DE LA GOMME OU RÉSINE LAQUE
beau rouge, parce qu'il dissout presque toute la résine qui entraîne avec elle la matière colorante.
Les liqueurs alcalines dissolvent facilement le principe colorant. Les acides faibles agissent de même. Une mesure d'acide sulfurique, étendue de 100 mesures d'eau, dissout dix fois plus de matière colorante que 100 mesures d'eau pure. On emploie souvent cet acide ou l'acide chlorhydrique pour faire les bains colorants.
La matière colorante de la laque se comporte avec les sels comme celle de la cochenille ; mais les sels de fer et l'ammoniaque ne la rendent pas aussi foncée. C'est par cette raison que les étoffes teintes avec elle ne se tachent pas aussi facilement parla boue, la sueur, l'urine que celles colorées par la cochenille.
C'est comme cette dernière qu'elle agit en teinture; aussi est-elle en usage pour teindre la laine en rouge. Elle donne des couleurs plus solides, quoique moins belles et moins vives, à moins que les bains ne soient exempts de résine. Elles résistent mieux aux acides, mais les alcalis et le savon les attaquent comme celles de la cochenille.
La matière colorante de la laque, dissoute dans les liqueurs acides, se fixe sans mordants sur la laine; avec les mordants^ on obtient les mômes nuances qu'avec la cochenille.
L'expérience a prouvé qu'en mêlant les deux substances tinctoriales en certaines proportions, on peut faire une écarlate non moins belle, mais plus solide.
La matière colorante de la laque se fixe aussi peu solidement sur le lin et le colon que celle de la cochenille et du kermès. On a cependant trouvé en Allemagne, dit-on, un procédé pour la fixer sur ces tissus par un moyen analogue à celui du rouge d'Andrinople.
On s'en esf servi de tout temps pour les teintures en rouge écarlate ou en cramoisi sur soie et laine, dans l'indostan, au Bengale, en Perse^ en Turquie et jusqu'au Japon. Les beaux maroquins rouges du Levant sont encore teints avec la laque avivée par les acides et lalun. Ce n'est que depuis les premières années de ce siècle qu'on en fait usage en Angleterre, en France et en Allemagne.
JLntres produits tlnctorlAnx de lalaqve. — Outre les trois espèces de laque dont Je viens de parler, on reçoit de l'Inde deux autres produits tinctoriaux qui portent les noms de lac-lake et de lac-dye,
\ . Le lac'lake ou lack-lack (ce qui veut dire laque de résine laque), qui a été envoyée en Angleterre pour la première fois en t796 par la Compagnie des Indes, est une substance en pains ou carreaux trèsirréguliers, d'une teinte lie de vin à l'extérieur et d'une cassure luisante ; elle arrive en caisses de 90 à 130 kilog.
On l'obtient en épuisant la laque en butons par une eau de soude tiès-faible, et précipitant cette dissolution par de l'alun; il se fait ud
précipité composé d'alumine, de matière colorante et de résine, qu'on sèche et qu'on moule en pains. Cette préparation est donc une laque analogue à la laque carminée.
D'après John, 100 parties de lac-lahe contiennent :
Matières colorantes 50
Résine 40
Alumine 0
Matières étrangères i
On y incorpore fort souvent du sable et autres matières analogues pour en augmenter le poids.
2. La laC'dye ou laque dei teintunei*s, envoyée en Angleterre peu de temps après l'introduction du précédent produit, et en tablettes carrées de 67 millimètres environ decôlé, sur 13 à 20 millimètres d'épaisseur, et en morceaux irréguliers, couverts à l'extérieur d'une croûte tantôt rougcâtre et crasseuse, tantôt d'un gris noirâtre. Sa cassure offre un intérieur d'un brun noir, rempli d'évents. La poudre est douce au toucher et d'un brun velouté.
La laC'dye vient de Calcutta en caisses de 80 à 150 kilogr., à peu près semblables à celles de l'indigo. Il y en a au moins de vingt qualités différentes ; chaque sorteporte les lettres initiales du nom du fabricant. Voici les principales marques :
WB
En première ligne : F M A C, <j> ,A S ^ <S>; ces cinq marques sont très-estimées en Angleterre; il n'en vient pas en France; leur prix de 9 fr. à 10 fr. le kilog. est trop élevé.
En seconde ligne : véritables DT, dont le prix est dé 7 fr. le kilogramme.
En troisième ligne : nierzapores B, 5 fr. 50 à 6 fr., BB 5 fr.
Puis les peliles marques : JliC, CE, CM, GNC, FM, [BMiTi, HNR, RMB, peut DT, RM, (tl)^ KCK, dont le prix varie de 2 fr. à 3 fr.
Depuis 1844, les consommateurs de Paris ont presque renoncé à employer les bonnes marques, et trouvent plus avantageux d'acheter les petites marques qui viennent en plus grande quantité, et dont les prix sont de 50 à 60 p. 100 meilleur marché. Comme il est impossible de juger de cette marchandise autrement qu'à l'essai par teinture, il s'est trouvé de petites marques qui paraissaient très-mauvaises à l'œil, et qui ont cependant donné d'excellents résultats. C'est ce qui a engagé les teinturiers à ne plus faire usage que des petites marques.
La /oc-dye ne parait différer du lac-lakeqiie parce qu'on apporte plus de soins à sa préparation, qu on ne connaît pas bien, toutefois. Elle renferme aussi beaucoup de résinCi mais la matière colorante y est
DE L'ORGAnETTB. 277
■Hei libra' pour j ëtie un peu aUaquée par r«au. Dani tons la cn^: la tae-lalie n'eit pruqua plui employée depnia qn'il arrire dei lœ-dy d'uoe qualité biea «ipérieure.
Uwcc*. — La lœ-iake et la lae-àye fouminenl également une atset bonne couleur d'éc&rlale inr lei étoffes de laine, et la manière de let employer l'nne ou l'autre eit à pen de choie prêt la même.
Lei acides sont lei meilleun agents pour dissoudre lamatiër« colorante de ces laques artificielles et l'approprier anx besoins de la teinture. On se sert de préférence de l'adde sulflirique.
Va grand avantage qne ceilaquesontiur la cochenille, c'est qns non -seulement leur couleur 'est bien pins solide, mais qu'avec elles l'écarlate s'ohlient plus facilement et à moins de Irais.
filât aataF*!. — On désigne sous ce nom univoque des racines tinctoriales provenant de diveriet espËcet de borragiDÉei, que le commerce relire du Levant, de la Grèce, de Candie, de la Provence, du Languedoc, mais surtout du Nord par l'Allemagne et la Hollande. C'est principalement de l'Allemagne méridionale que viennent celles qui se trouvent sur dos marchés.
L'orcanette n'arrivant qu'en racines, il règne encore onei d'Incertitude sur son origine. 11 est dinicile d'affirmer de quelle plante elle provient; on soupçonne que plusieurs espèces disliacleg en fournissent telles que :
Kf. Iltl. — OrtaBMli «I H nttw IjMtOTUIe (Ajidiata tfnKlarta),
Le lÀllioipermMnt ilncloriwn..,. Midi delà Fnnra, Amérique *«ptentriooile.
— anehuMiîdtt,. . Hidi de U Frsnca.
VOnoima eehioJda Id.
VEchiam rubnm Al!eawgne méridional* ,
^ vtlgatt Id. jt
VAmebia tincloria Orient.
— perennis Id,
— tingens fd,
L'Anchusa Virginica Amérique septentrionale.
Quoi qu'il eu soit, l'orcanette, telle qu'on la trouve dans le commerce, est en morceaux tordus, inodores, insipides, d'un rouge noir, légers, gros comme une plume et môme le doigt. Ces morceaux sont formés de fibres cylindriques, ordinairement distinctes les unes des autres, blanches à l'intérieur, rouges extérieurement et enveloppées toutes ensemble d'une écorce foliacée, mince, ridée, d'un rouge violet foncé; cette écorce est soulevée^ comme détachée, fendillée.
On dirait que ces racines ont été baignées dans une teinture rouge et ont subi une sorte de fermentation qui a développé leur couleur et même a pénétré du dehor^au dedans en produisant une sorte de détérioration ; car si l'on compare ces racines du commerce à celles des plantes d-dessus indiquées, telles qu'elles sont conservées dans les herbiers des botanistes, on n'y voit point d'analogie; ces dernières, en effet, ont une teinte légèrement rougeâtre; elles sont petites, compactes, dures, et leur écorce est très-adhérente.
L'origine et la préparation de l'orcanette commerciale, la seule dont on use^ ne sont donc pas encore bien connues.
Cette racine teint fortement les mains lorsqu'on la manie. Elle arrive en balles de toile de différents poids.
CoBiposition chlmlqne. — La matière colorante qu'elle contient Téside principalement dans la partie corticale. Elle y est associée à une petite quantité d'acide phocénique, d'après M. Chevreul, et, d'après Pelletier, à une substance jaune et amère qui en salit et en ternit toutes les nuances.
Cette matière colorante, éludiée d'abord par Pellelier en 1814 et nommée par lui crcanetline ou anchusine , puis aciiîe anchusique lorsqu'il eut constaté ses propriétés manifestement acides, est insoluble dans l'eau, mais très-soluble au contraire dans l'alcool, l'élher, les huiles, le sulfure de carbone, l'acide acétique, auxquels elle communique une belle couleur rouge.
Elle a l'aspect d'une résine d'un rouge foncé ; elle fond à 60° et dégage ensuite de belles vapeurs violettes, qui sont extrêmement fréquentes et dont l'odeur rappelle celle du sélénium en combustion.
Bolley et Wydlerlui attribuent la composition suivante :C"H*W.
Sèche, elle ne paraît subir aucune altération de la pan de Vi\iv; mais elle est une des matières colorantes rouges les plus altérables sous l'influence de la chaleur et de la lumière. Sa solution alcoolique se décolore peu à peu à froid, et quand on la porte îl l'ébullition elle passe rapidement au vert en laissant dégager de l'acide carbonique. Cette •altération est surtout favorisée par la présence constante de l'ammo-
DU CUBCUUA. 279
niaqite dans cette lolntjon alcoolique ; aussi parvienl-on à conserver celle-ci avec sa couleur par l'addilion de quelques gouttes d'acide chlorhydrique.
Excepté cel acide, tous les autres détruisent l'anchusine. Les alcalis el les terres alcalines lu dissolvent en la colorsol eu bleu; les acides précipitent de ces solutions bleues des flocons bmns-rouges.
Vm^m- — Hausmann est le premier quiaît teint le coton, au mojen de l'orcanette, en gris parle mordant de Ter, en lilasel en vialel parle mordant d'alumine ; ces couleurs résistent Jusqu'à un certain point aux chlorures et autres agents cliimiques, maia elles sont peu stables i la lumière, aux acides et au savon. Ce dernier les fait virer au bleu. On se sert pour teindre d'une dissolution alcoolique Taite avec 62 grammes d'orcanetle par litre d'alcool à 35*.
Ce sont surtout les parfumeurs qui utilisent cette racine pour colorer les huiles et les graisses.