CLASSE. — MATIÈRES TINCTORIALES BLEUES
Ces matières sont en fort petit nombre, puisqu'on ne connaît guère que l'indigo, le pastel, la renouée tinctoriale et le tournesol.
Aiai Baiarel. — On donne le nom d'Indigo à une matière tinctoriale bleue que Ton retire de plantes cultivées particulièrement dans les Indes orientales, à Java, dans l'Ile de Ceylan, au Bengale, à la côte de Coromandel, en Chine, au Japon, à Manille, à l'Ile de France, dans l'Amérique septentrionale, au Mexique, au Brésil, en Egypte, etc. Ces plantes, auxquelles on a donné le nom commun d'indigotiers ou d'ûidigoféres (Indigorera), appartiennent presque toutes à la môme famille que nos haricots, nos trèfles, nos luzernes, etc., c'est-à-dire à la famille des légumineuses (i).
(1) L'indigo a été connu dans les Indes avant l'ère chrétienne. Les Égyptiens l'ont employé pour teindre, mais les Romains, qui ne savaient pas le dissoudre, s'en sont servis seulement comme couleur de peinture. Ils le nommaient indi' cum, preuve qu'ils le recevaient des Indes par la voie du commerce, grâce aux Phéniciens, ces grands commerçants navigateurs du monde ancien.
On attribue généralement aux Juifs l'introduction en Italie de l'art de teindra les étoffes avec cette substance ; ils exerçaient ce métier dès le moyen Age dans le Levant, d'où il s'est répandu dans le reste de l'Europe. L'usage de l'indigo se propagea peu à peu lorsqu'on se fut ouvert un nouveau chemin aux Indes, par le cap de Bonne -Espérance. Ce fut Odoardo Barbera qui, le premier, en apporta par cette voie en 1516.
Ce n'est pas sans beaucoup de difficultés que l'indigo a été adopté dans les teintureries européennes ; on l'interdit en Angleterre, en Allemagne et même en France, sous des peines sévères, parce qu'on regardait cette couleur comme très-passagère, et même corrosive, mais en réalité parce que les cultivateurs européens craignirent pour leurs champs de pastel. Henri IV prononça la peine de mort contre tous ceux qui emploieraient cette drogue fausse et pernicieuse, appelée Inde. Dans l'ordonnance rendue en Saxe, en 1650, contre l'indigo, on l'ap^ pelait V aliment du diable, A Nuremberg, les teinturiers juraient tous lés an» <*• ne teindre en bleu qu'avec le pastel, et il parait qu'en 1799, tout ea i^
Le genre Indigofer
. reafemis plus de loixuile eipècea, parmi lesquelles'iix geulement sont cullivées de préffrence pour l'eitraction de l'indigo. Ce soat i l'tndigctMr bâtard ou imil, l'mdigotier franc ou de» temttiriert (Sg. 1198), l'indigotier argenté, l'indigotier de la Caroline, l'indigotier de la Jamojgtw, et l'indigotier bleu.
Les reuilles de ces diiïérenU légélaui cou- IjenneDl un grand nombre de principes immédiats parmi lesquels 11 en esl uq qui, dépourvu de couleur tant qu'il est empriioané dans le (issu végétal, devient bientôt vert, puis bleu, lorsqu'on écrase les feuilles ou contact de l'aïr ; il s'isole alors du liquide dans lequel il ne peut plus rester en dissolution. C'est celle nouvelle substance insoluble et bleue qui constitue l'indigo du commerce.
Bitr«etloB de l'Iatils*. — La manière d'oblenir ce produit précieux est assez simple. On agit avec les feuilles vertes au Bengale, au Sénégal ; avec les feuilles sècbes à la cOte de Coromandel et en général dans tout l'arcbipel Indien.
I . Dans le premier cas, lorsque la plante est en pleine fleur et que les Truits commencent à nouer, on Is rauchcà 10 ou 13 ccnlim. de terre, puis ou la dispose par couches dam une très-grande cuve en magonncrie appelée trempoire ou pouirtlure. On en rcmplil celte cuve aux trois quarts, en évitant de fouler la plante et pourtant de laisser des vides; aQn qu'elle ne puisse surnager l'eau qu'on fait ensuite arriver par-dessus, on dispose des planches épaisses que l'on i\\e solidement, mais sans qu'elles pressent sur les feuilles.
L'eau qu'on introduit alors dans la Irempoîre doit s'élevcrà 32 centim. environ au-dessus des feuilles. On laisse macérer. Bienléiil l'établit une fermentalion dans la masse; des bulles de gaz viennent crever à la surface du liquide qui, de Jaune qu'il était d'abord, passe peu à peu au vert foncé. La température s'élùve et, au bout d'un certain temps, la surface de l'eau se couvre d'une écume vioteite et d'une pellicule cuivrée.
A celle époque, qui arrive en général après douze heures do macéraserment, it3 le prèiiient encore. Mémo bdus Colbert, en Francn, l'ugage de t'Jnliigo ni fut permis que sous ta condÎLion d'employer avec celle aubsunce tant ton auUni de pastel. Ce ne fut qu'en 1131, d'après les essais et les reprûseiiiations de Dufay, que nos teinturiers obtinrent l'enliÈre liberté de se servir absolument comme ils voudraieiii de l'indigo et du pastel.
On voit par ce qui précède combien ont d'empire les préjugés, qu'entro* tiennent rignarancOj la mauvaise foi oa l'intérêt privé de quelques uns.
DE l'indigo. 311
tioD, on soutire l'eau de la trempoire et on la fait rendre dans une autre cuve plus étroitei mais plus profonde, qu'on appelle batterie. Là, oo l'agite avec des bfttons ou au moyen d'une roue à palettes, de manière & mettre toutes ses parties en contact avec l'air. Le liquide devient bleu^ ae trouble et laisse déposer des petits flocons grenus d'indigo, ioDt on facilite singulièrement la précipitation en i^outant une certaine quantité d'eau de chaux dans la batterie. La durée du battage varie beaucoup et ne déplisse pas habituellement quinze à vingt miaules.
Après quelques heures de repos, on décante la liqueur éclafrcie, et Ton fait chauffer le précipité, qui a la consistance d'une bouillie, avec une grande quantité d'eau. On écume, on laisse reposer de nouveau ; on Jette le dépôt sur des toiles pour qu'il s'égoutte; quand il est en pâte un peu ferme, on en remplit de petites caisses carrées en bois, munies d'un fond de toile, et on le soumet à l'action de la presse. Enfin on divise la galette de pâle bleue en cubes au moyen d'une truelle ; ces cubes sont posés sur des claies en bois qu'on porte ensuite dans les étagères d'un séchoir percé de beaucoup d'ouvertures garnies de Jalousies serrées. A mesure que la dessiccation s'opère, on a soin de faire disparaître les gerçures qui se produisent à la surface des petits pains d'indigo. Secs, ceux-ci pissent environ 96 grammes chacun.
2. A la côte de Coromandel, les fabricants reçoivent du cultivateur la feuille sèche, dépouillée de sa lige et brisée; ils l'exposent encore pendant un jour à l'ardeur du soleil, la mettent dans un magasin bien sec, où ils la compriment fortement et la recouvrent de nattes pour prévenir l'accès de l'air et de l'humidité.
Après vingt jours environ d'emmagasinage, on commence à travailler les feuilles. Celles-ci étant concassées, on les fait macérer dans une quantité d'èau quatre fois plus considérable que leur volume. Au bout de deux heures, on fait passer le liquide dans la batterie, à travers une étoffe de poil de chèvre d'un tissu peu serré. On le bat pendant environ deux heures ou jusqu'à co qu'un peu de liquide, qui alors doit avoir une coulehr de bleu grisâtre, mis dans un verre, présente de petits grains qui se précipitent rapidement lorsqu'on y verse quelques gouttes^ d'eau de chaux. A ces signes, on cesse de battre et on ajoute dans la batterie \ 4 litres d'eau de chaux par 50 kil. de feuilles employées. On agite le tout pendant quelques minutes, on laisse déposer, on décante et on met le dépôt boueux sur des toiles pour qu'il s'égoutte.
On achève l'opération pomme dans le premier cas. L'indigo, amené à l'état de pains et sortant du séchoir, n'est pas encore bon à être livré au commerce; il faut auparavantle faire ressuyer. A cet effet, on l'entasse dans de grandes barriques, où on le laisse pendant une quinzaine de jours, afin qu'il subisse une nouvelle fermentation, pendant laquelle il se recouvre d'une efflorescence blanche ; on le fait alors sécher de nouveau.
Les procédés généraux que je viens d'indiquer reçoivent diverses modifications dans les différentes contrées où Ton se livre à cette fabrication.
Bapècet et variétés eommerelales. — L'abondance et la richesse de la couleur de cette matière tinctoriale dépendent des soins qui ont été apportés à sa préparation. De là, les nombreuses variétés ou qualités d'indigo qu'on distingue dans le commerce, non-seulement d'après les pays de production, mais aussi d'après'les nuances qu'elles présentent. Il faut une longue habitude pour pouvoir, à la seule inspection, distinguer les qualités les unes des autres et les classer suivant leur valeur respective. Je vais vous indiquer les caractères dîstinctifs des principales variétés réparties en trois genres : indigos dAsU^ indigos d^ Afrique j indigos d^ Amérique.
§ I. — ^ IndliTM d'Asie.
Les indigos d'Asie qui arrivent en France sont ceux du Bengale, d'Oude ou de Goromandel, de Manille, de Madras, de Java.