TOXALBUMINES ET FERMENTS SOLUBLES
Comme Appendice à l'étude des principes protéiques, nous donnerons dans cette Leçon les principaux renseignements que Ton possède a celle heure sur les albuminoïdes à caractères toxiques produits par les animaux et les plantes. Quoique la propriété d'être vénéneuses ne suffise pas pour en faire, au point de vue chimique, une classe à part, ces substances, jouent un trop grand rôle en physiologie, on s'en est trop occupé depuis quelques années à propos des virus et des venins, pour que nous les passions sous silence et même que nous ne séparions pas leur étude de celle des autres corps protéiques.
H faut remonter jusqu'en 1843 pour trouver la première mention d'un albuminoïde vénéneux. A cette époque le Prince Lucien Bonaparte, étudiant le venin de vipère ('), fit la remarque que son principe actif. Véchidnine est de nature protéique. De 1860 à 1883, en Amérique, Weir Mitchell d'abord, puis T. Rcichardt (2) confirmèrent et développèrent les observations 'de L. Bonaparte dans leurs recherches sm les venins de serpents américains [Crotale, Daboia, etc.). Plus tard, ces observations furent reprises en Angleterre, et précisées au point de vue chimique, par Norris Wolffenden qui, en 1880. sépara du venin de vipère et de celui de cobra une albumine, une globuline et une acidalbuj mine. Ces deux dernières surtout furent reconnues par lui très toxiques
(M Gaïetta toscana délie Scicncie médicofisicc, 1843, p. 169.
(*, Smithsonian Contributions, 1860; p. 1)7; et 1868; p. 156. - Expenmental contr® butions lo Hic toxicoiogy of ftalllesnake venom, New-York, 1868.
En 1888, en Italie, A. Mosso découvrit dans le sang d'anguille et des murénides une séroalbumine, extrêmement vénéneuse. Depuis on a trouvé que les sangs de couleuvre, vipère, salamandre, hérisson, contiennent aussi des corps albuminoïdes toxiques. Injectés sous la peau, ees divers sangs tuent à des doses à peine trois l'ois plus fortes que celles du venin de vipère.
Les champignons et les microbes fournirent, à leur tour leur contingent d'albuminoïdes toxiques. D'après Brieger, les toxines sécrétées par les microbes du choléra, de la lièvre typhoïde, du charbon, de la diphtérie, etc., sont de nature albuminoïde.
Enfin des corps protéiques très dangereux ont été découverts dans les fruits du ricin (ricine, de Y abmis precatorius oujéquirity (abrine), du lupin jaune, dans l'écorce d'acacia (rubine) et d'autres légumineuses.
Divers composés vénéneux, doués de fonctions diastasiques, ont été signalés dans les sécrétions microbiennes ou animales : tels sont les l toxines de la diphtérie et du tétanos, le toxifibrinogène de Wooldridgc, • et les ferments digestifs normaux de l'organisme eux-mêmes qui, lorsqu'on les introduit directement dans le sang ou sous la peau, produisent. à petite dose, des phénomènes d'intoxication.
Mais entre ces divers agents toxiques, il y a lieu de distinguer : les uns se comportent comme des albuminoïdes proprement dits, les autres comme des nuclcines, d'autres doués ou non de propriétés zymasiques ont une composition qui peut ne pas être albuminoïde. Toutes ces toxines méritaient donc une étude h la fois générale et complète. Nous l'avons faite ailleurs (*). Ici, nous nous bornerons à donner les caractères généraux, spécifiques, de ces corps et à dire ce que l'on sait i des plus importantes et tout particulièrement de celles qui sont de nature albuminoïde.
Caractères des toxines. — En général, les toxines sont des substances albuminoïdes ou des dérivés plus ou moins prochains de
ces albuminoïdes; quelquefois elles sont riches en phosphore et appartiennent à la classe des nucléines. Par leurs caractères généraux, elles tendent à se rapprocher des alcaloïdes proprement dits; certaines d entre elles, celles du charbon, par exemple, jouissent à la fois de pro-
; priétés albuminoïdes, en même temps qu'elles bleuissent faiblement le tournesol et forment des sels définis avec les acides. D'ailleurs nous savons que les caractères de bases faibles ont été reconnus aux corps albuminoïdes proprement dits, qui passent par degrés insensibles de cette classe à celle des composés alcaloïdiques ordinaires.
Beaucoup de toxines répondent à la réaction xantboproléïque, à
1 Lei toxines microbiennes et animales, Paris, 189G, Société des éditions scientifiques.