CINQUANTE -DEUXIÈME LEÇON
URINES PATHOLOGIQUES (siçitc). — PRINCIPES ANORMAUX DES URINES.
Des substances qui ne se trouvent pas dans les urines de l'homme sain, ou qui ne s'y trouvent qu'à l'état de traces, peuvent apparaître dans les urines des malades. Les plus importants de ces principes anormaux; sont : les corps aibuminoïdes et leurs produits de dédoublements directs tels que les leucines, les tyrosines, l'allantoïne, la xanthine, la cystine; les pigments et les acides biliaires, ainsi que diverses matières colorantes spéciales; la cholestérine ; la glycose et divers hydrates de carbone et sucres ainsi que leurs dérivés; l'acétone et l'acide acétylacétique; les matières grasses; le gaz sulfhydrique, etc.
Matières aibuminoïdes. — Nous avons déjà dit qu'à la suite dexercices violents, de marches forcées, du refroidissement, pour des causes souvent inappréciables, l'albumine peut apparaître passagèrement et en petite quantité dans les urines. Ce ne sont pas là, à proprement parler, des albuminuries : celles-ci sont caractérisées par la continuité de l'excrétion de l'albumine par les reins.
Les matières protéiques ainsi rejetées sont celles du sang : la sérumalbumine, la sérumglobuline généralement moins abondante, quelquefois le fibrinogène et les pigments hématiques (hémoglobine et dérivés).
On peut aussi trouver dans les urines des protéoses. Dans le cas d'une alimentation très riche en ovalbumine, ce dernier corps peut se rencontrer dans l'urine.
Un grand nombre de maladies donnent lieu au passage des albumines à. travers le rein. Ce sont : 1° celles où la pression du sang artériel ;niumente beaucoup dans les glomérules de Malpighi par suite de compression mécanique des veines causée par une tumeur, par la pression de l'utérus gravide, par la difficulté de la circulation qu'entraînent les affections cardiaques; 2° dans toutes les lésions du parenchyme rénal, surtout si elles portent sur les glomérules de Malpighi (rein brigh tique ou à dégénérescence épithéliale, rein amyloïde ou lardacé, rein sclérosé); ?>" dans quelques maladies qui paraissent modifier la nature du plasma sanguin (choléra, empoisonnements graves par le phosphore, le plomb, l'acide oxalique; vésications énergiques; scarlatine, tetère, anémie profonde, morphinomanie, lièvre typhoïde, diphtérie,' ! pneumonie, quelques formes du diabète); 4° enfin après les inhalations
A. Gautier. — Cliimic biologique. /(q
026 L'IUNKS.
de chloroforme (') et quelquefois à la suite des grands traumatisines.
Dans toute albuminurie, les deux albumines principales du sérum, sêrine et qlobuline, passent dans les urines en quantités relative» variables -, la globuline reste d'ordinaire plus rare (*).
Comme nous le venons, les urines alburaineuses se troublent et donnenl des flocons pur la chaleur ou parles acides minéraux. Il reste 1res douteux que la manière d'être de ces flocons, tantôt rétraetiles et tombant au fond du tube, tantôt non rétraetiles el opalescents, indique deux espèces d'albumines et permette de diagnostiquer deux sortes de lésions. L'albumine rétractile signifiant une néphrite avec lésion auatomique des glomérules et épithéliums rénaux, la non-rétractile indiquant un simple trouble des fonctions rénale-.
Les deux albumines principales du sang, la sérumalbumine et la sérum globuline, se rencontrent dans les urines en quantité qui varie de (F, 5 et moins, à 40 grammes par litre dans les cas graves.
A côté de ces deux principales espèces d'albumines, on peut rencontrer dans les urines des malades d'autres substances protéiques. On y a signalé quelquefois les peptones. Suivant Kiihnc et Chittcndcn . ce seraient plutôt des albumoses (hétéroglobulose) . La peptonurie s'observe chez les sujets atteints de diphtérie, de pneumonie croupale, de pleurésie, de typhus, d'atrophie jaune du foie, de néphrite parenchymateuse, de syphilis tertiaire, de rhumatisme articulaire aigu, de scarlatine, de petite vérole, d'érysipèle, de tuberculose, de cancer du foie el de l'intestin, d'ictère et chez ceux-là surtout qui portent des foyers purulents, qui ont des lésions osseuses, qui fabriquent du pus, enfin dans l'empoisonnement par le phosphore. Nous verrons plus loin comment on peut reconnaître et caractériser la peptonurie.
A côté des peptoncs, on trouverait aussi quelquefois dans les urines des chlorotiques et des ostéomalaciques, dans celles des malades atteints de néphrite chronique, etc., une substance qui se confond avec celles que Kùhne a nommées hémialbumoses. Elles sont caractérisées par leur précipitation par l'acide nitrique et leur redissolution à chaud ou dans un petit excès d'acide. Elles précipitent par le sulfate d'ammoniaque en excès, réactif qui ne sépare pas les peptoncs.
Dans les urines d'hématuriques ou de chyluriques on peut, même en l'absence de sang, trouver du fibrinogène. 11 est quelquefois assez abondant pour former des flocons dans la vessie et faire prendre l'urine
(») Celte albuminurie se produit au moins une fois sur trois en l'absence de tout traumatisme. Elle n'est pas proportionnelle à la durée de l'anesthésie ; l'urée, l'acide urique, les chlorures sont généralement augmentés dans ces cas (G. Palein).
{■) Chez deux brightiques, Senator a trouvé qua la globuline formai! environ les deus ticr? , Ot la serine le tiers de l'albumine urinairc. Mais, généralement, dans les maladies des rems et les autres albuminuries, la sérinc est 2 à :i t'ois plus abondante que la globuline.