‹ Leçons de chimie appliquée à la teinture (volume 5)Chapitre 52 sur 325 · VII. PRÉPARATION · texte numérisé non relu

VII. PRÉPARATION

On prépare l’hydrate de soude avec le souscarbonate de cet alcali, et pour y parvenir, on fait deux opérations principales :

i° On sépare l’acide carbonique de la soude au moyen de la chaux; c’est ce qu’on appelle la rendre caustique .

2° On traite par l’alcool la soude caustique , afin d’en séparer du chlorure de sodium, du sulfate de soude, et même du sous-carbonate de soude, qui peuvent s’y trouver mêlés à l’hydrate.

Décrivons ces opérations.

On commence par peser :

Chaux caustique 4 parties.

Sous-carbonate de soude io —

Eau 70 ■ —

La chaux ne doit pas contenir d’alumine, ni même de silice, par la raison que la soude caustique pourrait dissoudre ces substances.

On éteindra d’abord la chaux avec une portion de l’eau; on la délaiera dans ce qui restera de liquide, puis on y jettera le sous-carbonate. Il faudra, autant que possible, préserver les matières du contact de l’atmosphère, afin d’éviter Faction de l’acide carbonique qui s y trouve. Elles devront réagir vingt-quatre heures au moins, et pendant ce temps plus on les agitera, mieux ce sera.

On fait usage de grands flacons de verre ou

de vaisseaux de grès bien cuit. Si Ion ne se proposait que de rendre la soude caustique, sans vouloir la soumettre à l’action de l’alcool, on ferait très-bien l’opération dans des vaisseaux de bois blanc ou de pierre calcaire.

Expliquons ce qui se passe dans cette opération :

La chaux dissoute dans l’eau s’empare, en vertu de l’affinité élective (leçon!™, pag. 3o), de l’acide carbonique du sous- carbonate de soude , et met par conséquent cette base en liberté ; d’un autre côté la soude étant soluble dans l’eau, tandis que le sous - carbonate de chaux ne l’est pas ou presque pas, ces deux corps se trouvent ainsi séparés l’un de l’autre.

S’il était' possible d’avoir une eau très-chargée de chaux, on pourrait enlever très-promptement l’acide carbonique à la soude, en versant dans la solution de son sous-carbonate la quantité suffisante d’eau de chaux pour en précipiter tout l’acide; mais l’eau étant très-peu chargée de chaux , si l’on voulait arriver à ce résultat, il faudrait un volume considérable de liquide; dès lors l’eau de soude serait très-faible et hors d’état de servir à des opérations pour lesquelles on la prépare dans quelques arts ; et

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si oh voulait la concentrer, les frais du combustible seraient trop élevés. Au reste , en suivant les proportions que nous avons prescrites pour enlever l’acide carbonique à la soude, on réussira toujours d’une manière satisfaisante , en ayant soin d’agiter souvent ces matières, et en les préservant du contact du gaz acide carbonique. La nécessité de les remuer pour les mêler est évidente; la chaux n’a guère d’action qu’à l’état liquide; par conséquent dans l’opération précédente il n’y a dans un temps donné que celle qui est en solution qui agisse. Dès lors si on ne l’agitait pas, il arriverait i°que le sous-carbonate de chaux, en se précipitant sur l’hydrate de chaux non dissous, mettrait obstacle à la solution de ce dernier, en diminuant ses points de contact avec le dissolvant; 20 qu’il n’y aurait guère que la couche d’eau qui touche cet hydrate qui pourrait le dissoudre. L’agitation accélère la réaction des matières en mettant continuellement l’hydrate indissous en contact avec l’eau, qui ayant perdu par son contact avec l’acide carbonique du sel de soude, la chaux qu’elle tenait en dissolution, est devenue par là même capable d’en dissoudre de nouvelle. On conçoit que l’agitation est d’autant plus nécessaire qu’on

approche davantage de la fin de l’opération, parce qu’alors l’acide carbonique est plus divisé dans la liqueur, et que le sous -carbonate de chaux diminue par sa grande proportion les points de contact de l’hydrate indissous avec l’eau.

Je recommande de faire réagir les corps à la température ordinaire de l’atmosphère, par la raison que la chaux étant plus soluble à froid qua chaud (1.6e leçon , pag . 1 8) , on doit, en opérant à froid, favoriser le pouvoir dissolvant de l’eau.

Au bout de 24 à 3o heures, lorsqu’on croit que les matières ne réagissent plus, ou presque plus, on peut, si leur masse n’est pas trop considéfable, les exposer à Faction du feu, et laisser bouillir le liquide quelques minutes.

La chaleur agit de deux manières : 10 elle facilite le mélange par les courans qu’elle détermine dans la liqueur; 20 la température étant élevée, s’il y avait de la chaux en excès, ou meme du sous- carbonate de chaux en dissolution, ces matières se déposeraient, parce qu’elles sont moins solubles à chaud qu’à froid.

Nous rappellerons les précautions à prendre

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pour enlever l’acide carbonique à la soude par une matière peu soluble, lorsque nous traiterons de l’extraction des principes colorans par l’eau, de la fixation des mordans et des principes colorans sur les étoffes.

Après que le liquide a perdu son acide carbonique, on le filtre, ou on le soutire, suivant qu’on opère en petit ou en grand; dans le premier cas on fait évaporer la liqueur jusqu’à siccité dans une capsule d’argent, et dans le second, on fait usage de vaisseaux évaporatoires de fer ou de plomb. Le résultat de l’opération est un hydrate qu’on nomme soude à la chaux . Si l’on avait employé un sous - carbonate de soude parfaitement pur, et qu’on l’eût décomposé complètement, la soude à la chaux ne contiendrait que de l’hydrate de soude, et toujours, ou presque toujours, une petite quantité de sous - carbonate formé pendant l’évaporation, aux dépens de l’acide carbonique de l’atmosphère ambiante ; mais comme presque toujours le sous-carbonate de soude dont on fait usage contient i° du chlorure de sodium qui est inaltérable par l’eau de chaux , 2° du sulfate de soude qui n’éprouve qu’une décomposition très -incomplète de la part du

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même réactif, il s’ensuit que la liqueur doit contenir, avec l’hydrate de soude , la plus grande partie du sulfate et tout le chlorure qui était dans la soude carbonatée. D’un autre côté, ces corps étant fixes, ils doivent se retrouver dans la soude à la chaux . Vous concevez d’après cela la nécessité d’avoir recours à une nouvelle opération pour isoler l’hydrate de soude des corps étrangers qui y sont mêlés dans la soude à la chaux. Cette seconde opération est très-simple; elle consiste à mettre la soude à la chaux divisée autant que possible en contact avec de l’alcool concentré de 36 à 4o° de l’aréomètre de Baume ; l’hydrate de soude est dissous avec une très-faible proportion de chlorure de sodium. Quant au sulfate, il ne l’est pas du tout. Lorsque vous aurez mis la matière pulvérisée avec de l’alcool, dans des vases fermés, que vous l’aurez agitée pendant un certain temps, vous décanterez la solution , et vous la ferez concentrer dans des cornues, ou, ce qui est préférable, dans un alambic dont la chaudière est en argent; vous séparerez ainsi une grande partie de l’alcool. Si l’on opère dans une cornue de verre , il faut transvaser la liqueur dès quelle est concentrée à un certain point dans

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une chaudière ou capsule d’argent; autrement l’hydrate de soude attaquerait le verre. Si vous opérez dans un alambic , vous concentrez davantage, par exemple, jusqu’à ce que la matière commence à noircir sur les bords qui touchent le métal. Dans tous les cas vous séparez avec une cuiller d’argent une matière noire , comme bitumineuse, qui provient de l’altération de l’alcool, et qui apparaît à la surface de la liqueur. Lorsque la soude présente une fonte parfaitement tranquille, c’est-à-dire qu’il ne s’en dégage plus de gaz ni de vapeur, on la coule dans des bassins d’argent ou de platine; mais l’argent est préférable : on obtient ainsi l’hydrate de soude sous la forme de plaques qu’on brisé en morceaux pour les introduire dans des flacons fermés à l’émeri.*

L’hydrate de soude préparé par ce procédé ne peut contenir qu’une petite quantité de chlorure de sodium et d’acide carbonique, lequel s’y est uni pendant l’évaporation de l’alcool; mais l’acide carbonique ne nuit point à la plupart des opérations que l’on fait avec cet al» cali.

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