VI. ÉTAT
L’acide sulfurique se rencontre dans la nature; on l’a trouvé à peu près pur, mais dissous, dans l’eau d’un lac de l’île de Java. Il est très-probable que l’acide sulfurique natif provient dans beaucoup de cas de la combinaison de l’acide sulfureux avec l’oxigène atmosphérique et l’eau.
Y II. PRÉPARATION
Pendant long-temps on ne s’est procuré cet acide qu’en distillant les sulfates de fer, de zinc ou de cuivre , et c’est encore par ce procédé qu’on prépare en Saxe, à Nordhausen, l’acide connu sous les noms d’acide glacial , d’ acide fumant de Nordhausen , ainsi que nous l’avons dit plus haut.
La distillation des sulfates n’est avantageuse pour se procurer l’acide sulfurique que dans les pays où les sulfates sont très-abondans. On a cherché d’abord en Angleterre, et ensuite en France, à préparer l’acide sulfurique d’une manière plus économique; et enfin on y est parvenu après de longs efforts. Le procédé généralement adopté consiste à développer par la
Combustion d’un mélange de 9 parties de soufre et de 1 partie de nitre, du gaz sulfureux et du deutoxide d’azote , qui , au moyen de l’oxigène atmosphérique et de l’eau , donnent de l’acide sulfurique; les corps réagissent dans une chambrée de plomb.
Une chambre de plomb est formée d’une charpente de bois revêtue intérieurement de lames de ce métal soudées les unes aux autres ; la capacité d’une chambre moyenne est de î 8,ooo à 9.0,000 pieds cubes. ABCDG (fig. 7), représente la coupe d’une telle chambre : audessous est un fourneau F dont la cheminée est extérieure. Il est couvert d’une plaque en fonte R dont les bords sont relevés. Le sol C de la chambre est incliné et couvert d’acide sulfurique à io°.
Lorsqu’on veut opérer on introduit , par une porte L pratiquée dans la paroi AB de la chambre, le mélange de soufre et de nitre, et on le met sur la plaque R. L’élévation de température détermine bientôt l’inflammation du soufre; la combustion est entretenue au moyen d’un courant d’air qui s’établit par une petite ouverture pratiquée à quelques pouces au-dessus du mélange , et la cheminée G de la chambre.
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Il se produit de l’acide sulfureux aux dépens de Toxigène atmosphérique , et, aux dépens du nitre, de l’acide sulfurique des élémens de l’acide qui forme , avec la base de ce sel, du sulfate de potasse, et du deutoxide d’azote qui passe promptement à' l’état d’acide nitreux au moyen de l’oxigène de l’air. Comme il* y a de l’eau dans la chambre, il doit nécessairement se former de l’acide sulfurique , d’après ce que nous avons dit plus haut en traitant de l’acide sulfureux : en admettant que les cristaux de sulfate d’acide nitreux hydraté ou de deutoxide d’azote hydraté se formassent , l’excès d’eau en dégagerait bientôt , soit de l’acide nitreux , soit du deutoxide d’azote, qui, en redevenant libres, détermineraient sur une nouvelle quantité d’acide sulfureux un transport d’oxigène atmosphérique.
On voit la nécessité que l’atmosphère de la chambre soit humide, et que la condensation des vapeurs soit rapide; c’est pour cela qu’on dirige presque toujours un courant de vapeur d’eau dans l’intérieur de la chambre au moyen d’un éolipyle ou d’une petite chaudière à vapeu y.
Il y a des fabriques d’acide sulfurique où
Fon brûle le mélange dans un fourneau adossé à la chambre.
Il en est d’autres où, au lieu de mêler du nitre au soufre, on ne brûle que du soufre; on dirige alors dans la chambre du gaz nitreux développé par la réaction de l’acide nitrique sur des matières organiques , telles que de la mélasse, de l’amidon, et on y porte un courant de vapeur d’eau produite dans une petite chaudière, qui est montée sur un fourneau placé audessous du sol de la chambre. À la cheminée de la chambre on adapte une soupape creuse et renversée, dont! les bords plongent dans l’eau. M. Payen préfère cet appareil à tout autre, et il dit qu’il donne 3oo d’acide sulfurique d’une densité de i,845 pour ioo de soufre, tandis que dans les appareils ordinaires on n’en obtient que de s5o à 260.
Je reprends la préparation de l’acide sulfurique. Dès que l’eau de la chambre de plomb a dissous une assez grande quantité d’acide pour marquer 4o à 45° à l’aréomètre de Baumé, on Fen retire. Outre l’acide qu’on veut obtenir, il contient de l’acide sulfureux, de l’acide nitreux, du sulfate de fer en quantité notable, et de petites quantités de sulfates de plomb, de potasse,
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et de chaux quand on a fait usage d’eau de puits. On verse ce liquide dans une chaudière de plomb, et on le chauffe pour chasser d’abord les acides sulfureux et nitreux, ainsi qu’une certaine proportion d’eau. Quand il marque 5o°, on l’introduit dans des cornues de verre placées sur un fourneau à galère, où on le concentre jusqu’à ce qu’il marque 66°. Cette dernière concentration se fait avec bien plus d’avantage dans une chaudière de platine , recouverte d’un chapiteau de platine, que dans des cornues. On transvase l’acide au moyen d’un syphon en platine dans un réservoir en grès; et quand il est refroidi et bien clair, on le soutire dans des damesjeannes en grès que l’on bouche avec des bouchons de grès à rebords. On recouvre ceux-ci de glaise, et on entoure le tout avec un morceau de toile ficelé. L’acide sulfurique ainsi préparé ne contient qu’une petite quantité de sulfates, la plus grande partie s’étant déposée par la concentration et le refroidissement. Il est propre aux usages de la teinture. Cependant il est bon de connaître les moyens qu’on emploie pour l’avoir parfaitement pur, car celui-ci est nécessaire pour des opérations de recherches.
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3p
On met l’acide sulfurique dans une cornue de verre avec un fil de platine. On assujétit la cornue dans un fourneau à réverbère ; on y adapte un ballon à long col sans lut ; puis on procède à la distillation. Si on négligeait de mettre le fil de platine, il y aurait des soubresauts qui rendraient l’opération difficile.
L’acide sulfurique doit être conservé dans des vaisseaux qui ferment exactement, surtout s’il est placé dans un endroit humide. Autrement il attirerait l’eau de l’atmosphère et s’affaiblirait plus ou moins, et dès lors il ne serait plus propre à la préparation du bleu de Saxe ou du sulfate d'indigo. Au reste, si cet accident arrivait, il suffirait de le mettre dans un ballon de verre avec un fil de platine, de placer le ballon sur un triangle de fer dans un fourneau à réverbère , et de faire bouillir le liquide,,
La couleur brune que prend l’acide sulfurique concentré qui est exposé au contact des matières organiques, tient à ce qu’il les altère en mettant à nu une matière abondante en carbone. Lorsque la couleur de l’acide sulfurique n’est que légère, elle n’est pas nuisible à son emploi en teinture.
Si on avait quelque raison de croire à l’exis-
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îence de l’acide nitrique dans l’acide sulfurique, il suffirait pour l’y reconnaître d’étendre dans l’eau distillée quelques grammes d’acide, et de le neutraliser ensuite par la litharge; aussitôt il se produirait du sulfate de plomb insoluble, et il resterait en dissolution du nitrate de plomb qu’on reconnaîtrait en faisant évaporer la. liqueur filtrée à siccité; et en chauffant le résidu dans un petit tube de verre fermé à un bout, le nitrate dégagerait de l’acide nitreux.
Pour priver l’acide sulfurique de son acide nitrique, il suffirait de le faire bouillir pendant un temps suffisant.