FABRICATION DE L ACIDE SULFIJUIQUE
qui se volatilise de la mannite. On fait plusieurs opératioas successives, en renouvelant le mélange des matières premières dans la marmite, sans démonter le récipient. On enlève ensuite, à coups de ciseau, les plaques épaisses et opaques de carbonate blanc qui se sont attachées aux parois du récipient. On conserve le sel dans des vases bien fermés, car il disparaît promptement à l'air, à la température ordinaire.
Lorsqu'on le vend sous la forme de petits cristaux grenus et transparents, pour les usages de la médecine, il est plus particulièrement désigné sous le nom de sel volatil d' Angleteire. C'est parce qu'il a une forte odeur ammoniacale qu'il est utile dans les cas de syncope.
J'ai énuméré plusieurs des services que l'ammoniaque rend à la médecine; j'en ai encore quelques-uns à vous faire connaître.
Ainsi, étendue de beaucoup d'eau, elle calme instantanément les douleurs atroces causées par les brûlures.
Ainsi encore les vétérinaires s'en servent avec succès pour dissiper la météorisation ou le gonflement qui se manifeste chez les bestiaux qui ont mangé, en trop grande abondance, des fourrages verts et humides. Elle agit en absorbant les gaz acides qui occasionnent le gonflement de l'estomac et des intestins. 32 grammes au plus d'ammoniaque, étendus dans des boissons mucilagineuses, produisent la guérison presque subite d'un bœuf ou d'un cheval.
Enfin, l'expérience a constaté une propriété bien singulière de l'ammoniaque liquide ; c'est son effîcacité pour dissiper, presque subitement, les effets de l'ivresse. On l'administre à la dose de 5 à 6 gouttes dans un verre d'eau sucrée. Môme dans les cas d'ivresse avec délire furieux, provoqués par l'abus de liquides alcooliques, elle opère miraculeusement à la dose de 8 à 10 gouttes.
Va£étate d'ammoniaque pris dans les mômes circonstances, à la dosé de 4, 8 et i 6 grammes, produit les mômes résultats, sans présenter les dangers qu'ofTre l'alcali volatil,
Fabrieation de Pacide Balfurique,
Comme appendice à l'histoire des acides du soufre et de l'azote, je dois maintenant, Messieurs, vous parler de la fabrication de l'acide sulfurique, qiie j'avais passée sous silence à dessein, parce que pour la bien comprendre il y a nécessité de connaître à l'avance tous les corps qui y prennent part,
Hlsiorlane. — Je vous l'ai dit dans la septième leçon, le premier
procédé mis en usage pour obtenir l'acide sulfurique consistait dans
la distillation du vitriol vei't ou sulfate de fer dans des cornues de
^rès. Au commencement du dix-septième siècle, Angélus Sala ayant
Reconnu qu'il se forme de l'acide sulfurique par la combustion du
*<H4frc en vases humides, on notarcia pas à adopter ce moyen dans les
pharmacies, et à cause de la forme des vases, on donna d Taeiâe ainsi produit, le nom d'fiui'e ou esprit de soufre par la cloche.
Longtemps après, sur le conseil de Le Fèvre (1) et de Lémery (2), on ajouta au soufre, pour en favoriser la combustion, une certaine quantité de nitre ou salpêtre. C'est en Angleterre qu'on exécuta d'abord en grand le procédé de ces deux chimistes français. Un nommé Ward établit, sur ce piincipe, une fabrique à Richmond, près de Londres. Les ballons dans lesquels on opérait avaient une grande capacité, quelquefois celle de 300 litres. On les plaçait sur deux rangs dans un long bain de sable, de manière que leurs cols fussent couchés horizontalement. Dans chaque col, où était placée une brique, un ouvrier déposait sur celle-ci une cuiller de fer rouge qu'il remplissait ensuite
(1) Nicolas Le Fèvre est un des chimistes les plus célèbres de la fin du dixseptième siècle. Il fut le premier démonstrateur de chimie au Jardin dos Plantes de Paris et l'un 0es premiers menibres de l'Académie royale des Sciences, instituée en 16C6. Après avoir professé pendant quelque temps avec succès, Ifi Fèvre passa en Angleterre, où il fut appelé par Jacques II, qui lui confia le laboratoire Saint-James, établi à l'occasion de la création de la Société royale de Londres. Le Fèvre n'eût-il pas publié d'excellents ouvrages, que son nom serait encore sauvé de l'oubli par cotte puissante raison, qu'il fonda renseignemeot public de la chimie dans les deux royaumes les plus importants de l'Europe civilisée.
(2) Nicolas Lémery, fils d'un procureur au parlement de Normandie, n«qait à Rouen, le 17 novembre 1G45. Il entra d'abord dans une pharmacie, puis, voulant se livrer tout entier à la chimie, il vint à^ Paris, en 1GGC, étudier sous Glaser; mais, rebuté par le caractère dur et ombrageux de ce chimiste, il se rendit à Montpellier, où il fit bientôt après des cours publics qui furent très-suivis. Ramené à Paris en 1672, il y professa avec une vogue inexprimable. Son laboratoire, situé rue Galande, était une cave et presque un antre magique, éclairée de la seule lueur des fourneaux. L'affluence était telle qu'il n'avait plus déplace pour exécuter ses opérations ; les dames môme augmentaient son auditoire, où l'on voyait les hommes les plus instruits do cette époque. Toute la rue Galande était occupée par ses élèves. C'est qu'à l'art des manipulations, Lémery joignait celui d'exposer d'une manière simple et lucide les nombreux phénomènes d'une science qui, jusque-là, avait été inaccessible à cause du langage énigmatique et barbare de ses adeptes. Les préparations qui sortaient de la phajrmacie de Lémery avaient un tel débit, que le seul mayisfer de bismuth o\f blanc de faid^ dont il possédait le secret, payait toute la dépense de sa maison.
En 1G75, il fit imprimer son Cours de chimie ^ qui fut bientôt traduit dans toutes les langues et dont il paraissait chaque année une nouvelle édition ; on en compte 31 de 1G75 à 17dC. L'auteur en fut appelé le Grand Lémery. Mais, en IG81, les persécutions contre les protestants l'obligèrent à fuir en Angleterre. Rentré en France, deux ans après, il se fit recevoir médecin, et, pour éviter 1» misère et de nouvelles persécutions, il embrassa la religion catholique avec sa famille, on IG8G. Il publia en 1G97 sa Pharmacopée universelle (qui eut 8 éditions do lGi>7 à i7G.'i), et peu de temps après son Traité des di^ogues simples. En 1699, il entra à l'Académie des Sciences, et, en 1707, il donna son Traité de l'o^^' moine, H mourut d'une attaque d'apoplexie, le 15 juin 1715, en laissant un fils (fui, comme lui, s'est occupé de chimie, mais avec bien moins de succès et d'originalité. On peut dire que presque toute l'Europe apprit de lui la chimie, 6t qu'il (ut lin de ceux qui contribuèrent le plus aux progrès de cette science.