‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · PHOSPHORE ROUGE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE ROUGE

Densité i,96

Inodore et non phosphorescent. , Est très-lent à s'acidifier à l'air humide.

Amorphe.

Ne prend feu qu'à 260**.

Infusible jusqu'à 260", température à laquelle il repasse à l'état de phosphore ordinaire.

Ne bout pas.

Insoluble dans le sulfure de carbone.

S'y combine lentement vers 260®.

N'attaque pas cet acide.

N'attaque pas ces solutions.

Sans aucune action toxique.

En tirant parti de la propriété que possède Iç plomb de dissoudre le phosphore rouge à une haute température et de le déposer lors de son refroidissement, M. Hittorf est parvenu à obtenir du phosphore cristallisé en lames rhomboédriques d'un éclat métallique, noires par réQexion et rouges par transparence, ressemblant tout à fait aux petits cristaux d'arsenic. Ce phosphore métallique, comme l'appelle M. Hittorf, est inaltéra-

DU PnOSPHORE.

ble à Tair, d'une densité de 2,34, encore plus lourd par conséquent que le phosphore amorphe et moins volatil que lui.

Vous apprendrez plus tard les applications du phosphore rouge. Je reviens maintenant au phosphore ordinaire.

Aetion de l'oxygj^ène sur le phosphore ordinaire. — C'est surtout dans son contact avec l'oxygène ou l'air qu'il offre des particularités curieuses. A la température ordinaire, il répand dans l'air des vapeurs blanches d'une odeur alliacée, et une lueur blanchâtre, qui n'est visible que dans l'obscurité. Cette propriété est bien connue des enfants qui s'amusent à tracer des caractères avec un bâton de phosphore sur des planches noires ou sur les portes des caves, qui brillent alors de cette lueur blafarde qu'on appelle lumière ou flamme phosphorique. Ce phénomène est dû à une combustion lente dont le produit consiste en deux acides qui s'exhalettt sous forme de ihmée blanche, en condensant La vapeur aqueuse de l^r. Ces acides sont nommés acides phospho-

RlQUE et PHOSPHOREUX;

Il faut conclure de là ^e le phosphore possède une grande affinité pour l'oxygène* Elle est telle, en effet, que pour le conserver intact, on est obligé de le tenir plongé sous l'eau distillée bouillie, ou dans Un gaz impropre à la combustion, tel que l'azote, l'hydrogène, etc.

Même à 4- 1 degré ou à quelques degrés au-dessous de zéro, le phosphore brûle lentement dans l'air, et, dès qu'il est en masse un peu considérable, il s'échauffe bientôt assez pour s'enflammer vivement. Le aaôme effet se produit par le frottement, ou môme par le simple contact d'un corps un peu rugueux, tel, par exemple, que du papier gris grossier : aussi le maniement de ce corps dans l'air n'est-il pas sans danger. Si on le tenait trop longtemps entre les doigts, sans le refroidir par l'immersion dans l'eau, la chaleur de la main en déterminerait promptement l'inflammation, et on courrait alors le risque d'être brûlé très-profondément. Un droguiste de Lyon est mort, en moins de vingt-quatre heures, des suites de nombreuses brûlures qu'il reçut en pesant, hors de l'eau, plusieurs kilogrammes de phosphore qui s'enflammèrent immédiatement.

Les brûlures produites dans ce cas sont dangereuses et d'une cicatrisation fort longue, parce qu'il reste dans les plaies de l'acide phosphorique qui est éminemment corrosif.

A une température voisine de son point de fusion, le phosphore donne lieu à l'un des plus beaux effets de combustion, lorsqu'on le

, V i> * 11 r j l'A ^>'Q* i2î. — Combustion TÎTC du

plonge, après 1 avoir allumé, dans une petite ^'phosphore dans loxygène. coupelle, au sein du gaz oxygène {pg. f24). Le

produit de cette combustion vive est de V acide phosphorique pur, non mélangé d'dcidephosphoreuxy comme dans le cas de la combustion lente.

Pripkrallan de L'aclilu phaaphorlqne al de l'axolr. — Lorsqu'on veut se procurer l'acide phosphorique en mûme lemps qu'obtenir le gaz azole pur, on pose sur une aasietle placée sur la cuve à mercure [fig. 123) une petite coupelle bien sèche dans laquelle on met des mor-

Fig. IÏ9. — Prïpantioa de l'scide phoiphorique eubjcti

ccaux de phosphore essuyés ; on les allume et on recouvre le lout d'une grande cloche de verre, dont on a préalablement desséché l'air en y laissant séjourner, pendant plusieurs heures, un morceau de chaux vive. Il se produit alors une grande quantité de flocons blancs triïs-légers qui se déposent sur l'assiette et les parois de la cloche. Lorsque tout l'oxygénc do l'air est absorbé par le phosphore, celui-ci s'éleint. Le gaz de la cloche est de l'azote, avec des traces d'acide carbonique cl de vapeurs de phosphore ; on le débarrasse de ces derniers en l'agitanl dans un flacon avec une solution de potasse caustique. Quant â l'acide phosphorique formé, on s'empresse de rassembler les flocons et de les renfermer dans un vase sec, un peu chaud, qu'on ferme hermétiquement.

Habituellement, dans les laboratoires, quand il ne s'agit que d'avoir du gaz azote, sans recueillir l'acide phosphorique formé dans cette combustion vive, on opÈre sur la cuve à eau. Dans ce cas, la coupelle au phosphore est placée tj!g. 120), sur un fragment de liégc B qui nage h la surface de la cuve, et on la recouvre d'une grande cloche À pleine d'air, qu'on maintient avec la main pour qu'elle ne soit pas renversée parla dilatation que l'air intérieur éprouve par suite de la haute température développée par la combustion. Les flocons d'acide phosphorique se dissolvent à mesure dans l'eau, et, après quelques heures, le gaz de la cloche est redevenu transparent. Pour lui enlever les dernières traces d'oxygOne, on glisse sous la cloche quelques grands cylindres de

phosphore supportés par de» tubes creux de verre {fig. m), qu'on y laisse jusqu'à ce qu'ils oe paraissent plus lumineux dans l'obscurilé.

pnriBcr 1 siole.

On purifie le gaz en y faisant passer quelques bulles de chlore pour précipiter les vapeurs de phosphore, et on l'agite avec l'eau de potasse pour absorber le chlore et l'acide carbonique.

Si l'on veut dessécher le gaz azote, on le met en contact pendant uu jour avec des fragments de chlorure de calcium ou de la chaux vive bien récenln, après toutefois l'avoir fait passer dans de nouveaux flacons placés sur la cuve à mercure.

L'acide phosphorique neigeux, recueilli sur le mercure, est à peu près anhydre ou privé d'eau ; mais pour peu qu'il Boil laissé au contact de l'air pendant quelques instants, il s'humecte, et chaque flocon se transforme en une gouttelette liquide. Projeté dans l'eau, il produit, çn s'y dissolvant, beaucoup de chaleur et un sifflement analogue ù celui qu'occasionne l'immersion d'un fer rouge dans l'eau froide.

Cette anînité si prononcée de l'acide phosphorique pour l'eau est mise à profit journellement dans les laboratoires, depuis que M. Dumas en a donné l'exemple, pour dessécher l'air et les gaz, pour s'emparer de l'eau contenue dans les matières organiques, etc. Alors, pour produire cet agent en plus grande quantité, on remplace le procédé que j'ai indiqué plus haut par le suivant qu'on peut exécuter d'une manière continue.

Préparalion «le l'aclda phosphorique «afayilrc. — On fait choix d'un grand ballon B à trois tubulures Ifig. 138) qu'un pose sur un trépied. Dans la tubulure supérieure P on place, au moyen d'un bonchon, un large tube G de 12 à li millimètres de diamètre inférieur, ouvert aux deux bouts, et qui descend- jusqu'au centre du ballon. Une petite capsule da poixielaine c est attachée avec quelques fils do platine

204 HDITIËHE LEÇON.

au-dessouB de l'oriflce inférieur de ce tube. A la tubulure de droite E, on adapte un lilbe recourbé qui perce le bouchon d'un flacon C plein de chaux vive en rrogmenls ; dans le même bouchon passe un

Fig. (Î8 — Fr^juradon en grtnd il l'aeldc phoiphorique anhidre.

tube K rempli de chlorure de calcium fondu ou de pierre ponce imbibée d'acide sulfurique. A la tubulure de gauche H, on réunit; par le moyen du gros tube courbé a, un flacon vide A qui reçoit dans sa tubulure 1 un tube de cuivre n qu'on chauffe pendant toute la durée de l'opération avec de l'eaprit-dc-vin ou du charbon, afln de produire une aspiration d'air dans tout le système de l'appareil. ■ Lorsqu'on veut commencer l'opération, on détermine, à l'aide de cet aspirateur, un courant continu d'air qui pénètre par le tube d elle flacon C où il se dessèche, et remplit bientôt tout l'appareil. Ensuite, par le tube G on fait tomber dans la capsule un morceau de phosphore bien essujé que l'on enflamme par le contact d'un fil de fer rouge, - puis on bouche l'ouverture supérieure. I-e phosphore brûle, et l'acide phosphorique produit se dépose, sous forme de neige, au fond du ballon ; la petite portion que le courant d'air entraîne, s'arrête dans le flacon A,

Lorsque le premier morceau de phosphore a presque disparu, on en introduit un second, et ainsi de suite, de sorte qu'on peut indéfiniment, avec cet appareil, proposé en 1641 par M. Dclalande, obtenir de l'acide pboBphorique anhydre.

Alors même qu'il est dissous dans les corps gras, le phosphore n'a pas perdu sa propriété de brûler dans l'air. Homberg, 1e premier, it la

fia du dix-septième siècle, a indiqué aux amateurs de fantasmagorie le moyen de simuler des spectres au visage de feu. II suffit tout simplement de frotter la figure avec de la graisse ou de l'huile d'olive dans laquelle on a fait dissoudre à chaud un sixième de phosphore. Celte expérience n'est pas dangereuse ; il faut seulement éviter de meltre de cette dissolution dans les yeux. Dans l'obscurité, la face brille de ce feu sans flamme et sans éclat qui appartient au phosphore ; les yeux et la bouche forment au milieu de ce visage blafard des trous noirs et hideux, et l'ensemble est bien propre à glacer d'efTroi les esprits timorés et superstitieux.

Acide produit par la combustion lente du phosphore. — Lorsqu'on veut se procurer en certaine quantité le produit acide de la combustion lente du phosphore, on introduit des cylindres de ce corps dans de petits tubes de verre effilés à la lampe par une de leurs extrémités. On place ces tubes les uns à côté des autres dans un entonnoir en

Fig. 129. — Préparation de l'acide phosphatique.

verre C qui repose sur un flacon D {fig 129) propre et sec, et on pose celui-ci sur une assiette E couverte d'eau. On recouvre le tout d'une grande cloche de verre A qui plonge dans l'eau de l'assiette et qui porte à sa partie supérieure une tubulure B qu'on laisse ouverte pour l'introduction de l'air. On abandonne cet appareil dans un coin du laboratoire. Le phosphore, en contact avec Tair humide, brûle peu ù peu et se convertit en acides phosphorique et phosphoreux qui se dissolvent à mesure dans la vapeur aqueuse condensée, La solution liquide, connue sous le nom d'ocûle phosphatique, tombe de chaque tube effilé sous forme de gouttelettes dans le flacon inférieur. Au bout d'un à deux mois, on y trouve une cinquantaine de grammes d'acide étendu

d'eau.

Combustion du phosphore sons l'eau. — Si, au lieu de faire brûler le phosphore dans l'oxygène ou l'air, on le place sous une colonne d'eau bouillante, et qu'on dirige alors sur lui, à l'aide d'un tube

cfBié, un cour&nt de gaz oxygène (fig. 130), il se Torme non-seulcmcni de l'acide pliospliorique qtii se dissout dans l'eau, mois encore du

Fig. lit. — Conbnglion da pboBphore hhu Veto.

phosphore rovge qui apparaît en légers llocons au sein du liquide. Une combusiion Irès-vive se manireate sous l'eau, aussitôt que les bulles d'oxygène atteignent le phosphore Tondu. Celle expérience fort belle vous démontre, Messieurs, que, quand les affinités entre deux ou plusieurs corps sont énei-giques, l'ignilion se déteimine aussi bien sous l'eau que dans l'air, et que l'eau est impuissante, dans ce cas, ù éteindre

ContitoBéa du phosphore et rie l'hydroi^iie. — Parmi les com

posés du phosphore, ceux qu'il forme a?ec l'hydn^ène sont, sans con

Iredil, les plus intéressants, à cause de leurs singulières propriétés et des circonstances dans lesquelles ils prennent naissance. Dès 1669 Boyle, eu travaillant à la découverte du phosphore, avait remarqué la production d'un

gaz spontanément inflammable dans l'air, mais il n'en connut pas la nature. En 1793, Gengembre, chimiste Trançais obtint ce gaz particulier en faisant bouillir une lessive de potasse caustique avec moitié son poids 4e phosphore, et

j en recevant le fluide élastique qui Be forme dans ce cas sous des cloches pleines de mercure {/ij. 131). II s'assura que ce nouveau gaz est une dis-

° solution de phosphore dans le gai hydrogène, et il lui donna 1 de gaz phosphorique, que plus tard on changea en celui de

du gai photphori

Dans Topération de Gengembre, que je répète sous vos yeux, les deux principes de l'eau, en s'unissant chacun isolément à des proportions convenables de' phosphore, donnent lieu tout à la fois à de l'hydrogène phosphore et à un acide peu oxygéné, qu'on appelle acide hypopuosPHOREux. Le premier composé prend la forme de fluide élastique et se dégage ; le second reste dans la fiole, en combinaison avec la potasse, et constitue de Vhypophosphite de potasse.

Vous allez comprendre parfaitement celte réaction au moyen de la légende suivante :

Oxygène-

£au,

Hydrogène-

^^osphore =

/ r* portion phosphore -

2« portion phosphoFA-

fGaz hydrogène ( phosphore —

Acido hypophosphoreux-

= hypophosphitc de potasse.

otasse

UydrofT^iie phospboré spontanément inflammable. — Si, au ^ieu de recevoir dans un flacon plein de mercure le gaz qui se produit ^ans l'opération précédente, on le laisse sortir du tube de dégagement plongé sous l'eau {fig. i32), à peine les bulles sont-elles parvenues à la ^Urface du liquide, qu'on les voit prendre subitement feu, avec une petite explosion, et émettre des vapeurs blanches qui s'élèvent dans l'air sous forme de couronnes. Rien n'est plus joli que ce phénomène* ^es élégantes couronnes, qui s'agrandissent peu à peu dans leur ascension, si l'atmosphère est tranquille, sont dues à de l'eau et b, de l'acide phosphorique, résultant de la combinaison instantanée de l'oxygène de Vair avec les deiix principes constituants du gaz.

Vous devez bien penser. Messieurs, que l'oxygène pur doit produire le môme phénomène, et d'une manière encore plus énergique. Chaque bulle de gaz phosphorique qui arrive dans une cloche pleine d'oxygène fait jaillir une lumière si vive, que la vue en est péniblement affectée.

Il Berail impradent de faire passer dan« la cloche plusieurs bulles à la

fois du gaz combustible : la réaction pourrait devenir assez violente

. 13). — Pi-epiri

hydroj^èDe pho^ption

pour cbasser le vase des mains de l'opéraleur. . Si l'oa jette dans un verre plein d'eau {flg. 133) quelques n

du composé désigné sous le nom de phosphure de

CS— ? calcium, ce qui n'est, comme l'indique ce titre,

^,^ qu'un composé de phosphore et du métal' de la

chaux, il se produit lu mi}me rëaclioo que dans

'^-' l'opération de Gengembre. De l'hydrogine phos-

'^^ phoré monte bienlùl à la surface de l'eau, sous

forme de petites bulles qui crèvent en prenant

feu. Il en résulte une succession d'éclairs ou de

lames de feu, qui ne cessent d'appai'altre que

loi-sque tout le phosphure de cakium est détruit.

Celle expérience n'étonne pas moins les personnes

élrangÈres à la science que la combustion vive du

.iiion du pwphire phospliore au sem de 1 eau.

do «IciDm par l'eau. Pré»>nilloM da phosphara de ealclNm. — On se procure aisément le phosphure de calcium nécessaire à cette jolie expérience en faisant passer des vapeurs de phosphore sur de la chaux maintenue à la chaleur rouge. On se sert pour cela d'un grand creuset A (/ig. 134) au fond duquel on introduit un petit creuset de porcelaine B contenant du phosphore sec coupé en morceaux. On place au-dessus une plaque de terre réfractaire percée de petits trous sur laquelle on entasse des fri^ments de chaux vive, ou mieux des bâtons de craie calcinée. Le grand creusel est placé au centre d'un fourneau à double grille, de telle sorte que son fond est isolé de la partie supérieure qu'on chaufTe fortement au rouge. Ce

n'est que plus tard qu'on vaporise le phosphore en medant quelques charbons sur la grille inférieure.

Le résultat de la réaction, qu'on appelle vulgairement dans les laboratoires/jJiospfture de chaux, est un mélange de pliosfihure de calcium el de phosphate de chaux, d'un rouge brun. On a soin de le conserver ,.

hors du contact de l'air, sans cela il perd bientôt la propriété de décomposer l'eau. Le phosphate de chaux môle au phosphure est un corps inerte qui ne prend aucune part h celle décomposilion.

Peu de temps après la découverte de ce phosphore de cal.

cium, Schmeisser, professeur de chimie & Hambourg, se trouvant à Londres, fltvoir, dans une leçon

i i. . 1, -j. . tff 134 — Héaction du phosphore sur 11

publique, la décomposition de ce cam >iïc

corps par son immersion dans

l'eau, et la combustion spontanée du gai hydrogène phosphore qui en résulte. « Il faudra, s'écria un des spectateurs, renvoyer tous ces Allemands, sans quoi ils Uniront par mettie le feu h la Tamise I »

Le singulier gaz qui nous occupe a une saveur amére et une odeur fétide qui a quelque ressemblance avec celle de l'ail ou du poisson pourri. Il perd son inflammabilité lorsqu'on le mâle avec S fois son volume d'hydrogène, ou avec de l'acide carbonique, de l'azote ou d'autres gaz ; il la perd également, surtout h la lumière, lorsqu'on le conseiTe sur l'eau ou sur le mercure, et, dans ce cas, il laisse déposer une matière granuleuse jaunâtre, qui n'est autre chose qu'un jAosphure d'hydrogène solide, contenant beaucoup plus de phosphore que le phosphure d'hydrogène gaieuï.

M]Aro%htic pfaiMptaoré non ■pantnnénieiit Inflammable. — On obtient immédiatement ce gaz en projetant du phosphure de calcium, non dans l'eau, mais dans de l'acide chlorhydrique concentré. Dans ce éas, on opère avec l'appareil suivant {Jlg. 13S). Le flacon A produit de l'acide carbonique qu'on fait passer dans tout l'appareil pour en chasser l'air, afin d'éviter les explosions qui pourraient naître de la rencontre de cet air avec l'hydrogène phosphore. Le flacon tubulé D contient l'acide chlorhydrique. C'est par le gros tube C qu'on introduit le phosphure une fois que le courant de gaz carbonique a été suffisamment pirolongé; on bouche ce tube aussitôt après. L'hydrogène phosphore, à mesure qu'il se produit, chasse devant lui l'acide carbonique et arrive bientôt pur dans l'éprouvette F au moyen du tube recourbé E.

n se fonDe, en même temps que le gaz, une quantité considérable

de phosphure Solide, qui reste en suspension dans l'acide sans y subir

Gihabdw. - I. 1 * ■

HUITifeME LEÇON.

d'altéralion. C'est ce mûme gaz que air H, Davy recueillit, en 1812, en cliauffant une dissolution concentrée d'acide phosphoreux. " Pendant longtemps, on considéra le gaz non spontanément intlaramable comme distinct de celui qui brûle inslanlanémenl au contact do

/■"ig. 135. — rr^prtliua dt l'hydrDjrène phosphorf non sponlu^nifiil iuBumuble-

l'air, et on leur avait donné, on conséquence, des noms différents : ^-^ premier, celui do 911; hydrogène phosphore ; au second, celui de gaz F*-S' divgrnt pcnAo$)>horé. Mais H. Rose, en 1832, et M. Paul Thenard, ^^ iSH, ont mis en toute évidence que ces deux gaz ont absolument ^ in^nie composition. Ce dernier chimiste a trouvé la véritable cause «^^ VinllHUimabililé spontanée du p^ hydrogène perphosphoFËdanareif ^ tonce d'un f^kosphure d'hydro^ji-ne tigvide, iDConnu Jusqu'alors, qui eii»'*^ eu di:?âoIu(ion dans le gai, et qu'on peut en isoler par nn simple abaS-*" M'uienl do température.

Pli*Bpli«r«4'kTdro|^Bell«BM«. — CeDOUTeaapboqthnred'b^'' dru^c^iie est liquide su-dessous de — 10* : sa tension est considéiabl^^' il t>îl »uis i,-i>uleur et d'une transparence parfaite, il s'enflamme av ^^ une extrOme t^noi^ie au contact de l'air, et il y brûle arec une flamc*** blanche dnut^e de l'èchl le plus vif. Il n'en faut qne des traces pc»"*^ couuniiuiquer indislinotement à tous les gai combustibles la propii^'^ de prendre ïiM>nt!uiémenl feu dans l'air. Ce qu'il offre de cotieux, c ' que la lumièit' solaire, et. nécessairement, une lesipérature un peu éle- \^. lechanyonl rapidement en phospbured'hvdrogènesolide et en g** livdh^^ne pVtsplior^ non sp^^nlanément inflammable.

Kw deliuitif e. il y «dimo. c\<mme vous vojieL trois phosphnresd'Jip''* ir^ue dtsUncts. dont >oici la CiMUpiKJlion ;

PBOSPBOnE. nYDnOGÈXB.

Molécules. Molécules.

Un phosphure jaune solide, peu combustible. ... 2 1

Un phosphure liquide excessivement combustible. l 2

Un phosphure gazeux, qui n'est spontanément inflammable dans l'air qu'autant qu'il renferme quelques traces imperceptibles du second: .... 1 3

Phénomène ties feux follets. — Ces trois composés ne peuvent point exister dans la nature, en raison de Faction énergique que l'air exerce sur eux. Mais ils se produisent spontanément dans les lieux où sont enfouies des matières animales, et surtout dans les marais et les cimetières humides. J'ai dit précédemment que le phosphore est un des éléments de la matière cérébrale, des nerfs et de quelques autres parties de l'organisme. Par la décomposition lente de ces substances au sein de la terre humide, une quantité plus ou moins grande de gaz hydrogène phosphore, seul ou mêlé de phosphure liquide, prend naissance et vient se répandre dans l'atmosphère, dès qu'il trouve à se glisser entre les fissures que présente le sol. Alors il s'enflamme le plus souvent, et produit ces feux subits et vacillants que les gens de la campagne voient avec tant d'inquiétude et de terreur pendant la nuit, et qu'ils ont nommés feux follets, feux ardents, flambards (4).

€es vapeurs lumineuses sans chaleur, comme les appelait Newton, apparaissent bien plus fréquemment en été qu'en hiver, parce que la décomposition spontanée des matières animales est plus active dans la première que dans la dernière de ces saisons. Elles se montrent particulièrement dans les endroits où le sol, sillonné de crevasses, recouvre des débris organiques enfouis depuis longtemps. Dans les vastes marais des États-Unis, notamment dans la vallée où coule le Connecticut, ces lueurs passagères sont bien plus fréquentes que dans aucune partie de l'ancien continent, et, en Amérique, aussi bien qu'en Europe, ces feux follets sont une source de superstitions populaires, une cause de déceptions et de périls pour les voyageurs égarés pendant la nuit dans des contrées marécageuses.

Non loin de l'Achéron, appelé Mauropotamos ou fleuve Noir, dans l'Épire, se trouve le marais Achérusien, où l'on voit voltiger continuellement des flammes phosphorescentes. C'est ce phénomène naturel, dont ils ne pouvaient connaître la cause, qui avait donné aux anciens l'idée d'entourer les enfers d'un fleuve de feu, qu'ils nommaient le Périphlégéton.

La phosphorescence des poissons morts, bien connue de tout le monde, n'est pas plus un prodige que l'apparition des feux follets. Elle est due à l'émission lente d'hydrogène phosphore, qui provient de la putréfac-

(1) Les Japonais et les Chinois ont eu, les premiers, une idée vraie de la nature des feux follets. Voici un passage curieux de l'encyclopédie japonaise, San- Thsaî-thou-houï, qui le prouve : Le feu follet naît du corps des hommes et des animaux morts. (Voyez Abel Rémusat, Notions et Extraits des Manuscnts de la bibliothèque du Roi, X, XL jVvivis,.\mi,)

lion de leur lailc, matière tn>sriclie on phosphore, ainsi que Fourcrc»' et Vauquehn l'onl découverl en 1807.

Acilou dFBillaiolTitnta «nr le pboiphore. — Le phosphore est L^ soluble dans l'eau. L'alcool, l'éllier, le naplile, les essences et les cor-^ gras n'en dissolvent que de très-petites quantités, et encore lorsqu' SI sont bouillants, car par le refroidissement ils en laissent déposer la pr^^ que tolalilé sous forme de petils cristaux. Le meilleur dissolvant tii phosphore est le liquide désigné sous le nom de sulfure ife carbone, nom qui fait hien connaître sa nature chimique. Ce liquide en. prend des quantités considérables jusqu'à 18 fois son poids, d'après Vogel; par son évaporation lente dans un courant d'acide carbonique, il abandonne des cristaux brillants et durs qui ont la forme de dodécaèdres rhomlwïdauï {^0. 130].

Ce n'est qu'avec beaucoup de précautions qu'il faut préparer elcouspi-ver la solution du phosphore dans le sulfure. de carboue, car en s'évaporant sur une large sur&ce, elle laisse déposer du phosphore dans un très-grand état de division et qui, pw cela même, s'embrase immédialemenl dans l'air. C'est ainsi qu'en projetanl quelque peu de ce liquide sur un tas I de copeaux, ceux-ci s'enflammeront subitement.

Onadonné à ce liquide le nomde^fénian, de l'usage qu'en ont fait les FÉniansd'Irlandepourincendierles habit*' Ftf. 136. — Fonne criiiaiiine du lioDs. On en a tiré parti dans la deniièK phoiphore. guerre civile des fcltals-L'nis d'Amérique

UaacM daphoaphorF. — Indépendamment de ses emplois fréquents dans les laboratoires pour faire l'analyse de l'air, préparer l'addeplio!phorique et les autres composés dont il est le radical, le phosphores deuxaufres applications qui ont porté le chiffre de sa productionannuellft en France, i plus de 60 mille kilogrammes; ]e veux parler de la fabrication des fl(?ume(;es chimiques oa à friction, et de la pSleà tueries «ts.

Ce n'est pas le moment de décrire l'industrie si importante des allumettes chimiques; mais je vous dirai, en quelques mots, comment en prépare les tioukttes au phosphore ou la mort aux raU nouvelle, si nécessaire dans la plupart de nos habitations.

On fait cuire ~S0 grammes de farine de blé ou de seigle avec aalmt d'eau, et, dans l'empois chaud, on ajoute Sgrammes de phosphore coupé par morceauv. On remue jusqu'à ce que ce corps «oit fondu et bien incorporé dans la masse, et alors on y mélange 180 grammes de beom Tondu ou de lard divisé et 12a grammes de cassonade. On divise ensoite la pâte cousistautti en petites boulettes qu'on igvle daos ie la brine.

Ce mélange peut conserver son efficacité pendant fort longtemps, parce que le phosphore se trouve protégé par un corps gras, et qu'il ne s'oxyde qu'à la surface. Les rats et les souris mangent avidement cette pâte, après quoi ils éprouvent du ballonnement et ne tardent pas à succomber. Il faut mettre cette pâte hors de la portée des enfants et des animaux domestiques, car bien des accidents ont déjà été occasionnés par elle. C'est un poison violent, comme toutes les préparations qui contiennent du phosphore libre.

On ne connaissait aucun antidote à opposer à ce redoutable corps simple, lorsqu'en 1868 le docteur Andant, de Dax, a faii l'inappréciable découverte de l'efficacité de l'essence de térébenthine comme contre-poison dans ce cas. On pourra ainsi parer à ces empoisonnements qui se multiplient d'une manière effrayante depuis que tout le monde a sous la main des matières aussi redoutables que la pâte phosphorée et les allumettes chimiques.

Sommaire. — Découverte du chlore. — Sa préparation dans les laboratoires et les fabriques. — Propriétés physiques et chimiques de cet élément. — Son emploi comme agent de décoloration et de désinfection. — Fumigations de Guyton de Morveau. — Théorie du blanchiment. — Des chlorures de soude, de potasse et de chaux. — Essai des chlorures décolorants ou cHLOROMÉrniE. — De Tacide culorhydrique. — Ses caractères, sa préparation, ses emplois.

Je veux vous faire connaître, Messieurs, dans cette leçon, l'élément le plus utile à nos nombreux établissements de blanchiment et d'imprcssion des tissus de coton ; c'est celui qu'on désigne sous le nom de chlore.

Historique. — Toujours à l'état de combinaison dans la nature, soit avec l'hydrogène, soit avec certains métaux, il n*a été entrevu qu'au coDomencement du dix-septième siècle, par le chimiste allemand dauber ; mais sa découverte appartient réellement à Scheele, qui la fit en 4774. L'illustre Suédois, en examinant une substance minérale dont la nature était encore inconnue, et qu'on appelïdt alors magnésie noire, fut assez heureux pour trouver quatre corps nouveaux : Voxygéne, le chlore, le manganèse et la baryte. Ce travail remarquable dura trois années.

Seulement Scheele se troippa sur la véritable nature du chlore ; il le prit pour un acide particulier auquel il imposa le nom d*acide marin ou muriaUque déphlogistiqué. Plus tard, Lavoisier et Berthollet, l'envisageant comme de l'acide muriatique surchargé d'oxygène, l'appelèrent adde muriatique oxygéné. Mais, en 1811, les moyens d'analyse étant perfectionnés, Gay-Lussac et Thenard, en France, sir Humphry Davy, en Angleterre, démontrèrent que ce corps est un véritable élément

auquel le dernier chimiste appliqua, comme tel, le nom univoquc de chlorine (qui, en grec, Eignifle vert clair), pour rappeler l'une de ses propriétés physiques les plus BoillaDles. Ce nom a été changé par Ampère en celui de chlore, qui a été définitivement adopté.

Préparstton. — P^ocMé d« Nkheelc. — La préparation du chlore ne présente aucune difficulté. On fait chauffer dans un ballon de verre une partie de suroxyde ou peroxyde de manganèse réduit en poudre et 4 à 5 parties d'acide chlorhydrique ; l'aclion ae détermine même & froid. Le chlore, mis en liberté, apparaît sous forme d'un gaz jaune-verdfltre, qu'où reçoit dans un vase bien sec, au fond duquel plonge le tube recourbé qui sert au dégagement. Eu .raison de la plua grande densité du chlore, il se réunit à la partie inférieure du vase, pousse devant lui l'air qui remplit ce dernier et finit par sortir au dehors ; on bouche alors le flocon, qu'on remplace par un autre, et ainsi de suite.

La figure 137 représente l'appareil des laboratoires.

J-Vj. (

A, bailon dans lequel on introduit le peraiyde de manganèse. — B, tube en S etàeiitonnoir qui sert i verser l'acide clilorliyclrit)ue dans le ballon. —CD, tuberecourbé conduisant le chlore dans le flacon G à trois tubulures et muni d'un tube de BÙretiS E. Ce flafon, dit laveur, contient un peu d'eau pour retenir l'acide que ^le gaz ciitmlne avec lui. — F, tube mettant en communication le flacon laveur avec un large tube horizontal HH' rempli de chlorure de calcium fondu pour dessécher complètement le clilore avant son arrivée dans le flacon K. Le tube I plonge jusqu'au fond do ca dernier.

Dans cette opération, voici comment se produit le chlore i

DU CHLORE. 2i5

L'acide chlorhydrique se décompose en présence du peroxyde de maoganfsc. L'hydrogène du. premier, en se combinant avec l'oxygène du second, donne lieu à la formation d'une certaine quantité d'eau. Le cblore est mis en liberté. Une partie s'unil avec le manganèse pour former un protochlorure de manganèse qui reste dans le ballon, tandis que l'autre partie se dissipe sous la forme de gaz.

Voici cette théorie exposée en tableau, pour que vous puissiez nûeux retenir les phénomènes qui s'accomplissent dans le ballon :

/ 1" portion. Cblore 1

(2' portion. Chlore—

100 grammes de peroxyde de manganèse fournissent un peu plus de 30 litres de chlore.

Flg. 138. — Fréjuration de ta dluolDllOD d< ehlon.

Si l'on ne reçoit pas le chlore gazeux bous une cloche pleine de n

NEUVIÈME I^ÇOS.

ciirr, romme on 1g fait pour les gaz solublcs dans l'eau, c'est qu'il attnijuc ce métal et se combine avec lui.

l.rirefiiio l'on veut obtenir le chlore dissous dans l'eau, oa se sert ili'l'aiipai-cildo Wouir(^l/. 138). l.e gai se dissout dans l'eau des Bacons et 11 colore en jaune.

Appareil de> fubriqui-a. — l.a manière de produire le chlore dans les Tabriqucs ne diiri're pas, quant au choix des matières premii'res, de ce qui se Tait en petit dans les laboratoires ; c'est toujours deracidn chlorliydriquc et du peroxyde de mangantse qu'on emploie. Mais il n'en est pas de mûme de l'appareil qui sert à la réaction.

Vous avei sous les ycui une coupe longitudinale de celui qui esf pétiéralement adopta [flg. 139).

[1,11, cuves Gii iiia(oiiiiorio doublées en plomb et construites rnir deux foyen ilislinïts placés aux extrémités.

A, A,A, A, grandes bcim bonnes en grfs, de CO à 80 litres de capacité, destinéei b contenir l'scida ciilorbydriquo et ï recevoir des cftnes ou des cylindres en

t'ii). tjj. — Appirtil pour la piVpiralHia

H*s pvrcf* dp trou* on tous sens, d'nn ceniimètre d« diamètre, dans lesquels on i>ta« du pi>rc\vde d« uangan^s^ en fngmenis.

H, H. H, El, tubes PU rern< dirigeant le |» dans des nses lavann^qu'on nevoEt: 1«» dans la llsuro oi dVii le f^ son par des tubes en plomb pour se rendre; . iwii lUna de* nues d<< dissolution, s.iit dans une cliimbre contenant de la cbiu^, l«r«in'il doit servir )i la ratirîcaiion do chlorure de chaux.

L'intérieur de ta cuve, tùsaai odice de baiiHnarie, contient, en guise d'eati on <h sablo. un<> dissolution neuuw de cUoiuk d« manganèse, rCsMo de h fttfKntkn du chlore, ^u'on utilise ainsi au lieu de le perdre.

K.rhwMn^ commune »u\ drux ft>\er*,

U sutnlituUon du perov,vile de m in^n{«e en <V*«taeats an même oiyje (n poudre, r* ion plaretneni dans te? n^nes ou cylindres de |Tèa percés, ont poiif vffot de rendro Vaciim ite l'acide plus ^-lle, pli* r*pjli*re et plus complète, en

■" '" '■ praiide surfa^v ^ue les rra^ments pr^^nient, et surtout du conuft

"' ■""" ~" "■ "' 1 l^lde, Mienda que, par sotte 4e sa plus l'élis

oiiitnur) wntr« v

le chlorure de manganèse s'écoule, par les trous, au rond des bom-

■u fur et il mesure de sa production.

rlindres renfermant toujours plus d'oiyde qu'il n'en fnut poar cbaque

n, on est certain d'utiliser tout l'acide introduit dans les bonbonnes, et

rois qu'on remplace dans celles-ci le chlorure de manganèse par de

icidCj on lave II grande eau les morceaux de peroxyde non attaqués, afin

lire sertir une seconde fois.

ue les cylindres, remplis de peroxyde, sont plongés dans l'acide, on ferme

ta le couvercle de chaque bombonne, toutes les autres communications

.ablies d'avance. On a eu sain d'ajouter un peu d'huile commune dans

9S touriltes, afin d'empftcher l'acide de mousser et de monter dans les

I ïerre, ce qui empêcherait le gai de sortir régulièrement. Le boursou-

de la liqueur se manifeste au début de la réaction.

Inratlon de la aolattoB B4uea«e. — Lorsque le chlore doit Être

être sur 3",î! i , goudronnée au et mastiquée en kvec un mélange h, (gales de térébene résine et de cire

st fermée par e à demeure < îuel passe un ry- , en bois également e cylindre plonge itre en dedans de et sort également treen dehors; il a mètres de dïamèert il introduire

plomb dt ^ux que de quelqi tresdanai'o»" •

.afin

ne pression dans de production.

de verre vertical ! en dehors de la ommuniquanlavec e inférieure, indî-

ude

Untuyauenploml en b ei

Fig. 1

te du chlon

[on b mesure du besoin. Enfin, une bonde a, placée sous le fond même TO, permet de la vider complètement.

le le chlore n'est pas très-soluble dans l'eau, on a imaginé des appareils renta genres, disposés de telle sorte que ce gaz est obligé de parcourir nde étendue au sein du liquide avant de se répandre dans l'air. Ces apportent les noms d'appaiiil à ciivelles, de eu '

serpentin. Je ne décriiai que le premier ; cela suffira pour vous faire comprendre que plus le chlore reste longtemps dans Teau, plus les points de contact entre eux sont multipliés, plus aussi la solution en est facile et complète.

L'appareil à cuvettes, imaginé par Welter (1), consiste en une cuve en maçonnerie ou en bois mastiqué, garnie dans son intérieur de larges cuvettes en pierre, renversées, ainsi que le montre la figure 141.

Chacune de ces cuvettes A,B, C,D est échancrée légèrement sur un de ses cô-

Fig. 141. — Appareil à cuvettes de Welter.

tés, et elles sont superposées les unes aux autres de manière que les échancrures sont placées alternativement à droite et à gauche. Le tube qui amène le chlore au fond de la cuve remplie d*eau, descend au-dessous de la cuvette inférieure. La portion du gaz qui échappe à l'action de l'eau sort par l'échancrure pour sa rendre dans la cuvette supérieure ; il passe dans la troisième^ et ainsi de suite» jusqu'à ce qu'il arrive dans l'air.

Vous concevez que, dans ce trajet, il doit, en raison des nombreux points d© contact qu'il a avec l'eau, se dissoudre en plus grande quantité que s'il n'avait à traverser qu'une seule couche de liquide. Il est difficile, dans les appareils de laboratoire, de satisfaire aux conditions que je viens d'indiquer d'une manière aussi parfaite que dans ceux des fabriques.

Procédé mixte des fabriques. — Dans le procédé décrit jusqu'ici pour produire le chlore, et qu'on connaît sous le nom de procédé de Scheele^ vous avez vu qu'on n'obtient que la moitié du chlore contenu dans l'acide chlorhydrique employé, parce qu'il se forme du protochlorure de manganèse. Il y a donc une perte d'acide assez considérable, qu'on peut éviter tout en doublant la quantité de chlore : c'est d'ajouter aux deux matières de l'acide sulfurique et de l'eau. Voici, dans ce cas, la dose des ingrédients :

Peroxyde de manganèse 10 parties.

Acide sulfurique à GG" 4 —

Eau 4 —

Acide chlorhydrique 15 —

(1) Jean- Joseph Welter, né à Valenciennes en 1763, mort en 1852, était u chimiste praticien fort distingué, qui figura parmi les correspondants de l'Insti tut. Ami de Gay-Lussac et son collaborateur dans plusieurs travaux impo tants, qui ont été insérés dans les Annales de chimie et de pliysique^ il a do l'industrie et les laboratoires de plusieurs appareils commodes et ingénieux, notamment des tubes de sûreté qui portent son nom.

Sous Tinflueiice de l'acide sulfurique, le peroxyde de manganèse ne perd que la moitié de son oxygène et passe à Tétat de protoxyde qui s'unit à l'acide pour former du sulfate de manganèse soluble. L'oxygène qui devient libre s'empare de Thydrogène de l'acide chlorhydrique et met tout le chlore de celui-ci en liberté. C'est ce qu'on voit très-bien par la légende suivante :

1 Chlore Acide ^ 1

chlorhydrique } 1

Hydrogène

= Eau.

/ Oxygène

Peroxyde __ ^ de manganèse ~

' Protoxyde de manganèse

Acide sulfurique-

Sulfate

de protoxyde

de manganèse.

Ce procédé est donc plus économique que le précédent. Il a d'autres avantages : ainsi le mélange est moins sujet à se boursoufler, puis le chlore recueilli est plus sec, parce que l'acide sulfurique présent, retardant le point d'ébullition de l'eau, permet au chlore de se dégager avant que le mélange bouille.

Procédé de Berthollet. — Lorsque BerthoUet s'occupa des moyens de produire le chlore pour l'appliquer au blanchiment des tissus, il chercha un moyen moins coûteux que le procédé de Scheele, car, à. cette époque, Tacide chlorhydrique avait un prix assez élevé. Il proposa bientôt l'emploi du peroxyde de manganèse^ du sel marin ou chlorure de sodium et de l'acide sulfurique concentré ; mais il ne réussit à produire ainsi qu'une très-petite quantité de chlore. Descroizilles, chimiste instruit, habile manufacturier de Rouen, en répétant les expériences de Berthollet, reconnut qu'en faisant usage d'acide sulfurique étendu d'un poids d'eau égal au sien, au lieu d'acide concentré, on obtient une très-forte proportion de chlore. Ce procédé a été adopté; il est encore suivi dans toutes les localités où il n'existe pas de fabriques de soude artificielle qui produisent accessoirement, et conséquemment à bas prix, une énorme quantité d'acide chlorhydrique.

Les meilleures proportions de matières premières à employer sont les suivantes :

Sel marin ou chlorure de sodium 12 parties.

Peroxyde de manganèse 10 —

Acide sulfurique à 6 .» . 20 —

Eau 20 —

L'appareil de production est le même ; le sel et l'oxyde sont introduits dans le ballon ; l'eau et l'acide, après avoir été mêlés, sont versés par le tube en S en plusieurs fois. Du reste, l'opération est conduite comme dans le procédé de Bcheele ; le dégagement du chlore est plus régulier. Mais la réaction des quatre Substances employées donne lieu à des phénomènes plus nombreux; la théorie est

donc plus compliquée. Je vais essayer de vous la rendre aussi claire que possible.

, Dès que les quatre substances sont en contact, Tacide sulfurique, par sa présence, détermine la décomposition mutuelle de Teau et du chlorure de sodium, on sorte qu'il se produit de la soude et de Tacide chlorhydrique, ce qu'il est facile do concevoir en admettant que l'oxygène de l'eau soit employé à oxyder le sodium, tandis que son hydrogène transforme le chlore en abide chlorhydrique. La soude produite se combine avec une partie de l'acide sulfurique et donne naissance à du sulfate de soude. L'acide chlorhydrique formé, se trouvant en prôsonce du suroxyde manganique, donne lieu à du chlore qui se dégage, à de iVau et à du protoxyde de manganèse qui est neutralisé à l'instant même par l'excédant diacide sulfurique : de là du sulfate de manganèse qui reste dans le ballon avec le sulfate de soude produit antérieurement. Il ne se fait point ici de chlo,ruiT de manganèse^ comme dans le procédé de Scheele, à cause de l'acide sulfurique libre qui le décomposerait à l'instant même au contact de l'eau : d'où l'on voit que dans ce second procédé tout l'acide chlorhydrique qui provient du sel marin est employé à fournir du chlore.

Lorsqu'on se sert d'acide sulfurique concentré, ainsi que le faisait d'abord Rerthollet^ on obtient, non du chlore, mais de l'acide chlorhydrique. Ce phénomène indique assez que l'eau qu'on ajoute au mélange n'est pas seulement né — cossairo ^nnir convertir les éléments du sel marin en soude et en acide chlorhy — drique, mais qu'elle agit encore en retenant l'acide chlorhydrique à mesure qu': se produit et lui donne ainsi le temps de réagir sur le suroiyde de manganèse LÀ léi^Mide suivante va vous aider à graver dans vos esprits la réaction qis.« je viejis d'exiH^sor :

Chlorurt» skHiique = Sodium -h Chlore. Eau = Owsène 4- Hvdroci^ne,

• * chlorhydrique } î

Soude — 4- î -^^^^^

Chlore Hydrog.

=r Sn'foie de soude.

» \cido I Suioxyëe de • ^ J

\ sx)lfurtq\)C ^ naan^anès.? .• j protoxyde de

\0Mle

vsalfwriq>

^- ^Ifaïj' d^ |co^k'^\]ndk de minganèse.

A U ttNH>|V;NrAt«ro ^^t <i<Mï$ î* pjy^jîàvYa «:vï>aiiMûiy<;, c'est du gai jatane-

l\vi^>^lî^T w>»^ ^ïîi ^\ï\\a Va $»«itw», Sa s»Ti^w«t Klini^ale et chaude. 0 <M yv^^îi 4e t t*V!i 01 4ewùe y^îiï^ îo^arl ^pae Tair, pxiisqiie sa àen^

Une bougie, plongée au sein de ce gaz, s'y éteint rapidement, mais en présentant un phénomène particulier : sa flamme, avant de disparaître, pâlit d'abord, puis prend iine couleur verte à sa base, et rougeâtre à son extrémité supérieure.

Le chlore exerce une action très-violente sur l'économie animale. 11 excite la toux, et, s'il est respiré pendant un certain temps, il produit une sorte de strangulation et un serrement de poitrine qui rendent la respiration de plus en plus difficile. Il détermine, en outre, la sécrétion d'une grande quantité de glaires très-épaisses et un coryza violent (qu'on appelle improprement rhume de cerveau), accompagné de maux de tête et de fièvre. Quand on le respire en trop grande abondance, ces symptômes s'aggravent, une expectoration sanguine se manifeste, et bientôt la mort termine cet empoisonnement douloureux.

Les annales historiques de la science fournissent malheureusement deux exemples de cette redoutable influence du chlore. Pelletier père, chimiste français très-distingué, né à Bayonne en 1761, et Roe, jeune chimiste de Ringsend, près de Dublin, perdirent la vie pour avoir respiré une trop forte dose de ce gaz, en faisant des expériences pour reconnaître sa nature et ses propriétés.

On peut se mettre à l'abri de ses funestes effets en jetant par intervalles, autour des appareils qui le fournissent, une dissolution de gaz ammoniac qui le neutralise complètement. Dans les fabriques, on fait boire du lait aux ouvriers qui en ont respiré une certaine quantité. Le docteur Kastner a conseillé de leur faire prendre quelques gouttes d'ammoniaque sur du sucre, et mieux encore de les exposer aux vapeurs de l'esprit-de-vin, ou de leur faire avaler des morceaux de sucre trempés dans ce liquide. Les journaux allemands affirment que ces derniers moyens réussissent constamment.

Le chlore n'est pas un gaz permanent, puisque, comme l'a reconnu Faraday, il se liquéfie par un froid de — 40° à la pression ordinaire, ou sous une pression de 4 atmosphères à la température ordinaire. 11 forme alors un liquide d'un jaune intense, très-limpide, très-mobile, excessivement volatil, puisqu'il entre en ébuUition à-f-37o. M. Bussy dit l'avoir solidifié.

L'oxygène et le chlore ne peuvent s'unir directement. Cependant, à l'aide de procédés particuliers, les chimjstes sont parvenus à produire cinq composés distincts de ces deux gaz ; ces composés, qui sont tous acides, mais qui ont fort peu de stabilité, portent les noms d'acides hypochloreuXy ckïoreux, chlorosique, chlorique et perchlmique. Ils n'offrent pas un grand intérêt dans leur état de liberté.

Phénomènes produits par le chlore et l'iiydrog^ène. — L'affinité que le chlore manifeste pour l'hydrogène est telle, qu'il se combine avec lui à la température ordinaire dans l'espace de quelques

jours, lorsque le mélange est exposé â la lumière diffuse (fig. 142), et instantanément sous l'influence des rayons solaires. Dans ce dernier cas,

une forte explosion accompagne la réaction mutuelle des deux gaz ; aussi n'est-ce pas sans de grandes précautions qu'on doit tenter cette expérience. La manière la plus élégante de la faire, c'est de lancer en l'air, et dans un point éclairé parle soleil, le vase qui renferme le mélange détonant. L'explosion a lieu bien avant que le vase ait pu toucher le sol ; il se brise dans l'air en mille pièces.

Une bougie enflanmiée, une tige de fer rouge de feu, un charbon incandescent, une feuille d'or battue, approchés ou plongés dans l'ouverture d'un flacon contenant un pareil mélange, en déterminent également l'inflanmiation subite. L'étincelle électrique agit de môme.

De quelque manière qu'on s'y prenne, le résultat de la combinaison est toujours le même. Les deux gaz s'unissent à volumes égaux et donnent lieu à la production d'un gaz incolore, fumant à l'air, d'une odeur piquante et rougissant le tournesol. C'est un des acides les plus puissants, IV

Fig. i42. — Hydrogèuc et chlore exposés à la lumière diffuse.

Fîg. 143. — Inflammation des métaux pulrérisés dans le Fig. 144. — Combostion du phos

chlore galeux. phore dans le chlore.

cide chhrhydnqu€y dont le volume est égal à celui des deux gaz employés.

La connaissance de ces faits va nous être bientôt d'un grand secours pour trouver l'explication de certains phénomènes non moins curieux que les précédents.

Combaitlonii produites par le chlore. — Dans son contact avec les autres éléments, le chlore produit presque toujours un grand dégagement de chaleur, et souvent une vive ignition. C'est ce qui arrive notamment avec le phosphore, l'arsenic et plusieurs métaux. En voici la preuve.

Qu'on projette, dans un flacon rempli de ce gaz, de l'arsenic, de l'antimoine, du bismuth, du cuivre en poudre fine, ces corps s'embrasent aussitôt et tombent au fond du vase en imitant une pluie de îeu {fig. 143). Si l'on attache à l'extrémité d'un fil très-mince de laiton, d'acier, de fer ou de cuivre, une feuille d'or faux dont on a fait une boule, et qu'on plonge le tout dans le chlore sec, les métaux s'allument et brûlent avec le même éclat que dans l'oxygène.

J'introduis du phosphore dans l'intérieur d'un semblable vase, et aussitôt, conmie vous le voyez {fig, 144), le métalloïde fond, s'enflamme, lance des étincelles en émettant une lumière pâle et en répandant une vapeur blanche très-épaisse.

Composés du chlore et du soafre. — Le soufre s'unit au chlore, même en plusieurs proportions, mais sans produire des phénomènes aussi apparents. Le 'protochlorure de soufre est le seul de ces composés, qui ait reçu une application industrielle, la sulfuration ou la vulcanisation du caoutchouc ; c'est en raison de cette circonstance que je vous en dirai quelques mots.

II est sous la forme d'un liquide jaune-rougeâtre, à odeur désagréable, bouillant à -f 138". On l'obtient en faisant passer du chlore sec sur du soufre fondu. Voici l'appareil qu'on emploie (fig, 145, p. 224).

En peu de temps, on obtient, par <îe moyen, une notable quantité de chlorure de soufre ; mais comme il a entraîné du soufre par volatilisation, il y a nécessité de le distiller à nouveau; le soufre reste alors dans la cornue, tandis que le chlorure seul passe dans le récipient ; on le conserve dans des flacons bouchés àl'émeri.

Si l'on faisait passer du chlore, jusqu'à saturation,^ dans le protochlorure ainsi obtenu, on le convertirait en bichlorure qui est un liquide d'un rouge grenat, d'odeur pénétrante et fétide.

Le chlore s'unit avec presque tous les autres corps simples, et les Composés qu'il forme portent le nom générique de chlorures.

Solubilité du chlore dam l'eau. — La solubilité du chlore dans l'eau varie avec la température et la pression. Mais, d'après les expériences de Gay-Lussac et de Pelouze, le maximum de solubilité a lieu de -|- 8 à lOo. Entre ces limites de température, Teau dissout de 2^/4^3 fois son volume de chlore, ou, en d'autres tertres, 100 volumes d'eau dissolvent 275 à 300 volumes de ce gaz. I-a

proportion de gaz que iclient l'eau est d'autant plus faible que la température s'éloigne davantage en deQà ou au deli du terme indiqué.

La dissolution saturée a la couleur et la saveur du gaz; elle en a même l'odeur, parce que le chlore s'en sépare peu à peu dès qu'elle

A, ballon où le clilore se produit. — fi, flacon de lavage. — C, tubeï clilorui-e do calcium pour dessécher lo gaz. — D, cornue en verre dans laquelle on liquéHo le Boufreau moyen d'une lampe à esprit-de-vin à doubla courant d'air II. — La protochlorure de sonfro, k mesure qu'il ae produit, distille et se condense dans le récipient E, maintena ï une basse température par un courant d'eau froide provenant du réservoir F. — Los vapeurs en excès vont se rendre dans une cbc- Diinée par le tube g qui surmonte le récipient.

est exposée à l'air. Si on l'agite avec de l'air, elle perd, pour ainsi dire nstanlanémeni, la presque totalité du gaz qu'elle contient, et devient incolore. Il est donc convenable, lorsqu'on veut obtenir une dissolulion de chlore aussi saturée que possible, de ne pas agiter l'eau dans laquelle on fait arriver le gaz, puisque, pour peu qu'il reste de l'air dans le vase, il y a déplacement d'une certaine quantité de chlore et afTaiblissement du titre de la dissolution.

Hjdraie de chlore. — Cette même dissolution abandonne tout son chlore par la chateur. Soumise à un froid de -]- 2 à 3°, elle laisse déposer des ciislaux lamelleux qui s'accumulent à tel point, que la

DU CHLOBE.

liqueur se prend en une masse butyreuse, d'une couleur jaune foncée, contenant beaucoup plus de chlore que la liqueur môme. Ces cristaux sont une combinaison de chlore et d'eau en proportions fixes, dans le rapport de 28 du premier et de 72 de la seconde. C'est ce que les. chimistes appellent hydrate de chlore, composé peu stable qui se détruit entre -+- 9 à 10° avec un grand dégagement de chlore.

lilqiléfaetlon du ehlore. — Si l'on renferme cet hydrate dans un tube de verre résistant, fermé aux deux bouts, et si l'on plonge ce tube dans de l'eau tiède (à 33°), le chlore s'isole de l'eau, mais comme il subit alors une compression trèsforte, il se liquéfie, de sorte qu'on voit bientôt au fond du tube deux liquides superposés (gf/î. 416) : l'inférieur A est le chlore liquéfié, reconnaissable à sa couleur jaune intense ; le supérieur B est de l'eau saturée de chlore. Cette expérience est due à Faraday.

Hécomposliioii de Peau par le ehlore. — Les rayons solaires décolorent peu à peu l'eau de chlore, la rendent acide, et en font dégager de l'oxygène. Cela tient à ce qu'en raison de son affinité pour l'hydrogène, le chlore décompose une partie de Teau, et produit de l'acide chlorhydriqm^ tandis que Toxygone dû liquide se porte en partie sur du cblore pour former de L'acide perc/i/ortgtie, et se dégage en partie sous forme de ga^. Les mêmes effets se produisent, mais plus lentement, à la lumière diffuse. Il suit de là qu'il est très-difficile de conserver intacte la solution du chlore. On doit la renfermer dans des flacons de couleur rouge ou jaune, ou entourés de papier noir, qu'on garde dans un lieu obscur et froid ; mais, malgré ces précautions, on est obligé de la renouveler souvent.

La décomposition de l'eau par le chlore a lieu encore sous l'influence d'une haute température, mais avec cette différence que, dans ce der* nier cas, il ne se forme point d'acide perchlorique. Le tableau suivant indique dans quels rapports la réaction s'effectue i

Fig. i46.

Liquéfaction

du chlore.

2 volumes ) __ do vapeur d'eau I

1 volume d'oxygène-

2 volumes d'hydrogène-

__ j 4 volumes de ga:^ i Chlorhydrique.

2 volumes de chlore-

Ou fait cette expérience au moyen de l'appareil que vous avez sous ïesyeux (/igr. 147). Le chlore, produit dans le ballon A, et lavé dans le* flacon B, se sature de vapeur aqueuse en passant dans la cornue C ou de l'eau est en ébullition, puis il entre dans le tube de porcelaine DD

GinAnoiN* — L 1 S

préalablement rempli de fragments de mAme nature et chauffé au rouge. L'acide chlorhjdrique produit se condense dans l'éprouvelte F relïoidie, et VoxygÈne libre se rend dans l'éprouvelte G.

F^. 147. — Déconlpotilion de l'eiu pu

C'est parce que Beribollet fit ses expériences sur du cblore môle de

ïapcur d'eau qu'il crut que ce gazétail formé d'acide murîatique (chlorbïdrique) et d'oxjgène.

DécvmpoBltion de to>* 1m compoa^a hidroginia par la

chlore. — C'est encore par suite de cette miîme afflnilé du chlore pour l'hydrogène qu'il enlève ce gaz à la plupart des composés qui le renfermenl. Ainsi, il déabydrogéne à froid le gaz hydrogène phosphore, le gaz sulfhydrique, et à chaud le gaï hydrogène carboné, etc.

A peine une bulle d'hydrogène phosphore arrivc-t-elle dans une cloche remplie de chlore, qu'il y a une vive ignilion avec flamme d'un jaune verdâtre. Il se produit de l'acide chlorhydrique et du chlorure de phosphore.

Comme celio expérience n' cal pas sans danger, îi est préférable d'opérer, comme l'aindiquë M. I.eras, de la manière suivante. On se sert, dans ce cas, d'un flacon bilubulé B(^g. 148)contenant une solution saturée de chlore; on y fait arriver d'un cûté A un courant de chlore par un tube D recourbé à son extrémité en forme de crochet, et de l'autre cOté CE un courant d'hydrogène phosphore qui débouche à peu de dislance du pre- ,mier. Chaque bulle de ce dernier s'enflamme et produit une lumière aussi vive que dans l'air. Les gaz en e\cès s'échappent par le liibc F.

bi, comme je viens de l'élabllr il n'y a qu'un instant, le chlore seul

DU CULOBE. . 227

a'^t sur l'eau que lentement à la température ordiuairej il n'en est plus

)g*no phosplion! si

de même lorsqu'il est en présence de l'acide suirureux ; la décomposition de l'eau est inslanlanée, parce qu'alors deux affinités très- puissantes interviennent en même temps : celle du clilaro pour l'hydrogène, celle de l'acide sulfureux pour l'oxygène. Les expériences suivantes vont vous montrer, Messieurs, ces résultats, et vous prouver une fois de plus, combien l'eau est indispensable dans les réactions ' chimiques.

Dans une cloche à moitié remplie de gaz acide sulftireun sec, j'introduis du chlore gazeux sec; aucun phénomène ne se produit, mais j'y fais passer quelque peu d'eau au moyen d'une pipette {/ig. 149), et à l'instant même les deux gaz disparaissent; l'eau lient alors en dissolution de l'acide su)furique et de l'acide cMorhydrique. De l'eau a donc été décomposée, et tandis que le p- ^ chlore s'est emparé de son hydrogène, l'oxygène mis en pe^te liberté s'est porté sur l'acide sulfureux qui est ainsi de- dans Tenu acide sulfurique : Et^"

'rî:

228 NEUVIÈME LEÇON. Chlore

== Acide chlorhydrique.

Hydrogène

Eau.

Oxygène-

= Acide sulfurique.

Acide sulfureux — — '

Rien de plus facile à prouver. L'eau de baryte versée dans une solution d'acide sulfureux pur produit un léger précipité blanc {sulfite de baryte) qu'un excès d'acide sulfureux fait disparaître. Après l'addition d'eau de chlore dans la liqueur sulfureuse, le précipité blanc que forme l'eau de baryte est totalement insoluble dans un excès d'acide sulfureux, comme, d'ailleurs, dans tout autre acide ; c'est que ce n'est plus du sulfite^ mais bien du sulfate de baryte.

Vous verrez plus tard que dans une infinité de circonstances, le chlore, en présence de l'eau, est un puissant agent d.'oxydation, en faisant porter sur les corps l'oxygène du liquide qu'il déshydrogène.

PouToir décolorant du ehlore. — Le même métalloïde, gazeux oa dissous dans Teau, présente, dans son contact avec les matières colorantes végétales ou animales, des phénomènes trop remarquables pour que je les passe sous silence. Dès que l'une de ces matières est mêlée avec lui, elle est immédiatement détruite et remplacée par une nuance jaune, et il n'est plus possible de faire reparaître la teinte prigiitive. Les couleurs les plus foncées, comme les plus claires, éprouvent cette sorte d'altération au bout d'un temps Convenable.

C'est Scheele qui constata ce fait important, mais c'est Berthollet qui, dès n85, en entrevit toute la portée, et qui songea le premier ta utiliser cette action du chlore sur les matières colorantes, en l'appliquant au blanchiment des tissus. La reconnaissance publique a fait donner à la dissolution du chlore, dans nos ateliers, le nom du chimiste favori de Napoléon : on l'appelle le Berthollet. '

Voici des éprouvettes dans lesquelles sont contenues des décoctions de bois de Brésil, de tiges de gaude et de racines de garance, de l'encre, une dissolution d'indigo, une décoction de cochenille. Je vais ajouter dans chacune d'elles une certaine quantité d'eau de chlore, et bientôt les couleurs plus ou moins foncées de ces liquides auront disparu. Certes, voilà un phénomène bien remarquable, et qui mérite que nous nous y arrêtions.

Une question très-intéressante se présente tout d'abord* En vertu de quelle action le hclore détruit-il les couleurs?

Ce n'est que depuis la parfaite connaissance de ses propriétés chimiques qu'on a pu résoudre complètement cette question.

Je vous ai montré, il n'y a qu'un instant, la grande aiBnité du chlore pour l'hydrogène. Or, les matières colorantes renfermant ce principe au nombre de leurs éléments constitutifs, il est tout naturel de penser que le chlore s'en empare pour former de l'acide chlorhydrique. Une fois privées de cet hydrogène, les matières colorantes se trouvent transformées en de nouveaux composés qui ne sont plus colorés, ou, au moins, qui n'ont plus qu'une très-faible teinte jaunâtre. Ainsi, ce serait en déshydrogénant les couleurs que le chlore les détruirait instantanément.

il est constant qu'il se forme toujours beaucoup d'acide chlorhydrique après la réaction du chlore sur une matière organique colorée. C'est ce qu'on peut facilement reconnaître en introduisant un.échanf^llon de fil teint en rouge ou en bleu dans une cloche remplie dç chlore gazeux humide. Après sa décoloration, qui a lieu assez rapidement, ce fil est très-acide au goût, et l'eau permet d'en extraire une quantit4«i^otable d'acide chlorhydrique. 'p

Je reviendrai plus tard avec soin sur le rôle du chlore dans la décoloration et le blanchiment des tissus. Pour le moment, nous pouvons admettre qu'il opère, dans ces circonstances, en raison de sa tendance énergique pour l'hydrogène.

PoiiYoir désInfectaBt du chlore. — C'est sans doute en raison de la même cause que le chlore détruit subitement les matières odorantes, les germes putrides, les miasmes délétères répandus dans l'atmosphère; car on ne peut douter que ces substances ne soient de nature organique. Halle, savant professeur d'hygiène à la Faculté de médecine de Paris, parait être le premier qui, en 1785, ait signalé la propriété antiseptique du chlore, nommé alors acide muriatique oxygéné (i). En 1791» Fourcroy, l'un des plus célèbres professeurs de chimie dont la France s'honore (2), le recommanda comme propre à désinfecter les cimetières.

(1) Dizé a réclamé la priorité de l'emploi des fumigations de chlore. Il préten dait s'en être servi pour faire cesser une épizootie qui, en 1773 et 1775, envahit une grande partie du Béarn. (Voir Journal de chimie méd,, 1840, p. 540.)

(2) Fourcroy (Antoine-François), flls d'un pharmacien de Paris, naquit en cette ville le 15 janvier 1755. Reçu docteur en médecine en 1780, il succéda, quatre ans après, à Macquer dans la chaire de chimie du Jardin du Roi. L'un des premiers parmi les contemporains de Lavoisier, il se rallia aux idées nouvelles que ce grand génie fit surgir par ses belles expériences et il l'aida de tout son pouvoir à les populariser. Il était remarquable par son éloquence ; seâ leçons publiques tenaient de l'enchantement ; aussi, quelque lieu qu'il choisit pour ses cours, ce lieu n'était jamais assez vaste pour l'affluence de ses auditeurs ; les dames s'y montraient en grand nombre. Son Système des connaissances chimiques, en onze volumes est l'ouvrage le plus remarquable qui ait été publié jusqu'ici sur la chimie. Fourcroy joua un grand rôle, pendant la Révolution, comme député à la Convention nationale, et il rendit surtout de grand» services comme membre

leir^veaiit funéraires, les Mlles de dissection, lei élables, daniletw d'épizoolie; à délruire les effluves inrecls, les riruî contagieux, elc Mais c'est Guyion de Moneau, créateur du langage chimique actuel, qui a popularisé ce moyen puissant de rendre à l'air vicié sa purel* première. Plus lard, Thenard employa le chlore liquide, en place du chlore gazeux, contre une épidémie qui rav^eait une partie de la Bollande, et les lotions qu'il fit faire contribuÈrent beaucoup à boraerlei ravages de cette maladie.

PMinisBtionB cMjtoMieBMCB. — GuyIon de Horveau a iaa^ai, pour faire les fumigalions de chlore, un appsrei! portatif qu il a nommé appareil permanent de di stnfeetwn II se compose d un flacon de crutil D (fig 150) dans lequel on renferme une parue de peroxyde de manganèse en poudre fine elia a parties d acide chlorhydrique Ce flacon est ceofermé dans un étui de buis AAAA dont le cou lertleest traversé par une vis B, mais le bou chon C au lieu d Ctre cyhndnoue et tout àfail libre comme dans les flacons ordinaires, est taillé en cûne et reçu dans une omerture analogue pratiquée dans le col du flacon qui est droite! trés-épais Aumoyen delajutageà laidedpqnel ce bouchon est fixé à la vis d une manière solide, il s enfonce dans 1 ouverture du flacon «1 '* en sort à volonté !l''!i^''nfeci m"""" '"" Lorsqu on leut faire une fumigation, on «u lète le bouchon en desserrant la vis, le chloK se répand au dehors par les ouvertures latérales F, F du couTercle quand on juge cctie fumigation terminée on redescend le bouchon Lorsque te mélange est épuisé, on le renouvelle à peu de frais

Ce petit appareil, très simple et très commode n est bon, toalefois, que lorsqu il B agit d assainir un lieu circonscrit, comme une chaa) bre Mais quand on a besoin de fiirc la même opération dans w vaste local, comme un atelier, une salit de pnson, de caserne, dtiO priai, elc , on pratique la fumigation à vases ouverts, en nielUD> les matières dans une terrine de grès ou un poêlon de terre On kitoe exactement le local non habité pendant vingt quatre heures ou jusqu'à ce que le dégagement du chlore ait totalement cessé. On donne ensuite accès à l'air, en ouvrant les portes et les croisées.

Pour désinfecter les vêtements ou les objets de coucher, on les suspend dans un local Irès-vaste, el on les expose à

■ Appuril i

du comiié de l'Instruction publique, puis plus Itrd comme directeur généni des études. Il maurui, le & décembre 1809, de désespoir de . ne p*s iioir ità Dominé grand maître de l'Université que Ntpoléon venait de créer.

DU CHLOKB. 231

chlore, dont la quantité, d'ailleurs, doit être en rapport avec celle des objets à désinfecter et avec la grandeur du local.

Autrefois, pour se préserver des émanations susceptibles d'exercer une influence funeste sur la santé, pour empocher les progrès du typhus et autres maladies contagieuses, pour désinfecter les lieux d'habitation, on n'avait recours qu'à des moyens insigniflants, ou à de simples palliatifs qui masquaient le danger et ne le détruisaient pas. Ainsi, on faisait brûler des plantes aromatiques, du sucre, on employait des huiles essentielles, du camphre, les vapeurs du vinaigre. Ces substances sont encore souvent mises en usage. Mais leur emploi n'est guère propre qu'à rendre plus supportable le séjour d'un endroit malsain. Ces vapeurs aromatiques n'ont évidemment aucune action sur les miasmes ; elles ne les détruisent pas, elles ne font que dissimuler pour un temps très-court leur présence. Il n'y a vraiment que les fumigations de chlore qui puissent rendre à l'air sa pureté première.

Chlornres désinfectanto et déeolorantf. — BTypochlorites. —

Comme ces fumigations ont l'inconvénient, lorsqu'on les pratique dans des lieux qui ne peuvent être évacués, d'irriter les organes et de fortement incommoder, on les remplace maintenant avec avantage par des aspersions de liquides qu'on appelle vulgairement chlorures de potasse, de soude, de chaux.

Ces composés résultent de la combinaison de la potasse, de la soude et de la chaux, avec le moins oxygéné des oxacides du chlore, Vacide hypochloreiue, dont la découverte ne date que de la fin de 1834. Ils doivent donc être appelés, scientifiquement, HypocMorites ; mais je leur conservée le nom de chlorures, sous lequel ils sont vulgairement connus.

On les obtient aisément en faisant passer, jusqu'à saturation, un courant de chlore gazeux dans une dissolution étendue de potasse, de soude, ou dans un lait de chaux.

Le chlore est produit dans l'appareil ordinaire ; on le lave avant de l'amener dans la solution alcaline qui doit l'absorber. Celle-ci est placée dans l'tine ou l'autre des cuves qu'on emploie pour avoir la solution aqueuse du chlore.

Pour le chlorure de potasse, on sature de chlore une dissolution de 7 pai*ties de carbonate de potasse dans 100 parties d'eau.

Pour le chlorure de soude, on dissout 20 parties de carbonate de soude cristallisé dans 100 parties d'eau.

Pour le chlorure de chaux, on délaye dans l'eau de la cuve de la chaux délitée en poudre fine, 1 partie pour 50 parties d'eau, et on a soin de faire arriver le chlore très-lentement, en en arrêtant le dégagement bien avant que toute la chaux soit dissoute. Afin de maintenir constamment la chaux en suspension dans l'eau, on enferme dans la

cuve un agitateur en bois; autrement, la chaux se déposant au fond de la cuve, U solution Taible surnageante serait promptement saturée de ctilore, et le gaz sortirait ensuite de l'appareil sans avoir agi. La liqueur saturée est tirée & clair; elle marque 9° à l'aréoDiÈlre; on la renferme dans dcB touritles de grès qu'on a soin de placer dans un endroit frais.

Le plus souvent on prépare le chlorure de chaux à l'état solide, parce qu'il se conserve mieux et est plus facilement transportable. On fait alors arriver le chlore au milieu de chaux mouillée ou éteinte. Celleci se sature de chlore en conservant sa forme. La chaux qui prend le plus de chlore est celle qui a été mouillée avec assez d'eau pour qu'elle pAse un tiers de plus qu'auparavant.

Fabrication Indastrlelle da cblorare de cbM.ax. — Dans lesl^ briques, on op^re dans des chambres en maçonnerie, plus ou moijis grandes, garnies tout autour de tablellus {fig l!il) sur lesquelles ou

Fig. 191. — AppirnI pani

étend la chaux en une couche de 10 à t5 centimètres d'épaisseur; le sol des chambres en est également couvert. Elles sont fennées par da portes de bois garnies de plomb, et les jointures sont lutées avec de l'argile. Le chlore gazeux arrive par la partie supérieure, et d'une manière très-lente, afin que la température de la chaux ne s'élève pu à mesure qu'elle absorbe le gai, autrement le chlorure de chaui produit serait très-peu décolorant ; aussi, quand les chambres n'ool p^ une grande capacité, on met plusieurs jours ft effectuer la saturstion de la ciiau\. L'opération est terminée quand l'almodphtrc des cliam-

brea conserve la coultur Jaune du gaz, ce dont on s'aperçoit au moyen d'ouvertures platées en regard et doses par des vitres. On laisse tomber les vapeurs, on ouvre la porte et les ouvertures, al!n de biiiu ventiler et de cliasaer l'excès du chlore non absorbé qui incOmmodei-ait gravement les ouvriers et, deux heures après, ou entre dans les chambres pour en retirer le produit.

Comme le bois est trës-altérable par le chlore , et que les tablettes des chambres ont besoin d'être renouvelées après quelques semaines, on les couvre souvent de bitume ou de mastic à la cire et à la résine. On s'est servi avec avantage, dans plusieurs endroits, de glaces défectueuses, tant pour remplacer les tablettes eu bois que pour garnir les murs des chambres.

Dans certaines fabriques, on remplace les chambres précédentes par des caisses AB (fig. 133), en briques dures bien cimentées au bitume, de 4 mètres de long, sur 1 mètre de large et D~, 53 de haut, dans lesquelles on renferme la chaux.. Le chlore arrive par le tube (, et dépose

FIg. lit. — Autra ippircil pour k chic

dans la partie antérieure de la caisse, qui ne contient pas de chaux, l'eau qu'il a pu entraîner; celle-ci s'écoule au dehors par le tube en plomb d; on la reçoit dans une tourille placée à l'extérieur. Le chlore qui n'a pas été absorbé s'échappe par le tube t. Le chlorure de chaux, une fois produit, est enlevé au moyen d'une porte p. On charge la chambre avec 140 kit. de chaux éteinte qui donnent, au bout de vingtquatre heures, 200 kil. de chlorure de chaux sec. Il y a ordinairement deux caisses de même dimension, placées l'une fi côté de l'autre, de telle manière que lorsque la chaux de la première chambre est saturée, on fait passer le chlore dans la deuxième qui est toute prête: il n'y a donc ni chlore perdu ni interruption dans le travail.

Le chlorure ainsi produit est sous la forme d'une poudre grisâtre, d'une saveur acre et désagréable, exhalant l'odeur du chlore. Bien préparé, il renferme au moins 100 litres de chlore par kilogramme. On l'enferme dans des tonneaux bien sebs, garnis de papier tort, et qu'on plâtre à l'extérieur sur les fonds.

Voici la composition du chlorure de chaux sous ses deux états :

Chlorure pulTérulent. Chlorure liquide.

Chlore 32,7 43,9

Chanx 51,0 34,1

Eau.^ 16,3 22,0

Vous voyez que, sous le môme poids, le chlorure liquide contient le double de chlore; il y a donc avantage à le fabriquer, de préférence au chlorure solide, lorsqu'on n'est pas obligé de le transporter.

Préparation des ehlorare» dépotasse et de sonde. — Les chlorures de potasse et de soude ne peuvent être amenés à Tétat solide, car ils perdent toutes leurs propriétés quand on évapore leur dissolution. On les prépare actuellement, d'une manière très-commode, à l'aide du chlorure de chaux solide que le commerce fournit à bas prix. On le dissout dans l'eau, et on verse dans la liqueur claire une solution de carbonate de potasse ou de soude, jusqu'à cessation de précipité. Il en résulte du carbonate de chaux qui se dépose en poudre blanche, et du chlorure de. potasse ou de soude liquide ; d'où il faut conclure que les deux sels mélahgés échangent leurs principes constituants : c'est ce qu'on voit très-bien par la légende suivante :

Chlorure

ou

hypochlorite

de chaux

Carbonate ) de soude j

Acide hypochloreux-

Chaux

__ ( Carbonate i de chaux-

Acide carbonique —

Soude

Hypochlorite ou chlorure de soude.

Voici les meilleures proportions à employer :

Chlorure de chaux à lOO» 1 kil.

Carbonate de soude cristallisé. 2 —

ou

Carbonate de potasse (potasse perlasse).. 1*",200

Eau ordinaire *. 45 litres

On délaye le chlorure de chaux peu à peu dans 20 parties d'eau; après un repos de deux ou trois heures, on tire à clair ou Ton filtre, soit sur un papier quand on agit en petit ifig. 1 53), soit sur une toile serrée tendue sur un carrelet, quand on opère plus en grand [fg, 1^4); on jette le marc sur le mOme filtre, et on le lave avec 10 parties d'eau ajoutées en plusieurs fois.

D'un aulre cOté, on Itàl dissoudre le carbonate de soude à chaud,

le carbonate de potasse à froid dans 1S parties d'eau, on filtre, et

«n mêle la solution froide à celle du chlorure de chaux, en agitant

avec une baguette de verre. On

laisse reposer, on tire ù, clair, ou

l'on filtre.

Le litre de ces chlorures ainsi préparés ne revient pas à plus de 5 à 6 centimes.

rsnls est aujourd'hui très-étendue, car ils ne remplacent pas seulement \% chlore dans les cas de désinfection et pour tous ses emplois en médecine, ils lui sont aussi substitués pour le blanchiment des tissus.

L'époque précise de leur découverte est incertaine. En (789, le chlorure de potasse était déjà usité dans le blanchiment, sous le nom d'eau de Javelle, du nom d'un petit vill^e près Paris où il parait qu'on le fabriqua d'abord.

Sa préparation, tenue secrète pendant de longues années par les manufacturiers, fut ensuite indiquée par Bertholl et. C'est ce chlorure qu'on emploie de préférence dans les ménages pour blanchir cl détacher le linge. Il est quelquefois coloré en rose. Cette teinte lui est Étrangère ; elle lui est donnée par quelques gouttes de la liqueur qui reste dans les ballons où l'on prépare le chlore.

I.e chlorure de chaux, indiqué en France par Dcscroizilles, de Rouen, lut ensuite iniroduit en Angleterre par G. Tennant , et préparé en grand, à l'état sec, en 1798, par Mackintosh, sous le nom de poudre de Tennant et de Knox, ou poudre de blanchiment. Son usage ne fut adopté en France que longtemps après. Maintenant il est général, et son in-

Iroductijn dans les blanchisseries a singulièrement contribué aux perfectionnements qu'a éprouvés ce genre d'industrie. Masuyer, professeur à l'École de médecine de Strasbourg, est un des premiers qui aient eu l'idée d'employer ce chlorure à la désinfection de l'air, de préférence au chlore. Ses expériences datent de 1807.

Oubliées pendant longtemps, elles furent rappelées au souvenir des savants par celles, plus récentes, de Labarraque, pharmacien de Paris, qui, en 1822, fit connaître l'utilité des chlorures de soude et dépotasse^ dans l'art du boyaudier, pour s'opposer à la putréfaction, l'arrêter et en faire disparaître les traces. Il indiqua aussi de nouveau, et exclusivement, le chlorure de chaux étendu de 150 à 200 parties d'eau, comm& offrant à ceux qui travaillent les matières animales un précieux moyea de désinfection.

Depuis, les travaux d'un grand nombre de chimistes, et surtout ceux de M. Chevallier, ont démontré que les chlorures employés en arrosements ou lotions sont d'excellents agents hygiéniques pour l'assainissement des ateliers, des vaisseaux, des prisons, des lazarets, des hôpitaux, des salles de dissection, des salles de spectacle, des halles, des mines, des latrines et égouts, des puits et puisards, des écuries, des étables, et en général de tous les lieux rendus infects et malsains par la décomposition putride des matières végétales ou animales.

Ces chlorures sont encore employés pour les embaumements, les exhumations et les recherches médico-légales qui en sont la suite. On enveloppe alors les cadavres d'un drap mouillé avec une solution contenant 1/100 de son poids de chlorure de chaux. Cette précaution serait excellente à prendre pour inhumer, dans les temps de chaleur, les cadavres qui doivent traverser les cités et séjourner dans les églises.

On peut aussi en tirer un très-bon parti pour détruire l'odeur de la peinture dans les appartements fraîchement vernis. Il suffit tout simplement, dans ce cas, de saupoudrer de chlorure de chaux en poudre, du foin qu'on étale en couche épaisse sur le sol, et de n'ouvrir les appartements, pour renouveler l'air, qu'après vingt-quatre ou quarante-huit heures.

Ce qui rend les chlorures préférables au chlore pour tous ces emplois, c'est que l'odeur en est moins vive, moins suffocante ; l'action en est leYite, successive, continue, sans en être moins certaine, et peut être graduée à volonté; l'application en est simple; ils se conservent mieux et sont d'un transport plus facile.

Les chlorures ne se décomposent pas par eux-mômes; ils n'abandonnent du chlore que quand ils sont en contact avec des acides, et l'acide carbonique que renferme l'air suffit pour produire cette décomposition. D'Arcet et Gaultier de Claubry ont établi par expérience :

1^ Que la décomposition du chlorure de chaux à l'air est due à l'acide

carbonique atmosphérique. Cet acide, en s'unissant à la chaux, chasse le chlore, qui réagit ensuite sur les miasmes et les décompose ;

2° Qu'en faisant passer de Tair putride, privé par les alcalis caustiques d'acide carbonique, à travers du chlorure de chaux, cet air n'est pas désinfecté ;

3° Qu'il l'est, au contraire, lorsqu'on le fait passer à travers le chlorure sans le priver de son acide carbonique.

C'est parce que la décomposition de ces chlorures par l'acide carbonique de l'air est trèsrlente, que le chlore qui s'en dégage incessamment est moins susceptible d'agir sur l'économie animale, quoiqu'il décompose tout aussi bien les miasmes putrides. C'est donc une véritable fumigation guytonienne, seulement moins forte et plus longtemps prolongée.

En raison de cette action de l'air, il faut priver les chlorures de son contact, pour pouvoir les conserver sans altération.

Ils n'agissent également sur les matières colorantes qu'autant qu'ils sont en présence de l'air ou d'un acide. Alors ils les détruisent subitement. Toutefois leur action est bien plus faible que celle du chlore, à moins que les liqueurs colorées ne soient acides. Ainsi, avec les solutions d'indigo, qui sont toujours très-acidçs, il n'y a aucune différence entre l'action des chlorures et celle du chlore ; mais avec des décoctions végétales, les premiers n'agissent que très-lentement. C'est pour cette raison que, dans-le blanchiment par les chlorures, on fait succéder aux bains de ceux-ci un bain d'acide sulfurique ou chlorhydrique faible qui met le chlore en liberté.

Quand on n'emploie pas d'acide, il faut agiter fortement la liqueur colorée qu'on a mêlée au chlorure, afin que l'acide carbonique de l'air puisse produire le môme effet ; mais, dans ce cas, la décoloration est toujours moins prompte.

Les chlorures, et surtout le chlorure de chaux, sont encore appliqués au blanchiment des chiffons destinés à la fabrication du papier, aux enlevages des toiles peintes en fond uni sur lesquelles on veut produire des dessins. On les a aussi fait- servir à la conservation des œufs, en plaçant ceux-ci dans une solution ne contenant que 4/32 de son poids de chlorure; à la consei'vatîon de la viande (solution à i/40™«); pour enlever à l'eau-de-'vie de grains son odeur désagréable»

On les emploie encore journellement, ainsi que le chlore dissous, pour blanchir les vieilles estampes, restaurer les vieux livres, enlever les taches d'encre qui, très-souvent, diminuent la valeur de ces objets. Sien de plus simple que cette restauration. On tretope les estampes dahs une légère dissolution de chlore ou de chlorure de chaux pcn-^ dant quelques minutes, et on les passe ensuite dans de l'eau fraîche pour en ôter toute l'odeur. Lorsqu'il s'agit d'opérer sur un livre, il faut nécessairement le découdre et le mettre en feuilles. Le chlore n'attaque aucunement l'encre d'imprimerie, l'encre lithographique, qui ont

pour base des corps gras et du noir de fumée, et qui diffèrent beaucoup, sous ce rapport, de Tencre ordinaire.

Le chlore et les chlorures rendent encore de nombreux services à la médecine. La première application de ces corps au traitement de certaines maladies est due au chiiiirgien Percy, qui employa, dit-on, Veau de Javelle, en 1793, à l'armée du Rhin, contre la pourriture d'hôpital. Halle, dans des expériences faites sur des malades et sur lui-même, a constaté que le chlore liquide, étendu de 60 fois son poids d'eau et donné à la dose de 60 à 90 grammes, excite l'appétit et facilite la digestion. C'est le seul agent dont on puisse faire usage avec succès contre les asphyxies par l'hydrogène sulfuré et par les émanations qu'exhalent les fosses d'aisances. Dans ce cas, on trempe dans une faible dissolution de chlore ou de chlorure de soude, dit vulgairement liqueur de Laharraque, une éponge ou un tampon de linge qu'on place sous le nez du malade, jusqu'à ce qu'il soit revenu à la vie. Employé de cette manière, le chlore peut détruire les effets formidables de V acide pnissique, poison dont, jusqu'ici, la puissance n'avait pu être contre-balancée avec avantage. Mêlé à iJeaucoup d'air, on le fait quelquefois respirer aux phthisiques, d'après les indications de Gannal.

Il est avantageux de se frotter les mains avec une solution légère de chlore ou de chlorure, malin et soir, lorsqu'on habite des lieux où se développent sans cesse des miasmes organiques; il adhère à nos organes, et Ton se trouve exposé pendant tout le jour à unie faible émanation de ce gaz. C'est de cette manière que Thenard fit cesser les ravages d'une épidémie qui désolait, en 1815, une partie de la Hollande. Le voisinage des établissements où l'on fabrique le chlore et les chlorures, celui des grandes blanchisseries bertholliennes, est, quoi qu'on en dise, plus salubre que nuisible à la santé publique. On peut citer, à l'appui de cette assertion, le Petit-Gentilly, dit la Gladère, la Maison-de-Seine, près Saint-Denis, aux environs de Paris, localités autrefois très-malsaines par les fièvres intermittentes qui y régnaient, et qui ont aujourd'hui totalement disparu, parce qu'il y a aux alentours des fabriques de chlore et des blanchisseries.

Vous le voyez par tout ce qui précède , Messieurs, le chlore est un des agents les plus précieux que la chimie ait fournis à l'industrie et à l'économie domestique. Sa découverte est donc un des faits les plus heureux pour la société, et celle-ci gardera avec religion le souvenir des deux savants, Scheele et BerthoUet, dont les noms sont désormais inséparables de cette grande découverte.

Btsal des hypoehloritev. -— Chlorométrie. -- L'industrie, en particulier, doit encore se montrer reconnaissante envei*3 deux hommes qui lui ont fourni les moyens de constater, d'une manière aussi exacte que commode, la valeur des chlorures, c'est-à-dire leur richesse en chlore, et) par conséquent) de connaître à l'avance l'effet qu'ils peuvent

]>roduire comme agents décolorants ou désinfectants. Les chimistes qui «nt cherché et résolu ce problème important, sont Descroizilles et 'Cay-Lussac.

Dès 4794, Descroizilles a construit pour les blanchisseurs un instrument qu'il appela berthoUimêtrey et qui a pour but d'évaluer la quantité de chlore en combinaison avec l'eau ou avec une base. Son procédé est fondé sur la propriété que possède le chlore gazeux, dissous ou uni à ua alcali, de décolorer l'indigo. Une dissolution est d'autant plus riche en chlore qu'elle décolore une plus grande quantité de la liqueur d'épreuve, qu'on prépare avec 1 partie d'indigo dissoute dans 9 parties d'acide sulfurîque concentré, puis étendue dans 990 parties d'eau.

En 1824, Gay-Lussac a perfectionné singulièrement ce mode d'essai des chlorures, qu'il a appelé chlorométrie, et il a donné le nom de chlorométre au tube gradué destiné à mesurer la liqueur d'épreuve qui sert ktitrer les dissolutions chlorées. Mais, ayant reconnu, plus tard, que la liqueur d'épreuve faite avec l'indigo offre plusieurs inconvénients dans son emploi, notamment de s'altérer avec le temps, et de ne pas permettre de saisir avec précision le moment où l'action décolorante du chlore a fini de s'exercer sur elle, le môme chimiste lui a substitué, en 1835, une-solution d'acide arsénieux. Je vous décrirai les procédés chlorométriques au moment où je vous parlerai de ce dernier composé.

Pour terminer l'étude du chlore, j'examinerai en particulier son hydracide.

De P Acide chlorhydriqne.

nistoriqne. — 11 parait que cet acide fut connu des alchimistes, puisque Basile Valentin en parle dans ses écrits sous le nom à* esprit de sel; il l'obtenait par la calcination du sel marin et du vitriol. Boylele prépara plus tard en soumettant à une forte chaleur un mélange de limaille de fer, de sel commun et d'eau. Vers la fin du dix-septième siècle, Glauber, célèbre chimiste allemand, simplifia beaucoup le procédé d'extraction, en traitant, dans un appareil distillatoire, le sel marin par l'huile de vitriol. Il connaissait la nature gazeuse de cet acide, puisqu'il fait observer qu'on ne l'obtient point à l'état liquide, à moins de lui associer de l'eau. Mais c'est Priestley qui, en 1772, recueillit le premier l'acide du sel marin à l'état de gaz sur le mercure, constata ses principales propriétés et établit son analogie avec l'acide liquide. Cet acide portait déjà les noms à*acide marin, d'adde muriatique, dérivés du mot muria, qui, en latin, veut dire eau salée, saumure.

Lorsque Scheele eut découvert le chlore, il avança que l'acide muriatique était le résultat de l'union de ce gaz avec le phlogistique ; et comme par phlogistique il entendait l'hydrogène, il s'ensuit que cet

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