I. Nomenclature des composés oxigénés biliaires
Nous commencerons par appliquer ce principe aux composés oxigénés : ceux-ci sont remarquables par leur nombre, par l’importance de leurs propriétés, par les travaux approfondis dont ils ont été l’objet, par le fréquent usage que nous en faisons dans nos laboratoires et dans nos ateliers : mais je ne parlerai présentement que des composés oxigénés binaires de nature inorganique.
Pour nommer ces corps on a égard :
i° A l’acidité ou à la non-acidité du composé ;
s0 A la nature du corps qui est uni à l’oxigène;
3° Aux diverses proportions suivant lesquelles ces corps sont susceptibles de s’unir ensemble.
Les composés oxigénés sont considérés com-
me des acides lorsqu’ils rougissent la teinture de tournesol; tous ceux qui sont dans ce cas portent le nom générique d "oxacides. Les composés oxigénés qui sont sans action sur le tournesol sont appelés oxides.
i° Nomenclature des oxacides binaires.
Pour satisfaire au principe exposé plus haut, lorsqu’il s’agit de nommer un oxacide , on énonce :
i° Le nom collectif acide ;
2° Un nom spécifique.
Celui-ci rappelle le nom du corps, ou, comme on dit, du radical qui est uni à l’oxigène; et au moyen de sa terminaison en ique ou en eux , et au moyen de la préposition grecque hjpo , dont on le fait précéder dans certains cas, on arrive à exprimer dans le nom spécifique la nature du corps uni à l’oxigène, et la relation qui existe entre les diverses proportions suivant lesquelles les mêmes corps peuvent se combiner. On est convenu que la terminaison ique indique plus d’oxigène que la terminaison eux; et enfin que la préposition hjpo exprime toujours une proportion d’oxigène plus faible que le même mot spécifique terminé en ique
() £c LEÇON DE CHIMIE
ou en eux, qui n’est pas précédé de cette préposition. Citons plusieurs cas pour exemples :
Premier cas. Un corps simple comme le soufre forme quatre acides avec l’oxigène; il s’agit de les nommer. J’inscris d’abord le mot collectif acide , et je fais le nom spécifique des quatre combinaisons :
i° En prenant le mot sulfur , qui rappelle le mot soufre, radical des quatre acides précédens.
2° En y ajoutant la terminaison ique, j’ai le mot sulfurique , qui indique l’oxacide du soufre le plus abondant en oxigène.
3° En joignant la préposition hjpo à sulfurique, je fais le mot hypo sulfurique, pour désigner l’oxacide le plus oxigéné après le précédent.
4° En ajoutant la terminaison eux au mot sulfur, j’ai le mot sulfureux, qui désigne l’oxacide qui contient le plus d’oxigèiie après le précédent.
5° En joignant la préposition hypo à sulfureux, j’ai le mot hypo sulfur eux , qui indique l’oxacide du soufre le moins oxigéné.
Deuxième cas. Un corps simple comme le phosphore forme trois acides avec l’oxigène.
En ajoutant au mot phosphor la terminaison ique , on désigne l’acide saturé d’oxigène.
En ajoutant la terminaison eux , on désigne l’acide qui contient le plus d’oxigène après le précédent.
Enfin, en ajoutant la préposition hjpo au mot phosphoreux , on désigne l’acide le moins oxigéné.
Je vous ferai remarquer, Messieurs, que dans le cas qui nous occupe, on aurait nommé tout aussi bien les deux derniers acides acide hypo • phosphorique et acide phosphoreux , qu’on les a nommés acide phosphoreux et hypophospho reux.
Troisième cas . Un corps simple comme l’arsenic forme deux acides.
On les distingue par les désinences ique et eux, sans avoir recours par conséquent à la préposition hjpo; on dit donc acide arsènique , acide arsénieux.
Quatrième cas. Un corps simple comme le bore forme un acide. Dans ce cas, on termine le nom du radical en ique . On dit donc acide borique
Il me reste, pour terminer l’exposé de la no» mencîature des oxacides, à vous faire la remarque suivante :
2e LEÇON DE CHIMIE
Le chlore forme avec l’oxigène deux acides ; d’après la règle précédente, on doit dire acide chlorique et acide chloreux , et cependant telle n’est pas la nomenclature. On dit acide chlorique oxigéné et acide chlorique ; cette exception s’explique aisément, lorsqu’on sait que Facide de chlore le moins oxigéné a été connu longtemps avant celui qui l’est davantage : dès lors le premier ayant reçu la dénomination facide chlorique , il y aurait eu des inconvéniens à l’appeler acide chloreux , et à transporter son nom à l’acide le plus oxigéné.
2° Nomenclature des oxides binaires.
Lorsqu’un corps ne forme qu’un seul oxide , vous nommez la combinaison , en énonçant le mot collectif oxide 0 puis le nom du corps qui est uni à l’oxigène; par exemple vous dites oxide de bismuth , pour désigner l’unique combinaison de ce métal avec Foxigène.
Dans le cas où un corps s’unit en plusieurs proportions avec Foxigène, vous faites précéder le mot oxide , en commençant par le composé le moins oxigéné,
des mots : P rot , — Peut,
Trit,
Tetr , etc.
qui sont tirés des nombres ordinaux grecs
IlptoTQÇ,
Asurspoç,
Tpiroç,
Tsxaproç, etc.,
suivant qu’il y a 2, 3, 4, etc. , oxides à distinguer.
On nomme très-souvent l’oxide le plus oxigéné peroxide.
II. Nomenclature de composés binaires dont Voxigène n est pas un des élémens.
Le phtore, le chlore, le brome, l’iode, l’azote, le soufre, le sélénium, le phosphore, l’arsenic, etc., etc., sont susceptibles de former chacun avec la plupart, si ce n’est avec la totalité des corps simples dont les noms suivent les leurs dans le tableau que vous avez sous les yeux, des composés qui peuvent être dépourvus de la propriété acide, ou bien des composés qui peuvent la posséder. Dans ces deux cas il faut toujours distinguer dans la combinaison le corps qui fait fonction de comburant'et celui qui fait fonction de combustible, par la raison que le principe de nomenclature qui sert de guide est de former un nom,
pour désigner chaque combinaison en particulier, qui se compose d’un mot collectif et d’un mot spécifique; le premier doit rappeler le comburant, ou l’élément électro-négatif, et le second le combustible, ou l’élément électropositif.
1° Nomenclature des composés binaires non oxigénés acides.
La règle à suivre pour nommer ces composés consiste à énoncer :
i° Le mot acide ;
2° Un mot qui rappelle le nom du comburant , et qui
pour le Phtore est Pthoro ;
— Chlore — - Chloro;
— Brome — Bromo , etc. ;
3° Un mot qui rappelle le nom du combustible; ce nom est terminé en ique ou en eux , et précédé ou non précédé de la préposition hypo , suivant le nombre des combinaisons.
On voit donc que la nomenclature des composés binaires non oxigénés acides est la meme que celle des oxacides, sauf qu’on interpose, entre le mot acide et le mot spécifique, le nom du comburant.
Exemples.
Le chlore, en s’unissant au phosphore, forme un seul acide, qui est appelé chlorophosphorique .
Le phtore forme avec le bore un seul acide, qui est appelé phloroborique.
2° Nomenclature des composés binaires non o xi gêné s 3 non acides .
Dans ces composés, le mot collectif est formé du nom du comburant ou de l’élément électronégatif, auquel on ajoute la terminaison ure. Ainsi les composés binaires non acides
de Phtore sont des Phtorures;
— Chlorures;
— Brome
— Bromures ;
— Iode
- — • Iodures ;
— Azote
~ Azotures ;
— • Soufre
— Sulfures ;
- — Sélénium
— Séléniures ;
— * Phosphore — P ho sp h ure s ;
— - Arsenic, etc. — Arséniures, etc.
Dans le cas où le phtore, le chlore, le brome, l’iode, l’azote, le soufre, le sélénium , le phosphore, l’arsenic, etc. , en s’unissant avec un meme corps , forment plusieurs composés , on les désigne par le même artifice que celui que nous avons employé pour distinguer les divers oxides
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d’un même corps; on joint donc au mot phtorure, chlorure, etc., etc., les nombres ordinaux proto , deuto , trito, tetro , etc., ou la préposition per pour désigner le composé saturé du comburant.
Il ne peut y avoir qu’une cause d’erreur dans l’application des règles que nous venons d’exposer. Elle provient de ce que l’ordre d’inscription des corps simples dans notre tableau n’a pas été suffisamment discuté pour qu’on soit certain que les corps s’y trouvent placés de manière que celui qui en précède un autre est toujours comburant ou électro-négatif par rapport à ce dernier.
Exceptions.
Les règles que nous venons d’exposer pour nommer les divers composés binaires que nous avons passés en revue, sont sujettes à quelques exceptions que nous ne pouvons nous dispenser d’indiquer.
Première exception.
L’eau est formée d’oxigène et d’hydrogène, comme nous l’avons vu, mais elle n’est pas le seul composé qui résulte de l’union de l’oxigène
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avec l’hydrogène. Ces corps sont susceptibles de former, un autre composé qui diffère de l’eau, en ce qu’il contient deux fois plus d’oxigène qu’elle. En outre, ces deux composés ne rougissant pas le tournesol, sont des oxides d’hydrogène ; d’après cela l’eau devrait porter le nom de protoxide d’hydrogène.
Mais les illustres auteurs de la nouvelle nomenclature chimique ont respecté un nom qui revient continuellement dans la langue vulgaire, et qui a d’ailleurs le mérite d’être court.
Les combinaisons que l’eau forme avec les acides, les alcalis et les sels neutres, sont appelées hydrates , lorsqu’on ne préfère pas joindre au nom du corps uni à l’eau l’épithète de hydraté ou hydratée. Nous prévenons que dans la suite de ce cours nous n’appliquerons le mot hydrate qu’à des composés dont les principes sont unis en des proportions définies .
Deuxième exception.
L’ammoniaque est formée de i volume d’azote et de 3 volumes d’hydrogène, et comme elle n’est pas acide, et que l’azote est comburant relativement à l’hydrogène, il est clair qu’on devrait la nommer azoture d’hydrogène «
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Ce qui a fait conserver l’ancien nom d’ammdniaque, c’est que cette substance avait toujours été placée par sa propriété alcaline à coté de la potasse, de la soude, et qu’en changeant sa dé* nomination, c’eût été en quelque sorte paraître fermer les yeux sur les analogies de ces substances. A l’époque où on prit le parti de conserver le nom d’ammoniaque dans la nouvelle nomenclature, la nature de la soude et de la potasse était inconnue.
Troisième exception.
Les trois acides que l’oxigène forme avec l’azote sont appelés nitrique, nitreux et hy~ ponitreux, tandis que l’on devrait dire acide azotique , acide azoteux et acide hypoazoteux ou acide azotique , acide hypo azotique , acide azoteux . Rien ne justifie cette exception.
Quatrième exception.
L’azote et le carbone forment une combinaison qui devrait porter le nom à'azoture de carbone, au lieu de celui de cyanogène , en admettant toutefois que le composé a plus d’analogie avec les comburans qu’avec les acides, car si on admettait le contraire, il faudrait le nommer acide azotocarbonique .
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. i5
L’on appelle cyanures les combinaisons qui résultent de la combinaison du cyanogène avec les corps simples et même avec quelques oxides. Ces composés correspondent aux chlorures, aux sulfures , etc.
Cinquième exception.
Les combinaisons gazeuzes de l’hydrogène avec le phosphore, l’arsenic et le carbone, neutres aux réactifs colorés, sont appelées
gaz hydrogène protophosphoré, perphosphoré,
— arseniqué,
— • protocarboné ,
— deuto carboné ou bicarboné,
— quadro carboné.
Or, l’hydrogène étant l’élément électro-positif, le nom de substance qui s’y trouve uni devrait être nommé avant le sien. En conséquence on devrait dire
Protophosphure d’hydrogène,
Perphosphure —
Protoarséniure — -
par la raison qu’il existe un composé solide d’arsenic et d’hydrogène qui porte le nom d’hy~
drure d’arsenic, mais qui doit être appelé perarséniure d’hydrogène,
Protocarbure d’hydrogène ,
Deutocarbure —
Quadrocarbure —
Notez que quadro signifie ici qu’il y a quatre fois plus de carbone uni à l’hydrogène qu’il ne s’en trouve dans le protocarbure.
On a tiré le nom collectif de l’hydrogène pour désigner ces composés d’après la considération de leur état gazeux , et certainement aussi d’après l’importance qu’on a accordée à l’hydrogène; car, pour ce dernier motif seulement, on a donné le nom d 'hydrures à des composés solides ou liquides dans lesquels l’hydrogène est pareillement l’élément électro-positif.
Sixième exception.
Elle porte sur un groupe de huit acides qui ont tous l’hydrogène pour radical ou pour élément électro- positif. M. Gay-Lussac a insisté beaucoup sur les analogies que présentent ces substances, et il a cru devoir les réunir en un même groupe et s’écarter des règles suivies dans la nomenclature des autres acides, où le mot générique se tire du nom du corps combu-
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rant et le mot spécifique du nom du corps combustible qui lui est uni. Il est clair que le phtore, le chlore, le brome, l’iode, le soufre, le sélénium, le tellure, le cyanogène, qui forment des acides avec l’hydrogène, doivent donner des acides appelés phtorohydrique , chlo rohydrique , bromohydrique , iodohydrique , sulfohydrique , séléniohydrique , tellurohydrique , cyanohydrique; au lieu de ces noms M. Gay-Lussac a préféré ceux de hydrophtorique , hydrochlorique , hydrobromique , hydriodique , hy dro sulfurique , hydrosélènique , hydrotellurique , hydrocyanique.
Septième exception.
On emploie souvent les mots silice , alumine , zircone , glu cine, yttria, magnésie , chaux , strontiane , baryte , lithine , soude , potasse , litharge ou massicot , minium , au lieu à' oxide de silicium ou à' acide silicique , à' oxide d’ aluminium, — de zirconium, — glucinium, — d'yttrium, — <r/e magnésium, de protoxide de calcium ,— de strontium, — barium , dé oxide de lithium , de //ro-
toxide de sodium, — potassium , — plomb ,
de deutoxide de plomb .
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Huitième exception.
On nomme en général alliages les combinaisons des métaux entre eux. Le plomb combiné à l’étain forme un alliage de plomb et d'étain. Une nomenclature systématique n’a pas été appliquée jusqu’ici à ces combinaisons, ou plutôt au résultat de la fusion des métaux, et je crois que l’on n’a pas assez insisté dans les règles de la nomenclature chimique sur un principe qui me semble devoir être toujours observé , c’est de ne donner des noms spéciaux qji’à des substances qu'on peut regarder comme ayant une composition constante , parce qu elles sont formées d'élémens unis en proportions définies. Il est clair qu’il n’y a point de nomenclature possible pour distinguer chacune des dissolutions suivantes; prenez du sel ou du sucre, dissol vezles dans l’eau jusqu’au point de saturation; puis ajoutez à cette même liqueur de nouvelles quantités d’eau, par exemple une partie, deux parties, trois parties, etc., etc., et vous aurez un nombre indéfini de dissolutions de sucre ou de sel dans l’eau, qui varieront d’après la proportion du sucre ou du sel dissous.
Ce n’est pas seulement dans la classe des
dissolutions que l’on trouve de pareils exemples; les métaux, qui sont susceptibles, comme on le dit, de s’allier en toutes proportions, en présentent encore de nombreux. On ne doit donner, selon moi, de noms scientifiques à ces composés que dans le cas où ils sont assujétis à des compositions définies; mais on peut sans inconvénient conserver les noms des alliages employés dans les arts, qui ne rappellent pas la nature des corps auxquels ils s’appliquent; tels sont le mot bronze , qui désigne l’alliage du cuivre et de l’étain dans des proportions qui varient, mais qui sont ordinairement d’un dixième d’étain et de neuf dixièmes de cuivre; le mot laiton , qui désigne un composé indéfini de cuivre et de zinc.
Enfin il est un genre d’alliages auquel on a donné le nom d’ amalgames : ce sont ceux qui résultent de l’union des métaux avec le mercure. Ainsi , quand on dit un amalgame de plomb, on veut dire l’alliage du mercure et du plomb. Mais à cet égard il faut remarquer qu’il y a plusieurs de ces composés que l’on peut obtenir à l’état de cristaux, et qui sont soumis à des proportions définies ; conséquemment il serait avantageux de leur donner des dénomi-
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nations scientifiques basées sur la nature électro-positive et électro-négative de leurs élémens, et sur les proportions où ceux-ci constituent chacune de leurs espèces.
Telles sont les exceptions à la nomenclature des composés binaires. Je passe maintenant à l’exposé des règles sui vies pour la nomenclature des sels.