vol. d'oxygène
•+■ 1 vol. de vap. d'eau.
Lorsqu'on opère cette réaction dans un flacon en verre d'un demilitre, au moyen d'une bougie enflammée, il se produit une violente explosion.
La réaction et les produits sont tout autres, lorsqu'on place l'acide suhhydrique mélangé d'oxygène ou d'aji:, en présence de certains corps
poreuxy et à une température de -{- ^ ^ ^ degrés seulement. Dans ce cas, il se forme de l'eau et de l'aidde sulfurique.
Cette conversion de l'hydrogène sulfuré en ce dernier acide énergique, a lieu dans une infinité de circonstances naturelles, auprès des sources minérales sulfureuses, à Enghien, à Allevard, à Agnano près Napies, à Bagnères de-Luchon, etc.; mais nulle part le phénomène n'est plus apparent qu'aux bains sulfureux d'Aix-en-Savoie. Les rideaux qui, dans les piscines de cet établissement thermal, servent à isoler les malades, s'imprègnent en quelques semaines d'une si grande quantité d'acide sulfurique, que la toile qui les constitue en est profondément altérée et qu'elle tombe en poussière au moindre frottement, si l'on n'a pas le soin de la laver fréquenunent. Les vapeurs des eaux d'Aix ne contenant que de l'hydrogène sulfuré, il est bien évident que c'est à l'oxydation de ce gaz, au contact du linge qui fait ofGce de corps poreux, qu'il faut rapporter la production de l'acide sulfurique qui attaque et ronge le tissu végétal.
L'eau dissout trois fois son volume de gaz sulfhydrique,àla température de 4- 18 degrés. Cette dissolution a l'odeur et la saveur du gaz, sans en avoir les propriétés délétères, puisqu'elle est employée dans quelques maladies. Elle l'abandonne par rébuliltion ou par son exposition dans le vide. Elle s'altère assez promptement au contact de Tair, parce que l'oxygène brûle l'hydrogène d'une partie du gaz et fait déposer le soufre. Voilà pourquoi cette dissolution est toujours un peu trouble, et pourquoi les vases dans lesquels on la conserve présentent sur leurs parois un dépôt blanchâtre et pulvérulent de soufre. Il faut donc avoir soin, pour la conserver intacte, d'employer de l'eau bouillie pour dissoudre le gaz et d'en remplir entièrement les flacons, qui doivent étj*e d'une faible capacité.
Ce gaz attaque la plupart des métaux à la température ordinaire et les noircit. Cela provient de ce que le soufre qu'il contient se combine avec eux et donne lieu à des composés noirs, qu'on appelle sulfures. Les ustensiles d'argent, de suivre, de plomb, d'étain, sont à chaque instant noircis, dans nos demeures, par les exhalaisons d'hydrogène sulfuré qui viennent les frapper. Les peintures dans lesquelles il entre des composés métalliques éprouvent les mômes efl'ets. Presque toujours, lorsqu'on opère la vidange des fosses d'aisances, l'hydrogène sulfuré qui se répand dans les appartements altère et noircit les lambris peints, les tableaux, les bronzes, l'argenterie, les ustensiles de cuisine, au grand désespoir des propriétaires de ces objets. Les œufs pourris et môme les œufs frais, qu'on fait cuire dans des vases d'argent, n'ont la propriété de noircir la surface de ceux-ci que parce qu'ils répandent toujours un peu d'hydrogène sulfuré. Tout le monde a remarqué ce fait.
Lorsque les métaux sont en dissolution dans les acides, ce gaz agit également sur eux, et les précipite sous l'orme de poudres colorées qui consistent en sulfures métalliques.
Les bateleurs de places publiques ont su tirer parti de cette propriété pour exciter l'étonnement et faire naître la crédulité chez le peuple qui les écoute avec tant de confiance. Hs plongent dans un vase contenant un peu de gaz suif hydrique, des papiers blancs sur lesquels ils ont tracé à l'avance leurs oracles avec une légère dissolution d'un sel de plomb. A l'instant même, des caractères bruns apparaissent, comme par miracle, sur ces papiers. Ce résultat est dû, comme vous le devinez bien maintenant, à la production d'un sulfure noir de plomb dans toutes les parties du papier qui ont été imprégnées de la dissolution incolore du sel métallique.
C'est un effet analogue qui se produit sur le visage des pei*sonnes qui se servent du blanc de fard. Cette substance renferme de l'oxyde de bismuth. Or, celui-ci devient subitement noir, dès que les moindres émanations sulfureuses aririvent dans les appartements.
Hoyens de faire disparaître de l'air l'acide Bnlfiiydrlqae. — La chimie nous offre heureusement les moyens de nous préserver de l'action funeste et prompte de l'hydrogène sulfuré. Lorsqu'il existe dans l'atmosphère, il suffit d'y dégager un peu de chlore, qui, gazeux comme lui, se répand dans l'espace, et réagit complètement sur le gaz infect, en s' emparant de son hydrogène et en mettant le soufre en liberté.
Vous allez voir. Messieurs, ce phénomène se manifester à l'instant, lorsque j'aurai fait passer quelques bulles de chlore dans une cloche contenant de l'acide sulfhydrique. Les deux gaz vont disparaître, et les parois de la cloche se recouvriront de soufre divisé. L'eau de chlore, versée dans une dissolution d'hydrogène sulfuré, produit les mêmes effets.
La légende suivante traduit nettement cette réaction :
Soufre- Âcide sulfhydrique =
Hydrogène-
= Acide chlorhydrlque.
Chlore ■
C'est ainsi que les fumigations guytoniennes désinfectent et purifient comme par enchantement les lieux empoisonnés par l'hydrogène sulfuré. Avant dé laisser les ouvriers descendre dans les fosses d'aisances ou les égouts pour les curer, on devrait toujours décomposer ce gaz si délétère, soit par des fumigations de chlore, soit par des aspersions, en tous sens, avec une dissolution de chlorure de chmiXy ou même renouveler l'air des fosses et des égouts par un tuyau plongeant au fond de la cavité et en conmiunication, par le haut, avec un fourneau rempli de charbons allumés.
Le gaz. acide sulfureux peut également servir à faire disparaître l'hydrogène sulfuré répandu dans un espace limité, car, s'il ne^se produit
aucune réaction entre les deux gaz quand ils sont secs, en revanche, dès qu'ils sont humides, ils se décomposent réciproquement en donnant lieu à de l'eau et à dû soufre, ainsi que la légende suivante le démontre :
Acide sulfhydrique.
'Acide sulfureux.
/ Soufre-
Hydrogène-
= Eau.
t Oxygèi ' Soufre-
Préparation. — Il y a beaucoup de moyens d'obtenir à l'état de pureté le singulier composé dpnt je fais en ce moment l'étude. Je ne vous apprendrai aujourd'hui que le plus simple et le plus expéditîf.
Il consiste à mélanger 2 parties de limaille de fer avec 1 partie de fleur de soufre, et la quantité d'eau nécessaire pour faire une pâte que Ton chauffe doucement (i). Quand elle est devenue noire, il suffit de l'intro-
Fig. 119. — Préparation du gaz acide sulfhydrique.
duire dans un flacon et de la traiter avec de l'acide sulfurique étendu (fig. H 9). Le gaz sulfhydrique se dégage avec rapidité : on le reçoit sous des cloches pleines de mercure.
(1) Le résultat de cette combinaison est du sulfure de fer hydraté dont la formation est toujours accompagnée d'une élévation de température très-considérable, qui peut aller jusqu'à l'incandescence et à la combustion du produit. Il est bon, par conséquent, d'éviter le contact de l'air, et pour cela le mieux, c'est de mé-
La théorie de cette opération est fort simple. L'eau est décomposée :
son hydrogène se combine avec le soufre et donne lieu au gaz infect
qu'on cherche à obtenir; son oxygène se porte sur le fer, Toxyde, et le
rend propre alors à s'unir à l'acide sulfurique. Le sel qui en résulte est
ia couperose ou vitriol vert, c'est-à-dire le sulfate de fer,
La légende suivante va vous faire mieux comprendre cette curieuse l'éaction :
Oxygène- Eau =
! Hydrogèno-
sulfhydriq A^cido sulfurique
rlsuSTydrique. = Protoxyde de fer
( Sulfate ! de fer.
I-orsqu'on veut avoir un dégagement continu d'hydrogène sulfuré et ^^ t>«8Ôtre incommodé par lui, on peut se servir avec avantage de Tap- P^i*oil que je vous ai déjà montré à propos du gaz hydrogène {fig. i20).
Ï-'O plus souvent c*est en dissolution qu'on l'emploie. Comme il est ^<^txvenable de ne la préparer qu'en très-petite quantité à la fois, à cause
^'^ ger le fioufre et la limaille de fer avec l'eau dans le vase môme qui doit ^^"^ir à la production* de Thydrogène sulfuré ; la vapeur d'eau qui apparaît par ^^itc du développement de chaleur chasse l'air du vase et prévient toute altéî^tio« du sulfure de fer hydraté,
> ^-^ rapide inflammation . de Jce produit au contact de l'air, observée par I^^Haery, avilit suggéré à cet illustre cliimiste rouennais une explication assez ^^évûeusé dés i]|ruptions vokani^iues. Il supposait que celles-ci étaient dues à la faction mutuelle du soufre, du fer et de l'eau qui se trouvent dans les entrailles ^ la terre, et au contact de l'air avec le produit de cette réaction ; il prétendait ^^t^c imiter ces grandes opérations de la nature avec le mélange auquel il donna ^ nom de volcan artificiel, nom encore conservé dans les laboratoires au sulfure p fer hydraté préparé comme il a été dit ci-dessus. En plaçant à un mètre sous ^ïTe un mélange de quelques kilogr. de fer et de soufre humectés conve- J^^blement, une éruption se manifeste au bout de quelque temps, à cause de ** Vaporisation d'une partie de l'eau, et, dès que le sulfure de fer est lancé au Jl^ilieu de l'air, il s'y embrase et simule ainsi ces jets de flamme qui sortent des "ouches des volcans.
^ette expérience curieuse ne peut en aucune manière servir à l'explication ^^8 phénomëheb volcaniques qui ont une tout, autre origine, ainsi que je l'ai démontré dans mon ouvrage sur les xoli^rxB {Considérations, générales sur les vol' ^^^s et examen critique des diverses théories qui ont été successivement émises ^*<^ expliquer lès phénomènes volcaniques. 1 vol. in-8 (183Î), p. 85. — Rouen, ^»céus Périaux). c -
GlRAROlN. — !• 13
lSf4 HUITIÈME LEÇON.
de sa facile altéralion par l'air, l'appareil suivant (/!(;,' 121) suflll. Mai^.
dans te cas, pour que le dégageaient de l'acide suirtijidrique soit oioiDM
Fig. lïii. — Appareil
coDiiaue lie l'hydrogène luIfOré*
prompt et que ses bulles reslenl plus longtemps en contact avec l'eau, on se sert d'un sulfure de fer non hydraté et plus dense. Ce dernier s'obtient en pi-ojetanl par- portions dans un creuset loage
■ datbiiifig, 122) un mélangea parties égales desoufreet delimaillede fer et chautTant ïiolemmcnl pour compléter la combinaison. Ainsi préparé, le sulfure de fer n'est plus inflammably dans l'air et penl se conserver indéfiniment sans altération. On le concasse avant de l'emplojer- Comme il renferme toujours une certaine quantité de fer libre, il T' plus ou moins d'liydrogt;nc mélangé à l'hïdrogÈne sulfuré, mais d»"' le plus grand nombre des cas celte impurelé de Tacide n'a aucun i"convénienl.
Usaf^es. — Le gaz sulfhydrique est un réactif précieux entre les mains du chimiste, qui, par son aide, parvient à distinguer les uns des autres les métaux dissous dans les acides.
Quoique son action sur l'économie animale soit si meurtrière, on a su obtenir de son emploi habilement dirigé des effets heureux pour la santé. Les eaux minérales sulfureuses naturelles et factices jouent un assez grand rôle en médecine.
A Vétat de gaz, il peut servir avec un grand succès à la destruction des animaux nuisibles qui terrent. Lé célèbre Thenard n'a pas dédaigné de s'occuper de cette application, au grand avantage des fenniereet de tous ceux qui ont des magasins de substances comestibles que les rats dévastent quelquefois avec une rapidité effrayante. Rien do plus facile à exécuter que le moyen dont Thenard s'est servi pour détruire des légions de rats qui infestaient plusieurs bâtiments de ferme.
Lorsqu'on a reconnu les trous qui servent d'issue aux galeries souterraines de ces hôtes incommodes, on y fait dégager de l'hydrogène sulfuré. On se sert pour cela de cornues tubulées de demi-litre, dans lesquelles on a mis à l'avance un mélange de limaille de fer, de soufre et d'eau. Un tube à trois branches surmonte leur tubulure ; c'est par là qu'on verse peu à peu de l'acide sulfurique affaibli. Le col des cornues est engagé dans les trous où on l'assujettit avec du plâtre. Le gaz se dégage en abondance, se répand dans toutes les parties des terriers, et fait périr en peu d'instants les animaux qu'ils recèlent.
Si les trous de ces terriers sont en trop grand nombre, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de les boucher avec une légère couche de plâtre ou déferre glaise; les rats, en les débouchant, indiquent promptement leurs retraites et permettent d'opérer à coup sûr.
On peut appliquer ce procédé à la destruction des taupes, des mulots, des renards, des blaireaux, des fouines, des guêpes, et en général de tous les animaux nuisibles qui échappent à la poursuite du chasseur en se réfugiant dans des trous ou des cavités souterraines plus ou moins profondes (1).
Da Phosphore.
Le PHOSPHORE est, parmi les corps simples, un des plus singuliers par l'ensemble de ses propriétés et de sa manière d'être. Son nom, qui ûgniÛPi porte-lumiére, rappelle un de ses caractères les plus remarquables, celui de répandre de la lumière dans l'obscurité.
nif torique. — Son existence avait échappé aux anciens chimistes. En 16(19, un marchand de Hambourg, du nom de Brandt, adonné à
(1) Au quatorzième siècle, Gaston Phœbus, comte de Foix, qui a publié un Traité sur la chasse, indique que, pptlr enfumer un terrier, on fait brûler il l'ouverture de celui-ci un pacjuet de ioufre, d'orpiment et de myrrlie.
l'alchimie et poursuivant la recherche de la pierre phiîosophale aûn de réparer les désastres de sa fortune, fut l'heureux auteur de cette découverte capitale qui, si elle ne l'enrichit pas, le sauva de l'oubli. Kunckel, chimiste très-distingué de Wittemberg (1), se trouvant par hasard à Hambourg, et ayant appris la découverte de Brandt, se mit en rapport avec lui, et fit tous ses efforts pour lui arracher le secret de la préparation de ce corps extraordinaire, luisant constamment dans l'obscurité ; mais il ne put rien obtenir. Dans cet intervalle, ayant écrit à l'un de ses amis, Krafft, conseiller de l'Electeur de Saxe, s'occupant de sciences et notamment de chimie, pour lui faire part de toutes ces nouvelles, celui-ci, sans lui répondre, accourt immédiatement à Hambourg, et achète le secretpour 200 thalers (environ \ ,000 francs), avec la condition expresse que Brandt ne le communiquera jamais à KunckeL Retourné à Wittemberg, Kunckel fait de nouvelles instances auprès de Brandt, qui lui apprend à la fin qu'il a traité avec Krafi't moyennant le plus profond silence. Kunckel, ihdigné de la conduite perfide de son ami, résolut alors de chercher le singulier corps dont les propriétés merveilleuses excitaient si vivement sa curiosité. Quoiqu'il ne sût rien autre chose du procédé de Brandt, sinon qu'il y employait de l'urine, il parvint enfin à en retirer le phosphore, dont il communiqua gratuitement le mode d'extraction à plusieurs personnes, et entre autres à Homberg, en présence duquel il fit l'opération, en Tannée 1679,
On peut donc regarder ce chimiste laborieux comme le véritable auteur de la découverte de cet élément, car ce n'est point par hasard, comme Brandt, qu'il le trouva, mais à la suite d'un travail direct de plusieurs semaines. Le nom de phosphore de Kunckely qui a été conservé presque jusqu'à nos jours à cette substance, prouve, ainsi que l'observe Lavoisier, que la reconnaissance publique se porte sur celui qui publie, plutôt que sur celui qui découvre, quand celui-ci fait mystère de sa découverte.
Il paraît qu'à la môme époque, l'illustre Boyle retira, comme Kunc-
(1) Jean Kunckel de Lœwenstein, né vers 1612, était fils d'un chimiste du Holstein. L'un des premiers, il abandonna la fausse direction des alchimistes et employa la méthode expérimentale, laissant à d'autres le soin de faire des théories. La science lui est redevable d'une partie de ses progrès au dix-septième siècle. D'abord chimiste et pharmacien auprès des ducs Charles et Henri de Lauciibourg, il passa au service de Jean Georges H, électeur de Saxe, qui lui confia la direction de son laboratoire, à Dresde, avec des appointements considérables. Los intrigues de ses ennemis l'ayant obligé d*abandonner cette place, il se retira à Annaberg, près Wittemberg, où il occupa, pendant quelque temps, la chaire de chimie à l'université de cette ville. Plus tard, il se rendit, sur l'invitation de Frédéric-Guillaume, à Berlin, pour diriger les fi|briques de verre et le laboratoire de l'électeur de Brandebourg. Ses économies lui permirent de faire l'acquisition d'une propriété seigneuriale, où il passa une partie de sa vio à faire des expériences de chimie pour son propre compte. Enfin, le. roi de Suède, Charles XI, l'appela à Stockholm, lui conféra des titres de noblesse, avec la place do conseiller des mines du royaume. Il mourut en 1702.
kel, le phosphore de Turine, après en avoir vu un petit morceau que KrafTt avait apporté à Londres, pour le faire voir au roi (Charles II) et à la reine d'Angleterre. KrafTt lui ayant dit que la principale matière de son phosphore était quelque chose qui appartenait au corps humain, Boyle se mit aussitôt à Fœuvre, et, après bien des tentatives inutiles, accompagnées d'une foule d'accidents malheureux, il parvint à obtenir de petits morceaux de la grosseur d'un pois, auxquels il donna le nom de phosphore glacial. Il publia son procédé en 1680, et pendant bien longtemps son préparateur, Godfrey Hankwitz, chimiste-apothicaire de Londres, fit le commerce du phosphore qu'il préparait très en grand ; aussi ce corps fut-il appelé phosphore d'Angleterre,
Jusqu'en 1737, la fabrication du phosphore ne cessa d'être regardée comme un mystère. A cette époque vint à Paris un étranger qui s'offrit de donner un procédé qui avait un résultat constant. Le gouvernement lui accorda une récompense, et il l'exécuta avec un plein succès dans le laboratoire du Jardin des Plantes, devant des commissaires de l'Académie des Sciences. Hellot publia ensuite ce procédé dans les Mémoites de l'Académie pour 1737, et Rouelle l'exécuta publiquement dans son cours de la même année.
Ce procédé consistait à évaporer à siccité de l'urine putréfiée, à chauf-fer jusqu'au rouge le résidu, qu'on lavait ensuite pour en isoler les substances salines, à le faire sécher et à le soumettre dans des cornues de grès à une très-forte calcination. Ces opérations longues et pénibles étaient en outre fort dispendieuses, puisqu'on ne retirait guère plus de 96 grammes de phosphore de 1,000 litres d'urine; aussi ce corps était-il d'un prix très-élevé, et ne le voyait-on que dans les mains des gens les . plus riches (1).
Gahn, chimiste suédois, l'ayant découvert en 1769, dans les os des animaux, Scheele, son compatriote et son ami, trouva bientôt un moyen facile de l'extraire en quantité assez considérable delà cendre de ces matières. C'est depuis cette époque que le phosphore est très-commun. Le procédé que l'on suit aujourd'hui dans les fabriques de produits chimiques est celui de Scheele, modifié et perfectionné par les chimistes français. Lorsque je vous parlerai des os, je décrirai ce procédé, qui exige, pour être bien compris, des connaissances plus étendues que celles que vous possédez actuellement.
Eut naturel. — D'après ce qui précède, l'urine et les os renferment donc du phosphore. Il y en a également dans presque toutes les par-
(1) Alchild Bechil, alchimiste arabe du douzième siècle, parle, dans un petit traité manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Paris, d'une escarboucle artificielle, ou d'une espèce d^ lave, obtenue par la distillation des urines ftvec'de l'argile, «de la chaux et des matières organiques cliarbonneuses. Il n'est pas impossible qu'en employant ce procédé, avec certaines précautions, Alchild Oechil ait extrait }e phosphore, auquel il aurait donné le nom d'escarboude.
tics du corps des animaux, non pas libre, mais à l'état de combinaison. Tanlôt il est principe accessoire des organes et sous forme de sels, comme dans les urines, les os, la chair, le sang, le lait. Tantôt il est principe essentiel et intimement uni aux quatre éléments constitutifs des matières animales, à savoir : Toxygène, Thydrogône, le carbone et l'azote : c'est ainsi qu'il se trouve dans la substance du cerveau et des nerfs ; dans la laitance, le foie et les œufs des poissons ; dans les œufs des oiseaux, dans certains mollusques, tels que les huîtres ; dans les éponges, dans la fibre musculaire des animaux parfaits. On rencontré aussi quelquesuns de ses composés dans les plantes et dans le règne minéral; mais ils sont moins communs que chez les animaux. Cet élément n'existe point, d'ailleurs, à l'état de liberté dans la nature. Sa grande affinité pour l'oxygène s'y oppose.
Propriétés caractérlBlIques. — Le phosphore pur a toutes les apparences de la cire blanche. Il en a, en effet, la demi- transparence, la couleur et la mollesse. Sa forme habituelle est celle d'un cylindre de la grosseur d'une plume à écrire. On la lui donne, dans le commerce, pour le manier plus facilement, en le coulant, loi^squ'il est fondu, dans des tubes de verre et l'y laissant refroidir. Ces cylindres, qui exhalent une légère odeur d'ail, peuvent être coupés facilement avec un couteau et plies plusieurs fois en sens inverse sans se rompre. Ils ne fardent pas à perdre leur translucidité et à devenir opaques jusqu'au centre: ce phénomène tient à un mouvement moléculaire qui donne naissance à une foule de cristaux microscopiques s'enchevôtrant les uns dans les autres.
C'est un des corps les plus fusibles, puisqu'il se liquéfie complètement à -|- 44°,2. Mais il ne se convertit en vapeurs, en vase clos, qu'à une température dé -|- 290 degrés environ. La distillation du phosphore est, du reste, une opération fort dangereuse, et rarement elle est pratiquée dans les laboratoires.
Si, lorsque le phosphore est en pleine fusion dans un flacon rempli d'eau, ou mieux d'esprit-de-vin concentré, on agite continuellement le vase jusqu'à' ce que le phosphore ait repris l'état solide, les particules du liquide, ^'interposant entre celles du phosphore, empêchent ces dernières de se réunir, et on obtient alors une poudre jaunâtre assez fine. C'est là le seul moyen d'avoir le phosphore divisé.
Thenard a fait l'observation que le phosphore, exposé à environ -}- 70 degrés, devient noir lorsqu'on le refroidit subitement, reste transparent et incolore quand il se refroidit avec lenteur, et acquiert quelquefois l'aspect de la corne par un refroidissement modéré (1).
(I) D'après un travail récent de M. Blondlat, le phosphore ne deviendrait noir qu'autant qu'il serait en présence d'une quantité imperceptible de mercure. Il se formerait une espèce de pigment noir, contenant du mercure^ qui se dissémine^.
D'un aulre côti^, conservé sous l'eau privée d'air, il devient opaque et farineux, à la lumiËre diffuse, tandis qu'à la lumière directe et vive du soleil, il se colore rapidement en rouge, sans prendre toutefois d'opacité. Cette coloration rouge se produit non-seulement sous l'eau, mais aussi dans l'hydrogëne, dans l'azole, et même dans le vide.
Ces modificalions sont d'une nature purement physique, puisque le phosphore, noir, blanc ou rouge, redevient incolore par la fusion et un reftoidissement lent. Elles se rapprochent donc ainsi du phénomène de polymorphisme que nous présente le soufre dans ses différents états.
PhoaphDrc iw«re. — Safabrleatlon IndDitriclIc — H. Schroetter, de Vienne, alrouvé, en 1849, le moyen de produire économiquement le phosphore rintge, dit phosphore amorphe, qui Jouit de propriétés toutes nouvelles et bien précieuses.
C'est en soumettant le phosphore ordinaire, pendant dix joui-s, à une température Qe 230 à 350°, à l'abri du contact de l'air, qu'on obtient' cette singulière transformation.
Voici l'appareil dont on se sert dans les rabriquespourobtenirécono-
Fig. lîî.
miquement ce résultat Ifig. 123). 11 est de l'invention de MM. Colgnel', fabricants de produits chimiques k la Guillolière (Lyon).
La pièce principale est un cylindre en fonte C, qui fait office de cornue; on le remplit de phosphore ordinaire, puis on le ferme avec un couvercle qui s'adapte au moyen d'une vis de pression et qui est percé
e du pliospbon
d'une tubulure, dans laquelle s'engage le tube recourbé E, à robinet, aboutissant dans du mercure v. Le cylindre C plonge dans un second vase en fonte B, rempli de sable, et ce dernier est entouré d'un bain d'alliage de plomb et d'étain contenu dans le vase A. . .^
On chauffe d'abord lentement pour chasser l'air et l'eau ; la température étant plus élevée, on voit apparaître des gaz qui s'enflamment à l'air après avoir traversé le mercure, et quand ils cessent de se produire, on chauffe à 240®, et on maintient cette température pendant, une dizaine de jours.
On a soin de chauffer le tube E avec une lampe / pour éviter qu'il, ne B*obstrue. Quand l'opération est terminée, on ferme le robinet r pour empêcher le passage du mercure dans le cylindre G. - On trouve alors dans celui-ci une masse d'un rouge brun, qui est un mélange de phosphore ordinaire et de phosphore rouge; on le broie,, et on le dépouille du phosphore non transformé en le lavant à plusieurs reprises avec du sulfure de carbone et avec une dissolution bouillante de soude caustique. On termine par des lavages à grande eau, et on fait sécher.
Vous allez voir, par le tableau suivant, combien les propriétés, môme chimiques, du phosphore sont modifiées par cette action prolongée de la chaleur :
PHOSPHORE OnDINAIRE.
Densité 1,85
Odorant à l'air et phosphorescent. ] S*acidiiie promptement à l'air humidéT;
Cristallise en dodécaèdres rhomboï-
daux.
Prend feu vers 61)**.
Fusible à 44o,2.
Bout à S 90".
Soluble dans le sulfure de cfkrbone.
Se combine avec explosion au soufre
à H- 1120. Attaque l'acide azotique faible.
Attaque les solutions alcalines faibles.
Très-vénéneux.