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RÔLE DE LA BILE DANS LA DIGESTION

Affluant en abondance au moment de l'arrivée du chyme dans le duodénum, la bile se mélange, en même temps que le suc pancréatique, aux aliments en partie peptonisés. Les matériaux biliaires continuent ensuite à parcourir l'intestin. Une portion en est résorbée : l'eau, les sels alcalins à acides gras et les sels analogues, ainsi qu'une partie des produits de la décomposition des acides biliaires passent dans les chylifères. Mais ces derniers acides ne se retrouvent pas eux-mêmes dans le sang : décomposés dans l'intestin, leurs dérivés solubles, le glycocolle et un peu de taurine, sont résorbés, tandis que l'acide cholaliquc ou ladyslysine, se retrouvent dans les fèces ; quelquefois même on y rencontre de l'acide glycocholique non décomposé. La cholestérine, une certaine quantité de graisses et de matières colorantes biliaires, celles-ci en partie altérées et réduites à l'état d'urobiline, passent dans les excréments, et après avoir été partiellement résorbées, sont ensuite rejetées au dehors.

Au contact du chyme la bile précipite, par ses acides biliaires mis en liberté grâce à l'acidité du milieu, les matières albuminoïdes non peptonisées : elle les transforme en grumeaux résiniformes sur lesquels agit rapidement le suc pancréatique. La pepsine est précipitée par ces mêmes acides et entravée dans ses effets. Les peptones déjà formées ne sont ni altérées, ni précipitées, par les sels biliaires dont elles séparent toutefois les acides sous forme d'émulsion (').

De nombreuses observations, entre autres celles faites sur des animaux dont on laissait écouler la bile au dehors de l'intestin par une fistule biliaire, ont démontré que cette liqueur joue un rôle dans l'absorption des corps gras. La bile concourt, en effet, à leur émulsion par ses savons et son mucus.

(») Maly el Smith. liull. Soc. chim., t. XLI, 209.

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La petite quantité d'acides des corps gras mis en liberté sous l'influence du suc pancréatique s'unit à la soude des sels biliaires en précipitant une quantité équivalente d'acides biliaires.

Une intéressante expérience réalisée par A. Dastre montre que la bile joue un rôle dans l'absorption des matières grasses cl la production du chyle. Dastre pratique sur le chien la fistule cholécysto-intestinale : le canal cholédoque est lié et sectionné, et la vésicule biliaire abouchée en un point de l'intestin grêle éloigné de la région duodénale dans laquelle continue à se déverser le suc pancréatique. L'animal étant guéri du traumatisme opératoire, on lui l'ait absorber un repas riche en matières grasses et, quatre à cinq heures après, on le sacrifie et l'on ouvre la cavité abdominale. Dans toute la région intestinale ne contenant que le suc pancréatique, les chylifères sont transparents, remplis d'un liquide aqueux; à partir du point où la bile se déverse dans l'intestin, les chylifères sont opaques; leur contenu a une apparence laiteuse. Cette expérience est la contre-partie de la célèbre observation de Cl. Bernard sur le lapin. On sait que chez cet animal le suc pancréatique se déverse dans l'intestin à environ 35 centimètres au-dessus de l'ouverture du canal biliaire : les chylifères ne sont laiteux qu'à partir du point où le suc pancréatique se répand dans l'intestin. De ces deux expériences il résulte que la bile joue un rôle dans la préparation du chyle; qu'elle est un agent nécessaire, mais non suffisant de la production du chyle laiteux.

On a établi que le chyle contient plus de corps gras chez l'animal normal que chez celui dont la bile ne s'écoule plus dans l'intestin.

La bile ne paraît pas être apte à transformer l'amidon en dextrine et en glycose (Nasse). Toutefois quelques auteurs (Von Wittich ; Gianuzzi) ont admis qu'il existait dans la bile, même fraîche, un ferment apte à saccharifier l'amidon. Il est bon de rappeler que le foie lui-même contient un ferment qui transforme en sucre le glycogène hépatique, et que, dans certains cas, ce ferment pourrait bien passer en petites quantités dans la bile.

D'après certains auteurs, la bile s'opposerait dans l'intestin aux fermentations intestinales. Les animaux qui perdent leur bile par une fistule, rendraient des excréments d'une odeur repoussante et émettraient des gaz putrides. La maigreur qu'on observe chez ces animaux, la chute de leurs poils, leur langueur, devraient être rapportées à une résorption continue de ptomaïnes et autres substances toxiques dues à la putréfaction intestinale. Arthus n'a pas observé ces accidents dans les nombreux cas de fistule biliaire complète qu'il a pu suivre pendant des mois entiers.

Emiech a démontré que 1 à 5 pour 1000 d'acide taurocholique empêchent la putréfaction d'une infusion de chair ou de pancréas et arrè-

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