleil.

On les tue encore en les mettant dans un four ou sur des plaques de fer qu’on a fait chauffer convenablement.

Berthollet s’est servi du chlore pour estimer la propriété colorante des cochenilles du commerce.

Des poids égaux de cochenille mestèque du Mexique, de cochenille silvestre du même pays, de cochenille qui avait été récoltée à Saint-Domingue, bouillis séparément pendant une heure avec de l’eau, ont donné des décoctions que Berthollet a amenées ensuite, au moyen du chlore, à une même teinte de jaune; les quantités de chlore employées pour produire cet effet représentaient la valeur des cochenilles, et étaient,

Pour la cochenille mestèque. 18

— silvestre ....... 1 1

— de Saint-Domingue 8

Mais, suivant cet illustre chimiste, la partie colorante était identique dans les trois échantillons, car ils donnaient aux étoffes des couleurs également vives.

Nous avons donné la composition de la cochenille, (tom. ii, leçon 29, page 65).

Art. II.

Du kermès.

11 a porté les noms de coccum squerlatinum , de coccus baficus , de coccus infectorius, de granum tinctorium, de vermillon.

Le kermès est plus gros que la cochenille mestèque,plus arrondi, d’une couleur moins rouge; sa surface est plus lisse.

On récolte en Languedoc le kermès depuis la mi-mai jusqu’à la mi-juin; des femmes l’enlèvent de dessus les arbres avant le jour.

Le kermès récolté doit être tué le plus tôt possible, afin de prévenir l’éclosion des œufs qui sont dans le corps de la mère. Pour cela on le laisse macérer 10 à 12 heures dans le vinaigre; ou bien on l’expose une demi-heure à la vapeur de cet acide; enfin on le fait sécher sur des toiles.

Nous avons vu plus haut (tom. ii, leçon 29, pag. 66) que M. Lassaigne considère la matière

colorante du kermès comme étant uniquement la carminé. Quoiqu’il soit très-vraisemblable que cet insecte contienne ce principe, cependant il faut admettre que ce résultat n’explique pas pourquoi le kermès donne à la laine une couleur rouge tirant sur le jaune, lorsque la cochenille lui en donne une qui est simplement rouge.

Il faut employer bien plus de kermès que de cochenille, pour avoir le même ton de couleur.

Art. III.

Du coccus polonicus.

On le récolte immédiatement après le solstice d’été. On lève de terre, avec une espèce de fer en forme de houlette à manche court, les racines du scleranthus perennis sur lesquelles il vit. Après en avoir détaché l’animal, on repique chaque plante dans le trou d’où on l’a levée. Le coccus, ainsi récolté, est criblé pour le séparer de la terre.. On le fait mourir ensuite avec du vinaigre ou quelquefois même avec de l’eau aussi froide que possible , puis on le fait sécher. On peut encore à la fois tuer l’animal et le sécher en l’exposant au soleil.

Le coccus polonicus n’est presque plus era-

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ployé en teinture. Les expériences de Hellot indiquent qu’il est inférieur à la cochenille.

Art. IV.

De la cochenille laque, de la laque et du lac-dye.

La laque ou lacque, gomme laque , résine laque , se recueille sur plusieurs arbres de l’Asie orientale , tels que le ficus Indica , le ficus religiosa , Xa.rbor praso ou plaso , le rhamnus jujuha , le mimosa corinda , le mimosa cinerea, et, suivant Hermann, le croton bacciferum : une espèce du genre cochenille appelée coccus ficus , coccus laccafit sur ces arbres. Suivant les uns, la femelle une fois fécondée pique les jeunes branches, il en sort un jus épais dans lequel elle s’enfonce, elle y grossit, et au bout de plusieurs mois elle donne naissance à vingt ou trente petits qui, d’abord sous la forme de vers, nagent dans un liquide rouge, et qui ensuite percent la peau du dos de la mère , dans laquelle ils sont contenus. Suivant les autres, et c’est l’opinion de M. Latreille, les femelles du coccus lacca se placent les unes auprès des autres, de manière a se toucher; la matière de la laque transsude de corps , et finit par les envelopper, comme

si chaque femelle était placée dans une cellule. Les petits percent la peau du dos de leur mère et la cellule où celle-ci était contenue.

Dans les deux opinions on admet que la partie colorante de la laque appartient à la cochenille et non au végétal qui la nourrit. La partie colorante se trouve en partie dans les débris de l’insecte restés dans l’intérieur des cellules , et en partie dans la résine même qu’elle colore en rougeâtre.

On distingue dans le commerce trois sortes de laques :

i° La laque en bâtons {stick lac). C’est la laque dans l’état naturel, telle qu’on la trouve sur les jeunes branches des arbres où vit le coccus laccus.

2° La laque en grains ( seed lac). Lorsque la laque est séparée des branches où elle est adhérente, et qu’après l’avoir réduite en poudre, on en a extrait, en la frottant dans l’eau, autant de partie colorante que possible, le résidu qu’elle laisse est la laque en grains.

3° La laque en écailles ( shell lac). C’est la laque en grains qui a été fondue dans une toile de coton placée au-dessus d’un feu de charbon , puis filtrée au travers au moyen de la torsion de

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la toile, et enfin qui a été reçue sur un plan bien unie, où elle s’est figée sous la forme de plaques minces.

COMPOSITION IMMÉDIATE

Suivant Hatchett, ces trois sortes de laques sont formées de

en bâtons.

en grains.

en écailles.

Résine

Matière colorante.

Cire

Gluten.

Corps étrangers . .

Perte

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