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III. Nomenclature des sels

C’est surtout ici que l’on peut se convaincre des services que la nouvelle nomenclature chimique a rendus à la science et aux arts; car, avec très-peu de mémoire, il est facile de retenir les règles auxquelles sont assujéties les dénominations des sels ; et avec la connaissance de ces règles, lorsqu’on entend prononcer pour la première fois le nom d’un sel , on se fait sans peine une idée exacte de la nature de ses principes immédiats, c’est-à-dire de l’acide et de la base salifiable qui le constituent, et en même temps des rapports de proportion de l’acide à la base.

A proprement parler, un sel est la combinaison d'un acide avec une base salifiable , qui est V ammoniaque , ou un oxide plus ou moins alcalin. J’aurai plusieurs fois l’occasion de vous par-

APPLIQUÉE A LA TEINTURE. ai

1er de composés qui rentrent tout-à-fait dans la classe des sels par leurs propriétés, surtout celles qui se rattachent à la composition, pour vous faire remarquer que cette définition doit être plus généralisée, et que sans inconvénient elle peut être étendue à des composés qui ont cela de commun avec les sels proprement dits, qu’ils paraissent formés de deux corps composés ou principes immédiats, dont l’un est acide ou alcalin, tandis que l’autre, en neutralisant plus ou moins le premier, semble avoir la propriété antagoniste, quoiqu’il ne possède pas à l’état libre les caractères que présentent les corps alcalins ou acides.

Pour donner le nom de sel à une combinaison, il faut toujours que ses principes immédiats, ou celui qui est décidément acide ou alcalin, s’il n’y en a qu’un qui soit doué d’une propriété antagoniste, aient éprouvé une neutralisation plus ou moins sensible : par exemple, l’eau est un oxide qui s’unit à l’acide sulfurique, etc., mais vous ne pouvez considérer la combinaison des deux corps comme un sel; quoique cependant il y ait des cas où , par une analogie éloignée, vous établissiez un rapprochement entre ces divers composés.

Exposons maintenant la manière dont on a distingué les sels. Autant on compte d’acides, autant on compte de groupes ou de genres de sels.

Pour nommer un sel, on a égard à trois choses :

i° A la nature de l’acide;

2° A la base salifiable ;

3° Aux proportions suivant lesquelles l’acide et la base salifiable sont susceptibles de se combiner.

Le nom collectif ou générique rappelle celui de l’acide, et le nom spécifique rappelle celui de la base , ainsi que la proportion suivant laquelle les deux substances se sont unies.

Première règle. Tout acide dont la terminaison est en ique donne un nom dont la terminaison est en ate.

Tout acide dont la terminaison est en eux donne un nom dont la terminaison est en ite.

Exemple : acide sulfurique donne sulfate.

acide sulfureux — sulfite.

acide hyposulfurique — hyposulfate.

acide hyposulfureux — hyposulfite.

Deuxième règle. On a égard ensuite à la nature de la base salifiable qui est unie avec V acide qu on veut désigner , et pour cela on joint

le nom de cette base au nom générique. Ai nsi nous dirons sulfate de potasse , sulfite de potasse; mais comme l’acide sulfurique forme avec la potasse deux sels distincts, il faut nécessairement avoir égard aux proportions suivant lesquelles les corps se sont unis; sans cela on ne remplirait pas l’objet de la nomenclature, qui est de donner une idée de la composition des substances complexes qu’on veut nommer.

Voici comment on parvient à distinguer les différentes combinaisons que le meme acide et 1q même base sont susceptibles de former en s’unissant ensemble.

Nous avons vu qu’il est de l’essence de l’acidité et de l’alcalinité de se neutraliser plus ou moins exactement; c’est-à-dire qu’un acide, en s’unissant avec une base salifiable, perd plus ou moins complètement la propriété qu’il avait de réagir d’une certaine manière sur des substances colorées , et qu’il en est de même d’une base salifiable qui s’unit à un acide. Quand la combinaison est aussi voisine que possible de l'état neutre , la règle est d'énoncer simplement le nom du genre du sel quil s'agit de nommer , et ensuite celui de la base de ce même sel .

Si la proportion de l'acide excède celle qui

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constitue le sel neutre , o/z joint au mot générique la préposition sur.

la proportion de la base excède celle qui constitue le sel neutre , on joint au nom générique la préposition sous.

Applications.

Sulfate de potasse s’applique à la combinaison la plus neutre possible qui résulte de l’union de l’acide sulfurique avec la potasse.

Sur-sulfate de potasse exprime que la combinaison de l’acide sulfurique avec la potasse, à laquelle cette dénomination s’applique, contient plus d’acide que le sulfate de potasse.

Sous-sulfate de peroxide*de fer s’applique à la combinaison d’acide sulfurique et de peroxide de fer qui est avec excès de base.

L’expérience ayant appris que les diverses proportions d’acide qui s’unissent à une base, ou les diverses proportions d’une base qui s’unit à un même acide sont entre elles comme les nombres i, i 2, 3, 4? etc., on est parvenu à exprimer ces rapports de la manière suivante dans les sur-sels et dans les sous-sels : i° Dans les sur-sels . — La quantité de l’acide à la base étant supposée égale à 1 dans le sel

neutre, on remplacera la préposition sur , jointe au nom générique du sel, par les mots sesqui , bi, tri, quadro , etc., suivant que les proportions d’acide, relativement à celle qui constitue la combinaison neutre, sont i 2, 3, 4? etc. Par exemple, bisulfate de potasse s’applique à la combinaison d’acide sulfurique et de potasse dans laquelle il y a deux fois plus d’acide que dans le sel neutre.

20 rDans les sous- sels, — La quantité de la base à l’acide étant supposée égale à 1 dans le sel neutre, on joindra au mot générique, précédé de la préposition sous , les mots sesqui , bi, tri y quadro , etc., pour exprimer qu’il y a r f, 2, 3, 4 fois, etc. plus «de base qu’il n’y en a dans la combinaison neutre.

Vous voyez, messieurs, la simplicité des règles à suivre pour nommer une classe de substances extrêmement nombreuse en espèces; sans elles, la mémoire la plus heureuse éprouverait les plus grandes difficultés à retenir plusieurs milliers de noms insignifians. La seule difficulté réelle que présente l’application de la nomenclature est l’incertitude qu’il y a dans certains cas à déterminer la combinaison la plus neutre possible que les acides faibles for-

2e LEÇON DE CHIMIE

ment avec les bases saliûables; car on sent que le principe de la nomenclature des sels repose sur cette détermination. J’y reviendrai au reste dans la suite du cours.

Deux, trois, quatre sels qui s’unissent ensemble forment des sels doubles , triples , quadruples.

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