II. PROPRIÉTÉS
D'après la connaissance que nous avons des propriétés des stéarates, des margarates et des oléates (tom. ii, leçon i^,pag. 68, et leçon 9.5, pag. 3i), et ce que nous venons de dire, il est facile de se faire une idée juste des propriétés des divers savons du commerce , si l'on a égard à la proportion respective de leurs acides et à la nature de leur base.
Influence des acides.
L'acide margarique et surtout l'acide stéarique forment, avec la potasse et la soude, des sels qui sont moins solubles dans l'eau que l'oléate des mêmes bases , et il y a plus, c'est que les premières combinaisons sont décomposables par une suffisante quantité d'eau froide , en bisel insoluble, et en alcali qui se dissout (tom. ii, leçons il\ et 9.5), tandis que l'oléate de potasse ou de soude est soluble dans l'eau froide , et s'il a de la tendance à éprouver une décomposition analogue , il faut plus d'eau et plus de temps. Une conséquence de cet état
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de choses, c'est que les savons d'une même base, potasse ou soucie , seront d'autant plus solubles qu'ils contiendront plus d'acide oléique , relativement à l'acide margarique et surtout à l'acide stéarique.
Influence de la base alcaline (soude ou potasse).
La potasse forme avec les acides stéarique , margarique et oléique des sels plus décomposables et plus dissolubles par l'eau que ne le sont le stéarate , le margarate et l'oléate de soude : on conçoit donc qu'un savon , contenant les mêmes proportions de ces trois acides, sera plus attaquable par l'eau, s'il est à base dépotasse, que s'il est à base de soude.
De là résulte ce fait , que la matière grasse qui contiendra le plus d'oléine et le moins de stéarine, étant saponifiée par la potasse, donnera le savon le plus dissoluble, ou, comme on dit, le plus mou possible, tandis que celle qui contiendra le plus de stéarine, et surtout de stéarine de mouton, donnera le savon le plus dur possible, si elle est saponifiée avec la soude.
Enfin il résulte de tout ce que nous avons
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dit sur ce sujet, que L'on pourra , en mélangeant des graisses abondantes en stéarines, telles que le suif, avec des huiles abondantes endléine, préparer des savons qui se placeront par leurs propriétés entre les savons que ces deux sortes de matières grasses auraient fournies , si elles eussent été saponifiées séparément. On pourra donc, par des mélanges, imiter un savon donné, lorsqu'on connaîtra les proportions des acides qui le constituent, et celles que des matières grasses saponifiables seront susceptibles de produire. «
En parlant de la manière de préparer les acides stéarique, margarique et oléique (tom, IT, leçon 20, page 71 ), nous avons traité de l'action de l'eau sur les savons qu'ils forment avec la potasse : si ces savons sont complètement solubles à chaud dans ce liquide bouillant, nous avons vu qu'il en est autrement à froid; mais nous avons fait remarquer que dans ce dernier cas la présence de l'oléate empêche que le margarate et le stéarate soient complètement réduits en alcali, qui se dissout, et en sursel insoluble, puisqu'il y a toujours une portion plus ou moins grande de ces deux derniers sels, qui est dissoute avec l'oléate, en vertu de leur affinité mutuelle.
D'après cela , on voit qu'une solution bouillante de savon , en supposant que celui-ci soit bien purgé cle tout excès d'alcali , doit être considérée comme une solution de deux ou de trois sels neutres , suivant que le savon est formé de margarate et d'oléate, ou qu'il l'est, outre ces deux sels, de stéarate; tandis qu'une solution de savon faite à froid (en supposant que le stéarate et le margarate soient à l'oléate dans une proportion plus forte que celle qui peut être retenue en solution par l'oléate), présente des sels neutres -+- l'excès d'alcali provenant des portions du stéarate et du margarate qui ont été réduites en bisels insolubles.
Le teinturier doit connaître parfaitement, non-seulement l'action de l'eau pure , à différentes températures , sur les savons qu'il emploie, mais encore celle des eaux naturelles qui sont susceptibles de tenir en dissolution des sels à basas insolubles. Il est évident, d'après ce que nous avons dit de l'action mutuelle des sels solubles (tom. ii, leçon i\,pag. 5o), que la solution d'un savon, étant mêlée à la solution d'un sel de chaux ou de toute autre base qui forme avec les acides stéarique, margarique et oléique des sels insolubles, produira un préci-
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pité de savon de chaux, et un sel soluble formé de la base du savon soluble et de l'acide qui était uni à !a chaux. Or ces précipités, en s'appliquant sur des étoffes qne l'on passe au savon dans des eaux qui contiennent des sels calcaires, magnésiens, etc., ont le grave inconvénient de faire réserve, c'est-à-dire, que les étoffes plongées ensuite dans des bains colorans, ne prennent point la teinture dans les parties qui sont recouvertes par ces précipités. Le même inconvénient a lieiè lorsqu'on plonge dans des eaux calcaires, les étoffes qui ont été passées à l'eau de savon. Il se produit alors un savon terreux qui reste interposé entre les fibres de la laine ou du ligneux. Nous reviendrons, dans la seconde partie du cours, sur la manière de passer les étoffes au savon.
L'alcool dissout en totalité les savons de potasse et de soude , du moins quand il est bouillant.
Enfin, tous les corps qui décomposent les stéarates, margarates et oléates de potasse ou de soude , décomposent les savons de ces mêmes bases.