HISTORIQUE
ments cutanés. Chez tous les animaux, la peau respire : elle absorbe et élimine directement les mêmes gaz que les poumons, mais par un autre (nécanisme. Il ne scia question clans cette Leçon que de l'a respiration pulmonaire de beaucoup la plus importante.
Historique de nos connaissances sur la respiration.
— Les anciens pensaient que la respirai ion n'avait d'autre effet que de rafraîchir le sang. C'est à Nicolas Le Fèvre (Traité de chimie, Paris 1660) que remonte la première idée de la nature des phénomènes respiratoires. Comme Jean Rey, Le Fèvre avait remarqué l'augmentation de poids des métaux lorsqu'on les calcine. Il attribua ce phénomène à la fixation d'un élément gazeux faisant partie de l'air et qu'il nomma esprit universel, puis appliquant cette conception à l'acte respiratoire de ranimai. « Dans la respiration, dit-il, l'air ne rafraischit pas seulei ment le sang, mais encore au moyen de l'esprit universel il subtilise et volatilise toutes les superfluités de ce liquide. » Quelques années après (1674), John Mayow montrait que l'air renferme un composé gazeux spécial, qu'il reconnut concourir à la production dunitre, et qu'il i nomma esprit nitro-aérien, esprit vital ou esprit de feu. « Il ne constitue, dit- il, qu'une partie de l'air, mais la plus active, et sert à » entretenir la combustion. » De la même façon qu'une flamme, faute de cet esprit aérien, s'éteint dans la cloche sous laquelle on l'empri- S sonne, de même l'air confiné perd par la respiration des animaux quelque chose de sa force élastique. « 72 faut croire, ajoute Mayow, (pie les animaux, tout comme le feu, enlèvent à Vair des particules de même genre. » Mayow et son célèbre compatriote, l'anatomiste ! Willis, admirent que le sang en s'emparant de cet esprit de feu devient dès lors rutilant, et que, portant cet esprit aux muscles, il y détermine la production de la chaleur et de la force. Ces idées de Nicolas Le Fèvre et de J. Mayow constituaient, on le voit, cent ans déjà avant Lavoisier, la conception presque tout entière de la vérité. Le Fèvre et Mayow i méconnurent toutefois l'échange gazeux qui se fait dans le poumon entre I l'oxygène qu'ils avaient entrevu, sans l'isoler, et l'acide carbonique qui se forme, et, si Mayow eut l'intuition exacte de la vraie cause de la cha- ' leur vitale, il ne put donner toutefois aucune démonstration de cette conception géniale. En 1707, J. Black reconnut la présence de l'acide t carbonique dans l'air expiré. « Je me convainquis, dit-il, que le changeorient produit sur Vair salubre par l'acte de la respiration provient principalement, sinon uniquement, de la conversion d'une partie de cet air en air fixe (acide carbonique) » ; mais Black ignora comment se faisait cette conversion.
C'est à Lavoisier qu'était réservé d'établir sur des preuves définitives et inébranlables la grande vérité successivement entrevue, puis obscurcie,
oubliée même, grâce à la trop célèbre théorie du pklogislique de Stahl. En 1775, Lavoisier distingue les corps élémentaires et établit enfin la vraie composition de l'air; il donne La théorie complète de la combustion qu'il base sur l'observation préalable de la fixation de l'oxygène sur le phosphore, le soufre et les métaux, et sur l'analyse corrélative des produits formés et du résidu gazeux incomburant ; puis, généralisanl ses idées, il constate, comme Le Fèvreet J. Mayow, que dans la respiration il y a absorption par l'animal qui respire d'une partie de l'air ambiant, que celle partie est bien celle qu'absorbent l'étain et le mercure en se trans^ formant en chaux; (pie, chez l'animal, il se fait, en même temps ej proportionnellement à l'oxygène absorbé, des dégagements corrélatif d'acide carbonique et de chaleur, phénomènes de tout point semblables à ceux de la combustion d'une bougie; il arrive enfin à cette. conclusion que la respiration est une véritable combustion du sang auquel l'ail fournit l'oxygène et le calorique et dont les produits complètement oxydés, l'acide carbonique et l'eau, s'échappent par les poumons. Dans un mémoire publié avec Laplace en 1780, Lavoisier démontre que la chaleur produite par un animal, en un temps donné, est très approximativement la même que celle que fournirait une quantité de carbone égale à celle qui est contenue dans l'acide carbonique qu'expire cet animal dans le même temps. Enfin, en 1785, il établit que tout l'oxygène absorbé dans le poumon ne se retrouve pas dans l'acide carbonique expiré, et qu'uni portion de cet oxygène doit se transformer en eau dans l'économie.
Est-ce dans les poumons ou dans les capillaires sanguins que se l'ail la combustion du sang? Lavoisier hésite sur ce point, quoique la première opinion lui paraisse la plus probable. « La respiration, conclu! c| grand esprit, n'est qu'une combustion lente de carbone et d'hydrogènl qui est semblable, en tout, à celle qui s'opère dans une lampe ou dans une bougie allumée. Sous ce rapport les animaux qui respirent sont devéritables corps combustibles qui brûlent et se consument. »
Un peu après la mort à jamais déplorable de ce grand homme, Hassenfratz etLagrange essayèrent d'établir, que c'est dans les capillaires que l'oxygène se transforme en acide carbonique. En 1799, H. Davy démontra que le sang contient de l'oxygène libre. En 1803, Spallanzani prouva que les grenouilles, les poissons, les jeunes mammifères, le tissj musculaire lui-même, plongés dans de l'hydrogène pur, continuent longtemps à exhaler de l'acide carbonique, et que c'est bien dans les tissus que se fait l'échange gazeux entre l'oxygène absorbé dans le poumon et l'acide carbonique résiduel des combustions intracellulaires. Enfin, en 1890, M. Berthelot est venu établir qu'une partie de la chaleur animale, un neuvième environ, se produit dans les poumons au moment de l'absorption de l'oxygène, donnant ainsi en partie raison à l'opinion de Lavoisier.