II. DES MATIÈRES TINCTORIALES
Je l'ai déjà dit, Messieurs, on réserve le nom de matières tinctoriales «lux organes des plantes et des animaux d'où l'on tire les couleurs qu'on fixe sur les étoffes. C'est surtout le règne végétal qui fournit au teinturier des matières premières, car il y a tout au plus quatre ou cinq substances tinctoriales qui sont empruntées aux animaux.
Toutefois la liste des plantes ou des parties de plantes qui servent à colorer les fibVes textiles est assez restreinte, eu égard au nombre considérable des organes colorés que la nature nous offre; on en compte à peine 24 à 25. C'est que parmi toutes les substances colorées de la nature organique, la plupart ne présentent que des couleurs fugaces ou sont trop peu riches en principes colorants pour être employées avec économie et commodité dans les ateliers.
En général, les substances tinctoriales les plus précieuses sont étrangères à nos climats; elles viennent surtout des pays chaud», de l'Anir», de l'Afrique ou de l'Amérique méridionale. Une température élov^'îi) parait nécessaire au développement des couleurti comme k celui des odeurs, dans les êtres vivants*
Cette nécessité de faire venir de kili^ ^ ifldii*
pensables à l'art du teinturier a engt ^HM
et des praticiens instruits à rechercher dans les plantes de nos pays des succédanés aux substances tinctoriales de l'étranger. Dambourney, notamment, s'est signalé, à la fin du siècle dernier, dans ce genre de recherches (I); mais l'industrie n'a malheureusement tiré qu'un bien faible secours de ces louables tentatives, et jusqu'ici elle n'a pu se passer des produits exotiques.
La même préoccupation a fait chercher les moyens de créer de toutes pièces des matières colorantes, et l'on y est parvenu en p]usieui*s circonstances. J'ai déjà mentionné ces principes artificiels. Je les examinerai après ceux qui sont tout formés dans les organes ou qui dérivent de principes colorables qu'on extrait de ceux-ci.
DES MATIÈRES TINCTORIALES (suite).
ÇoMMAiRB. — Hatièhes COLORANTES ROCGES. — GaroHce, — Des alizaris du commerce. — Fabrication des poudres dites garances. — Variétés 'commerciales. — Composition cbimique. — Caractères de, l'a/frfl/'iwe et autres principi^s colorants de cette racine. — Extraction de l'alizarinc. — Produits tinctoriaux
(1) Dambourney, né à Rouen, le 10 mai 1722, était négociant; mais son goût pour- l'agriculture et Tindustrie l'entraîna dans une série de travaux fort curieux sur la chimie tinctoriale. Le premier, en 17 i 8, il songea à acclimater la garance en Normandie, et il la cultiva très en grand dans les plaines d'Oissel. Il eut aussi Tidée d'employer ses racines fraîches pour la teinture, et il constata que 4 kilogrammes de ces racines produisent autant d'effet ^jue I kilogramme de racines sèches. 11 imagina, en outre, un moulin très-simple pour pulvériser ces dernières. Il s'occupa beaucoup de la teinture on rouge des Indes, imprima un grand mouvement à cette branche d'industrie dans le département, et par- ' vint à fixer solidement cette couleur sur le fil de lin. Mais ce qui a surtout rendu son nom célèbre, ce sont ses persistantes recherches sur les couleurs qu'on peut tirer de nos végétaux indigènes. Les fleurs, les fruits, les bois, les plantes et les racines indigènes ou naturalisées en Normandie devinrent l'objet de ses essais tinctoriaux, et^ en moins de cinq ou six ans, il en obtint plus de 1200 nuances solides sur laine. Ces résultats sont consignés dans un ouvrage que le Gouvernement fit imprimer à ses frais, en 1783, et une pension de 1000 livres lui fut votéc! à la même époque. C'est à Oissel, où il avait créé un laboratoire, que Dambourney fit toutes ses expériences de teinture, aidé des conseils de son ami de la Follie. On doit encore à Dambourney un grand nombre de Mémoires sur l'industrie et l'agriculture. Il fut pendant longtemps secrétaire de l'Académie et de la Société d'agriculture de Rouen. 11 est mort le 2 juin 1795, emportant avec lui d.'ins la tombe l'estime et la vénération de ses contemporains. (Voir pour plus de détails, la ptolice hUtorique !^ur ia vii 'et les travaux de Dambourney de Rouen gue j'ai publiée çn 1837. — Revue de Rouen çt de la NorpnjLndie, pctobre 1837.)
dérivés de U gannce : fmrameme^ fûrwteemx^ fUmr et gmnmce, eommerdaie^ extraUs degùramee, îaqms de ^rajice. — > Adulténtion des giknnces et lear esssL — Essti dès ganocioes.
i'* CLASSE. — MATIERES COLOBANTES ROUGES.
Ces malières sont les plus nombreuses et peutn^tre les plus employées. Je ne vous parlerai, toutefois, que de celles qui sont d'un usage habituel.
La garance est la substance tinctoriale rouge par excellence. La couleur qu'elle fournit et qui se 6xe très-bien sur les tissus, au moyen des mordiints d'alumine et de fer, est une des plus belles et des plus solides. que l'on connaisse.
État nature]. — Cette plante, originaire de l'Asie moyenne et de l'Europe méridionale, a été cultivée dans le Levant dt^s les temps les plus reculés, surtout aux environs d'Andrinople, de Smyrne, dans l'île de Chypre, etc. C'est de là qu'elle vint en Europe, en passant d'abord par la Grèce et l'Italie (t).
(11 Pline rapporte que les Grecs rappelaient erylh^anon, et les Romains varantia, dont on fit plus tard le nom rubin. On l'employait alors à la teinture des laines et des cuirs. Dioscoridc affirme que la meilleure garance était celle de Toscane. Las habitants de la Gaule méridionale, au rapport de Strabon, teignaient leurs étofles en \iolet en mélangeant le suc du pastel avec celui de la garance. D'après Guérin, les Certes cultivaient la même plante sous le nom de toaranch'!. Le nom français garance vient de varantia ou verenlia, qu'on donnait au moyen &ge à la racine et qui signifie couleur rouge ou vraie couleur. Il est remarquable que, dans toutes les langues, le nom de cette plante rappelle l'usage qu'on en fait. Au septième siècle, suivant Doublet et d'après les chartes de Dagobert et de Childebert, on vendait à la foire de Saint-Denis, près de Paris, des racines sèches de garance et des étoffes teintes avec elles. Charlemagne en protégea la culture. Celle-ci prit beaucoup de développement dans les environs de Caen, et l'exportation de ses produits constituait, au moyen âge, une des branches les plus lucratives du commerce de cette ville. Dès le douzième siècle, les dames italiennes faisaient usage pour leur habillement de Vécarlaie de C</e;i, c'est-à-dire de draps et d'étoffes de laine teints en rouge avec la garance cullivée en Basse- Normandie, et la seule ville d'Y près en Flandre pouvait entrer en concurrence avec celle de Caen pour ce genre de produits. Vers le milieu du seizième siècle, les Flamands et les Hollandais s'emparèrent de cette branche d'industrie agricole, qui disparut peu à peu des environs de Caen, où il n'en reste plus lo moindre vestige. Charles-Quint favorisa surtout la culture de la garance dans la province de Zélande, qui en peu de temps en fournit annuellement i\ l'Angleterre pour près de 5 millions de francs. C'est en 1507 que la même culture fut introduite en Silésie i^ar Jean Huiler; c'est encore en Angleterre qu'on en vendait les produits.
Oubliée pendant longues anné^ "'trouve, en I7V9,
à Haguenau, en Alsace, où elle- loffuiann bâtit,
en 1760, le premier moulia à énien catiioli-
que de Juifjt faubourg ciir4 'établir à Avi-
204 bOiXANTIi-ClxNQUlÈME LliÇOiN.
En France, sa culture s'est surtout concentrée dans le comtat d'Avignon, en Provence, en Languedoc, en Alsace et en Auvergne ; depuis 1848, elle s'est développée en Algérie et a fourni des racines de qualité supérieure.
Les garances françaises s'expédient dans le monde entier, mais par contre nous recevons de l'étranger près de 2 millions déracines entières et de poudre, année commune. Voici, dans l'ordre d'importance, les pays qui nous fournissent cette précieuse matière : Deux-Siciles, Turquie, Zollverein, Autriche, États barbaresques. Toscane, Hollande, los deux Amériques. La Russie a vu depuis quelques années se développer considérablement la culture de cette plante dans ses provinces du Caucase, et le produit, qui se vend sous le nom de Marena, est sans contredit, au dire de M. Kaeppelin, le plus riche en matières colorantes (I).
La garance appartient à la tribu des Étoilées de la famille des RubiacéeSy famille très-riche en plantes tinctoriales. Le genre Rubia renferme 53 espèces, parmi lesquelles quatre tout au plus sont particulièrement cultivées; ce sont:
Rubia tiiictorum (garance des teinturiers), dans l'Europe méridion. et moyenne.
— lucida — —
— peregrina — et en Orient.
— mungisU dans les montagnes du Népaul, du
Bengale et du Japon .
C'est le Rubia pereyrina qui est, de toutes, le plus riche en couleur; c'est, toutefois, le Rubia iinclorum (fig. 1155 à il 57) qui est l'objet des cultures les plus étendues; c'est le seul cultivé en France et dans le nord de l'Europe.
Bien que cette plante vivace vienne dans toute espèce de terrain, on la cultive de préférence dans les terres meubles et légèrement humides, exposées en plein midi.
On n'emploie que la racine dans laquelle le principe colorant rouge
gnon où il fut accueilli par M. de Clausemette, sur les terres duquel il cultiva de la garance, sans pouvoir en tirer parti. Dès 1760, puis sous Louis XVI, le ministre Berlin fit venir de Chypre des graines qui, distribuées en Provence et en Alsace, donnèrent an tel essor à la production, qu'en 1789 ht première de ces provinces en vendait pour 1S3O0O livres à l'Angleterre, et que la seconde en expédiait «u même pays, en 1790, près de 50000 quintaux. Pendant les guerres de la République et de l'Empire, on délaissa beaucoup cette culture, et on eut recours aux poudres de Hollande pour suffire aux besoins de l'industrie. En l'an IX, il n'y avait en France que 11 moulins à garance, tandis que le seul département de Vaucluse en compte actuellement plus de 50 qui fournissent, année commune, près de 60 millions de kilogr. de poudre propre à la teinture. Ce ne fut qu'à partir de 18 15 que cette industrie agricole se développa d'une manière régulière et normale. La couleur rouge adoptée pour le pantalon et le liséré des habits des troupes contribua surtout à ce remarquable résultat.
(1) D. Kaeppelin. — Garance, ton emploi dans la teinture et l'impression des tifsus (Annales du génie civil, année 1871-1872. Paris, Lacroix édit.}.
Btîn-ArSitt leçons t ]V
j fitf. 1159 Tranche de bssii cellulaÎTe
de la racine de qarance avant son coctiad irtc, l'air
Fiij 1158 Racine friicKe de
Uig. 1160, Tranche de Ussu celkUire de la Fij HÔl CnzUux daliz,
racine de qarance plongée dans de l'eau aeree depuis (quelques minutes
G Maison Editeur
s'est spécialemeat accumulé ; mais ce n'est qu'aprëi dix-huit mois à trois ans de séjour en terre que ce principe y est en grande proportion ; aussi n'esl-c6 jamais qu'après trois années qu'on arrache; en Chypre, en Livai^ie et dans tout le Levant, la récolte ne se fait nii'me qu'au bout de rinqà ii\ uns; voilà pourquoi les garances de ce»
pays sont plus riches et meilleures que toutes les onlrcs.
!.a racine se compose de trois parties bien dislincles ipa. iib%,pl. I): d'un cœur ligneux jaune a qui la parcourt dans (ouïe sa longueur ; d'une parlie corticale rouge 6, et d'une pellicule légfrc et rougeâlre, c, nommée épiikrme. Comme c'est surlout dans lu partie corticale que réside le principe colorant, on cherche, autant que possible, à l'iso- r 1er des deux autres. C'est là le but de la moulure qu'on fait subir habituellement à ia racine séehée cl vannée.
La racine entière est connue, dans le com- f3k. liss. — onucï dcitcmiiuiEn.
zari. Ce n'est que lorsqu'elle a élé pulvérisée qu'on lui donne le nom spécial de garante.
Les atizaris sont Irés-pcu employés pour les opérations de la teinture, et il n'y a guère que les alizaris d'Atignon et d'Auvei-gne qui BC trouvent sur les marchés de France ; les nlizaria de Chypre, de Smvme et de Perse sont actuellement fort rares; celui d'^AIsace ne s'y montre jamais.
Les poudres, dites garancet, sont distinguées, d'après leur origine, en
Garancts de IIollande,d' Alsace, d'Avignon ou du Comtat, d'Auvergne, etc.,
en alaul«nt ù ces noms d'autres qualifications ou marques qui font
"• manière dont leur poudre a été préparée, la couleur et
iidre, enfin le terrain où la plante a été cultivée.
Je dirai d'abord, d'une manière générale, comment on fabrique ces poudres.
Fabrication des pondre*. — Après avoir arraché les racines en octobre ou novembre, on les fait sécher, à Tair libre dans le Midi, dans des étuves appropriées en Alsace et en Hollande ; on les bat ensuite au fléau, tant pour en détacher le chevelu, une partie de l'épiderme et la terre adhérente que pour les réduire en fractions de 7 à 8 centim. environ; on passe le tout au tarare, on tamise môme et on vanne à la main pour obtenir un triage parlait et la séparation du billon, c'està-dire l'épiderme et le chevelu. C'est dans cet état que les cultivateurs livrent aux fabricants de garance le produit de leui*s récoltes.
Mais comme alors les racines ne sont pas également sèches, qu'elles ont attiré l'humidité et qu'elles ne sont pas débarrassées de toute matière étrangère, on doit les introduire de nouveau dans des étuves. Celles-ci, construites en maçonnerie, voûtées et munies de portes en fer, sont chauffées à 60^. Les racines y restent deux jours à deux jours et demi. On les place alors sur un grand tamis mécanique à divers compartiments, dont les mailles plus ou moins serrées servent : les plus étroites, à les purger de la poussière terreuse et du billon que n'a point enlevé la première opération faite par le cultivateur, intéressé à en laisser le plus possible ; les plus larges, n séparer les racines faibles des plus fortes, qui sont les plus estimées. Cette opération, qui effectue tout à la fois un frottement et un tamisage, s'appelle robage.
On relire ainsi, terme moyen, 3 p. 100 de billon terreux, 4 p. 100 d'épiderme et 93 p. tOO de racines robées. Celles-ci, ainsi préparées, sont triturées ou moulues à plusieurs reprises sous des meules verticales eu pierre de 1",6 à i",8 de haut sur 30 à 40 centim. de large, qui font de 22 à 25 tours par minute. On sépare les parties les plus fines des plus grossières, au moyen de blutoirs et de tamis, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le tout soit réduit au même état de division. Pour les poudres destinées à être employées directement en teinture, on se sert de tamis des numéros 60 à 70; pour celles qui doivent servir ù la fabrication de la garancine, on emploie des tamis du numéro 50.
Pour les unes et pour les autres, on en mélange bien toutes les parties; puis on les embarille. 100 kil. déracines séchées à l'air donnent de 80 à 83 kil. de poudre.
ITariétés commerciales. — Les garances ainsi obtenues sont mises dans le commerce avec des marques particulière^ variables pour chaque espèce. Ainsi on appelle :
Garance 0 ou mulle, la poudre qui provient de la mouture du billon du premier étuvage, ou des débris résultant du robage, ou enfin d'un mélange des deux ;
Garance MF ou mi-fine, celle qui provient des racines menues ou
DE l GARA19GB 207
radicelles, que ron a retirées des radnes employées à la préparation de la garance SP ;
Garance S¥ ou sur/lue, celle qui provient des racines de choix dont on a enlevé les radicelles, qui ont moins de cœur ou de parties ligneuses Jaunes ;
Garance ¥¥ ou fine /Intf, qui provient de la mouture des racines en sorte robées, et qui contient, par conséquent, toutes les radnes, tant fortes que fedhles. Cette marque peut être considérée comme la poudre normale;
Garance S¥¥ ou fXTF ou mrline fine ou extrafine^ celle qui est fabriquée particulièrement avec le cœur ou la partie ligneuse de la cadne. Cette marque donne moins de fond, parce que le ligneux est moins riche en principes colorants que la partie cbamue ou Técorce, mais elle fournit une couleur beaucoup plus vive. On remploie pour quelques teintures 6nes en laine et en soie et pour la préparation de la laque de garance.
En Avignon, la meilleure garance est faite avec les radnes des palus. On donne le nom de pahu aux terres andennement couvertes de marécages ; ces terres, engraissées de détritus organiques, animaux et végétaux, provenant des Atres vivant Jadis dans ces marais, sont éminemment propres à la culture de la garance, et elles fournissent presque toutes des racines rimges, tandis que les autres natures de terres produisent des racines rosées.
Les garances palus donnent en teinture des couleurs rouge-sang on plus foncées, mais moins brillantes que les garances rosées.
La garance moitié palus moitié rosée fait une poudre brillante, avantageuse à la vente, et dont les résultats sont très-satisfaisants en teinture. Le brillant de la garance rosée se mêlant au fond riche du pahis, il en résulte un rouge tout à la fois corsé et brillant.
Les garances arrivent : d'Alsace, en barriques de chône de 600 lui. et moins; du Midi, en fûts de bois blanc de 900 kil. — Autrefois les garances d'Avignon étaient surchargées de marques destinées à faire connaître leur qualité. Depuis plusieurs années, les bons fabricants ont pris le sage parti de ne plus mettre qu'une seule lettre sur les fûts.
Les poudres de garance ont toutes pour caractères conununs d'avoir une odeur prononcée et une saveur sucrée avec arrière-goût amer.
La couleur varie suivant les espèces. Elle est Jaune ou orangée dans la garance de Hollande, Jaune vif dans celles d'Alsace et d'Auvergne, rouge p&le ou rouge foncé dans celle d'Avignon.
La garance de Hollande est triturée grossièrement; celle d'Alsace est un peu plus fine; celles d'Avignon et d'Auvergne sont en poudre trèsfine et homogène.
Les garances de Hollande et d'Alsace ne peuvent être employées jeunes ; il leur faut au moins un à deux ans de tonneau. A deux ans, celle d'Alsace est dans sa vigueur; au bout de trois ù quatre ans, elle
86 détériore, surtout à l'air. Pendant sa conservation en tonneau, elle fermente, se durcit, se prend en une seule masse si dure que pour l'extraire du -fût, on est obligé de faire agir le pic ou le ciseau. On dit aloi's qu'elle est grappée
La garance d'Avignon peut être employée en sortant de dessous les meules; néanmoins elle estmeilleure après quelques années de tonneau ; elle s'y conserve bien, et ne subit que peu ou point de fermentation; ' 'aussi elle ne se grappe Jamais. Cependant, après plusieurs années, elle se décompose avec les mêmes symptômes à peu près que les autres espèces. On l'utilise encore dans cet état. Le peu de fermentation qui se manifeste dans cette garance provient de ce qu'elle renferme beaucoup moins de substances mucilagineuses^ sucrées et amères que les garances de Hollande et d'Alsace; il est certain que c'est à ces substances qu'il faut attribuer la fermentation acide qui se développe si énergiquement dans ces dernières poudres.
Les garances d'Avignon, comme celles de Syrie et de Chypre, ayant crû dans des terrains calcaires ou dans d'anciens marais desséches riches en sels de soude, sont presque neutres, et lorsqu'on les traite par l'eau, elles ne lui cèdent pas de pectine ou d'acide pectique et ne la gélatinisent donc pas.
Les garances de Hollande, d'Alsace et de Silésie, qui proviennent de terrains sablonneux, sont, ali contraire, fortement acides et contiennent tant de parties mucilagineuses ou de pectine, que délayées dans quatre fois leur poids d'eau, elles donnent à ce véhicule l'aspect d'une gelée qui se coagule au bout de quelques heures.
De cette différence chimique il est aisé de conclure que les meilleures garances à employerdans les localités où les eaux sont pures sont celles qui proviennent de terrains calcaires, tandis que pour les eaux calcaires on doit préférer les garances acides ou siliceuses.
Quoique foulée avec force dans les tonneaux, la garance retient entre- ses particules une certaine quantité d'air qui finit, à la longue, par agir dans toute la masse et la colorer uniformément, en oxygénant le principe colorant Jaune primitif et en le changeant en principe rouge. On explique donc très-bien par celte théorie, donnée par M. Decaisne, pourquoi les poudres de garance gagnent en qualité dans les tonneaux Jusqu'il la troisième année de leur reposition.
Composition des allsaria. — Suivant M. Edouard Kœchlin, iOO parties de racines fraîches de garance d'Alsace sont composées ainsi qu^il suit :
90,3G parties charnues.. iMatièrVièche! ::.::.!'.: îlw
.. ,. Eau 4,96
9,64 parue» ligneuses. . j ^^^^^^^ ^^^ ^ ^^
100 parties de racines fraîches se réduisent donc, par la dessiccation, à 21,62.
D'après M. Kœchlin-Schouch^ 100 parties de racines sùches se composent de :
/ dans Teau froide 55
I dans l'eau bouillante, parmi Ics-
Matièrcs solubles. . < quelles se trouve la substance
1 colorante 3
' dans Talcool I 1/2
Ligneux 38
Caractères diatlnctifftf. —L'eau froide, en contact avec la garance, ne lui enlè\e, pour ainsi diro, qu'une matière colorante jaune, car le principe colorant rouge ne se dissout en quantité un peu considérable qu'à une température comprise entre + 35 et 70*>. La décoction a une couleur rougeatre qui tire un peu au brun. Lorsqu'on se sert de garance épuisée à l'eau froide, la décoction offre une teinte jaune rôugeâlre. L'alcool bouillant lui enlève, par plusieurs lavages successifs, toute sa matière colorante, et il se colore fortement en brun ; la poudre ainsi épuisée est grise, et ne fournit plus en teinture la moindre trace de couleur. L'esprit de bois a un pouvoir dissolvant de beaucoup supérieur à celui de l'alcool.
Voici l'action des principaux réactifs sur la décoction de garance :
Potasse, soude, chaux, ammo-C La liqueur devient d'un beau rouge cramoisi
niaque | foncé.
Craie, carbonates alcalins. .. . idem. idem.
Eau de savon Précipité couleur de chair.
Acides La liqueur vire au jaune.
. . j Léger précipité brun rougeatre. La liqueur reste
1 colorée en jaune-rougeâtro brun .
^ , ,,.^ . i Précipité brunâtre. La liqueur reste claire et
Sel d étain { , , . . *
) colorée en jaune brun.
Acétate de plomb Précipité rouge-brunâtre floconneux.
1 La liqueur passe au brun et donne, au bout Sulfate de fer ..; de quelques heures, un précipité cpa-
( moisi.
Sulfate do manganèse Précipité rougc-ponceau brunâtre.
Azotate de cuivre Précipité ci amoisi .
Azotate de mercure Précipité jaune brunâtre.
^, . . , (La liqueur se fonce en couleur sans précl-
Chloride do mercure j .^gj.
Azotate d'argent Précipité rouge sale floconneux.
Composition chimique de la Karance. — Malgré les nombreux travaux entrepris sur la garance depuis 1789 jusqu'à nos jours, on est loin d'être fixé sur sa véritable nature chimique, au moins quant à ce qui concerne les matières colorantes qui s'y trouvent.
GinAnum. — IV. 1 *
Tous les chimistes reconnaissent. dans celle racine, les principes suivants :
Matière colorante Jaune.
— — rouge.
Ligneux.
Glucose et sucre cristallisable.
Matières mucilagineuses ou gommauses.
Pectine et acide peciique.
Fécule.
Matières extractives amères .
— albuminoides.
Résine odorante.
— rouge.
Matière grasse.
— brune soluble dans la potasse.
Acide cristallin (acide rubévyUtnque) .
Principe particulier devenant vert par les acides [chtorogénine ou acide ruhichlorique).
Acide» tartrique, citrique, malique, pectique, on partie combinés à la chaux v,\ à la potasse, notamment une quantité notable de tartrates de chaux et de iiotasse.
Enfin, sels minéraux, tels que : sulfates et phosphates de potasse et de soude, chlorures de potassium et de sodium, carbonates et phospiiatcs de chaux et de magnésie, silice, alumine et oxyde do fer.
Mais là où il y a doute et discussion, c'est sur la simplicité et la nature du principe colorant rouge. Les uns pensent qu'il n'y a qu'un seul principe rouge, susceptible de fournir des nuances diverses suivant les mordants qu'on emploie; les autres en admettent plusieurs. Runge va môme jusqu'à cinq. On conçoit aisément que dans les manipulations dont la racine de garance est l'objet, l'intervention de l'air et de l'humidité suffit pour y provoquer des changements chimiques assez considérables, et c'est très-probablement à cette cause que sont dues les opinions diverses émises sur la nature des principes colorants de la garance.
En étudiant la racine à l'état vivant, M. Decaisne a beaucoup siniplifiô la question. Voici les principales conclusions de ses recherches à cet égard :
10 La racine, à l'état vivant, ne renferme d'autre principe colorant qu'un liquide jaune, d'autant plus foncé et plus abondant que l'Age de la plante est plus avancé; c'est ce qu'on voit très-bien en examinant au microscope une portion du tissu cellulaire au moment où il vient d't^tre coupé sur une racine fraîche (fig. H 59 de la planche 1).
2<» Ce liquide jaune, en absorbant l'oxygène de l'air, se convertit en principe tinctorial rouge, comme on le voit en observant la même tranche de tissu cellulaire, après qu'elle est restée pendant quelques minutes en contact avec de l'eau aérée {flg, 1160 de la planclie 1);
3<> Les manipulations qu'on fait subir à la garance ont pour résultat
de mettre en contact avec Tair les parties remplies du principe jaune ; en conséquence, plus la division sera complète pour obtenir de belles teintures, plus la conversion du principe jaune en principe rouge sera considérable.
Il n'y a donc pour M. Decaisne qu'une seule matière colorante dans la garance : jaune, tant qu'elle est emprisonnée dans le tissu végétal ; rouge, aussitôt qu'elle a le contact de l'air.
Cette opinion sur l'unité du principe colorant dans cette racine est appuyée parles expériences chimiques faites en 1837 par M. Gustave Schwarlz, par celles que j'ai exécutées depuis 1840 avec M. Grelley, et par les recherches plus récentes faites en 1 852 par MM. Jean Gerber et Edmond Dollfus.
De cet ensemble de travaux, il paraissait rationnel de conclure :
1» Que dans la garance sèche il n'y a qu'un seul principe rouge [alizariney coîorine, azale) (1), mais que ce principe relient en mélange plus ou moins du principe jaune qui lui a donné naissance par l'effet de l'oxydation ;
2° Que le principe jaune, non encore modiflé par l'air, constitue la xanthine de M. Kuhlmann, ou le principe jaune de Hunge;
3<» Enfin que tous les principes rouge, rosej pourpre, orange, brun^ admis par difi'érents chimistes, ne sont que des mélanges plus ou moins altérés et complexes é*alizarine et du principe jaune primitif plus ou moins oxydé.
Mais les travaux ultérieurs de MM. E. Kopp, Schiilzenberger et Schifferl semblent établir qu'il y a, tant dans la garance fraîche que dans la racine moulue conservée depuis quelque temps, des matières colorablessolubles qui, sous l'influence d'une matière azotée qui joue le rôle de ferment, se dédoublent eh glucose et en principes colorants divers^ tels que :
Calizavine, d'un rougo orangé.. 'Teignant les mordants dalumino en rouge; Lapt/r/^MnVie, d'un rouge pourpre. / mais l'alizarinc est la seule qui donne des La psewhpui'purinet d'un rouge j teintes très-solides, résistant aux opérations
brique ) de ravivage.
i Teignant en rouge les mordants d'alumine et
Une matière oranye \ se changeant par la sublimation en pur-
( purine et en charbon .
Une matière jaune {xanthopur- j Distincte de la xanthine de M. Kuhlmann et purine) t teignant en jaune les mordants d'alumine.
Tous CCS corps bien définis et parfaitement cristallisables, extraits de la garance d'Alsace, formeraient, d'après MM. Schûtzenberger et Schiffert, une série naturelle dont les termes seraient reliés par des rela-
(1) Le nom d'azale vient du mot azalOy qui est l'un des noms arabes de la garance.
tions de composition très-simplee et remarquables, ainsi qu'on le voii dans le lableau suivant :
Alizarine C«W 0»
Xantbo purpurine... C*'H' 0* isomère de l'alizarine.
Purpurine C**H* 0*° oxyalizarine.
Matière orange C*'H'°0** hydrate de purpurine.
Pseudo-purpurine... C^H* G'* oxy purpurine (1).
Le seul de ces principes qui ait une véritable importance au point de vue pratique, c'est Valizarine, puisque l'expérience démontre :
i° Que tous les autres se transforment aisément en alizarine sous l'influence d'une température peu élevée et spécialement pendant les opérations de la teinture, du savonnage et des avivages ;
2® Que l'alizarine seule forpae des composés colorés stables sur les tissus;
3** Qu'on ne retrouve, en efTet, sur les tissus garances complètement achevés, c'est-à-dire savonnés et avivés, que de l'alizarine en combinaison avec les bases des mordants employés, sans aucune trace de purpurine et des autres pigments de la garance, ainsi que MM. Schunck et Perkin l'ont successivement constaté;
4° lînfin que de toutes ces matières colorantes de la garance, l'alizanne seule a pu être reproduite artificiellement, ainsi que je vous l'apprendrai plus tard.
Par conséquent, il est tout naturel d'envisager l'alizarine comme la matière colorante essentielle de la garance; aussi n'examinerai-je qu'elle en particulier. Sa découverte, faite en 1826 par Robiquel et Colin, a été le point de départ d'immenses et remarquables travaux de nombreux chimistes contemporains. Voici quelles sont ses principales propriétés.
Caractères de l'alizarine. — Elle est inodore, insipide, neutre aux réactifs colorés, mais elle se comporte comme un acide faible visà-vis des bases.
Elle cristallise très-facilement, mais offre deux formes distinctes suivant qu'elle est hydratée ou anhydre. Dans le premier cas, elle se montre en plaques ou paillettes micacées d'un jaune doré assez semblables à l'or mussif. Dans le second cas, elle est en aiguilles brillantes, prismatiques, terminées par des biseaux aigus, longues et minces, d'une couleur rouge tirant plus ou moins sur le jaune, suivant la grosseur des cristaux {fig. 1161 de la planche t).
Elle fond vers '215° et se sublime sans résidu entre 215 et 240° en vases clos. Un courant d'air ou de vapeur d'eau favorise sa vaporisation vers 100°.
(1) Ces formules sont celles qui résultent des récents travaux de MM. Liebermann et Grœbe.
DE LA garance:. 213
Elle est à peine soluble dans l'eau froide, un peu plus dans Teau bouillante. Sa solubilité croît très-lentement de 1 00 à 200<^ et beaucoup plus rapidement lorsqu'on approche des limites de sa volatilisation. D'après MM. Plessy et Scbûlzenberger, 1 00 grammes d'eau por4ée à 250<» en vase clos en dissolvent 3>',16, mais qui se déposent par le refroidissement.
Elle se ■ dissout facilement, surtout à chaud, dans l'alcool, l'éther, l'esprit de bois, la benzine, les huiles de goudron, de naphte et de pétrole, l'essence de térébenthine, le sulfure de carbone, la glycérine, le chloroforme, Tacide acétique. Elle colore ces liquides en jaune et quelques-uns d'entre eux, saturés à chaud, la laissent déposer en cristaux par le refroidissement.
Elle est soluble dans l'acide snlfurique concentré sans altération; la solution est d'un rouge brun; l'eau en précipite l'alizarine en flocons jaune orange.
Elle se dissout dans les alcalis caustiques et carbonates en formant des solutions de couleur pensée, dans lesquelles les eaux de chaux et de baryte déterminent un précipité bleu, et lea acides un précipité Qoconneux orange.
Elle ne se dissout pas ou presque pas dans l'eau chargée d'alun; cependant celle-ci prend à l'ébullition une teinte rouge jaunâtre sans intensité ; lait remarqutble, car une dissolution d'alun en agissant sur la garance ou sur un de ses produits dissout assez du principe colorant rouge pour donner une belle laque lorsqu'on y verse un alcali.
L'alizarine donne avec les tissus mordancés toutes les nuances, tous les tons que fournit la garance elle-m()me, rouges et roses avec lesmordanls d'alumine, noirs ou violets avec les mordants de fer. Toutes ces couleurs sont exfrOmement -solides à la lumi^'ire, résistent aux bains de savon bouillants et à un passage en acide azotique faible. Cette matière colorante pure a un pouvoir tinctorial 95 fois supérieur à celui d'une bonne garance.
Comme elle se divise très-difficilement dans l'eau, il faut, lorsqu'on veut s'en servir pour teindre, la dissoudre préalablement dans très peu d'alcool bouillant et étendre cette solution de la quantité d'eau convenable. On obtient, de cette manière, un bain laiteux, qui cède promptement toute sa matière colorante aux tissus mordancés; il est bon d'ajouter au bain un peu de craie.
Extraction de l'alizarine.— Il y a bien des moyens de se procurer Valizanne pure et en cristaux ; le plus joli est celui que M. Schwariz a indiqué en 1856. Le voici : On emploie comme matière première un extrait alcoolique de garancine, aussi riche que possible et réduit en poudre fine. On en couvre d'une légère couche une feuille de papier à filtrer, qu'on place sur une plaque en tôle munie d'un manche, afin de pouvoir l'approcher ou l'éloigner, à volonté, du feu ; on chauffe
SOIXANTE-CINQUIÈME LKÇON.
[|G pas altérer le papier. Bientôt, l'extrait entre le papier s'imbibe d'une matiùrc résineuse brune, tandis que de Valùa tint tri-'S-pure ^ienl former à sa «uiface une belle végétalion crialolline, de couleur orangée.
Lorsqu'on ne lient pas â avoir l'alizarine chimiquemcnl pure, mais telle qu'elle peut être oniplojéc en teinture et en impresaton, on a recours au procédé plus industriel que M. Kopp, de Sarerue, a fait connaître en 1839, et qui n'est loulefois qu'un perfectionnement de celui proposé en IS41 par M. Camille KŒcliIin. Il consiste à Taire passer de la vapeur surtliaull'éo dans et autour de garancine en morceaux de la grosseur d'une noix. On so sert de l'appareil suivant (^?. HIV21,
Tipenr qu] g'r rend par In tnytu d. — e, tuyau fi robinst h, pour U sortie de la vapeur siirclisutTée. — E, ciiumbre en route, de Torma spliériitue. divisée en deux compartfmeiiU par une ctoison verticale percâe de iroua ; cette cloison est destiui^eà favoriser te mélaDge intime de la vapeur siircbaulTûe ki de la vapeur ordinaire arrivant lorsque le robinet g est ouvori d'uno cerlsine quanliis. ~ i, thermomètre. — CC, cylindre en cuivra contenant U garandno sËcbe, disposée entre deux diaphragmes ; ce cylindre communique arec la chanibre E au moyen du tuyau h robinet k. — D, autre cylindre enveloppant coucentriquemenl le cylindre CC et communiquant également avec la chambre U !i l'aide du tuyau II robinet l, nx sert ï Taire circuler la vapeur autour du cylindre / .- l'otoès de cette vapeur se dégage par le tnbo »i. — B, appareil de condensation dans lequel le» produits de la distillation se rendent par le luysii p communiquant avec le cyUndre CC.
Le Tour à surchauffer la vapeur d'eau avant élé porté i H- 3Su», on commence pat faire circuler dans le cj-lindre D de la vapeur a -\- 180°, «t lorsque le cylindre CC et la garancine ont acquis cette température, «n ouvre le robinet k qui donne acct's dans ce cylindre à la vapeur sur-
chauiTée doDt on élère peu à peu la température à SOO, V20^ 230 et même, vers la fin de lopérafioir, jusqu a 240*. L'alizarioe se sublime et est enlrainée par la ▼rpeur d*eau sous la forme d*un gaz jaune orangé qui se condense en poudre de la même couleur. 1a distillation terminée, on rassemble cette poussière sur un filtre, et Teau de condensation qui en retient en dissolution peut senir à la teinture.
Le procédé de M. Ropp est exploité industriellement par MM. ScbaafT et Lautb.
Prodails tinctoriaax dérivé* de la fcaramce. — Il y a, dans le commerce, un certain nombre de produits tinctoriaux préparés avec la garance. Je dois tous les faire connaître.
h Garancine. — En i8!î7, Robiquet et Colin désignèrent sous le nom de charbon suîfurique de garance le produit brun obtenu en traitant la poudre d'alizari par un poids égal d'acide suîfurique concentré. Ils avaient constaté que cet acide détruit tous les principes immédiats autres que Talizarine, qui reste unie A Tacide ulmique provenant de la carbonisation des premiers; Talizarine est alora dans un plus grand état de liberté qui lui permet de s'unir plus facilement aux tissus mor* dancés.
Le charbon, su ffurique que Lagier, Hobiquet et Colin mirent dans le commerce en 1828 eut beaucoup de peine à pénétrer chez les teintu» riers et surtout chez les indienneurs ; mais peu à peu on modifia son mode de préparation et on arriva à obtenir un produit analogue n'ayant plus les inconvénients du premier; il recul le nom de (jaranrine. Son importance est (elle aujourd'hui que plus de \0 millions de kilogr. de garance sont annuellement employés à sa fabrication dans les seules usines des environs d'Avignon.
Voici le procédé généralement suivi dans ces usines :
Dans de grands léseiToirs en bois munis d'un double fond à claire* voie sur lequel est fixée une toile ou filtre en laine, on introduit successivement iOOO litres d'eau froide, 2 kilogr. d'acide suîfurique à 66« et 100 kil. de garance ; on brasse le tout et on laisse macérer pendant douze heures. On fait alors écouler le liquide au moyen d'un tuyau à robinet placé dans le double fond (1). La pâte qui reste sur le filtre est enlevée, et introduite dans une cuve où on la délaie avec une suffisante quantité d'eau de manière à en former une bouillie un peu épaisse ; on l'asperge, en remuant continuellement, avec 30 kilog. d'acide suîfurique concentré ; on ferme la cuve et on porte le tout à l'ébullition au moyen d'un jet de vapeur qu'on maintient pendant deux à trois heures. Le liquide encore chaud est conduit par un tuyau adapté au fond de la cuve dans un grand réservoir à filtre, à moitié rempli d'eau froide. La
(I) Le liquide qui contient les principes sucrés de la garance est recueilli dans une cuve placée au-dessous de la première, et on lui fait subir la fermentation alcoolique.
pâte qui est retenue par le filtre est lavée à plusieurs reprises à Teau froide jusqu'à insipidité parfaite (1).
Pour le dernier lavage, on emploie, dans beaucoup de fabriques, de l'eau légèrement alcalisée pour qu'il reste le moins possible d'acide dans la garancine. Celle-ci étant bien égouttée, est distribuée dans des sacs en sparterie qu'on soumet ensuite à l'action d'une presse hydraulique. Les tourteaux qu'on en retire sont desséchés complètement dans des étuves, puis passés sous des meules pour être réduits en poudre fine.
100 parties de garance fournissent 3i à 37 parties de garancine. Celle-ci, qui a une couleur brune plus ou moins foncée, n'a ni odeur, ni saveur bien marquées et cède très-aisément son principe colorajit à l'ammoniaque, à l'eau d'alun bouillante, à Téther, à l'alcool, au sulfure de carbone, à la benzine, à la glycérine chaude, aux huiles grasses^ à l'acide acétique et surtout à l'esprit de bois bouillants. Tous ces liquides prennent une belle teinte rouge qu'ils perdent en très-grande partie par le refroidissement ou par l'addition d'acides minéraux et de sels neutres.
Sous le môme poids la garancine a un pouvoir colorant 3 à 4 fois plus fort que les bonnes garances, et plus facilement que ces dernières elle abandonne sa matière colorante aux tissus dans les opérations de la teinture. Les couleurs qu'elle fournil sont plus vives, mais un peu moins solides; elle ne peut servir à la production des nuances roses, el les violets qu'elle donne ne sont jamais aussi beaux que ceux qu'on obtient avec la garance.
Le manque de solidité des couleurs à la garancine tient uniquement^ d'après M. Ed. Schwartz, à la présence d'une petite quantité d'acide sulfurique que, malgré de nombreux lavages, le ligneux de la garancine retient avec opiniâtreté entre ses pores.
La garancine a sur la garance le grand avantage de ne presque pas salir ou colorer les parties des calicots non mordancées, de sorte qu'en sortant des bains de teinture, les pièces n'ont besoin que d'un simple bain de son ou de savon et d'un léger chloragc pour être blanchies et avivées.
2. Garanceux. — M. Léonard Schwartz, de Mulhouse, a pris, le 17 avril 1843, un brevet d'invention pour la fabrication de la garancine avec les résidus de la garance qui a déjà servi à la teinture. Cette matière, qu'il
(1) Les eaux provenant de ces lavages sont colorées en jaune clair; elles renferment beaucoup d'acide sulfurique et de sulfate de chaux, un dérivé pectique très-abondant, de l'acide oxalique et de la matière colorante. On les laisse couler généralement dans les cours d'eau qui se trouvent à proximité des établissements où l'on fabrique la garancine. M. Pernod, d'Avignon, a fait connaître, en 1869, je procédé industriel très-simple qu'il emploie pour en retirer l'acide oxalique et la matière colorante ; cette dernière fournit en teinture des nuances plus pures et au moins aussi solides que celles obtenues de la garance. (Voir Bulletin de la Société industnelle de Mulhouse, Août 1870, p. 414.)
a nommée garancetix^ a une valeur tinctoriale beaucoup moindre que la bonne garancine d'Avignon. Il en faut 3 i/2 et môme 4 parties pour équivaloir à i de cette dernière. M. Steiner a importé, en août 4843, le môme mode de fabrication en Angleterre.
Mais ce produit ne remplace qu'imparfaitement la garancine; il ne peut servir qu'à la fabrication des genres d'impression sans violet et qui ne demandent pas des couleurs très-vives. *
3. Fleur de garance. — Ce produit, mis dans le commerce à parlir de i851, par MM. Julian et Roquer, de Sorgues (Vaucluse), n'est autre chose que de la garance lavée à froid avec de l'eau légèrement acidulée pour la débarrasser de toutes les parties solubles, mucilagineuses, sucrée», etc., qui accompagnent les principes rouges, et dont la combinaison avec les mordants de fer a une influence fâcheuse sur les violets, quand elles sont encore présentes à la teinture.
Voici comment la fleur de garance est fabriquée en grand :
La garance ordinaire est brassée convenablement dans de grandes caisses, semblables à celles qui servent pour la garancine, avec de l'eau additionnée de i à 2 parties d'acide sulfurique ou chlorhydrique pour 100 de poudre. Après quelques heures de macération, on fait écouler le liquide dans des réseiToirs ou cuviers de fermentation. La pâle restée sur les filtres est lavée à plusieurs reprises, et lorsqu'elle est suffisamment égouttée, elle est soumise aux presses hydrauliques dans des couffins. On fait ensuite sécher à l'éluve, on triture les tourteaux sous des meules et on embarille.
Tous les liquides provenant de ce traitement sont mis à fermenter avec un peu de levure de bière, puis distillés pour en -retirer l'alcool. Celui-ci aune odeur spéciale, piquante, fort désagréable, qui est due à des produits analogues à ceux qui se trouvent dans les esprits de pommes de terre, de betteraves et de grains. On est parvenu à l'en dépouiller, au moins en très-grande partie, en faisant passer ses vapeurs à travera du charbon de bois ou de la pierre ponce. Dans tous les cas, on ne l'applique qu'à la fabrication des vernis, de l'éther et du chloroforme.
100 kilogr. de bonne garance palus fournissent près de tO litres d'alcool à 89«, les qualités inférieures? à 81itres, et le rendement en //ewr varie de 45 à 60 kilogr.
Cette fleur est devenue promptement d'un usage assez général en Normandie et en Alsace, et actuellement on en fabrique dans le département de Vaucluse plusieurs millions de kilogr. 400 kilogr. de ce produit tinctorial représentent, par leur pouvoir colorant, 200 kilogr. de garance, et donnent des nuances rouges et roses plus belles et plus solides; mais les violettes ne l'emportent sur celles fournies par la garance ordinaire qu'autant que \sl fleur a été soumise à des lavages à l'eau pure, non calcaire, et a subi la fermentation alcoolique dans les cuves sans le concours des acides, ainsi que M. Roux l'a conseillé le premier en 1847.
Ce dernier procédé, suivi dans certaines fabriques, s'exécute en maintenant la garance délayée dans Teau pendant cinq à six jours à une température de 25*'. La fermentation ne tarde pas à s'établir, avec ou sans levure de bière, et quand elle est terminée, on laisse la garance se réunir sur les filtres d'où on l'enlève pour la soumettre à la presse, la sécher et la faire passer sous les meules. Toutes les eaux sont distillées pour en extraire l'alcool.
La fleur de garanc ', ainsi préparée, est réservée pour la fabrication des violets, tandis que la première ne sert que pour les rouges et les roses. Outre que ces couleurs sont plus belles, que les blancs sont moins chargés, que ravivage est ainsi plus facile, les mordants n'ont pas besoin d'être aussi concentrés qu'avec la garance ordinaire, et en somme il y a économie à substituer à celle-ci la fleur de garance. Les avantages bien établis de remploi de cette matière tinctoriale ont déterminé la Société industrielle de Mulhouse à décerner, en 1852, une médaille d'or àMM..Julian et Roquer.
4. Alizarine commerciale, — Ce produit, dû à MM. Pincoffs et Schunck, de Manchester, qui l'ont livré au commerce vers 1854, n'est autre chose que de la garance soumise en vases clos à l'action de la vapeur d'eau surchauffée. Dans ces conditions, le principe fauve jaunâtre, que MM. Pincoffs et Schunck appellent vérantriney disparaît, se modifie ou se détruit. Certains fabricants remplacent la garance par de belles garancines qu'ils surchauffent au bain d'huile, ou d'alliage fusible, ou de . sable, ou même par la vapeur.
Quoi qu'il en soit, la matière ainsi traitée possède des qualités spéciales : ainsi, elle fournit avec les eaux calcaires de belles nuances violettes pour lesquelles il n'y a nul -besoin d'avivages, ce qui permet d'unir au violet des nuances cachou que l'action du savon altérerait.
Valizarine commerciale^ plus connue dans les ateliers sous le nom de rincoffine,esi donc, sous ce rapport, supérieure à la garance et à la garancine, mais elle ne peut fournir, aussi bien que celles-ci, les autres nuances, notamment les roses et les rouges ; en outre, elle est un peu moins solide que la garancine, et il en faut un quart de plus en poids pour saturer un mordant de violet.
^.Extraits de garance, — Dans l'intérêt des imprimeurs sur tissus, on a fait depuis une quarantaine d'années bien des essais pour isoler le mieux possible la matière colorante de la garance, afin de l'appliquer directement, rendre ainsi les opérations de l'impression plus rapides et réaliser en même temps de plus beaux effets de coloration. Pour cela on a eu recours à l'emploi de divers dissolvants (alcool, esprit de bois, sulfure de carbone, eau d'alun, etc.), qu'on faisait agir sur la garance ou ses dérivés (garancine, garanceux, fleur de garance) dont il vient d'être question.
Mais pendant longtemps les produits livrés au commerce sous le nom
de : extrait alcoolique de charbon suffurique (Robiquet et Colin), coloiHne (Lagier et Thomas, Girardin et Grelley), rubérine (Castellan), carmin de gm^ance (Schwartz) , azale (Gerbet et Dollfus), extrait de garance (Kœchlin, Verdeil et Michel, Vilmorin, Leitenberger, Rieu,etc.)) revenaient à des prix trop élevés pour être adoptés parla pratique.
Il n'en est plus ainsi depuis quelques onnées. La purpurine commerciale, Valizarine verte, Valizarine jaune de MM. SchaaITet Lauth, de Strasbourg, Yalizarine de M. Rochlcder, les extraits de MM. Meissonier et Pernod, ont reçu des imprimeurs un accueil favorable et, quoique d'un prix encore assez élevé, ils servent pour les couleurs d'application sur tissus portant des dessins légers, ou ce qu'on appelle genre garancevapeur.
Il serait trop long de décrire ici les procédés de fabrication de ces nombreux produits tinctoriaux. Vous les trouverez dans les Bulletins de la Société indxistrieUe de Mulhouse (t). Je ne puis, toutefois, me dispenser de vous apprendre ce que c'est que la fdirpurine commercinle ^ Valizarine verte, que M. E. Kopp a signalées le premier en !86i (2) et dont l'obtention est due à un nouveau mode de traitement de la garance tout à fait original.
Lorsqu'on épuise la garance par de l'eau chargée de 4 à 3 millièmes d'acide sulfureux et de 3 à 5 pour 100 d'acide sulfuriqueou chlorhydrique, et qu'on chauffe les liquides, colores en jaune orangé, à 50 ou 60% il se dépose en moins de vingt à trente minutes des flocons d'un rouge orangé depurpiuine brute. Cette matière lavée î\ l'eau froide jusqu'à élimination de toute trace d'acide et séchée est à l'étal de poudre, ou ep écailles plus ou moins larges ; c'est de la purpurine presque chimiquement pure ; on l'utilise dans la teinture des soies et des laines, ainsi que pour la préparation de très-belles laques rouges et roses de garance.
Si les eaux mères d'où cette purpurine a été enlevée, sont portées et maintenues à l'ébullition pendant une à deux heures, il se dégage de l'acide carbonique et il se précipite en assez grande abondance, une matière pulvérulente verte noirâtre, qui n'est autre chose que de l'alîzarine, colorée par une substance résineuse d'un noir verdâtre trèsfoncé ; celle-ci parait être le résiVtat de l'altération de la chlorogénine sous l'influence des acides.
C'est lA ce que M. E. Kopp nomme alizarine verte, qui sert de matière première pour la préparation d'un extrait alizarique pur pour \iolet8 et lilas d'impression. Elle communique, par voie de teinture, aux tissus mordancés une magnifique couleur rouge en respectant les blancs.
(1) Voir en outre : !• le Traité des matières coloranteSj par M. P. ScliQtzenberger. 2 vol. in-8. Paris, 1867. V. Masson ; 2» le mémoire sur /a garance, son emploi dans la teinture et l'impression des tissus^ par M. D. Kaeppelin. Broch. in-8. Paris, 1872. E. Lacroix.
(?) Recherches sur fa garance d'Alsace^ par M. E. Kopp. {Bulletin de la Société industiielle de Mulhouse, avril 1861, t. XXM, p. l^b.)
Quant à Valizarine jaune du môme chimiste, on l'obtient en faisant bouillir 1 partie d'alizarine verte avec 45 à 20 parties d'huile de schiste légère pendant quinze minutes, décantant Thuilc devenue claire, la laissant refroidir jusqu'à iOO*^ et l'agitant très-vivement avec iOà 15 p. 100 d'une lessive faible de soude caustique. Celle-ci s'empare immédiatement de toute l'alizarine en se colorant en bleu pourpre magnifique. En décantant le liquide alcalin et le sursaturant par de l'acide sulfurique faible, il se précipite un magma cristallin d'àlizarine jaune qu'il ne reste plus qu'à laver et à sécher, ou qu'on laisse à l'état de pâte pour la livrer à la consommation.
Voici par quels chiffres on peut représenter très- approximativement, d'après M. D. Kaeppelin, les pouvoirs colorants de ceux de ces produits qui sont le plus généralement employés, en prenant comme terme de comparaison le pouvoir tinctorial d'une bonne garance d'Avignon représenté par \ :
Garance d'Avignon .... 1 Extrait de Leitenberger . .... 16
Fleur de garance 2 Extrait de Schaaflf et Lauth. . . 16
Pincoffine 3 à 3 1/2 Alizarine verte de E. Kopp . . 40
Garancine 4à4 1/i Colorine Lagier 70
Carmin de Schwartz ... 8 Alizarine cristallisée 90
Extrait de Pernod.... IG
S'il était possible de fabriquer de toutes pièces, d'une manière économique, la matière colorante de la garance, vous comprendrez combien cette découverte apporterait de simplification dans les opérations si complexes de la teinture et de l'impression. Cette question est à l'étude depuis plusieurs années, et on est déjà parvenu à la reproduction synthétique de l'alizarine au moyen d'un de ces nombreux carbures d'hydrogène contenus dans le goudron de houille. Reste à industrialiser ce beau résultat scientifique. Je reviendrai sur ce sujet au moment où je vous parlerai en particulier des matières colorantes artificielles.
6. Laques de garance. — C'est en traitant la garance par l'eau d'alun bouillante et précipitant ensuite la liqueur colorée par les alcalis ou les carbonates alcalins qu'on obtient dans les arts les laques de garance qui servent dans la peinture à l'huile ou à la gélatine, la peinture à l'aquarelle et en miniature, à la décoration des fleurs artificielles et dans l'impression. Je vais vous indiquer quelques-uns des procédés suivis chez les fabricants de laques.
Le plus ancien procédé, dû à Mérimée, consiste à laver la garance, d'abord avec de l'eau pure, puis avec une eau alcalisée par le carbonate de soude, et enfin à l'épuiser par une dissolution d'alun; la décoction d'un beau rouge est décomposée par l'ammoniaque. — On perd ainsi beaucoup de matière colorante, mais la laque obtenue est très-belle.
Le procédé de Robiquet et Colin est beaucoup plus économique, tout en fournissant une laque aussi belle. On lave la garance quatre fois de suite avec quatre fois son poids d'eau froide ; elle passe alors du jaune au rouge. On broie le résidu avec i /2 partie d'alun et 6 parties d'eau ; on laisse macérer le tout pendant six heures à la température de 50<^, on filtre, on exprime, on précipite la liqueur avec du carbonate de soude, et on recueille la laque sur un filtre pour la laver avec soin.
Dans le procédé de Persoz, on lave d'abord la garance avec de Teau tenant en dissolution une certaine quantité de sulfate de soude, puis on la fait bouillir pendant quinze à vingt minutes avec dix fois son poids d'une solution bouillante d'alun renfermant 1 dixième de ce sel. On filtre le tout au travers d'une chausse ; la liqueur fortement colorée est mise à refroidir jusqu'à 35 ou 40^ ; on la neutralise alors par le carbonate de soude pour former de l'alun cubique; on la porte à l'ébullition pour opérer la décomposition de ce sel ; il se forme dans ce cas du sulfate d'alumine tribasique qui entraine, en se précipitant, la matière colorante et donne naissance à une laque qui n'a plus besoin que d'être lavée pour servir à tous les usages auxquels on la destine. Elle a, sur les autres laques, l'avantage de se présenter sous la forme d'un précipité non gélatineux, prompc à se former, facile à laver et à recueillir; elle a surtout le mérite de se dissoudre très-promptement dans l'acide acétique.
On substitue avec avantage la garancine à la garance pour la fabrication des laques du commerce. En prenant des quantités déterminées à l'avance de cette substance, d'alun, d'eau et de carbonate de soude, un précipite des laques dont la teinle varie depuis le rouge foncé jusqu'au rose clair.
A dnliér allons dei i^aranecs et leur essai. — En raison du prix élevé de la garance, et surtout de la facilité d'introduire dans cette poudre des matières étrangères pulvérulentes que l'œil le plus exercé ne peut reconnaître, cette racine est l'objet d'une foule de fraudes qu'il me paraît très-important de vous signaler. Ces fraudes consistent dans l'emploi de substances terreuses ou minérales, et dans celui de substances végétales dont la couleur difl'ère peu de celle de la garance. Voici les matières qu'on y introduit souvent :