‹ Leçons de chimie appliquée à la teinture (volume 3)Chapitre 205 sur 268 · DE LA. GAUDE · texte numérisé non relu

DE LA. GAUDE

La gaude ou vaude est une espèce de réséda, que Linnæus nomme luteola> à cause de la couleur jaune qu’elle donne àla teinture ; elle appartient à la famille des câpriers : elle croît spontanément en France, et dans presque toutes les autres parties de l’Europe.

La gaude cultivée est moins haute, moins ligneuse et plus herbacée que la gaude sauvage ou fiâtarde ; elle contient une plus grande proportion de matière colorante qui se trouve principalement dans la partie supérieure de la plante, surtout dans les dernières feuilles et les enveloppes du fruit.

La gaude cultivée dans le midi de la France est plus petite , plus fine que la gaude cultivée dont on fait usage à Paris etdans les départemens du nord. Un teinturier du Midi m’a assuré que la première est bien plus riche en couleur que la seconde. Cependant des essais comparatifs faits aux Gobelins, avant que j’y fusse placé.

ont donné, m’a-t-on dit, un résultat absolument contraire.

Lorsque la gaude est en fruit, on l’arrache de terre, on la fait sécher, puis on en fait des bottes qu’on livre au commerce.

COMPOSITION IMMEDIATE

J’ai fait des recherches sur la composition de la gaude, j’ai obtenu le principe colorant cristallisé par sublimation; je l’ai nommé lutéoline . Yoici quelques-unes de ses propriétés.

La lutéoline sublimée est en aiguilles : les plus longues sont transparentes et d’un jaune léger; les plus petites, vues sur les parois du verre où elles se sont condensées, paraissent d’un jaune plus foncé, et ont un aspect velouté.

Elle est plutôt acide qu’alcaline au tournesol.

Elle est très-peu soluble dans l’eau, et, quoiqu’elle colore à peine ce liquide, elle lui donne cependant la propriété de teindre la soie et la laine alunées, qu’on y tient plongées à une température peu élevée, en une belle couleur jaune verdâtre ou jonquille.

Elle est soluble dans Falcool et dans l’éther.

L’eau de potasse la colore en un jaune d’or superbe, qui peu à peu passe au jaune verdâtre,

puis au roux parce que probablement Toxigène est absorbé.

Les eaux de baryte, de strontiane, de chaux, d’ammoniaque se comportent d’une manière analogue.

L’acétate de plomb, l’alun, l’acétate de cuivre précipitent sa solution aqueuse en jaune.

Le sulfate de peroxide de fer la précipite en brun olivâtre.

L’acide sulfurique concentré y développe une couleur jaune, tirant sur le rouge plutôt que sur le vert. 11 se produit peu à peu des flocons roux.

L’acide sulfurique concentré, dans lequel on délaie la lutéoline, la dissout. La solution est d’un jaune orangé verdâtre; elle précipite par l’eau.

Une décoction faite avec i partie de feuilles terminales mêlées de capsules de gaude et i o parties d’eau, bouillies un quart d’heure, dépose par le refroidissement des flocons d’un jaune légèrement brun olivâtre , qui sont formés de lutéoline , d'une matière cristalhsable blanche , d'une matière azotée , d'oxide de fer , de chaux et de silice.

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Nul doute que la couleur brune olivâtre des flocons déposés ne soit due à la combinaison de l’oxide de fer avec une portion de lutéoiine et de matière azotée.

La décoction de gaude, filtrée après le refroidissement, est d’un jaune un peu roux. Elle a une odeur désagréable et particulière, une saveur douceâtre et amère. Elle m’a offert, entre autres corps :

i° Une matière non azotée qui donne de la viscosité à l’eau ;

2° Une matière azotée ;

3° De la lutéoiine ;

4° Une matière colorante d’un jaune roux, qufcest probablement de la lutéoiine altérée;

5° Une matière saccharine ;

6° Une matière amère, incolore, soluble dans l’eau et Talcool ;

7° Un principe odorant ;

8° Un acide organique libre ;

9° Du citrate de chaux;

io° Du citrate de magnésie;

il0 Du phosphate de chaux;

12° Du phosphate de magnésie;

i3° Du sulfate de chaux;

i4° Du sulfate de potasse;

ï 5° Du chlorure de potassium ;

i6° Un sel organique de potasse;

170 Un sel ammoniacal.

APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ifcj

La décoction de gaude refroidie et filtrée se comporte de la mani ère suivante avec les réactifs ;

Elle ne trouble que légèrement la colle de poisson.

Elle est légèrement acide au papier de tournesol.

L’hydrochîorate de baryte y démontre une petite quantité d’acide sulfurique.

Le nitrate d’argent y démontre une très-petite quantité de chlore ou d’acide hydrochlorique.

L’oxalate d’ammoniaque en précipite une grande quantité d’oxalate de chaux.

La potasse fait passer la couleur au jaune d’or un peu verdâtre.

La baryte y fait un précipité floconneux d’un beau jaune.

L’alun n’y fait qu’un léger précipité jaune.

L’hydrochlorate de protoxide d’étain, et surtout l’acétate de plomb , y font des précipités jaunes plus abondans.

L’acétate de cuivre y fait un précipité jaune roux tirant sur le vert.

Le sulfate de peroxide de fer la colore en brun olivâtre, et n’y fait à la longue qu’un léger précipité brun.

ÏO.

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L’acide sulfurique concentré la colore en roux, et en précipite quelques flocons.

L’acide sulfurique faible la trouble légèrement.

L’acide nitrique à 34° en fonce la couleur sans la précipiter.

L’acide oxalique en précipite de l’oxalate de chaux, et la liqueur filtrée est d’un jaune trèspâle.

L’acide acétique, sans la précipiter, en affaiblit la couleur, mais beaucoup moins que ne le fait le précédent.

L’eau d’iode ne produit' rien de remarquable.

Un peu de chlore en fait passer la couleur au roux, et en précipite des flocons. Un excès de chlore fait disparaître le roux; la liqueur repasse au jaune.

USAGES

La gaude est une des matières tinctoriales les plus précieuses, parce que la couleur jaune qu’elle donne aux étoffes n’a pas le défaut de passer plus ou moins promptement au roux, comme le font la plupart des autres jaunes de nature organique.

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