HYDRATES DE CARBONE. — SUCRES. — DEXTRINES ET CORPS ANALOGUES
Les hydrates de carbone existent dans l'économie animale sous deux Formes principales : glycogène et glycose, le glycogène en dépôt surtout dans le l'oie et les muscles, la glycose circulant dans le sang. 11 faut à ces deux substances adjoindre l'inosite des muscles.
Les hydrates de carbone ont une double origine, ils proviennent des sucres et amidons alimentaires et du dédoublement des substances protéiques dont nous nous nourrissons ou qui se désassimilent dans les tissus. Les hydrates de carbone contenus dans les aliments sont finalement transformés en glycose par l'action des sucs digestifs. Absorbée presque exclusivement par les branches intestinales de la veine porte, la ulycose est entraînée vers le foie. Une partie le traverse, l'autre est retenue et fixée dans les cellules hépatiques sous forme de glycogène. Les choses se passent ainsi pendant l'absorption intestinale. Dans l'intervalle des repas, alors qu'il n'y a plus absorption de sucre, le glycogène hépatique s'hydratant se transforme en glycose et passe dans le sang pour compenser les pertes de cette humeur en sucre. Le sang s'appauvrit en effet en glycose dans les capillaires sanguins, soit que celui-ci soit détruit dans le sang lui-même, ce qui est peu probable; soit que ce sucre soit absorbé par les tissus ou plutôt consommé grâce à leur activité. On sait, en effet, que pendant la contraction musculaire le sucre du sang est abondamment détruit par le muscle auquel il fournit l'énergie nécessaire à son fonctionnement; on sait aussi que le muscle accumule en lui sous forme de glycogène, et pendant les périodes de repos, les hydrates de carbone qu'il utilisera pendant le travail.
Certains auteurs ont prétendu que la glycose formée dans le foie ne provient pas du glycogène contenu dans cet organe, mais dérive directement de la destruction des substances protéiques. Pour diverses raisons théoriques et expérimentales, nous croyons que ces vues sont trop absolues; nous admettons que le sucre du sang, en particulier, peut avoir une origine autre que la transformation du glycogène hépatique. Nous admettons aussi la formation du sucre du sang aux dépens de substances protéiques. Elle est démontrée par les faits suivants.
Lorsqu'on soumet des jours et des semaines, un animal à une alimen-
tation exclusivement protéique, débarrassée par côctionàl'eau bouillante de la plus grande partie, sinon de la totalité, des hydrates de carbone d'ailleurs peu abondants dans la viande, on constate que la quantité de sucre du sang n'a pas diminué et que les tissus, en particulier le foie et les muscles, contiennent d'abondantes réserves de glycogène (Cl. Bernard). Naunyn a trouvé que le foie d'un chien nourri pendant 45 jours de viande maigre épuisée à l'eau bouillante donnait à l'analyse 3,5 pour; 100 de glycogène. Von Mcring, après avoir fait jeûner pendant 21 jours deux chiens du même poids, nourrit l'un d'eux pendant 4 join s avec; de la fibrine de sang de bœuf. Ce chien ayant été sacrifié, il trouva dans son foie 16gr,3 de glycogène, dans celui du chien témoin 0gr,48.
Dans le diabète à forme grave l'élimination urinaire delaglycose n'esl pas supprimée par une alimentation exclusivement carnée. Les quantités énormes de glycose ainsi éliminées pendant des semaines et des mois proviennent exclusivement des substances protéiques ingérées.
Enfin lorsqu'on fait ingérer à un chien de la phloridzine à raison de 1 gramme par jour et par kilogramme du poids du corps, on constate qu'il se produit une élimination abondante de sucre par les urines. En même temps les hydrates de carbone de l'organisme diminuent progrès-; sivement sans toutefois disparaître complètement. Si l'on continue à donner la phloridzine à l'animal on prolonge la glycosurie, et les quantités de sucre éliminées sont très supérieures aux réserves d'hydrates de carbone de l'organisme, comme on a pu s'en assurerpar des expériences comparatives. Donc, dans ce cas encore, il y a eu dans l'organisme production de sucre aux dépens de substances protéiques (').
La transformation des matières grasses en glycogène ou en sucre ne nous paraît pas avoir été nettement établie chez les animaux supérieurs. M. Couvreur, en étudiant les modifications du ver à soie, a vu qu'une énorme quantité de glycogène prend naissance chez cet animal au début de la période chrysalidaire alors qu'il ne prend plus de nourriture. Ce glycogène s'est donc développé aux dépens de la propre substance du ver à soie. Et comme en même temps que cette augmentation du glycogène on observe une diminution parallèle des graisses, il semble qu'on puisse raisonnablement conclure que ces hydrates de carbone dérivent de ces corps gras.
Dans ces derniers temps, R. Dubois, d'une part, dans ses études si intéressantes sur la physiologie de la marmotte, Chauveau, de l'autre, sont revenus sur cette production du glycogène par oxydation des graisses. Chauveau croit ce phénomène continu et normal dans l'économie et l'exprime par l'équation :
(*) A moins que l'on admette dans les cas de glycosurie d'origine phloridziquc une transformation de la graisse en sucre.