FABRICATION DE L ACIDE SULFURIQUE
d*un mélange de soufre et de niire ; puis il bouchait aussitôt le col avec un tampon de bois, et passait au ballon suivant, qu'il chargeait de xnfi.me.j faisant de la sorte le tour du bain de sable. Revenu au point de départ, il rechargeait successivement les ballons d'un nouveau mélange. Les vapeurs résultant de la combustion agissaient dans Tinté-rieur des ballons, et l'acide sulfurique produit se dissolvait dans L'eau, qu'on avait soin de mettre en certaine quantité avant l'opération dans chacun des ballons. Ce procédé, bien combiné dans son ensemble, exécuté par Ward sur une assez grande échelle, réduisit de beaucoup le prix de l'acide sulfurique, puisque de 32 fr. 70 cent, le iiilogramme, qu'on le vendait d'abord, il tomba bientôt à 6 fr. 20 cent.
C'est vers 4746 qu'on remplaça les ballons de verre par de vastes chambres de plomb, au centre desquelles on faisait rouler sur un chemin de fer un chariot supportant une large capsule plate en tôle dans laquelle brûlait le mélange de soufre et de nitre. Cette importante amélioration, qui est un événement mémorable dans l'histoire des progrès de cette industrie, est due à deux Anglais, Roebuck et Garbétt ; ils firent construire la première chambre de plomb à Birmingham, suivant les uns, à Prestonpans en Ecosse, suivant les autres. C'est de cette époque que, le prix de l'acide étant tombé à 40 ou 50 centimes le kilogramme, on put l'appliquer aux travaux d'une foule d'arts jusqu'alors demeurés stationnaires. Depuis lors, on n'a fait que modifier et perfectionner le procédé anglais.
C'est en 1766, à Rouen, rue Pavée, au faubourg Saint-Sever, que fut établie la première fabrique où l'on fit usage des chambres de plomb. Cette importation est due à Ilolker (1). — En 1774, un des membres de
(1) Holker, né aux environs de Manchester, vers le commencement du dix-huitième siècle, était à la tête d'une filature importante, lorsqu'on 1745 le prince Charles-Edouard arriva en Ecosse pour reconquérir la couronne de ses ancêtres. Dévoué aux Stuarts, Holker rejoignit immédiatement le prince, se distingua à la fameuse bataille de Culloden, où il reçut une blessure et mérita une épée d'honneur, puis fut fait prisonnier à Carlisie et condamné à mort. Étant parvenu à s'échapper la veille du jour fatal, il se réfugia en France, où il ne tarda pas à recevoir le brevet de capitaine dans le régiment irlandais O'Glevy. Ses connaissances industrielles firent que bientôt, en lui donnant la croix de Saint-Louis, le ministre d'alors l'engagea à quitter le service militaire, pour faire jouir les établissements français des perfectionnements de l'industrie anglaise. 11 fut, à cet effet, naturalisé, eut la reconnaissance do ses titres de noblesse, et fut nommé inspecteur général des manufactures. Peu de temps après, il vint établir à Rouen des calandres à chaud pour l'apprêt de toutes les étoffes^ des filatures de coton, monter la teinture en bleu à chaud, et des fabriques de plusieurs espèces de tissus de coton, particulièrement de velours de coton, alors inconnus dans le i>ays. A Sens, à Montereau, à Montargis et à Lyon, il créa de semblables établissements. Bien qu'il fût toujours sous le coup d'une condamnation capitale, ii ne craignit point de retourner en Angleterre, sous un déguisement, pour attirer en France des ouvriers de toute espèce. C'est à son retour, en 1766, qu'il fit construire la première fabrique d'acide sulfurique par le système des chambres de plomb. Ce service à lui seul était açsez grand pour lui assurer la recon-
l'Académie des sciences de Rouen, l'ingénieux de La FoIUe, conseilla un perfectionnement remarquable, l'injection de la vapeur d'eau pendant le coure de la combustion du soufre. — Enfin, vers 1810, c'esl encore A Rouen que fut imaginé le système de combustion continue -qui, de prime abord, éleva cette industrie au niveau de la science. l"eB( Jean Hollter, petit-fils de t'importaleur des chombres de plomb (1), qui est l'auteur du procédé vraiment méthodique que suivent actuellement nos grandes fabriques de Rouen, Paris, Uarseille, Saint-GobaiD, Thann, Dieuze, Lyon, Lille, Amiens, Cacn, Montbrjson, etc. On peut donc dire que la fabrication de l'acide sulfarique est une industrie toute rouennaise.
Le nom qu'on donne aux appareils employés fi cette fabrication indique assez leur forme générale. Représentez -vous une grande caisse
rectangulaire A {fig. 198), dont toutes les parois sont formées par dei lames de plomb soigneusement soudées entre elles, de manière qu'il n'y ait aucun jour. Le fond de celle caisse repose sur des dalles de
i nouvelle patrie et justifier les foveurs dunt il avait été aoMi- Holker mourut ï Rouen en 1786.
(1) Cet Holker i^uit, sous l'Empire, k la tête de l'élablissemant de produil* chimiques fondé à Rouen par son aïeul. Ayant reconnu qu'on était loin de convertir on acide tout le soufre employé dans la cnmbuation intermiltente, il S' <^' nom breui' essais, et parvint ik découvrir les meilleures conditions pour 1> cnnibustion du soufre. En 1810, il so rendit ï Paris pour former ftvec Jacquemirt t Uarcet une association dont le but était l'eiploilation de son procédé. En \U%il constitua avec Chaptal et Darcot une nouvelle société qui éleva, *ux 'riieraes et à la Folip, près Nanterre, des fabriques de produits chimiques dont le principal émit IVtcide sulfurique. Peu i. peu son procédé fut connu des autres Fibri-
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pierre b, b, 6, qui l'élôvent à 2 mètres environ au-dessus du sol. Les côtés c, c et le toit d sont isolés de toutes parts et soutenus par une charpente extérieure. Cet isolément permet de reconnaître très-promp* tement les fuîtes qui se manifestent quelquefois dans les lames, et, pour faciliter la visite de l'extérieur, il y a des galeries, e, e, tout autour de l'appareil . La grandeur de ces chambres varie à l'infini. Celle qui est le plus généralement adoptée par les fabricants qui n'en possèdent qu'une seule est de 684 mètres cubes. Le plus souvent, actuellement, on fait communiquer plusieurs chambres ensemble, et, dans ce cas, chacune d'elles n'a que 100 mètres cubes, excepté pourtant celle du milieu, qui a jusqu'à 1000 mètres cubes.
Procédé actuel des fabriques. — La fabrication de l'acide sulfurique, telle qu'on l'exécute aujourd'hui, comprend trois opérations distinctes, à savoir :
\^ Combustion du soufre ou production de l'acide sulfureux ;
2° Oxydation de l'acide sulfureux ou formation de l'acide sulfurique;
3° Concentration de l'acide sulfurique faible obtenu.
Examinons successivement ces trois phases de la fabrication.
I. Production de Vacide sulfureux. — Elle a lieu par la combustion directe du soufre brut de Sicile à l'air ; elle s'exécute dans un four f de forme reci angulaire placé au dehors et au-dessous des chambres. La sole et la voûte de ce four sont en fonte ou en forte tôle, les côtés en briques et mortier. A sa partie antérieure existe une ouverture pour le chargement du soufre et l'introduction de l'air. La surface de la sole est calculée de telle manière qu'on peut brûler au moins 66 kilogrammes de soufre par 24 heures et par mètre carré. L'entrée de l'air est établie sur cette donnée qu'il faut de 6 à 7 mètres cubes d'air par kilogramme de soufre brûlé. — Au-dessous de la plaque sur laquelle brûle le soufre, il y a le plus souvent un foyer.
Dans ces circonstances, le soufre échauffé au-dessus de 440° absorbe l'oxygène de l'air pour donner naissance à de l'acide sulfureux qu'un tuyau de tôle t dirige dans l'intérieur des chambres. Mais là s'arrête la puissance de l'oxygène atmosphérique ; il ne peut, sans l'intervention d'un nouvel agent, s'unir à l'acide sulfureux produit pour le convertir en acide sulfurique.
IL Oxydation de Vacide sulfureux, — Elle est effectuée au moyen d'un composé oxygéné de l'azote.
Dans l'origine, on ajoutait au soufre une certaine quantité de nitre, soit 10''",650 pour 130 à 135 kilogrammes de soufre, ce qui produisait
cants, et aujourd'hui tous les gi'ands établissements tt-availletit d'après sa méthode. Holker est mort à Paris dans le courant de 1844* — On peut donc dire que la Franco est entièrement redevable d'urte de ses industries chimiriues les plus importantes à la famille Holker. C'est là un titre do gloire pour cette famille, et Rouen, qui plus que toute autre ville a profité de ses découvertes, n^ doit pas laisser tomber dans l'oubli un nom aussi honorable-
du bioxfde d'azote que l'air des chambres converlîstait instantanément
en acide Iiypoazo tique.
Plus tard, on dirigeait dans les chambres un mélange de bioxyde d'azole et d'acide hypoazoliquc, qu'on obtenait en faisant réagir li*",4TO d'acide azotique sur f'i.asO de mélasse ou de, fécule de pommes de terre, réaction qu'on opérait soit dans des malras placés au dehors des chambres, soit dans une capsule de platine disposée un peu au-dessus du fourâ soufre.
A une époque plus rapprochée- de nous, on imagina de placer au* des«UB du four à soufre une palère en fonte contenant un mélange do 20 kilogr. de salpêtre et 16 kilogi'. d'acide sulfurique h. 64 degrés. Ce mélange fournissait des vapeurs d'acide azotique et d'acide hypoazoli' que.— Par mesure d'économie, des fabricants ajoutaient au soufre, avant sa combustion, 6 à 7 p. 100 de son poids d'azotate de soude, et mouillaient légèrement ce mélange avec de l'acide sulfurique à SO ou S5 degrés.
Aujourd'hui, on se borne A foire arriver dans l'une des chambres de l'appareil de l'acide azotique liquide à 32 degrés. Cet acide découle goutte à goutte, d'un réservoir evtéi-ieur, à l'aide d'un tube en verre recourbé eu S, dans l'intérieur de la chambre où se trouvent disposées en étagère six terrines en grès munies de becs recourbés, de telle ma- ' nière qu'elles peuvent déverser de l'une dans l'autre le liquide acide qui arrive d'abord dans la plus élevée. D'autres fois, les terrines soûl remplacées par des étagères en grès sur lesquelles l'acide coule en cascades de plateau en plateau. Ainsi exposé par une grande surface au contact de l'acide sulfureux, l'acide azotique cède A ce dernier de l'oxjgène pour le convertir en acide sulfurique, ainsi que je vous l'ai fait vo'r aulérieurement par l'expérience que je remels sous vos yeux (fig. lUO), et se change lui-mCmc en acide hypoazoliquc sulfurique. qui contiuuc la réac-
tion don! je vais parler.
La proportion d'ncide aiottque qu'on inli-oduil dans les chambres est de 6 a 7 p. 100 du soufre brûlé.