SUC GASTRIQUE
Grâce à des fistules stomacales accidentelles, ona pu quelquefois puiser directement le suc gastrique dans l'estomac de l'homme. En 1834 W. Beaumont lit ainsi d'importantes observations sur un chasseur canadien porteur d'une de ces fistules, et en 1856 Ch. Richet put étudier ce même suc sur un jeune homme opéré de la gastrotomie ('). Avant eux, Spalanzani s'était procuré du suc gastrique en faisant avaler une éponge attachée au bout d'une ficelle à un aigle apprivoisé; il retirait l'éponge imprégnée des sucs stomacaux de l'animal et recueillait le suc gastrique.
Mais depuis, Blondlot, et surtout Cl. Bernard, ont eu recours à la méthode des fistules stomacales artificielles qu'on pratique généralement sur de jeunes chiens vigoureux. Une canule spéciale en argent, à large goulot, à double pavillon pouvant s'appliquer plus ou moins exactement sur les rebords de la plaie lorsqu'on visse la partie interne de la canule sur le pavillon externe, passe à travers la fistule, et permet de pénétrer à volonté dans l'intérieur de l'estomac. Après l'entière cicatrisation de la plaie que provoque l'introduction de celte canule, le suc gastrique es! redevenu normal et peut servir aux expériences pendant des mois.
Lorsqu'on veut le recueillir à l'état de pureté, on fait jeûner 24 heures l'animal, on le bâillonne pour éviter autant que possible que sa salive coule dans l'œsophage, et l'on introduit dans l'estomac, par l'ouverture de la panule, soit quelques gouttes d'éther, soit une plume d'oie qu'on promène à la surface de la muqueuse, soit des tendons. Après quelques instants on débouche la canule et on recueille le suc sécrété.
Le DTrémond a indiqué récemment un procédé permettant d'obtenir, chez le chien, du suc gastrique pur. Il sépare l'estomac de l'œsophage et du duodénum par deux sections portant sur le cardia et sur le pylore sans intéresser les vaisseaux. 11 abouche l'extrémité inférieure de l'œsophage avec l'extrémité supérieure du duodénum pour rétablir la continuité du tube digestif; il ferme l'un des orifices de l'estomac, et fixe l'autre aux parois abdominales grâce à une suture. L'organe est alors complètement isolé; mais normalement irrigué et innervé, il fournit du suc gastrique pur quand on donne à manger à l'animal.
Le suc gastrique est caractérisé par sa réaction acide et par deux propriétés spéciales : celle de peptoniser les substances albuminoïdes, et celle de caséifier le lait. Il contient des combinaisons acides et deux ferments solubles, la pepsine et la caséase (ou labferment des Allemands) le ferment de la présure.
(') Compl. rend., LXXXIY, 450.
SUC GASTRIQUE. 507 Propriété* et analyse chimique du sue gastrique.
Le suc gastrique humain, dans les cas où l'on peut l'obtenir pur de tout mélange, est un liquide clair, légèrement filant, à réaction acide, (l peut être chauffé sans se troubler notablement. Par évaporation dans [e vide, il donne un résidu brun jaunâtre fortement acide. Parcalcinalion, il laisse des cendres incolores, neutres ou faiblement alcalines, sur lesquelles les acides ne déterminent pas d'effervescence. Lorsqu'on le soumet à la distillation, de l'eau se dégage d'abord et il reste un liquide comme huileux. On peut élever progressivement la température de ce résidu jusqu'à 150° sans provoquer d'autre dégagement que celui de vapeur d'eau; mais si on le chauffe au-dessus de 150° il se fait des vapeurs d'acide chlorhydrique.
Le suc gastrique des animaux soit carnivores soit herbivores est aussi fortement acide ■ Bidder et Schmidt ont trouvé que pour neutraliser 100 gr.de ce suc gastrique (non mélangé de salive; il faut 0gr,356 de potasse KaO (moyenne de 9 déterminations); et que pour neutraliser 100 gr. de suc gastrique de mouton il faut 0gr,264 de potasse K20. Chez le chien, la quantité de potasse nécessaire pour neutraliser 100 gr. de suc gastrique va de 0g,",260 à 0gr,570. Ces nombres ne sont donnés ici que comme indication, car cette acidité est très variable.
La chaleur, les acides ne déterminent pas de précipitation notable dans le suc gastrique. Les alcalis, les carbonates alcalins, l'ammoniaque au contraire y font naître un trouble surtout dû aux phosphates calciquc et magnésien.
Le suc gastrique est pauvre en matières fixes : son résidu sec ne dépasse pas 30 pour 1000. 11 comprend des matières organiques diverses et des matières minérales, ces dernières étant surtout des chlorures et des phosphates, des sels de sodium, de potassium, de calcium et d'ammonium. On n'y trouve pas de sulfates en quantité notable.
Un litre de suc gastrique contient d'après Schmidt :
Homme
Chion
Chion
Mouton
(') Dans les niiahsrs <|nc nous donnons ici, nous exprimons l'acidité en acide chlorhydrique.
&u° DIGESTION STOMACALE.
Acidité du suc gastrique. Le suc gastrique esl iicitlo : il rougit très fortement le papier de tournesol. Tous les auteurs sont d'accord sur ce fait. Mais pour les mis, c'est de l'acide chlorhydriqùe, pour d'autres, de l'acide lactique, du phosphate acide de chaux, ou «les combinaison^ organiques chlorées qui l'acidifient.
Lorsqu'on soumet le suc gastrique à la distillation il dégage, vers 150°, avons-nous dit, des vapeurs contenant de l'acide chlorhy-î drique. Prout, Braconnot, Tiedemann et Gmelin, ont conclu qu'il contenait cet acide à l'état de liberté. Mais Lehmann, Cl. Bernard et Barrcswil, etc., firent observer qu'un acide organique fixe, par exemple* l'acide lactique, agissant sur les chlorures métalliques, peut produire un semblable dégagement d'acide chlorhydriqùe. Or le suc gastrique contient un acide organique fixe. En effet l'oxalaté de chaux se dissout dans les acides minéraux et ne se dissout pas dans les acides organiques. Le suc gastrique ne dissout pas l'oxalale de chaux. Il ne semble donc pas contenir d'acide minéral. D'autre part les acides à la tempé-i rature d'ébullition intervertissent le sucre de canne, énergiquement lorsqu'ils sont minéraux, très faiblement s'ils sont organiques. Le sur gastrique n'intervertit pas une solution de sucre avec la même énergi^ qu'une liqueur chlorhydriqùe de même acidité.
A ces objections relatives à la présence de l'acide chlorhydriqùe libre dans ce suc on a répondu, que l'oxalaté de chaux ne se dissout que très difficilement dans l'acide chlorhydriqùe très dilué, surtout en présence de phosphates, et que si le suc gastrique intervertit un peu moins énergiquement le sucre de canne qu'un acide minéral, il agit beaucoup plus énergiquement qu'un acide organique.
Ces observations semblent donc établir que le suc gastrique contient l'acide chlorhydriqùe dans un état spécial, faiblement combiné. Elles ne prouvent pas qu'il ne contienne pas d'acide organique fixe.
Or le suc gastrique contient notoirement de tels acides, en particulier de l'acide lactique de fermentation que Lehmann, Heintz, etc., en ont extrait; et en présence de l'acide chlorhydriqùe, acide minéral, il ne saurait être qu'à l'état libre, au moins partiellement.
A ces expériences C. Schmidt objecte que si l'on recueille le suc gastrique de carnivores à jeun depuis 20 heures au moins on n'y trouve plus d'acide lactique; que si on rencontre ce dernier chez les herbivores, c'est que ces animaux ne sont jamais à jeun, et que les alil ments subissent dans leur estomac des fermentations diverses, parmi lesquelles en première ligne la fermentation lactique. L'acide lactique4
Il est bon de remarquer dos à présent que cet acide n'esl pas nécessairement libre dans lé suc gastrique, mais peut s'y trouver à l'état de combinaisons acides organiques. ?u>u> déve* lopperons ri discuterons ce point plus loin.