‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 56 sur 114 · TINCTORIALES JAUNES · texte numérisé non relu

TINCTORIALES JAUNES

Il 7 a un asses grand nombre de matières tinctoriales Jaunes, tant indigènes qu'exotiques. Les principales sont : le curcuma, le quercitron, le bois Jaune, le Tustet, la gaude, les graines Jaunes, lerocou, le safran, l'épine-viiieUe, le suc d'aloës.

Étal nalar«l. — Le curcuma, nommé aussi (cr, safran des Indes, soitcket du Malabar, (gingembre jaune, est une plante des Indes orientales, le Curcuma tinctoria deGuibourt (Jlg. 1(82), dont la racine grise ou Jaunâtre à l'eNlérieur, d'un jaune orange foncé ou rouge à l'intérieur, d'une odeur forte el d'une saveur chaude el aromatique, est remarquable par l'obnndanco de son principe colorant. Celte racine ou plutôt celte lige souterraine est tantôt cylindrique, allongée, tantôt en tubercules ronds de la grosseur d'un œuf de pigeon ; de lA les dénominations commerciales

long et de

ifl'/.

En Europe, on estime davantage le premier pour la teinture ; dans

1 Inde, c'est le second qu'on préfère; il n'y a cependant pas de diiférences essentielles dans leurs propriétés.

En tout cas, il faut choisir cette racine grosse, pesante^ nouvelle, difficile k casser, présentant dans l'intérieur un aspect résineux, non^ vermoulue jii pulvérulente. Avec Tâge, elle devient brune et les vers l'attaquent fiacilenient.

Espèces commerciales. — On distingue dans lé commerce européen quatre sorles principales :

1. Curcuma du Bengale, — Il est ordinairement en racines tubcrculées, cylindriques, d'environ 6 centim. de longueur et de 1 à 1 ^/t centim. de diamètre, grises ou verdàtres. C'est un curcuma long.

Embal/age. — Il vient en paniers de jonc refendu nommés canastres, et en f&ts, mais plus ordinairement en sacs et en poches.

2. Curcuma de Java. — Semblable au précédent, sa cassure est moins brillante. Il est souvent piqué par les vers . Il vient en balles.

3. Curcuma de Batavia. — Racines rondes ou allongées, fibreuses, h articulations saillantes, d'un jaune foncé, à cassure terne. Odeur forte. 11 est peu re« cherché.

4. Curcuma deBarbados. — Il est très-voisin du curcuma du Bengale.

On reçoit, en France, année commune, principalement des Indes anglaises, près d'un million de kilogr. de cette racine. Les teinturiers l'achètent habituellement après qu'elle a été réduite en poudre fine; celle-ci est remarquable par sa couleur orangée et par son odeur forte. Il faut qu'elle soit exempte de sable, ce dont on s'assure par la lévigation.

Composition chimiqne. — L'analyse de cette racine a été faite en 4818 par Yogel et Pelletier. Ils y ont trouvé : une matière colorante Jaune spéciale qu'ils ont nommée curcumiiiCj une matière brune, de l'amidon, un peu de gomme, une huile volatile odorante et Irès-âcre, et un peu de chlorure de calcium. M. Schutzenberger y a constaté également une grande quantité de produits pectiques.

Le meilleur moyen d'isoler la curcumine à l'état de pureté consiste, d'après M. Lepage de Gisors, à débarrasser d'aboid le curcuma de son huile volatile et de la majeure partie de ses principes résineux en le traitant à deux reprises parle sulfure de carbone ; on sèche la poudre et on l'épuisé par une eau alcaline; en saturant ensuite celle-ci par un acide, on en précipite la curcumine qu'on purifie parl'éther. L'évapo- X ration spontanée de la solution élhérée (purnit la matière colorante en petites lames minces, inodores, d'un brun cannelle, qui prennent une belle couleur Jaune parla trituration.

M. W. Daube est parvenu tout récemment à l'obtenir cristallisée en prismes rhomboïdaux nacrés et colorés en Jaune. Sous cet état, elle est très-pure et présente la composition suivante : C*®H*W;

Cette matière colorante a tous les caractères d'une résine. Elle est peu soluble dans l'eau môme bouillante ; elle lui donne néanmoins

DU GORGUMA. 28 1

une teÎDte Jaune. Elle est, an contraire, très-soluble dans l'alcool, Félher, Feq^t de bois, les huiles fixes et ¥olatilesy la glycérine, Tacide acétique. Les acides concentrés la dissolvent en la faisant virer au rouge cramoisi, tandis que les alcalis la colorent en rouge brun; il en est de môme des sels de plomb, d'urane, de l'acide borique et des borates.

D'après M. E. Schlumberger, l'acide borique exerce sur la curcu* mine en solution dans l'alcool une réaction curieuse. A la température de 100<» et en présence de l'acide chlorhydrique, il la convertit en deux matières nouvelles : une Jaune, résinoîde {p8eudo<urewmne)f et une substance d'une magnifique couleur rose intense (rosthcyanine] que les alcalis et les terres alcalines font passer au bleu.

Cameières chlml«iiee 4b earcama* — La racine de curcuma cède très-peu de ses principes à l'eau froide. L'eau bouillante se charge d'une certaine quantité des deux matières colorantes, delà gomme, de l'amidon, des principes poétiques ; aussi la décoction est très- visqueuse, d'un jaune brun, et elle est recouverte d'une couche d'huile jaune odorante; mais plusieurs ébullitions ne suffisent pas pour dissoudre toute la curcumine, aussi les fibres ligneuses restent toujçurs colorées.

L'alcool se colore fortement en Jaune; à l'aide de la chaleur la dissolution devient d'un rouge brun. C'est en y trempant du papier et le faisant sécher qu'on prépare ce qu'on appelle le pi^iier de eurcumat si fréquemment employé dans les laboratoires pour reconnaître l'alcalinité des liquides.

Les alcalis enlèvent au curcuma beaucoup de sa matière colorante, et prennent une teinte d'un rouge brun. Pour obtenir des bains saturés pour la teinture, il faut employer pour les décoctions de l'eau alcalisée. Toutefois après la teinture et la dessiccation des étoffes, on les passe en acide pour les débrunir.

Voici l'action des réactifs sur la décoction alcoolique de curcuma :

Alcalis • .r. . . Virent ta roage brun.

Eau de chaux et sels cal- ^ . .

caires }

Acide borique et borates. . I<f,

Sous-acétate de plomb. .. Précipité rouge de châtaigne.

Azotate de plomb — Jaune clair.

— d'argent \

— de mercure > — Jaune rougeàtre.

Biclilorure de mercure. . . )

Chlorure et sulfate de fer. Readent la liqueur brune sans précipiter.

Sulfate double de fer et de ) „ . , ,. .» . .

^ . ( Rend la liqueur d*un brun faune.

cuivre ' ' '

Chlorure d'étain; Précipité rouge-brun .

Acide arsénieux Rend la liqueur d'un jaune orange.

(Précipité jaune. La matière colorante est si intimement combinée à la gélatine que l'alcool ne peut pas décolorer complètement ce précipité.

Sel ammoniac.*. . *..*.*.' .'.] ^^^^^ brunit, puis précipité jaune.

La décoction forme sur la peau des taches solides.

UsAir«** — * Comme le curcuma est très-riche eu couleur jaune orangé, on en fait surtout usage pour teindre les papiers, les boîs^ les cuirs, les pâtisseries, le beurre, les fromages, les huiles, les pommades, certains vernis, et comme couleur de fond pour les dorures. C'est également avec sa décoction qu'on teignait autrefois les boutons de bois destinés à être recouverts de fils d'argent doré. Les Indiens s'en servent à aromatiser et à colorer le riz dont ils font, comme on le sait, leur principale nourriture ; c'est encore avec elle qu'ils se teignent la peau.

Il est regrettable que le principe colorant du curcuma ait si peu de solidité et ne puisse en acquérir par les mordants, car aucun végétul ne fournit un Jaune doré ou orangé aussi éclatant que cette racine ; malheureusement le simple contact d'un alcali, du savon, de la salive môme suffit pour virer la couleur au rouge, mais les acides ramènent immédiatement la nuance primitive.

La curcumine, étant de nature résineuse, se fixe mieux sur la laine et la soie que sur. le lin et le coton. Elle n*a pas la moindre affinité pour les mordants; ils ne la rendent pas plus durable.

La lumière détruit très-promptement les couleurs au curcuma. Dans les ateliers de teinture, on l'ulilise principalement pour donner une nuance orange à l'écarlate, pour dorer les jaunes de gaude, de bois jaune, pour faire des verts sur laine. Mais toutes ces teintes ne se soutiennent pas longtemps; les veris deviennent bientôt bleuâtres. — Dans les fabriques d'indiennes, il est employé à donner une nuance de soie écrue au blanc des imitations de foulard orange cl noir.

QUERCITRON.

Le Quercitron ou Ché7ie jaune est une grande espèce de chêne, le Qmrcus tinctoria {fig, li83), indigène de l'Amérique, dont l'écorce est employée en teinture. Cet arbre existe en abondance dans les forêts de la Pensylvanie, des Carolines et de la Géorgie.

On a tenté de l'acclimater en France. En 1818, on en a fait un trèsgrand semis dans le bois de Boulogne, aux portes de Paris; à partir de i821 jusqu'à 1833 de nombreux semis ont été effectués dans la Seine- Inférieure, et jusqu'à présent on a tout lieu d'espérer un plein succès de ces entreprises.

C'est en 1775 que le chimiste Bancroff* fit connaître, en Angleterre l'écorce du quercitron comme matière tinctoriale. Un acte du Parlement lui en accorda l'emploi exclusif pendant un certain nombre d'années. Bunel, de Rouen, eut ensuite un privilège de six ans^ en France, pour vendre celte substance, dont l'usage est devenu général dans nos fabriques d'indiennes.

LHJ OVBRCITRON.

Eu Amérique, on dêpouilifl l'écorce du qaeTCilron de ion épiderme, ^i conlient beaucoup de matière colaraole fauve, puii on pulTériie souB de* meulei la deuxième écorce, et on nous l'eipédic ainri puheri- \ ,

Bée. Il Be rorme, par celle opération groBtiére, une poudre fine- et deB ÂbreB courlea; celleB-ci contiennent deux fois moini de malière colorante que la poudre.

Fùj. Itaj. — CUm quer^ii

De quelque contrée de l'Amérique que nou» Boit expédié le quercitroQ, il DOUB arrive en boucaulB de 500 & 700 kllagr., en demiea, tleT{on> et quarts, de poids proporlionné. l^a fùti sont frappés, sur le fond, d'une marque A îeu qui Indique la qualité de la marcbaadÎBe.

- Oa dislingue dans le quercilron leB

Variété* eoMM«r«lalca.

espèces suivantes :

I. QuereilroH de Philadelphie. — Brins menus, légers; coaleur blondit; odear auei prononcfe; saveur imère el utringente.

3. Quercilron de Nev>-Yarlt. — Deiucoup de rossamblince ivee le précédent, toutefois inférieur en qualité. Brins légers, efBléa, moins menus, et.pv eoniéquent plut longs et plus gros.

S. Quercilron de Baitimort. — Brins plus gros que ceui da premier, et ic compsgaés de morceaux d'âcorce qui n'ont point été effilés.

Le quercilron est d'autant plus esllmé qull est en poudre plus fine et moins chargé de Sbres. La couleur Jaune pSle el un excès de poudre sont des indices de bonne qualité; une couleur JaOne foncée et un excès de Bbres promettent moins de matière colorante. II faut avoir égard ii la propoilion des fibres peu coloranles, pour régler, en teinture, les dosages du quercitron.

CompoaltUn. — Celte écorce cODlienl, d'après M. Chcvreul, beaucoup de lanotn, un principe colorant rouge, un principe bruii et une

matière Jaune soluble dans l'eau. Celte matière^ qui peut cristalliser en lamelles ou écailles, est le quercUrin ou Vctcide quercitrique de M. BoUey, qui lui a reconnu des propriétés acides. On peut l'avoir en aiguilles tout à fait incolores. Mais alors, dès qu'elle a le contact de l'air ou des agents oxydants, elle prend une belle couleur jaune, et constitue ainsi la véritable matière colorante du quercitron. Elle devient brune sous l'influence, des alcalis, probablement en absorbant une nouvelle quantité d'oxygène.

D'après M. Rigaud, le quercUrin {C^H^O*^), en présence de l'acide sulfurique étendu, fixe 2 équivalents d'eau et se dédouble ensuite en glucose et en un nouveau principe colorant qu'il a nommé quercétin :

Quercitria. Glucote. QuercétîD.

CMflwO»* 4- 2H0 = C"H»0« + C"Hi0O". (i).

Le quercétin, ou comme d'autres l'appellent, la quercéiine, est une poudre Jaune-citron, avec un léger reflet vert, qui est à peine soluble dans l'eau. Il possède une des propriétés caractéristiques flu quercitrin, celle.de se colorer en vert foncé en présence du perchlorure de fer; mais il donne aux tissus une couleur bien plus pure et plus vive que le quercitrin.

Ce principe immédiat est susceptible d'un assez grand nombre de transformations curieuses, d'après M. Hlasiwetz, sous l'influence des alcalis; mais comme elles n'offrent qu'un intérêt purement théorique, je les passe sous silence. J'ajouterai que les chimistes sont loin de s'entendre sur les véritables formules du quercitrin et du quercétin.

Ce n'est pas seulement dans l'écorce du quercitron qu'on rencontre

(1) Il y a nombre de principes organiques des plantes qui, comme le quercitrin, ont la propriété, sous l'influence de certains agents, acides minéraux très-affaiblis, bases alcalines, certains ferments, de se dédoubler en glucose ou matière sucrée isomère et en un ou plusieurs principes immédiats nouveaux, variables suivant les cas, avec ou sans fixation des éléments de l'eau.

C'est ainsi que le tannin, en présence de l'acide sulfurique étendu, donne du sucre liquide et de l'acide gallique ;

Uamygdaline, en présence de la synaptase, donne du glucose, de l'acide cyanbydrique, de l'essence d*amandes amères et de l'acide formique;

La salicine, en présence des acides faibles, donne du glucose et un principe résineux^ la salirétine, tandis qu'en présence de la synaptase^ elle fournit encore du sucre, mais une substance cristallisable, la saligénine;

Ia populine^ sous l'influence des acides, donne naissance à du glucose, à de la saligénine et à de l'acide benzofque ;

La phioridiinCf dans les mômes conditions, donne du glucose et do la phiorétine ;

Uesculine des marrons d'Inde fournit, dans les mômes circonstances, du glucose et de Vescuiétine, etc.

Tous les principes immédiats, susceptibles de ce genre de transformations» sont désignés sous le nom commun de giucosides*

DU QUERGITROtf. 285

€68 denx mÀtièrci eolorantei. Ainsi le quercitrin a été recoonu dtni les feuilles de la rue (fiuto graveoknt), du sarrasin, du thuya, les, fleurs de l'acacia et du Cartuê ma$cula. Quant au quercétini on Ta trouvé à rétat d'isdement dans les baies du nerprun, les bourgeons floraux du CappairU spt/ioia et du Sophora Japonieaf ainsi que dans les feuilles, les fleurs et les fruits du oiarronnier d'Inde. On peut fedlement l'extraire de ceux-^, en les coupant en morceaux minces et en les laissant macérer pendant huit A dix Jours dans l'alcool à 89*. Ce liquide prend une belle couleur Jaune d'or. De 100 kilogr. de fleurs, on peut extraire ausd par Talcool bouillant près de 36 grammes du même principe colorant (Rochleder).

Caractèrea 4lstliieilii 4e la 4écoeilon. — La décoction du quercitron est d'un rouge orangé brun; elle se trouble bientôt et dépose de la matière colorante jaune cristallisée; à la longue, elle se colore fortement en brun rouge et finit par se prendre en une matière qui rappelle le caillot du sang. D'après cela, il ne faut donc préparer cette décoction qu'au fur et A mesure du besoin, d'autant plus que, pour l'impression, elle est plus souvent faite dans les proportions de i kilogr. de quercitron pour i kilogr. d'eau. Une pareille décoction, au bout de quelques Jours, abandonne une grande partie de sa matière* colorante; la liqueur surnageante est d'un brun roux et se prend en une masse comme couenneuse. Parvenue A cet état, on ne pourrait l'employer pour la préparation des couleurs sans de graves inconvénients.

Voici conunent les réactifs agissent sur la décoction récente de quercitron :

Alcalis solublcs Foncent sa couleur.

rijaux r — et précipité floconneux, d'an

\ Jaunç roux.

. , ( Éclaircit la liqueur et ne forme qu'un léger pré-

I cipité.

Chlorure d'étain Précipité roux .

Bicblorure d'étain — Jaun&tre.

Acétate de plomb Flocons épais^ d'un Jaune roux.

Am. ^.««n« i Précipité jaune tirant sur le vert-olive. La liqueur

— ae cuivre ( ^^^^ ^,^^ ^^^^ Jaunâtre.

Sels de fer l Colorent la liqueur en vert et précipitent ensuite

i des flocons d'un brun olive.

^çl^Q, I Éclaircissent la Uqueur et font naître des flocons ( roux.

Acide acétique | ^" ^îl^^ ^ ^?"*®"'' ' °^'* ** ** "^'*®"' ®»^ '">"*>*®'

^ \ il 1 éclaircit.

Gélatine Précipité floconneux rouge&tre.

Ch\o^ f Flocons roux abondants. Un excès de chlore fait

' * " ' ^ disparaître la couleur rougeâtro de la liqueur.

Usairee. — On emploie le quercitron pour la teinture eu jaune du

coton, auquel il donne de très-belles nuances par le moyen de Talan ou du sel d'étain. — Il ne sert presque Jamais, du moins en France, pour la teinture des soies. — C'est avec lui qu'on colore la lisière des étoffes en laine, dites nouveautés, dont la fabrication a pris une trèsgrande extension à Elbeuf et à Sedan.

Malheureusement la couleur jaune fournie par cette écorce, qui est bien plus riche que le bois Jaune et la guudc, a l'inconvénient de passer peu à peu au roux, et elle ne résiste pas autant aux acides que celle du bois Jaune.

C'est surtout dans les fabriques d'indiennes qu'on en fait un grand usage; il y a presque entièrement remplacé la gaude, parce qu'il a sur celle-ci l'avantage de ne pas s'appliquer d'une manière bien sensible sur les parties dépourvues de mordant, conséquemment il ne colore presque pas les fonds blancs, si Ton a Tatlenlion de ne pas trop élever La température du bain. Pour atteindre ce but, après avoir délayé le quercitron dans l'eau froide, l'on y introduit les pièces, et l'on chauffe graduellenàent, de manière que la température s'élève, au plus, vers la fin, de 45 à 50«.

On ajoute toujours un peu de gélatine dans la décoction de cette écorce, afin de précipiter le tannin et d'obtenir ainsi un jaune plus tendre et plus brillant avec les mordants d'alumine. En combinant ces derniers à l'acétate de fer, on produit des nuances olives. On associe fréquemment le quercitron à la garance pour avoir des nuances orange, acajou, écorce d'arbre, Jcan-de-Paris. On Tunit encore au sumac, au campéche, à la cochenille, pour modifier un peu les teintes fournies par ces ingrédients.

Le commerce livre à l'industrie des extrails de quercitron à 10 et 15*, qui se conservent fort bien et peuvent être employés jusqu'au bout en donnant toujours les mêmes résultais.

En 1849, l'un des plus habiles chimistes industriels de la Normandie, M. Duperray, eut l'idée de faire bouillir le quercitron avec de l'acide sulfurique étendu d'eau, afin de débarrasser la poudre de toutes les* matières étrangères au principe tinctorial. 11 réussit, en effet, à obtenir un produit plus riche, mais trop fugace pour pouvoir remplacer, en teinture ou en impression, le quercitron brut. C'est ce produit que longtemps après on se remit à fabriquer en Angleterre et en Alsace, sous le nom de quercétine. Son usage a été bien vite abandonné, par'ce qu'il ne fournit que des couleurs trop fugaces.

Depuis dix-sept à dix-huit ans, les teinturiers et les indienneurs anglais font usage, sous le nom de flaviîi ou flavincy d'un produit tinctorial qui vient d'Amérique sous la forme d'une poudre légère d'un brun foncé et d'une grande finesse. Elle a toutes les proprièlés du quercitron, avec un pouvoir tinctorial seize fois plus considérable, dit-on; elle parait être un mélange de quercitrin et de quercétin. Son mode de fabrication n'est pas bien connu.

DU BOIS JADHE.

SOIXAJVTE-HUITIÉME LEÇON

DES MATIÈRES TINCTORIALES (suitb).

SoMMiii. — Sois jaune. — FiaUl. — Gaude. — Graincê jaimei. — Stil de grain el Vert de vessie. — Rocou et Bixiat. — Rougt de Ckka. — Safi-on. — Jaune de Gardénia. — Épint-vineltt. — 3* clnsse. — Mitiêhes ■niKTO- ■iiLit BLii>Es. — Indigo, — Minière de l'obtenir. — Ses nombreusoi espèces et Tiriété commercialei.

État ■■tarel. — Le Boisjmneoa Mù}ierdes teiiitiiTiers, Bois de Brésil jaune, vieux Fustie des Anglais, est le Ironc d'un arbre de la famille de» orlie», leJirorusltnclorta(fig. 1184), qu'on trouve au Brésil, au Mexique, â la Jamaïque, à Tabago el à

Variées eonBcrelKlei.— Il ; en & pli espèces daus le commerce :

1. Boii de Cuba. — Ce buis njt dur, pesant, < pacte, d'un extérieur jaune quand U coupe est fralc'rie, et d'un Jaune noiiitre quand elle est lielUo. L'intérii doit être Jaune et parsemé de fliets rougeltrei oran Quand il est d'un Jaune serin ou p&ia, il contient ai de parties colaranles.

Il vient It nu, en grosses bûches, gi'n£ra1enienl rondos, dont le poids varie de Uà 150 kilogrammes, ijuclqueCais fi^duei en deui, et en majeure partie sciées aux deux bouts.

9. Bots lie TainjjU^o. — Co bois e&l, tant k l'extérieur qu'il l'intérieur, d'une couleur moins vive que celui de Cuba ; il conliciil moins de parties colorantes. J'ai TU cependant du Tampico plus foncé en couleur que le Cuba,

Il vient k nu, en bùclie» plus longues que celles de Cuba, coupées )i la hacbe, d'un c4té en forme de coin obtus, et de l'autre carrémeiit. La partie extérieure, qui est exposée aux émanations atmusphériques, est d'un brun noirâtre.

Oii ne reçoit plus que ti-ès- rarement cette sorte de bois dont ii:s forêts paraissent épuisées. Il est remplacé psr l'espèce suivante.

3, Bois de Tu'pan. — Il provient de nouvelles coupes eiploilées sur un point de la câte à 130 kilomètrent nord de Tampico. — Il a les mêmes caractères que la bois de cette dernière provenance, mais sa qualité est préférée. — Il est en billes ou bftches plus courtes, asseï furtoj, sciées perpendiculairement, d'une longueur de 75 & 85 centimètres.

, De Carmen, il vient aussi du bois jaune assez estimé, qui peut prendre rang après le TuBpan.

i. Bjt, de Côle-Ferme. — On comprend bous co nom tous les bois jaune» provenant des AnUlles, qu'on distingue ensuiic en 4r,is de Znpote, de Cnrtbagéiie, de Uarocnito, de Sanlo-IMimingo. — La longueur el l'épaisseur des bûches varient selon les usages du chaque contrée^ mais toutes les dimensions sont bonnes, dès qus la couleur jaune est vive et le rendement eu teinture abondant.

h. Boia jaune de Fei^ttBibourg, — Celle esfécs n'arrive que depuis très.peu

de temps sur les marchés français. — Il est ordinairement en bûches d'un faible diamètre, d'une bonne couleur, mais il est très-noueux, ce qui en rend la trituration difficile. — Il tient le milieu entre le Santo-Domingo et le Tuspan .

6. Bois des Indes orientales. — En bûches de très- fortes dimensions : il est filamenteux, plus léger que les précédents ; sa couleur est jaune-verdàtre. Il contient peu de matière colorante, aussi n*est-il employé qu'en ébénisterie.

Quelle que soit la provenance du bois Jaune, il faut le choisir compacte, dense, non piqué, offrant dans l'intérieur une couleur jaune garancée, autrement dit parsemée d'une infinité de petites lignes rougeAtres tirant sur l'orangé ; c*est là un indice certain de richesse tinctoriale.

On trouve souvent, dans l'intérieur des bûches de Cuba, de Tampico et de Tuspan, une matière pulvérulente jaune ou d'un blanc tirant sur la couleur de chair, et une matière rouge dont l'aspect est résineux. Cette poudre est trèsriche en matière colorante.

C^mposliloB eMmlqne. — On vend fréquemment les bois jaunes en poudre et en efQlures. M. Chevreul dit qu'il existe dans ces bois deux principes colorants, capables de teindre en Jaune les étoffes alunées ; il les a nommés morin jaune et morin blanc. Tous les deux sont susceptibles de se sublimer en cristaux. La dissolution aqueuse du morin jaune devient verte par les sels de peroxyde de fer, tandis que celle du mot in bkmc acquiert, par le môme réactif, une couleur rouge marron.

Tous deux sont facilement altérables par Tair qui leur donne une teintB rousse, en les oxygénant. Le morin blanc serait le principe colorable qui n'a pas encore subi l'influence de Tair; le morin jaune serait le premier degré d'oxydation de ce principe ou la véritable matière colorante, et le principe rouge en serait le dernier degré d'oxydation.

M. Wagner qui, en 1851, a étudié le bois jaune, considère comme des acides les deux morins isolés par M. Chevreul et les nomme acide morique (morin blanc) et acide morintannique (morin jaune); ils sont isomères.

Leurs formules seraient :

Morin blanc C8«H»*Oi8,?HO.

Morin jaune C8«Hi«0«>.

D'après ce môme chimiste, le dépôt qui a lieu dans la décoction de bois jaune qu'on laisse refroidir, se compose d'acide morintannique et demorate de chaux, et c'est le premier de ces deux principes qui constitue la plus grande partie de la poudre qu'on observe au centre des bûches de ce bois.

Le meilleur moyen d'isoler les deux morins l'un de l'autre, c'est de se servir des dépôts cristallins jaunes qui se forment le long des tonneaux dans lesquels on conserve les extraits liquides à iO<> qu'on prépare dans les usines spéciales avec le bois jaune. Ces dépôts étant égouttés, exprimés et broyés, sont épuisés par l'eau bouillante qui enlève tout l'acide

Page 1