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B. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES ANTAGONISTES

a. Dans les corps composés.

Les corps composés manifestent à des degrés très - différens deux propriétés chimiques que nous appellerons acidité et alcalinité , et que nous considérerons comme antagonistes, parce qu’elles sont susceptibles de se neutraliser plus ou moins complètement. Elles sont corrélatives l’une de l’autre, de même que l’électricité positive l’est de lelectricité négative, et que le magnétisme boréal l’est du magnétisme austral.

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Les corps qui jouissent de l’acidité au plus haut degré, comme l’acide sulfurique , possèdent un certain nombre de propriétés communes; telles sont celle de rougir la teinture de tournesol et le sirop de violette; celle de rougir ou jaunir la couleur de l’hématine (principe colorant du bois de Cam pêche). Les corps qui jouissent de l’alcalinité au plus haut degré, comme la potasse, possèdent pareillement un certain nombre de propriétés communes; telles sont celles de ramener au bleu le tournesol rougi par un acide, de verdir le sirop de violette, de bleuir l’hématine. Qu’on unisse l’acide sulfurique avec la potasse dans une proportion convenable, et l’on obtiendra un composé qui n’aura aucune action sur le tournesol bleu ou rouge, sur le sirop de violette et sur l’hématine; en un mot, on ne retrouvera plus dans le composé les propriétés caractéristiques de l’acide sulfurique, ni celles de la potasse. On pourra donc considérer l’acidité et l’alcalinité comme s’étant neutralisées mutuellement, et comme étant conséquemment antagonistes l’une de l’autre.

Si nous cherchons à définir maintenant l’acidité et l’alcalinité, nous ne pourrons dire autre

chose, sinon que l’acidité est la propriété qu’ont des corps composés de s’unir, plus ou moins intimement, à des corps composés doués de l’alcalinité; et réciproquement pour l’alcalinité : l’acidité et l’alcalinité sont donc corrélatives, et en définitive elles ne sont que l’affinité considérée dans des corps composés qui ont une grande tendance à s’unir ensemble.'

Quant à la teinture de tournesol rouge, au sirop de violette, à l’hématine, qu’on nomme des réactifs, e t qui sont propres à reconnaître l’acidité et l’alcalinité que des corps possèdent à un certain degré, il est évident que l’indication qu’ils donnent de la neutralité, dans un composé qui résulte de l’union d’un acide avec un alcali, corn siste en ceci, que l’acide et l’alcali ont une plus forte affinité mutuelle, que l’acide ou l’alcali du composé n’a d’affinité pour le principe colorant, dont il ne change la couleur que par le fait même de la combinaison qu’il contracte avec lui.

L’acidité ou l’alcalinité ne peuvent être considérées comme appartenant absolument à un groupe de^corps, ou, en d’autres termes, il n’est pas plus possible d’établir un groupe d’acides ou un groupe d’alcalis, qu’il ne l’est d’en

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établir un de corps susceptibles de s’électriser constamment négativement ou constamment positivement. En effet, si vous disposez en manière de série, d’une part, les corps décidément acides , d’une autre part , les corps décidément alcalins, vous trouverez des corps intermédiaires qui établiront une sorte de continuité entre les premiers et les seconds. De sorte que si les extrêmes , considérés isolément des intermédiaires, sont très- différens, ils cesseront de le paraître autant lorsqu’on prendra les intermédiaires en considération. G’est, au reste, ce qui devient très - sensible lorsqu’on jette les yeux sur la série des 28 écheveaux de laine colorés que je vous présente (fig. 3). Chaque écheveau contient du bleu et du jaune. Mais, en allant du milieu n° 12 vers l’extrémité A, le jaune augmente de plus en plus, par rapport au bleu; et en allant du milieu no 12 vers l’extrémité B, le bleu augmente de plus en plus par rapport au jaune. Maintenant supprimez les i5 écheveaux intermédiaires, et vous aurez quatre écheveaux, à l’extrémité À, qui paraîtront jaunes relativement aux quatre écheveaux de l’extrémité B, qui paraîtront bleus: cependant tous les huit contiennent du jaune

et du bleu. Essayez, en outre, de distinguer le n° 4 du n° 5, ou le n° 20 du n° 19, et vous verrez que la différence est trop faible pour que vous puissiez la regarder comme satisfaisante, c’est-à-dire pour considérer les deux numéros voisins comme étant de couleurs différentes.

D’après cet exemple , on conçoit qu’on a pu maintenir un groupe d’acides et un groupe d’alcalis distincts l’un de l’autre , tant qu’on n’a pas connu de corps intermédiaires ; mais aujourd’hui qu’il n’en est plus ainsi, il y aurait de graves inconvéniens à prétendre qu’il existe un groupe d’acides et un groupe d’alcalis distingués l’un de l’autre par des caractères rationnels. La propriété de rougir la teinture de tournesol , qu’on a généralement prise pour le caractère des acides, ne fournit qu’un caractère artificiel. En effet, le tournesol étant formé d’une matière rouge unie à du sous-carbonate de potasse, il arrive que tout corps qui lui enlève la potasse le rougit en mettant la matière rouge en liberté; conséquemment un acide est un corps qui attire la potasse plus fortement que ne le fait la matière rouge du tournesol. Or cette limite ne peut jamais être

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considérée comme établie d’une, manière rationnelle.

De la manière dont nous venons de considérer l’acidité et l’alcalinité en général, et l’acidité et l’alcalinité dans certains corps, on ne devra pas s’étonner que, dans la suite de ce cours, nous considérions un même corps tantôt comme faisant fonction d’acide, tantôt comme faisant fonction d’alcali : ce résultat est le même que celui que présente un corps qui s’électrise positivement ou négativement, suivant qu’il est frotté avec tel ou tel corps. Quoi qu’il en soit, nous avons toujours la possibilité , au moyen de la pile, de déterminer, dans un composé, le corps qui est acide et le corps qui est alcalin; car, dans la décomposition électrique, le premier se porte au pôle positif et le second au pôle négatif.

b. Dans les corps simples.

En étudiant les corps simples sous des points de vue analogues à ceux sous lesquels nous venons de considérer les corps composés , on reconnaît bientôt en eux deux propriétés corrélatives, que nous nommons la propriété comburante et la propriété combustible , par la raison

que les corps qui les possèdent au plus haut degré produisent, par leur action mutuelle , le phénomène du feu, ou ce qu’on appelle une combustion. Les composés résultant de cette action peuvent être des acides, des alcalis ou des corps neutres aux réactifs colorés.

En examinant les corps simples, sous le rapport des propriétés comburante et combustible, on aperçoit bientôt qu’il n’est pas possible de les partager en groupes parfaitement définis de corps comburans et de corps combustibles , puisqu’on passe insensiblement des uns aux autres, comme on passe des acides aux alcalis par des corps intermédiaires.

D’un autre côté, nous n’avons pas , à l’égard des corps simples, de moyens analogues à ceux qui nous ont servi à nous faire une idée de la neutralité dans les acides et les alcalis énergiques qui se sont combinés; cependant la pile voltaïque décomposant la plupart des produits de la combustion, de manière que le corps comburant va au pôle positif et le corps combustible au pôle négatif, on peut considérer les propriétés comburante et combustible comme antagonistes; et enfin, on peut dire que ces propriétés ne sont que l’affinité plus ou

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moins forte que les corps simples ont les uns pour les autres, et que le dégagement du feu ne peut servir de caractère rationnel, puisqu’il résulte de toute action moléculaire énergique , indépendamment de la nature simple ou complexe des corps qui l’exercent.

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