‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 38 sur 114 · DD BLANCHIMENT DES FIBRES ANIMALES · texte numérisé non relu

DD BLANCHIMENT DES FIBRES ANIMALES

et des tissus est très-différent. Ainsi les soies de première qualité destinées à la confection des étoffes riches et solides, celles destinées à la teinture ou à l'impression exigent des procédés tout autres que ceux qu'on applique aux soies légères ou à celles qu'on réserve à la fabrication des blondes et des gazes. J'indiquerai les modes de blanchiment les plus usités.

a. Blanchiment des soies dites cuites. — Le procédé le plus ancien consiste en deux opérations distinctes : le dégommage et le décreusage ou cuiiey qui ont pour effet de dépouiller la fibre textUe de l'enduit naturel ou vernis, coloré ou incolore, qui la recouvre.

Pour dégommer, on plonge les écheveaux dans un bain chaud, mais non bouillant, fait avec 30 parties de savon blanc pour 100 de soie et avec de l'eau aussi pure que possible. Après dix minutes de Usage, oo tord à la cheville, et on donne un second bain, mais avec 15 p. 100 de savon seulement, atin d'enlever les dernières traces du vernis.

On décreuse ou Ton cuit la soie dégommée, en l'enfermant dans des sacs de grosse toile (12 à 15 kil. par sac), et en la mainteifant pendant une heure environ dans une dissolution bouillante de savon, pour laquelle on n'emploie de cet agent que 15 p. 100 du poids delà soie. On dégorge ensuite parfaitement les écheveaux à la rivière, on leur donne un léger passage en acide sulfurique très-faible, enfin on leur fait subir un nouveau dégorgcage complet, d'abord à l'eau chaude, puis à l'eau froide, et on les sèche.

Par ces deux opérations, la soie éprouve un déchet qui varie, suivant sa provenance, de 25 à 35 p. 100. Les soies de France et d'Italie sont celles qui perdent le moins; celles du Bengale et de la Chine sont celles qui perdent le plus. Ce déchet provient de la gélatine, de l'albumine, de la cire, des matières grasses et résineuses qui ont été enlevées et dissoutes par l'eau savonneuse; la matière coloraHle est aussi entraînée; mais il reste toujours, avec la 6brine de la soie, une certaine quantité d'albumine, qui contribue à lui donner du brillant et de la consistance.

Il est avantageux de restreindre l'emploi du savon, toutes les fois qu'on n'a pas besoin d'atteindre au blanc le plus parfait, attendu qu'à la chaleur de l'ébullition, dans des bains trop forts, la soie perd les qualités qu'elle y avait acquises; elle y devient terne, roide et cassante. Ainsi, pour toutes les suies destinées à la teinture, un doit mettre une quantité de savon d'autant plus pelite que les couleurs sont plus foncées et moins délicates. Pour le plus grand nombre de couleurs, il suffît de faire cuire la soie quelques heures dans une dissolution où il entre 20 de savon pour 100 de soie. La cuite se fait avec 30 de savon, quand on veut teindre en bleu, en gris de fer, en ponceau, cerise et autres couleurs délicates, qui sont d'autant plus belles que le fond qui les reçoit est plus blanc. On cuit aussi, pendant quelques heures, afin de suppléer au dégommage que l'on peut se dispenser de faire en particulier.

Pour la soie qui doit plus tard ôtre teinte en noir, on la fait bouillir pendant une demi-heure à peine dans un bain contenant 10 à 12 de soude caustique par chaque 100 kilogr. de matière textile; on lave immédiatement après à grande eau, on tord et on sèche. Ce procédé, qui porte le nom de demi-cuite, est très-économique; le déchet n'est que de 12 p. 100, mais la soie est terne, cassante et profondément attaquée.

Les étoffes de soie qui doivent èlre imprimées sont, quand on les prend écrues, dégommées et décreusées à peu près de môme que les tils. On met dans le bain de dégommage 250 gr. de savon par kilogr. de tissu sec; on fait bouillir pendant deu)fr*à trois heures. Les pièces sont renfermées dans un sac. — Après le dégorgcage, on les décreuse dans un bain semblable. On les passe ensuite, pendant dix à quinze minutes, dans une eau contenant 15 gr. de cristaux de soude par pièce. On les dégorge et on leur donne un \itriolage dans une eau qui marque à peine à l'aréomèlre. On lave à Teau chaude, on bat et Ton rince à l'eau courante.

Quand les étoffes de soie ont été en partie blanchies avant le tissage, les opérations sont plus simples. On trempe en eau courante, on fait bouillir pendant une heure dans un bain fait avec 60 gram. de savon et 500 gram. de son par pièce de 8 à 10 raètres, on dégorge en eau chaude à -\- 50*, on lave à l'eau froide et on bat au dash-wheel.

Pour les impressions en couleur tendre, on donne toujoui*s aux étoffes de soie un léger soufrage.

Lorsque les soies doivent rester blanches, on leur donne habituellement un léger bain de savon, aprC's le dégommage et la cuite, et pour rendre le blanc plus agréable, on ajoute au bain savonneux un peu de rocou, quand on veut avoir ce qu'on appelle le blanc de Chine, ou un peu de carmin d'indigo, seul ou additionné d'orseille ou 4ie cochenille ammoniacale, pour les blancs azurés, dits blanc des Indes, blanc de pâte, blanc d'argent et blanc azuré.

A Lyon, on pratique le blanchiment d'une manière un peu différente. Après le dégommage et la cuite, on lave les soies, on les expose à la vapeur du soufre en combustion, et on termine en les passant à Tazur dans de l'eau de rivière ou de source très-claire. On pratique, d ailleurs, le soufrage comme pour la laine.

Au lieu d'imbiber les soies avec de l'eau pure avant de les soufrer, il est préférable de les humecter avec 2 p. 100 de lessive de potasse, et après le soufrage, on les passe en eau pure ou en eau de savon faible. Mieux vaut encore, après les avoir alcalisées, les tremper dans une solution d'acide sulfureux et les y laisser séjourner jusqu'à décoloration complète; on les lave ensuite à grande eau.

L'opération du soufrage procure non- seulement de la blancheur, mais aussi ce qu'on appelle le cri ou le maniement, c'est-à-dire une espèce de trémoussement élastique, qui se fait sentir lorsqu'on presse

DU BLANCHIMENT DES FIBRES ANIMALES. iSf

ia soie entre les doigts. On ne soufre pas celle qui est destinée à faire de la moire, parce qu'elle résisterait trop aux impressions de la calandre sous laquelle on la fait passer pour la moirer. Il en est de môme pour celle qu'on destine à la bonneterie, parce qu'elle oxyderait le fer et Tacier des métiers sur lesquels on la travaille.

La soie soufrée prend mal la teinture ; mais il suffit, pour faire disparaître cet inconvénient, de la désoufrer avant de la teindre, c'est-àdire de la tremper et de l'agiter à plusieurs reprises dans l'eau chaude.

Dans quelques établissements, on substitue au soufrage un passage en eau très-légèrement acidulée par de l'eau régale. M. Guinon aine employait de préférence une dissolution très-étendue d*adde azoto-sulfuHque, c'est-à-dire de l'acide sulfurique concentré et saturé de vapeurs nitreuses.

6. Blanchiment des soies dites souples. — Toutes les soies destinées spécialement à la fabrique pour rexportalion, pour les articles légers et à bon marché, sont soumises à un mode de blanchiment qui ne leur fait perdre que 18 p. 100 de leur poids primitif.

On les passe pendant dix minutes dans un bain d'eau régale ne marquant que 15<> Baume, et chaufl'é seulement à 30 ou 3o<> tout au plus. Cette eau régale se compose de 4 parties* d'acide clilorhydrique et 1 partie d'acide azotique. Dès que les fils ont acquis une teinte grise, on retire promptement les écheveaux, on les lave à grande eau, puis on les expose pendant douze heures à l'action du gaz sulfureux. Au sortir des chambres, on les passe en eau contenant 10 p. tOO de bicarbonate de soude ou de savon du poids de la matière textile. On répèle les soufrages et les bains alcalins ou savonneux jusqu'à six ou sept fois pour obtenir le blanc le plus parfait.

Les soies ainsi traitées sont rudts, cassantes, fortement contractées et sans aucune élasticité. On fait disparaître ces défauts et on les rend souples en les passant à plusieurs reprises dans un bain d'eau bouillante.

c. Blanchiment des soies fermes. — Les soies destinées à la fabrication des blondes, des gazes et de toutes les étoffes qui doivent être fermes comme si elles eussent été empesées ou gommées, ne sont point décreusées, parce qu'il est essentiel de leur conserver la roideur et l'élasticité qui leur sont naturelles. On prend les écrus les plus blancs, on les passe en eau tiède, on les soufre et on les azuré. On réitère souvent cette série d'opérations.

Quant aux écrus jaunes, Baume a conseillé de les faire macérer pendant quarante-huit heures dans de l'alcool à 36°, additionné de 1/32 d'acide chlorhydrique pur. Ce liquide dissout toute la gélatine, la cire, la graisse, la résine et la matière colorante de la soie, sans toucher à l'albumine, et il en résulte une perte d'environ { /S*^. Les écrus deviennent d'un très-beau blanc, tout en conservant un éclat et un mœllailX'liaiiBfllIiUfiS ; mais ce procédé n'a pas été généralemc nt adop <^ qu'il occasionne. J'ai vu employer à

Lyon, avec plus d'économie, un bain très-étendu d'eau régale (4 pp. d'acide chlorhydrique, 1 p. d'acide azotique).

En Chine, on ne fait usage d'aucun de nos procédés pour obtenir ces belles soies blanches qui arrivent en Europe. D'après Michel de Grubbens, qui a résidé longtemps à Canton, on décreuse la soie dans un bain composé de 25 pp. d'eau de source, 6 pp. de farine de blé, 5 pp. de sel marin et 5 pp. d'une espèce particulière de fèves blanches lavées.

Fabrication d« papier.

Une dernière application des matières végétales filamenteuses ou textiles, dont il me reste à vous parler, c'est la fabrication du papier.

C'est avec des chiffons de coton, de lin, de chanvre, le linge usé, les lambeaux de nos vieux vêtements, qu'on prépare cette substance précieuse, sans laquelle, bien certainement, la découverte de l'art de l'imprimerie n'eût pas eu l'influence qu'elle a exercée sur nos sociétés modernes.

Ilistorlqoe. — Dans l'origino, c'étaient des feuilles et des écorces d'arbres, des plaquettes do bois dressées ou enduites de cire, des tables d'ivoire ou de plomb, des pierres polies qui recevaient les caractères de l'écriture. Les Babyloniens traçaient leurs observations astronomiques sur des briques, et les livres sacrés des Hébreux étaient gravés sur de Tor, au dire de l'historien Josèplie. Plus tard, quand on sut préparer les peaux des animaux, on s'en servit commo moyen matériel de recevoir et de conserver la pensée ; alors les peaux de poissons, de couleuvres, de serpents, puis celles de chèvre et de mouton furent disposées pour cet usage, qu'Hérodote fait remonter à une haute antiquité. C'est surtout à Pergame, dans la Mysie, sous le roi Eumènc, vers l'an 200 avant J.-C, qu'on perfectionna et qu'on fabriqua sur une grande échelle ces membranes si minces qui prirent les noms de Pcrgamenum, do Pergama charta, et que chez nous on appelle du parchemin et du vélin (1).

En Grèce, on écrivit pendant longtemps sur des écailles de tortue, sur des coquilles d'huiircs {ost/eaj, d'où vient le mot ostracisme pour désigner le vote du peuple relatif au bannissement.

Ce sont les Chinois, les Japonais, les Coréens qui fabriquèrent les premiers le papier en appliquant à cet usage le coton, l'ouate, la peau du cocon du ver h soie^ les jeunes pousses ou la partie fibreuse de l'écorce intérieure des ban^bous, du mûrier ordinaire, de l'arbre Ku-tschae des provinces septentrionales, qui n'est autre chose que le mûrier à papier {Broussonetia papyrifera), la moelle

(1) Suivant Josèphe, la copie des livres sacrés qui fut envoyée par le grandprêtre Éléazar à Ptolémée Philadelphe, était faite sur des membranes de cette nature d'une très-grande finoHse. Dans la bibliothèque des empereurs grecs à Constantinople, qui contenait 30000 volumes, et ({ue brûla Léon l'Isaurien. se trouvait un Homère écrit en lettres d'or sur les intestins d'un énorme serpent ; cette peauavait près de 39 mètres. Les Romains faisaient aussi un usage trèsfréquent du parchemin, et suivant Cicéron, ils le préparaient avec tant do perfection, de son temps, qu'il dit avoir vu Vlliade d'Homère écrite sur un parchemin si délié, qu'on aurait pu l'enfermer tout entière dans une coquille de noix.

d'une grande ombellifère, le toung^sao {Aralia papyriftra des bounistes modernes), les fibres textiles d'une espèce d'ortie, VUrliea Japomca^ etc.

A une époque postérieure, mais indéterminée, les Égyptiens se serrirent également pour le même usage des feuillets rainces de la partie la plo5 interne de l'écorcc des arbres à bois tendre (tilleul, peuplier, saule, etc.), coucbes corticales que les^ Grecs nommèrent Bybios^ les Latins iiber, d'où sont tcuus, chez eux comme chez nous^ les mots Bible et iivre.

Quant & notre mot papier ^ il vient de Papyrus^ nom que les Latins donnèrent à une plante aqua> tique, espèce de roseau de la famille des Cypéracées {Cyperus papyrus^ de Linné , qui croit en abondance sur les bords du Nil {fig. 1145). Ils crurent, à tort, que c'était cette plante qui fournissait la matière première des feuilles sur lesquelles on écrivait, feuilles ou rouleaux qui prirent dès lors la fausse dénomination de Papurus,

Quoi qu'il en soit, la fabrication du papier égyptien est fort ancienne, puisqu'on a des fragments de papyrus qui remontent à plus de 40 0 ans. il s'ensuit donc que l'usage de l'écrituro. sur papier était très-commun en Égj'pte lorsque les Grecs commencèrent à avoir des relations avec ce pays. Tout porte à croire que cet usage fut introduit en Grèce dès le dixième siècle avant J«-C.

Peu de temps après la conquête de l'Égypto par les Romains, le papier de cette nation fut presque exclusivement adopté en Italie et y devint un objet de première nécessité. Son emploi subsista jusqu'au huitième siècle de notre ère, époque à laquelle los Arabes, maîtres de l'Egypte, y introduisirent le papier de coton dont ils avaient appris la fabrication à Samarcande, capitale de la Bucharie. L'usage et la préparation de ce nou. veau papier passèrent d'Afrique en Espagne vers le onzième siècle. On Iq nommait aIoi*s pergw mino dipagno.

C'est alors que les Maures d'Espagne, établis à Valence, imaginèrent de remplacer le coton par

le chanvre et le lin; les premiers essais furent si heureux qu'en peu d'années l'usage du papier de coton fut abandonné dans tout l'Occident (1). Les premières papeteries de chiffons s'établirent en France, à Troyes et à Essonne vers I3i9 (2); presqu'à la môme époque il s'en fonda à Padoue, h Fabriano dans le Piémont, à Colle, en Toscane; longtemps après, en 1390, à Nuremberg. Ce n'est que dans le quinzième siècle que l'Angleterre en posséda; jusque-là c'est de France qu'elle tirait le papier dont elle avait besoin.

Fig. 1145. — Papyrus des bordi du Nil.

(1) Edrisi, auteur arabe, écrivait en 1150 : a Xativa (aujourd'hui San Felipe), est une jolie ville, possédant des châteaux dont la beauté est passée en proverbe ; on y fabrique du papier tel qu'on n'en trouve pas de pareil dans tout l'Univers; on en expédie à l'Orient et à l'Occident. »

(2) Le plus ancien manuscrit connu, sur papier de chiffons, porte la date de 1318. On cite une lettre du sire do Joinville à saint Louis, datée do 1270, écrite sur de semblable papier.

154 SOIXANTE-TROISIÈME LEÇOiN.

La rareté toujours croissante des chiffons de lin a fait reprendre, depuis une quarantaine d'années, l'emploi du co(on pour cette industne, bien qu'il fournisse un papier mou et sans corps, en raison de la moindre ténacité de sa fibre ligneuse ; en revanche, la pâte est plus blanche et plus propre à recevoir les empreintes de la gravure (I).

Généralement, on mélange actuellement les chiffons de diverses natures végétales pour le papier ordinaire. Voici conmient on procède dans les papeteries modernes.

Fabrication. — Les chiffons, d'abord triés, débarrassés des ourlets, des boutons et autres parties dures, puis assortis suivant leurs degrés de finesse, de blancheur et d'usure, sont soumis à une agitation violente dans une espèce de blutoir, de loup ou de diable, dont la disposition, bien que variable, a pour but de les ouvrir et d'en faire échapper le plus possible les matières poudreuses dont ils sont chargés. Le déchet qu'ils éprouvent ainsi est de 2 à 5 pour iOO.

Dans certaines usines, on remplace le blutoir par ce qu'on appelle une barboteuse. C'est une grande caisse dans laquelle arrive un courant d'eau au milieu duquel on agite les chiffons au moyen d'un tambour ou cylindre à palettes qui en détache toutes les impuretés. En moins d'une heure, 75 à ioO kil. de chiffons sont suffisamment nettoyés.

Pour les chiffons très-sales ou- les papiers fins on recourt au blutoir et à la barboteuse.

On procède alors au lessivage en employant, terme moyen, 2 pour 100 de sel de soude ou mieux de soude ou de chaux caustique ; cette dernière substance paraît agir plus énergiquement sur les matières incrustantes ; malheureusement son peu de solubilité en rend l'action très-lente. l'ans les anciennes papeteries, on fait usage des miîmes appareils qui servent au lessivage du linge, et après un nombre d'heures variant avec la qualité plus ou moins grossière des chiffons, on rince parfaitement ceux-ci soit dans la barboteuse, soit dans une caisse à grilles métalliques.

Dans les papeteries modernes, le lessivage s'effectue d'une manière plus rapide dans des vases fermés, mobiles, cylindriques ou sphériques, tournant sur eux-mêmes comme le brûloir à café. Le mouvement qui précipite les chiffons les uns sur les autres, au milieu de la lessive, aide

(1) Les chifTons qui sont pour le vulgaire une matière sans valeur, sont cependant, chez les peuples civilisés, l'objet de transactions considérables. Ils sont tellement précieux et si difficiles à remplacer pour la fabrication du papier, que la France, la Belgique, la Hollande, l'Espagne, lu Portugal et quelques autres pays en ont, pendant longlemps, prohibé TexporUition d'une manière absolue. C'est seulement à partir de 18C1 que dans le traité de commerce avec l'Angleterre, la prohibition de sortir des chiffons ramassés en France a été levée, moyennant un droit de 12 francs par 100 kilogrammes. C'est surtout la Toscane qui livre au commerce européen les plus grandes quantités de chiffons (12 millions de kilogrammes), et c'est Livourne qui en a le principal entrepôt. ,

ringulièrement an nettoyage qui est rendu plus énergique encore par la pression de 3 à 5 atmosphères que supportent les matières réagi»santei. Le lessiveurrolalirà double enveloppe de M. Orîoli apporte en* core pins de rapidité, de régularité et d'économie dans le trarajl que les lessÎTeunrotulirsà simple enveloppe intruduiti par les Anglais dans leurs ateliers.

L'opération qui succède, connue sous le nom de difitage ou A'effilorhagt, est destjnée & changer la fonne de la matière première, à dé- Imire la tissure, à isiTler les libres textiles pour les nettoyer complètement, puis à les mêler de manière A en Taire un (ont bomogëne. On

Jette pour cela les chiiïons blanchis dans une machine dite mon fin it (ijlwdn, pile ou defileuse, qui a Été inventée pnr les Hollandais des le milieu du din-huilîème siètle (1); elle les détliire et les divise a*ec beaucoup de Tacililë, de diligence et d'éionomie (fly. 1 1 W).

(1) C'Mt Pierre UonlttolKer iiiii, h la suito d'un royale qu'il fit on HallBiiilp,

■" •'•'rnier, impoila un France les [iiucûili^s liollaïuiais punr la

- C'est égalimcnt lui qui iniagiim la nouveau mode de

C'est une caisse en bois ou en métal ÂÂ, dans laquelle se.trouve un cylindre 6 dont la circonférence est garnie de lames métalliques qui se rencontrent, pendant la rotation, avec d'autres lames semblables adaptées au fond de la caisse C, et placées obliquement de façon à ne pas engrener avec le cylindre. Celui-K^i étant mis en mouvement avec une vitesse de 120 tours par minute, on jette une certaine quantité de chiffons dans la caiszc, où ils sont entraînés avec une grande rapidité par les lames du cylindre, qui les déchirent et les .déposent, sous forme de pftte grossière, sur un plan incliné à jour où celle-ci s'égoutte. Pendant cet effilochage, de l'eau est sans cesse introduite dans la caisse pour laver en môme temps les chiffons.

Ces deraiers, ainsi déchiquetés, prennent dans les ateliers le nom de défilé ou demi-pâte ; ce n'est pas encore de la pftte en état d'être convertie en papier ; il reste à la blanchir et à la rendre plus fine et plus homogène.

Le blanchiment a lieu dqdeux manières : soit en employant le chlore gazeux qu'on fait arriver dans des caisses ou chambres en bois ou en pierre dans lesquelles on entasse le défilé humide où il reste en contact avec le gaz pendant 18 ù 24 heures environ ; soit en recourant au chlorure de chaux liquide, qu'on verse dans l'eaq d'une pile en travail à la fin de l'effilochage, ou dans un autre genre de pile, nommée élaveuse, dans laquelle un tambour à palettes fait circuler la demipâte avec la môme rapidité que dans les défileuses. Seulement, dans ce dernier cas, pour accélérer l'elTet du chlore, on fait intervenir l'acide sulfuriquc ou chlorhydiique en très-petite quantité qu'on répartit également dans tout le circuit de la pile.

Les proportions de chlore gazeux et de chlorure de chaux sec pour effectuer le blanchiment complet varient nécessairement avec la nature des chiffons mis en travail. Ainsi, pour 100 kil. de demi-pûtc supposée sèche, on emploie :

En chlore En hypoehlorite

gaieux. sec à 100°.

Pour les chiffons de V* qualité, neufs ou usés. 1 à 2 2 à 2,5

— plus ou moins colorés 2 4 3 3,5

Pour les matières dures plus ou moins goudronnées 4 5 3,5 à 4,5.

Quant à la proportion d'acide à ajouter à l'hypochlorile poup compléter son action, elle varie de 800 à 1600 grammes.

Des études comparatives ont prouvé à M. Orioli que le chlorure de chaux additionné d'acide sulfurique, par fractions successives, donne les résultats les plus beaux et les plus économiques, à la condition tou-

lollage du papier dans sa pâte. C'est un autre membre de cette illustre famille, coseph Montgolfier, qui introduisit chez nous la fabrication du papier vélin déjà connu en Angleterre depuis 175? î d'autres affirment qu'il en fut l'inventeur.

tefois de ne pas dépasser la dose, car, dans ce cas, la pâte devient grise. Aussitôt que cette pâte est blanchie, il faut la laver énergiquement,puis lui donner un deuxième blanchiment de chlorure de chaux seul, à la dose de 2 à 3 pour iOO. On obtient ainsi des demi-pâtes d'un éclat magnifique avec économie de chlorure, de temps et de déchet, sans qu'on ait à craindre que l'acide attaque la ténacité de la fibre.

On évite ce dernier inconvénient en remplaçant Tacide par le chlo* rure de zinc, ainsi que Ta proposé M. Varrentrapp. Dans le même but, 11. Orioli a préconisé, en i 859, l'emploi de l'hypochlorite d'alumine, mais le prix trop élevé de ce sel décolorant doit le faire réserver exclusivemeRt à la fabrication des papiers fins, pour lesquels la durée est une condition bien plus essentielle que l'économie de leur production.

Dans ce cas, il faut avoir soin que le sel d'alumine soit bien exempt de fer, sans quoi le papier jaunirait au bout de quelques mois.

Lorsque Ton a ainsi obtenu des demi-pâtes décolorées de chanvre, de lin, de coton, etc., on en opère le mélange dans les proportions voulues pour produire la qualité du papier que l'on désire, et on fait passer le tout jusqu'à trois reprises différentes dans de nouvelles piles, dites ra^neuseSy dont les cylindres à lames plus nombreuses sont rapprochés davantage du fond de la caisse et tournent beaucoup plus rapidement. On achève ainsi la trituration et la division du défilé, en môme temps qu'on le débarrasse des matières solubles ; mais comme il est très-difficile de le dépouiller totalement des dernières traces d'acide et de chlore qui, plus tard, occasionnent la destruction du papier et par suite des livres, Barreswil proposa le premier d'ajouter, trois quarts d'heure avant les derniers lavages, une petite quantité de sulfite ou d'hyposulfile de soude pour annihiler le chlore. L'équation suivante montre qu'en effet ces sels le ramènent à l'état d'acide chlorhydrique :

Hyposulfite Chlore. Sulfate Acide Acide

de soude. de soude. sulfurique. chlorhvdriqne.

NaO,S*0*;5HO -+- 4Cl = NaO,SO» 4- SOS,U0 4- 4HCU

La fabrication adopta ce moyen et donna aux réactifs proposés, principalement au sulfite de soude, le nom d* antichlores. Mais on a généralement renoncé, au moins en France, à leur emploi, parce que les acides sulfurique et chlorhydrique auxquels ils donnent naissance, sont tout aussi difficiles à expulser de la pâte que le chlore lui-même et qu'ils exercent ultérieurement une action destructive sur le papier. On se borne maintenant à employer le chlore avec discernement et à soumettre la pâte à des lavages prolongés, malgré la dépense et le déchet qui en résultent.

Si, comme l'a proposé Payen, on remplaçait l'hyposulflte de soude par un mélange desolfitmieatre et de carbonate de soude, on éviterait de laisser daotî ^ libres, puisque, dans ce dernier cas,

tout le chlore passe à l'état de sel marin, tandis que l'acide sulfurique produit est entièrement neutralisé parla soude. En eiïet:

Sulfile* de soude. Carbon, de soude. Suif, de soude . Chl. de sod. Ac. carbon.

NaO,SO» + NaO,CO« + Cl = NaO,SO' -f NaCl + CD».

De son côté, M. Kolb, d'Amiens, a proposé de remplacer tous les antichlores, plus dangereux qu'utiles, par une faible dissolution d'ammoniaque, attendu qu'il se forme immédiatement avec le chlore ou les hypochloriles de l'azote et du chlorhydrate d'ammoniaque, c'est-à-dire deux substances parfaitement inoffensives. L'ammoniaque est non seulement un antichlore, mais elle débarrasse du môme coup la pâte de toute trace d'acide.

Parmi les perfectionnements récemment apportés au travail des matériaux qui servent à la confection du papier, je signalerai, sans entrer dan^ plus de détails, une raffineuse centrifuge continue, dite pu/p-en- ^ne^ dont l'invention appartient aux Américains du Nord et que MM. Montgolfier, de Montbard, ont importée en Europe où un certain nombre d'usines en ont adopté l'emploi. Vous trouverez la description et la Ggure de cette machine dans les Annalos du Consei*vatoire des arts et métiers (1). •

Lorsque le défilé ou demi-pàte a subi la série des opérations précédentes, il prend dans les ateliers le nom de raffiné ou de pâte proprement dite. 11 est alors tout prêt à être converti en papier. On a recours à deux procédés distincts pour y parvenir : l'un dit à la main ou à la forme; l'autre, plus récent, à la mécanique,

l" Papier à la main, — Dans le premier cas, la pâte est réduite en une bouillie claire et homogène dans une grande cuve, où un ouvrier plonge un châssis métallique, ou forme, fait, pour le papier vélin d'une toile métalhque, et, pour le papier vergé de fils do laiton étendus horizontalement sur un cadre en bois et liés ensemble, de distance en distance, par d'autres fils qui les traversent verticalement et qui sont fixés sur les deux autres côtés du cadre. La pâte s'applique en une couche plus ou moins uniforme sur le fond du châssis ; l'ouvrier, en soulevant celui-ci, l'agite doucement et régulièrement de manière à lui imprimer un mouvement de va-et-vient, afin d'égaliser la couche do pâle. En retirant le châssis et le laissant égoutter, la pâte prend une certaine consistance et forme une feuille que l'on presse entre des draps de laine qui la dessèchent plus complètement. Les feuilles ainsi obtenues sont superposées et pressées de nouveau, puis séchées sur des cordes dans un grenier.

(1) Voir une série d'articles de Payen sur la fabrication du papier, les succélianes des chiffons et la cellulose extraite en grand des fibres ligneuses^ insérés dans les n»' du i5 novembre 1867 au 15 février 18C8 des Annales du Conser» vatoire des arts et métiers.

On distingue deux sortes de papier à la cuve : le vergé et le vélin. Le premier présente, au transparent, des lignes verticales que Ton nomme pontuseaux, et une grande quantité de petites lignes horizontales extrêmement serrées, que l'on nomme vergeures. Les unes et les autres sont dues aux fils de laiton qui dbnstituent le fond des châssis. La marque du format ou du fabricant est figurée par d'autres fils de cuivre qu'on pose sur les précédents et auxquels on donne le nom de filigrane. Le vélin est fait à l'aide d'un châssis couvert d'une toile métallique dont les fils sont assez fins et assez serrés pour ne laisser aucune trace sensible dans l'épaisseur de la feuille. Ce procédé était connu en Angleterre depuis 1757; c'est Joseph Montgolfier qui l'introduisit en France.

Le papier destiné à récriture est collé après sa dessiccation. Pour cela, on plonge les feuilles dans une dissolution faible et tiède de colle de Flandre additionnée du tiers de son poids d'alun, et on les suspend à des cordes, dans un milieu aéré, pour les faire sécher d'une ma* nière graduée et lente. L'évaporation qui se produit à leur surface appelle par voie de capillarité l'humidité répandue dans toute leur épaisseur, et ainsi toute la gélatine alunée forme de chaque côté du papier une mince couche qui, sèche, le rend imperméable, tandis que le cœur des feuilles est presque entièrement dépourvu de la matière animale. Si la dessiccation était trop rapide, la colle resterait disséminée dans toute l'épaisseur du papier, et le papier boirait l'encre ordinaire comme s'il était sans colle.

Les feuilles encollées et sèches sont soumises à l'action de presses sèches pour donner de la fermeté, au papier et communiquer à sa surface toute la douceur et le poli qu'on peut désirer. Enfin, on assemble les feuilles en mains de 24 ou 25 feuilles, et ensuite en rames de 20 mains.

2® Papier à la mécanique. — En 17D9, un ouvrier d'une papeterie d'Essonne, Louis Robert, inventa uue machine à fabriquer le papier en grandes dimensions et par mouvement continu. Cette machine, portée en Angleterre par Léger-Didot, qui en avait acheté la propriété pour fort peu de chose, y reçut de grandes améliorations et fut bientôt introduite dans les papeteries anglaises. C'est de là qu'elle nous est revenue en 1815 {{).

Ne pouvant vous donner ici, faute d'espace, une description minutieuse et une figure complète de cette machine, je me bornerai à vous dire, Messieurs, que la pAte tombe sans cesse, en bouillie laiteuse, sur une toile métallique sans fin qui l'entraîne avec elle et qui est animée d'un mouvement transversal de vaetvient pour l'étendre uniformément

(1) Louis Robert qui, par son invention, a révolutionné l'art de la fabrication du papier en substituant aux opérations à la main, toujours lentes et coûteuses, les appareils mécaniques, est mort dans l'indigence. Sa fille languit longtemps à Dreux dans la misère jusqu'au moment où, grâce à M. Firmin Didot, une AouscriptioQ ouverte en sa faveur vint adoucir ses dernières années»

et la faire égoutter. La feuille, ayant déjà une certaine consistance, passe entre deux cylindres garnis de feutre qui lui enlèvent une grande partie de son eau, et, après avoir subi la pression de deux autres cylindres, elle s'enroule successivement sur deux nouveaux cylindres chauds et polis qui la dessèchent et font disparaître les inégalités de sa surface. Deux minutes suffisent pour rendre le papier parfait, à partir du moment où la pftte s'écoule sur la toile métallique, et celle-ci marche avec une vitesse qui fournit environ 25 mètres carrés de papier par minute, ou une longueur de t200 mètres en 12 heures, sur une largeur 4e 1 mètre 4/2, dimension ordinaire de la machine. L'immense rouleau de papier ainsi obtenu est découpé en feuilles de longueur convenable, au moyen d'une autre machine inventée par un ingénieur anglais, Edouard Cowper, et notablement perfectionnée par deux autres, Crompton et Taylor, dont les brevets datent de 1828. . Vous comprenez facilement, d'après ce que je vous ai exposé au sujet du collage à la gélatine, qu'il faut un séchage très-lent pour obtenir ce collage à* la mécanique ; il faut des machines ayant des Tsntilateurs et de nombreux sécheurs ; ces machines deviennent alors très-compliquées et d'une acquisition dispendieuse ; cependant il y en a un assez grand notnbre en Angleterre et quelques-unes en France. Elles fabriquent surtout du papier à registre et emploient du coton en grande proportion. Toutefois on trouve plus simple d'effectuer le collage dans la pâte même ; mais au lieu de gélatine, on se sert d*un mélange de fécule, de savon de résine et d'alun, d'après lès conseils de d'Arcet et de Mérimée. Ce nouveau mode de collage a été rendu pratique, vers 1826, par MM. Canson et Obry ; on opère ainsi qu'il suit :

Après avoir dissous, à l'aide de la chaleur, 10 kil. de belle colophane dans 1 kilogr. de soude caustique en solution dans i 10 litres d'eau , on y délaye 12 à 15 kil. de fécule très-blanche qui se convertit bientôt en empois. Cette colle résineuse et bien homogène est versée dans la pile raffineuse sur la pâte à papier, et lorsqu'elle y est uniformément répartie, on y introduit la dissolution d'alun renfermant 5 à 6 kil. de sulfate d'alumine par 100 kil. de pâte supposée sèche. En raison de la double décomposition qui se produit entre ce dernier sel et le résinate de soudCy un savon ou résinale d'alumine insoluble, excessivement divisé, slnterpose dans toutes les parties de la pâte qui fournit de la sorte un papier imperméable aux liquides ou, comme l'on dit vulgairement, qui ne boit plus l'encre. Voilà pourquoi le grattage sur cette sorte de papier n'en fait pas disparaître l'imperméabilité, ainsi que cela arrive avec le papier à la.main ou à la forme, qui n'est collé qu'à la surface.

Un autre caractère qui dislingue encore le papier à la mécanique, c'est qu'il ne présente pas les lignes croisées qui sont les traces laissées par les fils de laiton des châssis dont on ^e sert dans la fabrication à la main.

Le travail à la cuve a été peu à peu remplacé presque partout.

avec avantage, par le nouveau système qui, à partir de 1817, n'a cessé de recevoir d'importantes améliorations ; néanmoins Tancicn système persiste dans certaines localités, notamment à Rives (Isère), Le Marais, (Seine-et-Marne), les Vosges, Thiers, Ambert (Puy-de-Dôme), où Ton prépare des papiers spéciaux dits filigranes ou tvatermarks, tels que les billets de banque, les papiers timbréSy\e9 actions ou billets de comtwrcey en un mot tous les papiers dont la durée est une condition essentielle et qui s'adaptent mieux à la fabrication de la cuve qu'à celle de la macbine. Les pays qui produisent le plus de papier sont les États-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne et la France. Voici quelques chiffres qui montrent l'importance relative de cette industrie dans ces trois grands États :

Amérique du Nord. Grande-Breta^e. France. Chiffons consommés annuellement, en kiiogr V35 millions. 125 millions. 100 millions.

Nombre de papeteries 800 850 ïSO

— machines 3000 1600 350

Papier produit annuellement^ en kilogr.. .* 200 millions. 100 millions. 80 millions (1).

Saccédanés des ehlffons. — Cette énorme consommation des chiffons a fait élever leur prix et provoqué des essais nombreux pour les remplacer par d'autres matières lilamenteuses plus communes et moins chères (2). On a commencé d'abord par faire rentrer dans la fabrication les rognures et déchets de papier, les vieux papiers blancs, écrits et imprimés, ramassés par les chiffonniers ; c'est ce qu'en termes d'atelier, on nomme des cassés. On les assortit en raison de leur couleur; les imprimés couverts d'encre grasse ne peuvent servir que pour les papiers gi is à emballage ; on les nettoie quelquefois imparfaitement au moyen de soude causiique qui saponifie la matière grasse de l'encre.

On s'est ensuite adressé aux cordes, cordages, filets de pèche hors de service, aux déchets de filature, aux débris de laine et de soie. Puis on en est venu à essayer l'emploi d'une foule de plantes plus ou moins textiles, principalement le foin, la paille des céréales, la moelle des

(1) On estime à 50000 environ le nombre d'ouvriers qu'emploie la papeterie française ; ses produits annuels repi'ésentçnt une valeur de près de loo millions de francs, et le poids des matières diverses, houille, chiffons, produits chimiques, etc., dont cette production exige le transport, n'est guère moins de 7 à 800000 kilog. En 1871, la France exportait 88 1 6 tonnes de chiffons et en recevait de l'étranger 8086 tonnes. {Hupport de M. Aimé Girard sur le papier et /a papeterie à l'Exposition internationale de Londres en 1872.)

(2) Il existe au British-Museum do Londres un livre frès-curieux, écrit en langue hollandaise et publié en 1772- Il est imprimé sur soixante-douze espèces de papier provenant d'autant de matières différentes. C'est la preuve matérielle et irrécusable des nombreux essais qui ont été tentés depuis longtemps pour trouver des succédanés aux chiffons.

GiBABDIN. — IV. 11

tiges et les feuilles de maïs, les diverses variétés de jonc et de roseau, notamment le bambou, le diss et Talfa des Arabes, la bagasse du sorgho, les bois blancs, les racines de chiendent et de luzerne, les tiges de genêt, le jute, le pandanus, le palmier-nain d'Algérie, l'abaca, le bananier, Tagavé, le gnaphalium du Canada, la mauve textile, l'ortie de Chine, la tourbe, la. zostùre et autres varechs, etc. (1).

De tous ces succédanés, ceux qui fournissent les meilleurs résultats, en les associant pour une certaine quantité aux chiffons ordinaires, sont la paille des céréales, le sparte, le maïs et le bois. J'en dirai quelques mots.

i*^ Papier* de paille. — La paille des céréales était déjà employée, dès 1756, par un fabricant allemand du nom de Schaffer, et, en 1800, le marquis de Salisbury présenta au roi d'Angleterre un livre imprimé sur papier de cette matière. C'est Armand Seguin qui, au commencement du dix-neuvième siècle, a appelé de nouveau l'attention sur elle, et ce sont surtout les fabriques d'Allemagne, d'Angleterre et de Belgique qui se sont attachées à la mettre en œuvre. En France, les principales usines qui en font usage sont à Saint-Denis près Paris, au Val-Vernier (Seine-Inférieure), à Limoges, à Pontcharra dans l'Isère, et dans la Drôme.

La paille de seigle est celle qui donne les meilleurs résultats ; ses fibres sont plus fines et plus abondantes que celles des autres pailles, mais pour en tirer parti, il faut débarrasser autant que possible la cellulose des 50 pour 100 environ des matières incrustantes qui la durcissent et des matières organiques qui la colorent. On y parvient par la série des opérations suivantes :

i® Coupage au hache-paille en fragments dé 2 à 3 centimètres, blutage au tarare pour séparer les nœuds, les graines, les poussières -minérales, écrasage à sec ou avec un léger humectage sous un petit laminoir placé à la suite du tarare;

2*^ Trempage à chaud et avec pression dans une liqueur sodique for« tement concentrée, pendant douze à quinze heures ;

3? Lessivage soigné, à 5 ou 6 atmosphères de pression, avec peu d'eau (200 litres par 100 kilogr. de matière sèche) et avec 25 et même 40 pour 100 de sel de soude à 92° alcalimétriques, de manière que la paille soit soumise, pendant huit à douze heures à des alternances de vapeur et d'eau par la rotation du lessiveur à double enveloppe de M. Orioli ;

4° Au sortir de l'appareil, pressage énergique de la paille sous un laminoir pareil à ceux dont on se sert dans les huileries ou dans les sucreries pour écraser les cannes ;

5<^ Trempage dans l'eau chaude et compression ;

(1) La cellulose des plantes qui servent à la nourriture des herbivores n*^st pas assimilée, au moins en grande partie, pendant la digestion ; on la retrouve dans leurs excréments ; c*est pourquoi un industriel a eu l'idée d'employer le crottin de cheval à la fabrication du papier.

Fabrication du papier. 163

. 6* Passage daiis la pile défileuse ordinaire et lavage soigné ;

1^ Blanchiment avec du chlorure très-calcique, 1*^*^,250 par 100 kil. de paille^ en portant la température du bain de 90 à 100% et sans recourir à l'intervention de Tacide snlfurique qui provoque une coloration jaune caractéristique. Trituration lente et modérée ;

8» Lavage énergique.

Le déchet total est d'environ 60 pour 100. Tous les liquides alcalins sont recueillis dans un réservoir^ pour être concentrés par la chaleur perdue des générateurs à vapeur et dirigés ensuite dans un four à réverbère pour régénérer l'alcali, ce qui économise ainsi la plus grande partie de la soude. Le prix de revient, en opérant ainsi, peut ne pas dépasser,d 'après M. A. Berges, 50 à 55 fr. les 100 kil. pour les pâtes moyennes et mi-fines, et 60 à 65 fr. pour la pâte complètement blanchie.

La pâte de paille hiéti travaillée est très-blanche, très-filamenteuse, sans trace de nœuds ni de paillettes ; elle est très-grasse, assez transparente et naturellement imperméable. Elle est précieuse surtout par le ncr[ et le collage qu'elle communique aux papiers qui en contiennent 10 à 20 pour 100. Au delà de ces doses, elle leur donne trop de roîdeur et de cassant, et ne peut plus servir utilement que pour les papiei*s communs. Voici la composition des pâtes qui servent dans les papeterîes d'Allemagne et de Belgique à confectionner les papiers des* tinés à l'impression des journaux :

Paille

Chiffons

Déchets de filature....

Kaolin

Coton

Pour les papiers très-communs à enveloppes, où la paille agit seulement comme garniture ou remplissage, il n'y a aucune autre préparation à lui faire subir que la division mécanique.

2'» Papier de mais. — Les essais entrepris à l'imprimerie impériale de Vienne, un peu après 1860, pour utiliser les feuilles de maïs à la fabrication du papier, ont donné de magnifiques résultats. Les papiers composés de pâte de maïs pure ou mélangée de chiffons, depuis le papier à calquer jusqu'au parchemin et au carton, sont de très-belle apparence, de pâte compacte et égale, et offrent, même dans les numéros les plus minces, une résistance qu'il est rare aujourd'hui de trouver dans les papiers de chifi*ons. Les papiers à calquer et à dessin, ainsi que les papiers à lettres et de luxe, soutiennent la comparaison avec les meilleurs produits de môme espèce. — Cent quintaux de feuilles de maïs donnent, en moyenne, 10 quintaux d'étoupe à filer, 19 quintaux de papier et 1 1 quintaux de substance alimentaire. Des manufactures fonctionnent à Schlogelmûhl en Autriche et à Pesth en Hongrie.

3® Papier de sparte. — Les papeteries anglaises se servent de préfé-

rence du sparte et de Talfa, qu'elles tirent en abondance des côtes d'Espagne et de TAlgérie, dont le transport, moins volumineux à poids égal que celui de la paille, est plus facile et d'un prix moins élevé.

Cette plante, dont les fibres ne valent pas, à beaucoup près, celles de la paille, au point de vue du carteux et du collage, offre en compensation un produit d'une grande blancheur, sans transparence, qui, grâce au collage à la gélatine, fournit des papiers pouvant rivaliser avec ceux obtenus avec les meilleurs chiffons.

Un grave inconvénient se présente, toutefois, dans l'emploi de la pftte de sparte, qu'on préparc du reste comme les précédentes ; elle a une grande tendance à se boutonner, pour peu qu'elle séjourne dans les cuviers en tôte de la machine^ il en est de mOme pour la pftte mécanique de bois. On y remédie en plaçant en tête de ladite machine ce qu'on a nommé une effleureuse continue, qu'on a récompensée d'une mention honorable à la dernière Exposition universelle de Paris. Ce petit engin efface les boutons, les amas de pâte, remonte les eaux collées et améliore la fabrication.

En Angleterre, les 100 kil. de pâte de sparte se vendent couramment 70 francs.

4® Papier de bois, — Le bois coûte bien meilleur marché que la paille et il peut fournir une pâte presque aussi fibreuse et aussi blanche. C'est le véritable succédané pour la composition des papiers ordinaires et surtout pour le papier à journal. Si son traitement chimique présente bien des difficultés, en revanche la désagrégation mécanique des fibres des bois d'essence blanche, duc principalement à l'initiative intelligente de M. Il, Wœlter, de Heydcnheim, est entrée résolument dans la pratique, et cette nouvelle industrie est très-florissante on Allemagne, en Suède, en SuisfC et en Belgique; elle commence à fc développer en France qui tire, d'ailleurs, des pays précédents, d'assez fortes quantités des pâtes qu'ils fabriquent, si bien qu'aujourd'hui le prix des chiffons a baissé d'une manière très-sensible, puisque ceux-ci se trouvent être économisés en partie pour les papiers plus fins (1).

Tous les bois mous, tels que le tremble, le peuplier, le tilleul, le pin et le sapin, conviennent plus que les autres à la fabrication des pâtes; c'est le sapin blanc qui fournit la plus résislanle ; le pin d'Ecosse est moins favorable à cause de sa grande richesse en tésine. Dans le Danemark, c'est surtout le hétie qui est préféré ; les fabricants du pays en emploient des quantités considérables, soit environ 720000 kilog. par an.

Dans le procédé Wœlter, qui est le plus répandu, malgré l'énorme dépense de force qu'il exige, les rondins sont d'abord sciés, fendus

(l) Le véritable inventeur du papier de bois est J. B. Biron, fabricant à Vaucluse, qui s'est éteint le 10 juin Ib72, à l'âge de quatre-vingts ans. Il y a plus de cinquante ans qu'il introduisit la pâte de bois dans ses papiers d'emballage et qu'il vulgarisa gratuitement son procédé dans le comtat d'Avignon qui n'a tessé depuis cette époque d'employer d'énormes quantités de bois à cet usage.

en bûchettes de longueur et d'épaisseur convenables, débai'rassés de Técorce ainsi que des nœuds les plus gros et livrés dans cet état à une machine dite dé/l6reur, qui doit en désagréger les fibres.

Les bûchettes sont logées dans des cases placées autour et à la partie supéiieure d'une grande meule verticale en grès, tournant sur son axe horizontal avec une vitesse de 150 tours, par minute; au moyen d'un mécanisme particulier, elles sont poussées régulièrement et fortement comprimées contre cette meule, dont la surface est parallèle aux fibres du bois et entretenue constamment humide par de petits filets d'eau, il en résulte donc une sorte de râpage qui détache les fibres, les émiette et les convertit en une sorte de pulpe plus ou moins fine que le courant d'eau entraîne sur des tamis métalliques à mailles de plus en plus serrées; les portions trop grossières subissent un nouveau broyage. La pâle brute, suffisamment divisée, est débarrassée d'une partie de son eau par une forte pi^ession, sé<!hée à l'air, et livrée dans cet état aux papetiers. Le déchet total est d'environ 50 pour iOO. ' .

Le commerce distingue quatre qualités dâ pftte de bois d'après la finesse des parties fibreuses. Le n^ i est réservé pour le papier à écrire et le papier d'impression ; le n° 2 entre dans la confection des papiers de tenture et d'emballage; les n*'* 3 et 4 servent à faire les cartons.

Comme les pâtes ainsi obtenues mécaniquement laissent à 4ésirer sous le rapport de la longueur des fibres et par suite de la solidité de la feuille, elles ne peuvent entrer dans la composition du papier que comme garnissage et dans des proportions encore assez restreintes. Voici celles qu'ont adoptées certaines papeteries d'Allemagne pour le papier destiné à l'impression des journaux :

Pàte de bois 56 0/0

Chiffons 30

Kaolin 15

Pour faciliter la conservation et le transport au loin de la pâte de bois, M. Orioli y introduit un ou deux centièmes de sulfate d'alumine exempt de fer et un demi-centième d'acide oxalique. Ces agents empêchent la pâle de s'échauffer et de prendre une couleur rouge prononcée, circonstances dues probablement aux matières étrangères et aux sels alcalins provenant de la sève des bois qu'on est obligé de traiter à l'état vert dans le procédé Wœlter.

Un procédé plus économique a été imaginé par MM. Aussedat et Paris, d'Annecy (Savoie). Il repose sur cette idée qu'en débarrassant tout d'abord le bois de la majeure partie de la sève qu'il renferme au moment de son abatage, on en dilate les pores, on attendrit son tissu et Ton rend ainsi plus faciles les opérations mécaniques auxquelles on le soumet ensuite, sans froisser ni casser ses fibres. On commence donc par lui faire subir pendant douze heures un lessivage à Teau pare

dans un autoclave à une température de 165*», ce qui- correspond à une pression de 7 atmosphères. On le découpe en second lieu en rondelles d'un centimètre d'épaisseur, qui sont déjà assez désagrégées pour qu'un broyage sous un défileur vertical et une triluration dans une pile raffineuse suffisent pour fournir une pûte directement applicable au feutrage sur la machine à papier.

Cette pâte présente, en effet, des fibres aussi longues que celles d'une pftte de chiffons travaillée pour des papiers de 25 à 30 gr. le mètre carré. Comme elle ne retient que très-peu d'eau (fO p. iOO), elle ne s'altère pas et peut être conservée indéfiniment. Sa couleur brune fait qu'on ne Ta employée jusqu'ici que pour les cartons, les papiers goudrons et les emballages ; on l'associe aux chiffons dans les proportions de 30 à 50 p. iOQ, Trois usines en tirent un grand parti depuis un certain temps. Son blanchiment n'offrira.sans doute aucune difficulté; dès lors sera résolu le problème économique d'une pâte de bois blanchie et suffisamment fibreuse pour rivaliser avec la pâte de chiffons.

Dans les papeteries d'Angleterre et d'Amérique, au lieu d'eau pure on emploie des lessives alcalines concentrées pour effectuer le lessivage du bois réduit en copeaux grossiers; il en résulte une désagrégation assez grande pour que, comme dans le procédé précédent, le broyage mécanique soit aussi simpHfié que possible. On blanchit ensuite la pâte dans la pile à cylindre, comme on le fait pour les chiffons. Mais cette méthode est loin d'être économique.

MM. Bachet et Macharl, fabricants de pâte de bois à Dex, en Suisse, ont eu l'idée de débarrasser la cellulose du sapin blanc de sa matière incrustante en convertissant celle-ci en glucose. On y parvient aisément en faisant bouillir pendant douze heures avec de l'acide chlorhydrique faible le bois écorcé et débité en petites rondelles. Le liquide soutiré est neutralisé par la craie et mis tel quel en fermentation au moyen de levure de bière à une température de 22 à 25*» ; on le distille ensuite. Le rendement en sucre, et nécessairement en alcool, est d'autant plus grand que le bois est plus dur.

Quant aux rondelles qui ont subi l'action de l'acide, leurs fibres ne sont plus que très -faiblement agglomérées ; aussi leur conversion en pâte brune est-elle facile. Cette pâte fournit des papiers d'emballage et de pliage à un prix qui n'est pas très-élevé, puisqu'elle ne revient pas à plus de 40 fr. les tOO kilogr. Mais son blanchiment est très-coûteux, à cause de Ténorme déchet qu'elle subit.

50 Papiers spéciaux, — Les papiers gris sont généralement confectionnés avec des pâtes très-communes et de rebut, qu'on ne colle pas.

Les papiers d'emballage sont très-souvent préparés avec des chiffons de toutes couleurs, moitié laine, moitié fil, et môme actuellement avec des pâtes de paille et de bois non blanchies; ils viennent surtout des usines de Normandie, d'Auvergne et du Dauphiné. On en fait encore beaucoup avec les débris des cordages de navires ; aussi

FABRICATION DU FAFIER. 167

dans ce ca* cnt-ilf une odeur Itèi- proaoncée de gcudrcn. Une usine i PonC-Audemer (Eure) en fabrique de tièt-giandet quaaliléï.

Le papier à sucre, analogue aux piécédeali, vient principalement de Cevanceaux, prèï d'Oiléaiu, et de la Provence.

Pour le pnpier à ralquer, dit "po-pier végétal, on se lert de- Slasie de chanvre ou de lin priée en vert, qu'on ne blanchit pas. L'aude pecljque et les pectatei interposés entre Icb fibres, aussi bien que les matières axotées adliérenler, constituent une coile naturelle qui donne la transpartince ù ce genre de papier, La meilleure qualité vient d'Aunona; (Ardèclie) et de ?aint-Uarcel (Urûme).

Le papier si délicat qu'oa appelle improprement chei nous papier

de riz, uniquement parce qu'il a la blancheur du riz dépouillé de ton enveloppe jaunâtre, qui nous vient de Chine, n'est autre chose que la moelle du toun0-b(io(AraItfip(tp!/ri/'er(i) découpée en spirales iA9><^^^}l« bon marché de ce papier et le grand usage qu'en font les Chinois démontrent que le loung-tsao est excessivement abondant dans leur pays, notamment dans les marais des provinces du Sie-Icbouen, du Kouang-si et du Fo-kien. Cette plante est cultivée, du reste, très eu grand dans Vile de Formose qui en expédie dans le seul port de Foutcheou-fou pour une valeur annuelle de 130000 fr.

Le pajner de Chine est obtenu avec l'écorce du bambou ordinaire, graminée gigantesque de toute l'Asie centrale. Il est remarquable par sa. douceur, son soyeux et son peu d'épaisseur (I). La téna-

(I) \oici commeni, en Cbine, on amène le bambou, si dur qI si rigide, ï l'état

ci(6 de ses filaments le rend plus propre que notre papier de chiffons à recevoir l'empreinte de la gravure. MM. Breton IWres, dans l'Isî're, font dei papiei*s de cette sorte qui rivalisent de qualité avec les papiei-s chinois.

Les pfipiers réservés pour l'impression et la lithographie sont principalement fabriqués avec le coton brut, les déchets de coton et les résidus de filature; on utilise même aujourd'hui jusqu'aux balayures des ateliers; il en est de môme des déchets de filature de lin. Les fabriques du Lancashire, en Angleterre, produisent de 8 à 10 millions de kilogrammes de papiere de cette sorte.

M. J. Brown a reconnu que la glycérine employée dans la proportion de 5 p. 100, et ajoutée à la pâte au moment du collage, donne au papier une grande douceur, plus de souplesse, lui permet de recevoir plus aisément l'impression en dispensant, dans ce cas, de la trempe^ opération quelquefois très-difficile, mais qui toujours détériore plus ou moins la feuille en lui enlevant son glacé.

Le papier dit pelure d'oignon, nommé ainsi à cause de son extrême minceur, est fabriqué avec du chiffon dur. On le découpe de mille manières, et il sert principalement à couvrir les boîtes de confitures, divers objets de luxe, à recouvrir les gravures^ les lithographies, lésé totl es précieuses, etc. C'est d'Annonay, d'Angouléme, deThiers et des environs de Clermont-Fen-and que viennent les plus beaux papiers de ce genre.

Le papier serpente est sans colle et aussi mince que le précédent. IUanc,il sert à couvrir les gravures ; coloré, il sert à fabriquer les fleurs. C'est l'Allemagne qui le livre au meilleur marché.

Le papier Joseph ou papier de soie, plus connu dans le commerce sous le nom de carré mou, a été inventé par Joseph Montgolfier; il est fort en usage chez les dureui-s, les confiseurs, et vient surtout des petites fabriques de Thiers et d'Amberl (Puy-de-Dôme).

Le papier brouillard ou detnoiselle est fait avec les filets de pêche ; il

de papier. On fait séjouriiei* ses tiges sous l'eau jusqu'à ce qu'elles soient ramollies; on les fend alors en baguettes étroites qu'on laisse tremper dans un lait de chaux jusqu'à ce qu'elles soient devenues tout à fait molles; puis on les bat dans des mortiers pour les réduire en pâte. Celle-ci, délayée dans l'eau, est mise à bouillir dans une chaudière pendant un certain temps ; elle est, dans cet état, propre à la fabrication du papier, depuis celui qui sert à l'écriture jusqu'aux enveloppes d'emballage ; on en fait même de plus grossier encore qu'on môle avec du mortier pour en construire des murs en briques.

Le papier obtenu au Japon avec l'écorce du Ko-zo [Broussoneiia papyrifera) surpasse de beaucoup en blancheur et en force le papier de Chine. Un papier plus commun est fait avec le bambou et aussi avec une ortie propre au pays {Urtica japoni'a), ainsi qu'avec diverses plantes appartenant à la famille des Liliacées; on l'utilise non-seuleiiient pour l'écriture et l'impression, mais encore pour l'habiUenient.

11 en est de môme au royaume de Corée, où le papier se recommande plutôt par sa force que par sa beauté ; on l'emploie à faire des chapeaux, des ombrelles, des sacs et môme des paletots qui résistent passablement à l'user; oïl en fait des vitres et môme des portes ; dans ce dernier cas, un le colle sur des cadres, comme un le pratique en Europe pour les paravents. «

est de nuance rougeâtre ou noire. Son emploi le plus fréquent est pour les papillotes des dames. On ne le fabrique guère qu'à Pont-Audemer, eu Alsace et à Essonne.

Le papier pour aiguilieSy qui a une couleur bleuâtre foncée et qui est Tendu en petits cahiers satinés, est fabriqué en Normandie avec une pâle très-fine.

Les papiers à filtre, qui doivent être facilement perméables aux liquides et contenir le moins possible de corps étrangers à la fibre végétale, sont fabriqués avec des chiffons de chanvre ou de lin bien blanchis, épurés à l'acide chlorhydrique étendu de 25 pp. d'eau et complètement rincés à l'eau distillée. C'est aussi avec cette eau, recueillie des générateurs à vapeur, qu'on travaille la pâte. Les feuilles sont peu pressées et non lissées. Le meilleur papier à filtre, dit papùr BerzelitiSj vient de Suède ; il ne contient aucune matière soluble et ne laisse, après rincinéralion, que ~7 de son poids.

Les papiers de couleur sont fabriqués comme le papier blanc, soit que l'on emploie des chiffons colorés de la nuance dont on veut obtenir le papier, sôit qu'on colore la pâte, avant de l'employer, dans la cuve à outrer, avec le chroma(e de plomb, le bleu de Prusse, les extraits de campèche ou de Lima, les couleurs d'aniline, etc., suivant qu'il doit être jaune, bleu, violet, rouge ou rose. — On fait toutes les autres couleurs en combinant convenablement les couleurs précédentes. — Pour Vazurage du papier blanc, on avait autrefois recours à l'azur ou bleu de cobalt, à l'indigo, aux cendres bleues, au bleu de Prusse ; aujourd'hui on se sert presque exclusivement de l'outre-mer artificiel, de 500 à 1500 gram. pour 100 kil. de pâte sèche, suivant Tintensilé de l'azurage qu'on désire obtenir.

Les papiers peints, qui ont été substitués, dès le milieu du siècle dernier (1), aux étoffes de laine et de soie, pour la décoration des appar-

(1) L'art des papiers peints nous vient de Chine, comme celui des toiles peintes nous vient de l'indo. Cette industrie s'est établie en Angleterre vers 1746; ce n'est que vers 1780 environ qu'elle a été introduite en France, par les nommés Arthur et Robert ; elle ne s'est répandue dans les autres États d'Earope que beaucoup plus urd. (l'est surtout en France qu'elle a été amenée au point de perfection où nous la voyons aujourd'hui. Depuis peu d'années, l'impression au cylindre en relief à plusieurs couleurs, jointe au fonçage et au satinage mécaniques, a donné une nouvelle impulsion, ou même une nouvelle direction à la fabrication du papier peint. Ces derniers progrès viennent de l'Amérique du Nord et de l'Angleterre, où le haut prix de la maind'œuvre force è remplacer les bras par la vapeur. A Manchester, l'établissement des frères Potter fait usage de machines qui impriment 1 S couleurs h la fuis ; aussi, avec 8 machines de ce genre, cet établissement produit à lui seul 8 à 10000 rouleaux par jour, c'est-à-dire plus que toutes les fabriques de Londres réunies.

JeauZuber, de Mulboase» evii|il* . que l'industrie du papier peint

employait, tant an |Bnn|^^H^ "" tables d'impression, 1 20 ma-

chines à impriniM^JJHmi^l ''^* '^^^ chevaux de force, et

produisait aon ensemble une valeur do

ddâoooeofr.

tements, sont coloriés à l'aide de manipulations peu différentes de celles qui sont suivies pour l'impression des tissus de laine et de soie ; c'est-à-dire qu'au moyen de planches en bois gravées en relief, on applique en des points déterminés des couleurs minérales ou des laques végétales broyées à l'eau et détrempées à la colle, après, toutefois, avoir encollé toute la surface au moyen de colle de Flandre et avoir séché parfaitement.

Les papierS'tontisses ou veloutés, imaginés d'abord en Angleterre, et qui imitent assez bien le velours et les tapis de la Savonnerie, se préparent en appliquant sur le papier aux endroits voulus un mordant composé d'huile de lin cuite et de céruse broyée, afin de retenir les parcelles de tontures de drap, réduiles en poudre fine, qui doivent produire le velouté. On renferme la partie de la pièce ainsi disposée dans une longue caisse ou tambour dont le fond en cuir est couvert de tontisse. On frappe le fond du tambour avec des baguettes; 3i tontisse s'élève comme une fumée, retombe sur la pièce et s'attache au mordant.

L'or et l'argent en feuilles sont appliqués sur les papiers comme sur les bois et la tranche des livres, au moyen du môme mordant qui sert pour le velouté.

Les papiers maroquinés se font avec des papiers fermes et bien collés qu'on enduit de plusieurs couches de gélatine, qu'on colore, qu'on lustre ensuite avec une couche de colle, puis avec une dissolution d'alun, de nitre et de crème de tartre, et qu'on passe enfin au laminoir avec une toile métallique ou une planche de cuivre gravée qui forme les grains.

Les papiers souples pour rideaux et tentures qui ont été une des nouveautés de l'Exposition de Londres en 1872, et qui sont l'œuvre d'un de nos compatriotes, M. Pavy, co-propriétaire de la papeterie de Çhilworth^ près de Guilford (comté de Surrey), sont faits simplement de papier blanc ou bulle imprimé par les procédés ordinaires du papier peint et gaufr-é. Mais ce papier a des qualités toutes spéciales; largement feutré, souple, subissant sans se rompre le froissement le plus énergique, il l'appelle, à s'y méprendre, le papier Japonais. Les matières premières employées pour l'obtenir sont, pour les qualités les plus belles, les fibres longues du mûrier à papier, du bananier, du corchorus, et en second lieu, le chanvre, le lin, le Jute, le coton, auxquels on associe une certaine proportion de fibres animales (nerfs de bœuf, intestins, etc.), amenées à l'état de filaments minces et allongés qui ont pour efl'et d'enlacer les fibres végétales dans une sorte de filet agglutinant.

Cette imitation du papier japonais, réalisée industriellement par M. Pavy, offre comme le papier asiatique l'apparence d'un véritable feutre ; la déchirure de ses feuilles est presque impossible ; son prix peu élevé en répandra rapidement la consommation.

Les papiers d'emballage, les papiers blancs ou colorés qui servent à envelopper les produits commerciaux, les sacs pour la vente du sucre et du café sont presque toujours rendus plus lourds par l'introduction dans leur pâle de diverses matières minérales, telles que sulfate de chaux, sulfate de baryte, sulfate de plomb, kaolin ou terre à porcelaine, craie, terre de pipe, sable, ocre, etc. Ces additions tournent au détriment de l'acheteur, car le poids de ces papiers vient s'ajouter à celui des marchandises auxquelles ils servent d'enveloppe. Ces papiers, en outre, sont toujours cassants, et quand ils contiennent des sels de plomb, leur emploi n'est pafi sans danger.

On reconnaît ai^ment la présence de ces matières minérales; une simple incinération du papier dans une capsule de platine sufQt pour cela. Les papiers communs laissant, en moyenne, 2 p. 100 de cendres, une quantité plus considérable indique un mélange frauduleux. Tout papier qui brunit parlecontact d'une solution de sulfure de potassium contient des sels de plomb et doit être repoussé de la consommation. Tout papier qui produit une effervescence avec les liqueurs acides renferme de la cra\e; c'est souvent le cas des papiers à filtre communs.

Depuis le renchérissement des chiffons, les fabricants de papier ont adopté l'usage d'introduire, même dans les papiers ordinaires et les demi-fins, pour leur donner du corps, de l'opacité et de la blancheur, une certaine quantité de kaolin ou de blanc fixe (sulfate de baryte), de 5 à iO p. tOO. Au delà, les papiers deviennent rugueux, cassants, et ils émoussent les plumes. Ces matières minérales sont prises dans un très-grand état de division, et pour que leur répartition dans la pâte soit aussi égale que possible, on les ajoute à la fécule et au savon résineux qu'on convertit en empois avant leur introduction dans la raffineuse où se fait le collage.

En général, les papiers à journaux reçoivent des charges, c'est-à-dire des matières minérales assez considérables; elles varient, pour les journaux anglais, de 5 à 15 p. 100, et pour les journaux français de 15 à 30 p. 100.

Carton. — On fabrique les cartons et les cartes à jouer à peu près comme le papier. On fait les carions communs avec les rognures et les débris de papier de toute espèce, que l'on réduit en pâte. On leur donne de la roideur en y introduisant une certaine quantité de résine à l'état de savon. Les cartons fins et les caiies sont obtenus par la superposition de feuilles de papier plus ou moins épaisses que l'on colle ensemble. On passe les uns et les autres au laminoir pour les rendre plus lisses et plus compactes.

Pour l'enluminure des cartes à jouer, on applique au pinceau des couleurs gommées; le rouge se fait av^'* ^e gris,

avQC du noir de fumée ; le bleu, av« uxne,

avec de la gomme-gutte ou la graine de Perse. Après la dessiccation des couleurs, on enduit les cartes de savon, puis on leur donne une surface lisse et brillante, en les frottant avec un caillou de silex arrondi et poli (1).

En Angleterre, on produit avec du carton une foule d'objets d'ornement et d'ameublement, tels que tables, nécessaires, etc. En France, on faisait usage du carton pour former des ornements sculptés, dès le règne de François l«'.

Aujourd'hui, on emploie, pour cette destination, dans la décoration des théâtres et des appartements, une pâte plus dure que le carton, qu'on appelle carton-pierre, imaginée à la fin du siècle dernier par un nommé Paton, d'autres disent par un nommé Gardeur. Cette sorte de cartonnage est formée avec de la pâte à papier qu'on additionne de craie et d'argile, détrempées avec une solution de gélatine. Voici une formule prise dans le brevet des sieurs Thibert et Rameaux :

Colle de Givet 8

Eau 12

Pâte à papier de coton ' 12

Gomme arabique 1

Craie en poudre fine et blanclie.. . . Quantité suffisante.

La pâle à papier est délayée dans la dissolution bouillante de colle et de gomme, puis le liquide est versé sur de la craie pour former une piUe très-liante et ductile.

C'est avec ce produit qu'on forme, en le plaçant dans des naoules en bronze huilés et par compression, des objets d'art. La pâte moulée est d'abord séchée à l'air, puis à l'étuve; on la recouvre ensuite d'une couche d'huile siccative; on fait sécher de nouveau. On peut alors donner à l'objet moulé, à l'aide de la peinture, tous les tons de couleur que l'on peut avoir, ou le recouvrir de feuilles d'or ou d'argent.

C'est principalement à Paris que l'on confectionne les objets en carton-pierre qui jouent un assez grand rôle dans la décoration des appartements.

Le papier mâché, avec lequel on confectionne des tètes de poupées et les figures de Nuremberg, des formes à sucre, des cellules pour batterie galvanique, etc., est encore de la pâte de papier qu'on additionne de gélatine, de gomme ou d'empois d'amidon, avec ou sans

(1) Les cartes étaient en usage en Cliine dès l'an 1120 avant J.-C. Elles sont aussi depuis très-longtemps connues en Europe, puisqu'une ordonnance de saint Louis, datée de Paris, décembre 12S4, défend de jurer et de jouer aux canes. Jusqu'au règne de Charles VI, elles furent peintes, et non gravées, ce qui les rendait fort chères. En 1390, la Chambre des comptes passa une somme considérable pour le jeu de cartes qui fut apporté d'Italie en France dans le but d'amuser Charles VI, alors en démence. C'est sous Charles VII que le peintre Jacquemin Gringonneur inventa des cartes particulières à la France.

mélange de craie, et qu'on comprime ensuite dans des moules huilés. Les objets, étant desséchés, sont imbibés d'huile de lin et cuits à une haute température.

Je ne terminerai pas ces renseignements sur le papier et les cartons sans TOUS dire que depuis une vingtaine d'années, on se sert, en Angleterre, en Belgique et en France, de toits en papier pour couvrir les bâtiments agricoles, et particulièrement les loges destinées à mettre les grains non battus et les fourrages. On emploie de préférence du papier de laine, parce qu'il est plus fort et moins cher; on le trempe, feuille à feuille, dans un mélange bouillant de trois quarts de poix et un quart de bitume minéral fondus ensemble ; on fait sécher sur une corde tendue; on renouvelle l'opération au bout d'un jour ou deux. On attache les fouilles ainsi préparées, comme des ardoises, sur des planches ou des lattes, puis on les enduit, d'un liquide composé de deux tiers de goudron et d'un tiers de poix. Le tout est saupoudré de sable fin ou de poussière de forge, pour l'empôcher de gercer au soleil. Ce genre de couverture, qui n'exige qu'une charpente légère, est trèséconomique.

On garnit aussi le bas des roz-de-chansséc, sous le parquet des habitations, de cartons goudronnés ou bituminés, pour s'opposer aux effets destructeurs de l'humidité ou du salpêtre.

DES ORGANES EMPLOYÉS DANS I.'lNDUSTRtE (suite).

SoMMAins. — Des MATifeRRS TINCTORIALES. — Distinction entre ces matières et les principes imm(^*diats colorants ou matières colgrantf.s. — Généralitt^s sur ces principes colorants. — Énumération de ceux qui sont actuellement connus. — Propriétés générales. — Couleurs solides et de faux teint. — Étude dos MATIÈRES TINCTORIALES en particulier.

§ 1 • ^ Matières linctorialffl.

Pour compléter l'étude des différentes fibres textiles, il me reste, Messieurs, à vous faire connaître les moyens aussi variés qu'intéressants auxquels on a recours pour les rev(}lir de couleurs afin de les rendre plus aptes à la confection de nos vôteraents extérieurs, car ce n'est guère que pour ceux qui s'appliquent directement sur le corps qu'on conserve les tissus dans l'état où les a mis le blanchisseur.

Mais avant de vous décrire les procédés techniques!** ' *^ te

dois vous parler des matières colorantes et des matià

praticien met en œuvre pour obtenir les effets qu'il recherche ; c'est le préliminaire obligé de son art, qui ne peut être exercé avec quelque succès, vous le comprenez, qu'avec une connaissance parfaile des agents employés.

Et tout d'abord, saisissez bien la différence qu'il y a entre ces deux expressions : matière colorante et matière tinctoriale y qu'on ne peut employer indistihclement l'une pour L'autre.

Les matières colorantes, dans leur état d'isolement et de pureté, sont des principes immédiats au mCme titre que les sucres, les acides, les alcaloïdes, mais qui sont spécialement caractéiîsés par les couleurs qui leur sont inhérentes.

Les matières tinctoriales sont les organes des plantes et des animaux d'où l'on lire les mitières colorantes ou les couleurs qu'on fixe sur les fibres textiles. Ces couleurs y sont en mélange avec beaucoup d'autres substances, mais cet état d'impureté n'empêche pas leur fixation sur les fibres en raison d'une affinité élective très-prononcée que celles-ci exercent sur les principes immédiats colorants.

Avant de faire l'étude des matières tinctoriales, il est donc rationnel de bien connaître les principes essentiels qui les caractérisent.

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