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EXAMEN MICROSCOPIQUE DES SÉDIMENTS ET DES CALCULS

Dans l'examen sous le microscope d'un sédiment ou de la poudre d'un calcul, il peul se présenter deux eus: ou bien le sédirnenl esl orga] nisé, ou bien il est, en grande partie du moins, amorphe ou cristallin. Dans le premier cas, il ressort surtout de la compétence du mierdgraphe, dans le second de celle du chimiste.

Serf iments organisés .

Pour les sédiments organisés, nous nous bornerons simplement à dire qu'ils peuvent être formés par des épithéliums vésicaux ou rénaux (fig. 86, 87 et 88), quelquefois vaginaux (fig. 89); par des cylindre-

muqueux moulés sur les tubes urinifères du rein (fig. 90), par deâ cylindres épithéliaux dus à la desquamation en masse de la membrane épithéliale qui tapisse les canalicules rénaux (fig. 91) [néphrite chronique); par des cylindres fibrineux de couleur généralement ocreuse, moulés aussi sur les canaux des reins (fig. 9*2) : ils caractérisent

SÉDIMENTS URINA1RES ORGANISÉS. 071 ['hématurie rénale; par des cylindres hyalins ou colloïdes de 5 à 40 \).

Fi;:. 91. — Cylindres hyalins contenant : a, dos leucocytes; Fig. 92.

b, des globules routes décolorés; c, des amas île graisse Cylindres cireux contournés avec des cellules rénales adhérentes à la surface. en tire-bouchon.

de diamètre (fig. 90), à surface lisse, a bouts arrondis, que l'on trouve

Fijç. 07. — Débris divers de fibres cl substances

étrangères trouvés dans les urine-.

a, cheveu ; b', poils de chat; c, laine ; d, libres de coton : e, libres de lin ; f/, fragments de plumes, d'après Beale.

quelquefois dans l'albuminurie; par des globules de pus ou leucocyte!

qui accompagnenl souvent ces cylindres ; par des hématies el quelquefois par des cristaux d'hématoïdine; par dos spermatozoïdes; par de grandes plaques à noyaux multiples, îles débris granuleux, farineux, mêlés de fibres connectées : les premières caractérisent le cancer, les secondes, la tuberculisation du rein (fig. 95): par des parasites el des microbes divers : sarcincs (fig. 96), Blaires, œufs de bilharzie, écliinocoqties, trichomonas, microcoques, bâtonnets, bacilles (lig. 93). Enfin par diverses substances qui peuvent venir de l'extérieur : cheveux, poils, laine, plumes, fibres de coton, de lin, de chanvre, amidons, diatomées, grains de poussière (fig. 97).

Sédiments et caleuls inorganisés.

L'observation directe ou microscopique est encore ici fort utile.

Aspect général et microscopique des sédiments et poussières de calculs. — Une poussière rougeâtre, briquetée, amorphe ou en sphérules épineuses, tels sont les caractères extérieurs

des dépôts d'urate de soude, quelquefois d ' u r at e d 'a mmoniaque .

Des sédiments jaune rougeâtre, friables, amorphes ou formés d'aiguilles cristallines, de cristaux losangiques à angles souvent arrondis, isolés ou groupés en étoiles (fig. 98, a), sédiments insolubles dans l'acide chlorhydriquc, caractérisent sous' le microscope l'acide urique (voir p. 177). Ces sédiments se rencontrent dans les urines des fiévreux, des rlimtiatisants, chez les personnes qui font abus de viande, chez celles qui ont des urines très acides.

Voxalate de chaux forme des sédiments incolores, brillants, très réfringents, où se distinguent de très nombreux octaèdres à base carrée.

Fig. 98.

a, groupes de cristaux d'acide urique; b, oxalale de chaux.

SÉDIMENTS UBINAIRES.

qui, vus en projection, ont l'apparence d'enveloppes de Iettres(fi'g. 98, b.). Quelquefois ce sont des prismes courts, surmontés à leurs bases de pyramides quadrangulaires, des plaques hexagonales, des masses discoïdes réunies entre elles par un isthme et ayant l'air d'haltères. Ces dépôts se rencontrent dans les urines à la suite des troubles respiratoires, digestifs ou nerveux, et dans la convalescence des maladies graves. Ils sont lentement solubles dans l'acide chlorhydrique, insolubles dans l'acide acétique faible.

Le phosphate ammoniaco-magnésien (lig. 99) forme le plus ordinairement les dépôts laissés par les urines alcalines au sortir de la vessie ou par celles qui s'alcalinisent plus tard, mais Ton peut exceptionnellement trouver ce produit dans les urines neutres ou presque neutres. Ses sédiments forment une couche d'un blanc sale, englobant souvent des épithélhïms, du mucus, du pus. Au microscope le phosphate ammoniaco-magnésien se présente sous la forme de cristaux parallélépipédiques allongés qui, vus de face, ont l'aspect de pierres tombales. Quelquefois il peut cristalliser i en étoiles à 3 ou 4 rayons sur lesquels viennent s'implanter des aiguilles plus fines en forme de barbes de plume. Le phosphate ammoniaco-magnésien se dissout dans l'acide acétique.

Le phosphate magnésien (P04)sMg\ 21PO qui se présente en Ion -s i cristaux plats est assez rare. Une solution de carbonate d'ammonium use et • dissout ces cristaux.

Les phosphates de chaux

Fi;;'. 99. — Groupes île cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien oblonu : a par I'ôvaporation lenle, b par l'évaporatiou rapide de l'urine.

Fig. 100. — Cristaux de phosphate bibasique de chaux.

(P0*)«Ca» et P04CaH,2H20

peuvent se rencontrer dans les dépôts et calculs urinaires, le premier surtout sous la forme de petits grains solubles dans l'acide acétique; le second P0*CaI-I,2H,0 est en aiguilles fines (fig. 100) (souvent groupées en boules et en rosettes.

Les carbonates de chaux ou de magnésie, toujours en faibles quantités, ne se rencontrent jamais seuls; ils accompagnent quelquefois les phosphates précédents. Le carbonate de chaux trouble souvent les urines des herbivores et peut, quoique rarement, former chez l'homme des calculs séparables en sphérulcs très petites de couleur foncée, souvent.

A. Gautier. — Chimie biologique. ^

unies entre elles, (les calculs se dissolvent avec elleivescence dailS les acides.

Le sulfate de chaux a été trouvé deux fois par Walentiner, puis par Fiïrbringer, dans les dépôts des m ines d'un jeune anémié et dans un

cas de myélite. 11 se présentait en aiguilles prismatiques aplatiéfc grou^ pées en étoiles, insolubles dans les acides organiques, difficilement solubles dans l'acide chlorhydrique.

La cystine, qui est très rare, l'urine des erisiau\ incolores lamellaires cl des prismes plais à six pans. Sa solubilité dans l'ammoniaque, les alcalis caustiques elles acides minéraux la l'ont aisément reconnaître.

La tyrosine se présente dans quelques cas tout à l'ail exceptionnels en aiguilles blanches, fines, soyeuses, groupées en pinceaux; la xanthiné peut se déposer en cristaux fusiformesou en masses amorphes jaunâtres! Vurostêàlithe à l'état frais se réunit quelquefois en calculs mous et élastiques; V indigo a été trouvé à l'état de dépôts dans le choléra et le typhus, etc. Tous ces corps forment si rarement des sédiments ou des calculs qu'il sera bon, si l'on soupçonnait l'existence de l'un d'entre eux, de recourir à une étude attentive basée sur l'ensemble des caractères de chacune de ces substances.

Aspect extérieur des calculs- — Avec un peu de pratique* l'observation préliminaire des caractères bue nous venons de rappeler suffira pour reconnaître la nature d'un dépôt ou d'une concrétion, si

l'on tient compte, en même temps, de l'aspect, de la consistance, de la couleur de ces dépôts, de ces calculs ou de leurs poudres, et des quelques renseignements fournis par l'emploi des acides sous le microscope.

Les calculs d'acide uricjue ( fig.

101 ), les plus nombreux, sont rougeâtres à l'état frais, jaunâtres quand ils sont secs: leur poussière est jaune brun. Ils sont durs à casser.

Les calculs d'oxalate de chaux (fig. 102) sont, hérissés à leur surface de mamelons et d'aspérités : on dirait extérieurement des mûres, d'où ce nom de calculs muraux. Ils sont bruns; en irritant les reins et la vessie, leurs rugosités produisent, en effet, un suintement continu «le mucus et de sang qui vient cimenter et colorer leurs cristaux.

Les calculs de phosphate ammoniaco-magnésien sont blancs à tex-

Fig'. 101 — Calcul d'acide urique.

Fiji. 102. — Calcul d'oxalate île chaux avec couches pigmentées.

CALCULS VÉSICAUX 075

ture cristalline. Lorsqu'on les chauffe, ils dégagent abondamment de l'ammoniaque. Ces calculs et ceux d'oxalate sont les plus nombreux après ceux que forme l'acide urique.

Les calculs de phosphate de chaux (fig. 103) ont généralement une surface lisse, ils sont amorphes, infusibles, peu colorés; leur cassure est terreuse, blanche ou grisâtre. Les dépôts ammoniacomagnésiens et ceux de phosphates calcaires forment souvent des couches alternantes.

Le carbonate de chaux est rarement mélangé, en couches superposées, avec les phosphates de la môme hase. Le carbonate de chaux fait effervescence avec les acides.

Les calculs de cystine sont très rares, lis se distinguent par leur légèreté. Ils sont quelquefois hérissés de petits cristaux. Ces calculs sont blanc jaunâtre, translucides, faciles à couper et à rayer.

Examen chimique des sédiments et des calculs. —

Malgré ces constatations préliminaires, faciles a faire dans le cabinet d'un médecin instruit, on peut souvent hésiter sur la composition d'un calcul, avoir besoin de contrôler définitivement l'opinion qu'on s'en est faite, ou bien être arrêté par la nature complexe d'une concrétion.

Pour examiner un calcul à fond, il faut le diviser nettement d'un trait de scie ; s'il est formé de couches concentriques d'aspect et de couleur différents à l'œil, il convient de séparer chacune de ces parties et de les examiner successivement en suivant la marche que nous allons exposer d'après E. Salkowski et Leube.

On pulvérisera chaque partie du calcul à étudier et l'on en incinérera vue petite fraction sur la lame de platine. Il arrivera ou bien (a) que le calcul brûlera complètement sans laisser de résida sensible, ou bien tb) qu'il ne brûlera qu'imparfaitement et laissera un résidu notable.

(a) La poussière du calcul brûle sans laisser de résidu notable. — C'est là un cas assez rare : ce calcul ne peut dès lors être formé que d'acide urique pur, à'urate d'ammoniaque, peut-être de fibrine, xanthine, < \>line, urostéalithe ou indigo. Les quatre dernières substances sont d'une extrême rareté il est vrai, mais si l'absence ou la presque absence d'acide urique, jointe à la combustibilité totale du calcul, faisaient soupçonner l'existence de l'une ou de l'autre de ces matières très rares, les divers indices suivants mettraient sur la voie pour la détermination aéfinitive : la fibrine donne en brûlant l'odeur de corne brûlée, elle se dissout à chaud dans la potasse et est reprécipitée par l'acide acétique à l'état de gelée; elle présente tous les caractères des albuminoïdés ;

Fig. 105. — Calcul di' phosphate do chaux déposé autour d'un noyau, précédemment brisé , d'acide urique.

C70 UIU NES

Li xanlhine et la cysline sent solubles dans l'acide chlorhydriquë, caractère qui les différencie déjà des urates el de l'acide inique. Par addition d'un excès d'ammoniaque à'Ia liqueur acide, tandis que la cysline se précipite, la xanthine reste an contraire en solution. La poudre des calculs xanthiques chauffée avec l'acide azotique prend une couleur jaune que la potasse l'ail passer à l'orangé foncé. Uurostéalithe esl élastique et soluble dans l'éther. L'indigo donne, lorsqu'on le chauffe en tube fermé, des vapeurs pourpres el. un sublimé bien cristallin soluble en beau bleu dans l'acide sulfurique de Nordhauscn.

An contraire, si l'on a affaire à un calcul d'urate d'ammoniaque ou d'acide inique, la réaction de la murexide (|>. 179) serait positive. Dans ce cas, on reprend la poudre du calcul par de l'acide chlorhydriquë étendu et l'on chauffe un peu. La majeure partie de l'acide urique reste comme résidu; il est facile de le caractériser ainsi qu'on l'a dit. La fibrine, Y indigo ou Yurostéalîthe, s'il y en avait, resteraient mélangés. On caractériserait ces substances après avoir, au besoin, préalablement redissous l'acide urique à chaud dans du carbonate de lithine. Enfin la liqueur chlorhydriquë contiendrait la cystinc, la xanthine et l'ammoniaque, s'il s'en trouvait de combinées ou mélangées aux précédentes matières dans la concrétion qu'on examine.

(b) La poussière du calcul ou le sédiment urinaire lavé à Veau, laisse après calcination sur la lame de platine un résidu terreux abondant. C'est le cas le plus général. On poursuivra l'essai comme suit:

Une certaine quantité du sédiment ou du calcul finement pulvérisé est mise à digérer à chaud avec de l'acide chlorhydriquë étendu. S'il y a dissolution complète, on peut conclure à l'absence d'acide urique el d'urates. Si cette dissolution se fait avec effervescence, le calcul contient des carbonates. Mais généralement il n'y a pas d'effervescence el la dissolution est incomplète. On examine alors séparément le résidu (a) et la solution chlorhydriquë (b) :

Le résidu (a) peut ne contenir que de Y acide urique. On reconnaîtra cet acide parla réaction de la murexide; si l'acide inique est seul, le résidu se dissoudra totalement à chaud dans le carbonate de lithium (4 à 5 fois son poids). La gangue organique restera insoluble s'il y en existe. On s'assurera qu'elle est ou non azotée ; qu'elle contient ou non du fer [hëmatine); si elle est organisée; si elle est formée de mucineï Après lavage à l'eau acidulée, elle ne devra pas laisser de cendres à la carbonisation. S'il en restait une proportion très sensible, on pourrait y rechercher la silice qui a été rencontrée quelquefois dans des calculs urinaires chez l'herbivore ;

La solution chlorhydriquë (b) ci-dessus sera faiblement alcaliniséé par l'ammoniaque, puis acidulée, sans filtrer, par quelques gouttes

CALCULS VÉSICAUX. 077 d'acide acétique. Si la liqueur reste claire, c'est qu'elle ne contenait ni fer à Vêlai de phosphate, ni oxalate de chaux. Les traces de phosphate ferrique, s'il y en avait, resteraient à l'état de flocons blancs brunâtres : on j caractériserait facilement le fer par ses réactions. Uoxalale de chaux, lorsqu'il v en a, reste à l'état de précipité pulvérulent, presque insoluble dans l'acide acétique faible qui acidulé la liqueur, soluble clans l'acide chlorhydrique d'où le reprécipite l'ammoniaque. Séché et calciné modérément, il laisse du carbonate de chaux qui fait effervescence avec les acides; calciné plus fortement, il donne de la chaux qui bleuit le papier de tournesol.

La solution chlorhydrique du calcul traitée par l'ammoniaque et l'acide acétique, et séparée par filtration, s'il est nécessaire, de l'oxalatc de chaux ci-dessus, peut encore contenir de l'acide phosphorique, de la ehaux, de la magnésie et de la soude.

On caractérisera Y acide phosphorique par l'acétate d'urane, ou (après évaporation complète de la liqueur en présence d'un petit excès d'acide nitrique) par l'acide molybdique en liqueur nitrique. La chaux sera précipitée en ajoutant à la liqueur neutralisée par l'ammoniaque et acidulée d'acide acétique, un peu d'oxalate d'ammoniaque; la magnésie, en versant, après séparation de la chaux, un peu de solution de phosphate de soude qui donnera, par agitation, du phosphate ammoniacomagnésien cristallisé. On pourra rechercher enfin les alcalis en agissant sur une nouvelle portion du calcul dissous dans l'acide chlorhydrique et procédant sur cette solution comme on a dit pour la recherche et le dosage de ces substances dans les urines elles-mêmes.

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