DE L HUMIDITÉ DE L AIR
d'eau réduite en vapeurs, couche d'autant plus épaisse que l'air est plus cbaud, plus sec et plus agité.
Vous avez tous, Messieurs, conscience de ce fait, bien que. peut-être votre esprit ne s'y soit pas arrêté. Lorsque vous abandonnez à luimême un vase ouvert plein d'eau, vous vous apercevez, au bout de quelque temps, que cette eau a diminué de volume, et qu'elle Unit même par disparaître complètement au bout d'un temps plus ou moins long, disparition qui est, d'ailleurs, bien plus rapide en été qu'en hiv». C'est que l'eau, dans ce cas, prend la forme d'un fluide invisible et gazeux, qui se mélange à l'air atmosphérique. Or,* ce phénomène de l'ascension de l'eau dans l'air a reçu le nom à*évaporation.
Cette évaporalion de l'eau ne cesse que pendant les pluies abondantes, et la glace même s'évapore au sein de l'hiver. Un mètre carré d'une surface liquide laisse évaporer \ décimètre cube ou \ litre par vingtquatre heures ; d'où il suit qu'un seul kilomètre carré de la surface de la mer produit chaque jour \ ,000,000 de litres ou 4 ,600 mètres cubes de vapeur d'eau ; en d'autres termes , une masse d'eau quelconque diminue d'un millimètre de hauteur en vingt-quatre heures, à la température ordinaire.
Ajoutez à cela toute l'eau que laisse exhaler la terre humide (I), toute celle qui sort des végétaux par la transpiration insensible, et dont la proportion pour chaque arbre est d'environ i2 kilogrammes par vingtquatre heures ; celle, enfin, qui provient de cette multitude d'êtres animés qui transpirent aussi, même dans les climats les plus rigoureux et pendant les froids les plus intenses (la transpiration de l'homnae donne environ 1 kilogramme d'eau par vingt-quatre heures^, et vous ne serez plus surpris qu'il y ait toujours beaucoup d'eau dissoute dans l'air. Votre imagination pourrait peut-être s'alarmer de cet immense réservoir d'eau toujours suspendu sur vos têtes et prêt, à chaque instant, à renouveler les terribles scènes du déluge qui a bouleversé notre planète, et dont le souvenir s'est transmis d'âge en âge.
État iiyirrométriqae de l'air. — Mais rassurez-vous, l'harmonie de la nature est telle, que cette immense masse d'eau se réduit incessamment par la condensation graduelle des vapeurs, qui retombent sur nos continents sous les formes diverses que je viens* d'indiquer. D'ailleurs, les mouvements continuels qui s'opèrent dans les couches atmosphériques, en mélangent toutes les parties, et établissent partout un équilibre d'humidité qu'on désigne sous le nom à'éttt hygrométrique. Les régions de l'air qui ont perdu accidentellement l'eau dont elles étaient chargées ne sont pas longtemps sans se mêler aux autres, puisqu'en ne donnant à l'air qu'une vitesse de 3 myriamètres à l'heure.
(1) Un célèbre physicien, Curwen, prétend s'être assuré qu'il s'évapore, en une heure, d'un hectare do terre fraîchement labourée, 1 1 hectolitres, 87 d'eau ; ce qui ferait pour 24 heures 381 hectolitres, 88. Il est vrai que la puissance d'évaporation diminue à mesure que la terro se dessèche.
celui d6 Téquateur* et celui du pôle ne mettent pas plus de huit jours à 86 rencontrer. On sait que, dans les ouragans, le vent parcourt 36 mitres par seconde, et même davantage, ce qui fait 10 myriamètrcs par heure.
La quantité de vapeur atmosphérique, étant en proportion de la température de Tair, varie nécessairement en raison du climat, de l'élévation des lieux et du cours des saisons : ainsi, elle décroit de bas en haut, efde l'équateur vers les pôles ; elle est bien plus abondante en été qu'en hiver. Gay-Lussac et les autres physiciens qui ont osé s'élever dans les vastes champs de l'air, ont remarqué que dans les hautes régions, où)le ftt)id devient de ]^lus en plus vif, la sécheresse est telle que le bois, leparchemfn se tordent et se déforment comme lorsqu'ils sont exposés à l'action d'une fbrte chaleur. Suivant Dalton, la quantité moyenne de Tapeur d'eau tenue en dissolution dans l'atmosphère peut s'élever aux .0,0142 environ de êon volume.
Reclieiljelie de là Tapeur aqueuse daus l'air. — 11 est une foul^^de moyens propres à démontrer l'existence de la vapeur d'eau dans l'air qui paraît le moins humide et le plus transparent. Les uns consistent à abaisser suffisamment sa température pour que la vapeur se condense sous forme solide ou liquide ; les autres, à le mettre en contact avec des substances qui ont pour l'eau une affinité très-prononcée, et qui, pa» cette raison, lui enlèvent celle qu'il contient en se l'appropriant.
A chaque instant, nous sommes témoins de phénomènes produits par le refroidissement de l'air. Ainsi, lorsqu'on vient à placer un corps froid dans une atmosphère un peu chaude, et conséquemment humide, il se couvre d'eau, parce qu'en refroidissant les couches d'air qui l'entourent, il abaisse également la température de la vapeur aqueuse qui s'y trouve. Dans Tété, les bouteilles de vin qu'on sort des caves se tapissent bientôt de gouttelettes d'eau ; dans l'hiver, les >itres de nos croisées se revêtent intérieurement d'humidité ou de belles cristallisations blanches, parce que l'air froid du dehors, en les frappant, liquéfie ou même congèle la vapeur que notre respiration et notre transpiration ont accumulée dans l'air des appartements. La formation des nuages, des brouillards, de la pluie, de la neige, est encore due, comme je l'ai dit précédemment, au refroidissement qu'éprouve accidentellement la vapeur aqueuse dans les hautes plaines de l'air.
11 y a des substances qui ont tellement d'affinité pour l'eau, qu'elles s'emparent de sa vapeur partout où elles la trouvent ; tel est, entre autres, l'acide sulfurique concentré, qui peut absorber graduellement plus de trois fois son poids d'eau atmosphérique, et qui, alors, augmente de poids en perdant de sa force acide ; telle est la chaux vive, qui tombe eii poussière en perdant de sa causticité ; telle est la potasse, qui, au bout d'un temps très-court, s'humecte et finit par se dissoudre complètement dans l'eau absorbée, etc.
DES MATjfeRES ORGANIQUES DE l'aIR.
Corps déllqneseeMis oa kyfrrooiéirlqaes. — Les corps qui ont ainsi cette propriété d'enlever Teau à l'air, sont connus sous le nom général dé Corps déliquescents, de corps desséchants ; les chimistes en font un fréquent emploi pour dessécher les gaz. Tous les'corps déliquescents restituent à l'air, lorsque celui-ci devient sec, l'eau qu'ils lui avaient enlevée lorsqu'il était humide.
On les appelle encore Hygrométriquesy parce qu'ils peuvent servir à déterminer avec assez de précision la quantité de vapeur d'eau contenue dans un volume donné d'air. C'est d'après cette propriété des substances hygrométriques que les physiciens ont construit des instruments pour juger du degré de sécheresse ou d'humidité de l'atmosphère ; on les nomme Hygromètres ou Hygroscopes (1). .
Certains liquides volatils et quelques gaz sont d'un emploi très-comimode pour réconnaître immédiatement les plus petites traces d'humidité dans l'air, parce qu'en s'unissant à la vapeur qu'ils rencontrent, ils forment une combinaison moins volatile que chacun des composants, et qui apparaît sous forme de fumée blanche plus ou moins épaisse. Ce phénomène est surtout très-marqué avec l'aciV/ec/i/or- Fig. 48. •- cloche de hydrique eu esprit de sel {fig. 48), avec le gaz fluobo- gazchiorhydrique-ou-
n * 3. . 1 j j'«" ''^erte dans l'air.
rique. 11 est a noter que les vapeurs de ces différents corps liquides ou gazeux ne sont plus visibles dans un espace soc.
Des matières ori^auiques de l'air.
Corpiieealtfs eu suspension dans l'air. — Lorsqu'on laisse pénétrer, par une petite ouverture, dans un appartement obscur, un rayon direct du soleil, on remarque, au milieu de ce rayon, une foule de corpuscules, semblables à de la poussière, qui s'agitent en tous sens. Ces corpuscules sont de diverses natures : les uns sont de fines poussières minérales, des particules charbonneuses ; les autres, des débris atténués de végétaux et d'animaux, des filaments de laine et de soie, des fibrilles de coton, des poils, des granules de fécule, enfin des germes microscopiques organisés, aptes à se développer et à produire des moisissures, des iafusoires dans les liquides (sucs sucrés, infusions de plantes, etc.\ qui offrent un milieu convenable à leur croissance et à leur reproduction..
(1) Les mots hygrométrie^ hygrométrique ^ hygromètre^ sont tous formés des mots grecs hugros, humide, et metron, mesure, et veulent dire : le premier, science qui s'occupe de tout ce qui concerne la vapeur aqueuse répandue dans l'air ; le second, corps ou substance qui sert à mesurer la quantité de cette vapeur; le troisième, l'instrument destiné à mesurer les degrés d'humidité atmosphérique. Le mot hygro^-cope, synonyme d'hygromètre, vient des Uiots grecs hugros et scopco^; j'observe, je vois.
■iauMM •« ÉM*RkU«NB vNtrliin. — Mail outre ces matières qui MDt en Bimple saspetuion dans l'air, il 7 a encore dans celui-ci d'autres substances d'origine organique, qui sont en complète dissolution dans la vapeur aqueuse et qui communiquent au fluide atmosphérique des propriétés insalubres. C'est A celles-là qu'on a donné, depuis longtemps, les noms de miatmes, d'étnanations putrides.
Elles paraissent provenir de la putréraction des végétaux sous l'influence d'une forte chaleur et d'une humidité constante. Aussi est-ce principalement dans les contrées chaudes et humides, dans le voisinage des marais, des étangs et de toutes les eaux stagnantes, que l'air est plus chargé de ces émanations délétères que l'en considère, non sans quelque raison, comme la cause première des Hèvrcs, des malailies contagieuses, de la fièvre Jaune, de la peste, des épizoolies qui rî'gnent dans ces localités plus fréquemment qu'ailleurs. Des contrées entières sont connues par les maladies qui sévissent sur les habitants pendant une partie de l'année. Les eûtes plates des mers, les étangs du Languedoc, les Maremmcs, les marais Poutins, les rivages d'Alexandrelte, le delta do Ml, etc., nous en présentent des exemples malheureusement célèbres. Beeherehe ilca ■alB«mes û»m» l'*lr. — Moscaii a eu, le premier, l'idée de condenser Veau dissoute dons l'atmosphère, dans le but d'y rechercher le principe qui occasionne le mauvais air. Il fit ses expériences dans les rizières -de la Toscane en 1809.
Il suspendait â quelque distance du sol des ballons remplis de glace ifig. i9). L'eau qui se déposait à leur surface pouvait être recneillie aisément. Cette eau, d'abord limpide, présenta bientôt de petits flocons qui possédaient les propriétés propres aux matières animalisées; elle finit, au bout de quelques jours, par se putréfier c«mplclemenl.
En iSM et en 1819, Rigaud de l'isle, Vauquelin, lulia-FonlenelIe, reconnurenl, par le même moyen, une matière organique floconneuse, avec des traces de subslnnres salines.