PHÉNOMÈNES DE RÉDUCTION
Les phénomènes de réduction sont incessants dans les plantes. La fonction chlorophyllienne est essentiellement chargée de changer l'acide carbonique et l'eau en substances sucrées ou phénoliques combustibles ; et les corps réducteurs énergiques ainsi produits sont aptes à réagir sur les nitrates pour reproduire avec eux des principes azotés quaternaires et des substances protéiques (p. 36).
11 n'est pas douteux que certaines cellules de l'économie animale puissent provoquer des phénomènes de réduction analogues. Mais on peut dire qu'ils sont presque toujours accompagnés dans ce cas de phénomènes corrélatifs d'oxydation qui leur fournissent l'énergie nécessaire. C'est ainsi qu'agit le ferment butyrique lorsqu'il fournit à la fois, aux dépens du glucose, des acides carbonique et butyrique et un corps essentiellement réducteur et combustible, l'hydrogène. Chez l'animal, on voit de même l'acide malique, par exemple, se réduire pour donner de l'acide succinique, en même temps que s'oxyder partiellement à l'état d'eau et d'acide carbonique. Nous trouvons dans nos sécrétions des produits putréfactifs réduits et oxydables, tels que les matières extractives et les leucomaïnes, à côté d'acides très oxygénés, d'acide carbonique et d'eau d'origine synthétique. Nous voyons dans le sang et les tissus l'indigo bleu passer à l'état d'indigo blanc, la bilirubine à l'état d'urobiline :
C3»H'«Az408 + n°-0 + Hs = ÇWAz^O1
Bilirubine. Urôbiline.
(*) Compi.rend. Acad. se, t. CXX, p. 2GG ; l. CXXI, p. 100 cl 783; l. GX1I, p. 1132. La laccase et les ferments semblables, onl. la propriété d'oxyder facilement les diphénols el amido-pbénols en position ortho cl para, mais non meta.
(3) Compt. rend. Acad. se., t. CXXIT, p. 1215. — lbid. Bourquelot : Ferment oxydant des champignons, t. CXXXIII, p. 315.
en même temps qu'il se fait de l'urbchrome, plus oxygéné, ot de l'acide carbonique.
Ces faits sont-ils explicables par des mécanismes d'ordre physique ? Les tissus peuvent-ils être comparés à des piles électro-capillaires où l'hydrogène et l'oxygène naissants se développeraient à travers les membranes cellulaires grâce à l'action réciproque des matières actives du sang cl dos cellules? Ka ut- il rechercher les causes efficaces de ces phénomènes dans de pures réaclions chimiques? Pour les expliquer Hoppe- Seyler admet, avec nous, qu'il y a chez l'animal un mode de vie sans air qu'il compare aux fermentations putrides. II croit que ces fermentations ont toujours, ou presque toujours, pour résultat un dégagemenl d'hydrogène à Vétat naissant. Cet hydrogène serait, d'après ce savant, l'élément essentiellement réducteur des corps oxydés de l'organisme. Il serait apte à se porter même sur l'oxygène libre et dans une molécule 02, à s'emparer d'un atome d'oxygène /pour former de Peau, transformant ainsi l'autre atome en Yoxygène naissant. C'est par l'entremise de cet oxygène ainsi chargé d'énergie que se passeraient, suivant lui, les oxydations réciproques des réductions concomitantes provoquées par l'hydrogène actif.
Mais c'est Là une pure théorie, et même en l'acceptant, il n'en resterait pas moins à expliquer par quel mécanisme et grâce à quelle énergie se produit l'hydrogène naissant des fermentations anaérobics (').
Dans tous les cas le principe réducteur de la cellule est fixé dans le protoplasma vivant, il est colloïde, appartient à sa partie non dialysable. probablement à une matière protéique et se détruit en présence des acides étendus (Bokorny).
(') J'en dirai à peu près autant de l'hypothèse de Lœw, qui attribue la puissance réductrice des protoplasmas vivants à des groupements aldéhydiques et amidés qu'ils contiendraient durant la vie, et qui passeraient après la mort à l'état de groupements isomériques alcooliques et amidés. Ce sont là de pures vues de l'esprit, une apparence d'explication scientifique.
M. de Rey-Pailhade a démontré qu'il existait dans les deux règnes une substance contenue surtout dans les jeunes cellules cl I issus en train de proliférer (bourgeons, grain,-, muscles, etc.), qui jouit de la propriété de s'unir activement à froid au soufre libre, donnant ainsi de l'hydrogène sulfuré libre. 11 faut donc, pense-l-il, que celte substance, qu'il a non ni philothion, contienne de l'hydrogène, pour ainsi dire naissant, qui pourrait être cause di réductions observées dans l'économie. Si nous représentons par R le philolhion privé de cet hydrogène, Rll2 sera le philothion complet. Si MO est une substance organique oxygénée, on comprend que l'on puisse avoir :
RH* + MO = + H -h M.
Il devenu libre décomposerait l'eau pour donner de l'oxygène naissant apte à oxyder les tisMis. et le philothion primitif Rll2 ainsi reproduit recommencerait le cycle de ces réactions. Voit Compl. rend., t. CVI, p. 1083; CYII, 43; CVIII, 356; et Bull. Soc. chim., [3], t. CXI. p. 171). Ici encore il y a une part trop grande d'hypothèse, le philothion n'ayant pas été isole el décomposition de l'eau par ce corps n'ayant pas été établie expérimentalement.