SÉRUM SANGUIN
La partie liquide du sang, le plasma, se divise par coagulation, en une matière solide, la fibrine; qu'on vient d'étudier, et en un liquide, le sérum. Dans le sang extravasé et au repos, le caillot qui se forme chasse beu à peu le sérum de ses mailles en se contractant lentement. 1000 grammes de sang répandent de 440 à 525 grammes de sérum.
11 consiste en une solution aqueuse de substances, les unes préexistant dans le plasma normal, les autres issues des globules rouges et blancs après extra vasation. On conçoit donc que, suivant les conditions où il s'est produit, le sérum puisse légèrement varier, et qu'il change un peu de composition du commencement à la fin de la coagulation.
C'est un liquide un peu visqueux, de couleur jaune faiblement verdàtre (homme et chien), ambrée (cheval), rougeâtre (bœuf, oiseau), ou presque incolore (lapin).
Sa densité moyenne est de 1,028 chez l'homme; elle varie normalement dans notre espèce de 1,026 à 1,029.
Le sérum est le plus souvent transparent; des globules graisseux ou des leucocytes peuvent le rendre légèrement trouble ou lactescent.
11 est alcalin, mais un peu moins que le plasma, ce qui s'expliquerait par la mise en liberté, au moment de la coagulation, d'une petite quantité de phosphates acides primitivement unis à la matière fibrinogène.
On trouve dans le sérum 88 à 95 pour 100 d'eau : 90,9 en moyenne chez l'homme et 91,7 chez la femme; 90 à 92 chez le bœuf, 91 à 95 chez le chien et le porc, 91 à 92 chez le mouton, 95 à 95 chez le pigeon (').
Les substances dissoutes dans le sérum sont : 1° une série de corps albuminoïdes; 2° des ferments; 5° des matières azotées non albuminoïdes (urée, créatine, acide hippurique, acide urique, lécithines, etc.); 4° des matières non azotées (glucose, acide lactique, acides gras, cholestérine, etc.) ; 5° des sels inorganiques; 6° des gaz.
(*) Winlcr [Arch. de physiologie, 189G et Bull. Soc. chim. de Paris, 1895) a établi ce fait très important que les sérums du cheval, du bœuf, du chien, du mouton, du porc, du lapin ont très sensiblement le même point de congélation, c'est-à-dire, d'après la loi de Raoull, <|u 'ils ont même concentration moléculaire; ou rpac, pour un même volume, ils contiennent un même nombre de molécules dissoutes.
Le tableau suivant fait connaître la proportion de ces substances d'après Hammarsten :
Composition de 1000 g Qomrae.
Total des matériaux solides : 92 , i Sommedcsmul™' albuminoïdes. 76,2
Globuline du sérum (précipitable par SO'Mg) 3 1,0
Sérine et autres corps protéi-
ques 45,2
Lécithine, graisses, urée, matières extractives, etc. ... 7,1
Sels minéraux 8,8
Eau. 907,9
Albuminoïdes du sérum. Les matières albuminoïdes du sérum sont les serines, la sérumglobuline et les ferments.
En décrivant le plasma, nous avons dit (p. 377) comment, après avoir précipité le fibrinogène, on peut séparer la globuline du sérum et les sérumalbumines. Cette méthode s'applique aussi au sérum. On peut encore procéder comme nous l'avons indiqué dans cet Ouvrage à propos de la préparation de la sérumglobuline et de la sérine.
La sérumglobuline est identique avec la substance d'abord nommée matière fibrinoplastique par A. Schmidt et paraglobuline par Kùhne. Le tableau ci-dessus indique sa proportion dans les divers sangs (').
Sérine. — Après avoir précipité la globuline du sérum par addition de sulfate de magnésie, il reste une liqueur que l'on peut soumettre à la dialyse pour enlever le sulfate ajouté ainsi que les sels et matières crisj tallisables du sérum. Il reste, en solution, dans le dialyseur la principale matière albuminoïde du sérum, la sérine.
On a dit (p. 87) quelles sont ses propriétés et par quels caractères elle diffère de l'albumine d'œuf d'oiseau.
Peptones; collagènes; ferments. — Les peptones manquent
(*) Hcynsius, qui la séparait par une autre méthode (CO* et sel marin), a trouvé dans ces divers sérums une quantité beaucoup trop faible de sérumglobuline. 1000 gr. de sérum n'en contiendraient, d'après lui, que 3«r,8 chez l'homme, l«r,9 chez le bœuf, 4*r,4 chez le lapin, 16«r,5 chez le mouton, 8«r,0 chez le porc et 25"r,3 chez le poulet.
La paraglobuline de Heynsius, identique à celle de A. Schmidt, répond à la fibrine solublc de Denis. L'albuminoïde que Hammarsten précipite du sérum ou du plasma par le sulfali? de magnésie contient cette paraglobuline et une globuline spéciale précipitable par le sulfate de magnésie, et non par le sel marin, substance à laquelle il conviendrait de laisser le nom de globuline du sérum ou globulsêrine.
remîmes de sérum sanguin.
Bœuf.
Cheval.
Lapin. 74,3
Grenouill »
MATIÈRES SECONDAIRES DU SANG. 3g5
entièrement dans le sang normal, et même en pleine digestion dans celui des veines méséntériques. Elles n'apparaissent dans le sang <pic s'il y a dans l'économie un loyer de pus ou des néoplasies.
Les collagènes ont. été signalées seulement dans les cas de leucémie.
Les ferments s'obtiennent comme on l'a dit à propos de celui de la fibrine (p. 379). Ce dernier jouit des propriétés qui caractérisent les protéoses; il ne devient pas insoluble même par un long contact avec l'alcool absolu. On a signalé aussi dans le sérum un ferment qui saccharifie l'amidon. 11 serait identique au ferment hépatique qui transforme le glycogène en sucre. Enfin on trouve dans le sang et le sérum un ferment qui saponifie les corps gras, et dédouble tous les éthers en général, avec une très grande activité. La présence de cet agent, qui vient d'être découvert par M. Ilanriot, permet de s'expliquer la désassimilation des graisses dans l'économie. On y reviendra (lVa Partie).
Lécithines, corps gras, cholestérine. — Ces substances, que l'éther extrait du sérum desséché à 100°, y existent toujours en petite proportion. (Voir le tableau p. 384.)
La Iécithine est relativement plus abondante chez les animaux jeunes et engraissés; on en trouve plus chez l'oiseau que chez le mammifère (J)
Il existe dans le sang une petite quantité de graisses neutres et de savons alcalins à acides gras. Le poids des matières solubles dans l'éther ne dépasse généralement pas 0gl',200 pour 100 gr. de sérum (0gr,4 à 0gr,6 pendant la digestion). Le sang artériel en contient moins que le veineux. Le sérum devient lactescent si l'alimentation est trop riche en graisses.
La nature de ces graisses est mal connue : on y a signalé de la stéarine, de la palmitinc; des oléates et margarates sodiques; des butyrates, acétates, caproates; des corps gras azotés autres que la Iécithine, etc.
La cholestérine suit généralement les variations des graisses. Elle abonde dans le sang des oies engraissées : 100 centimètres cubes de sérum peuvent fournir de 0gI',019 à 0gr,314 de cholestérine.
Glycose, glycogène, urée, pigments, etc. — L'ensemble de ces matières s'élève de 0,25 cà 0,50 pour 100 de sérum.
Le sang contient un sucre dextrogyre, réducteur et fermentescible ; il est aujourd'hui établi que c'est du glucose. La quantité qui en existe dans le sang des animaux en santé est sensiblement constante : elle varie • litre 1 et 2 gr. par litre. Elle ne change pas sensiblement par le jeûne ou l'alimentation. Elle augmente sous l'influence de certaines lésions du système nerveux central, et à la suite de l'ablation du pancréas. Dans le diabète, elle peut atteindre 5 grammes et plus par litre de sang.
I . La séroline de F. Boudet [Ami. chim. phys. 2° sûr., LU, 337) paraît être un mélange <lc cholestérine et de Iécithine.
Lorsque le sang des vaisseaux est, après défibrination, abandonné ii l'abri îles microorganismes à la température de L5 à il)", le sucre qu'il contient diminue peu à peu. Il y a glycolyse. Cette glycolyse n'a pas lieu à 0°, elle augmente avee La température jusque vers 40" et 50°; elle ne se produit pas dans le sang chauffé à 60°. M. Lépine, qui a bien étudié ces laits, pense que cette glycolyse résulte de l'action d'un ferment cjlycolytique existant normalement dans le sang où il serait déversé par le pancréas. Reprenant l'étude de cette question, Arthus a montré qu'on ne peut, admettre l'existence de ce ferment dans le sang circulant. L'agent glycolytique ne préexiste pas dans le sang, car il n'existe pas dans les transsudats issus du plasma; car surtout la glycolyse n'est qu'un phénomène tardif ne se produisant pas dès les premiers moments qui suivent la sortie du sang. L'agent glycolytique prend naissance dans le sang extravasé: il s'y développe grâce à la présence des globules blancs.
Le glycogène, signalé dans le sang normal par Salomon, Ruppert et Czerny, y existe souvent à l'état de traces; d'autres fois il s'élève à 0gr,010 à 0gl',020 par litre. Il augmente chez les diabétiques.
L'urée se rencontre dans le sang, comme l'ont établi autrefois ( 1 8 12 1 ) les célèbres expériences de Prévost et Dumas. A l'état normal I litre de sang en contient de 0gr,32 à lgr,8 chez l'homme :
Urée pour 100 de sang uormal
Homme o,o32 à 0,177
Chien o,o3o à 0,275
Porc o,oi5
Veau o,o3o
La proportion d'urée varie avec les divers sangs : elle diminue pendant l'inanition et s'élève durant la fièvre. Dans la maladie de Bright, on peut trouver jusqu'à lgr,4 d'urée dans 100 parties de sérum (').
L'acide urique a été signalé dans le sang normal du bœuf et de l'homme, surtout chez les goutteux et les rhumatisants. On le rencontre dans celui des poules nourries de viande. L'acide hippurique a été signalé dans le sang de loup ; peut-être existe-t-il dans le sang humain .
(') Suivant Drechsel, les carbamates existeraient dans le sang du clnen ; on sait que le
carbamate d'ammonium représente le stade intermédiaire entre l'urée et le carbonate ammonique :
rn/AzlIâ m/Azll* CO^S^ÎÎÎ
Urée. Carbamate Carbonate
d'ammoniaque. d'aminoniaque.
D'après Nencki, les carbamates, sels vénéneux, existeraient surtout dans le sang qui n'a pas traversé le foie, en particulier lorsqu'on pratique chez les animaux l'opération de Eck, qui fait aboucher directement la veine porte dans la veine cave inférieure. Ces sels provoqueraien des désordre analogues à ceux de l'urémie.