DU ROCOU
Vmhtcs* — i<a consommation de cette matière tinctoriale est généralement assez restreinte, à canse de son peu de solidité à l'air et à la lumière. Elle sert pour la teinture des soies en aurore et en orangé, plus rarement pour celle du lin et du colon ; les chamois petit teint sur coton sont obtenus avec elle. Comme les couleurs fournies par le rocou sont très-brillantes, on en fait souvent usage pour modifier et aviver certaines nuances de grand ou de petit teint. C'est ainsi qu'on l'emploie pour rehausser le ton des chamois, les Jaunes par la gaude, le rouge des Indes ou d'Ândrinople, pour donner un pied à la soie^ an coton et au lin teints en ponceau, cerise, nacarat, avec le carthame ou la cochenille. Dans les fabriques d'impressions, on l'utilise quelquefois spécialement pour les genres vapeur : ainsi il sert pour obtenir des orangés sur coton, sur soie, sur laine et soie (châlys).
Les couleurs du rocou résistent assez longtemps à l'action du savon et des acides, et plus longtemps à celle du chlore que le rouge de garance; mais elles passent assez rapidement à l'air.
Comme le rocou se dissout très-bien dans les huiles grasses et volatiles, on en fait fréquemment usage pour colorer les vernis^ les huiles, les graisses, le. beurre, le firomage. Les indigènes de l'Amérique l'employaient pour teindre, et les Caraïbes s'en frottaient le corps avant de combattre. Il vint en Europe peu de temps après la découverte du nouveau continent.
FaUlfleatloBB et ewMile des rocoiie. — La forme sous laquelle le rocou est eipédié prête singulièrement à l'introduction de substances étrangères; aussi est-il rare qu'il ne soit pas additionné frauduleusement d'ocre rouge, de brique pilée ou de colcothar.
La calcination est le seul moyen de constater exactement l'absence . ou la proportion des substances minérales. Mais cette calcination ne doit être faite que sur le rocou desséché à 100% autrement on arriverait à des résultats erronés, la quantité d'eau d'interposition variant beaucoup dans ce produit commercial. On prend 5 gram. de rocou séché à 100<^ et pulvérisé, et on les calcine dans un creuset de platine, en opérant comme pour la garance {fig. 1194).
Les bons rocous donnent de 8 à 13 p. 100 de cendres grisâtres ou jaunâtres. Tout ce qui dépasse ce poids doit être attribué à un mélange frauduleux.
Le second essai auquel il faut soumettre le rocou, et qui a pour but d'éclairer sur sa richesse tinctoriale, doit se faire en teignant comparativement, avec un rocou pris conmie type de pureté, des poids déterminés de coton ou de soie. On monte des bains avec les échantillons, dans les proportions suivantes :
Bain pour le coton. Bain pour la soie Rocou desséché à 100<> et pulvûrisé. ... S gr. 0,S
Sel de tartre 10 1,0
Eau pure... 400 200,0
On fiiil chauiTer Jusqu'il l'ébullitioD, après avoir plongé daD> les b&ÎDs^ des échcvcaux de coton blanc du poidi de <2 gram. ou dea âcheveaux de soie blanche du poidsdQZgram. On entretieat l'ébuUition peadant quiiiïc fflinutcg; on retire du feu, el, après uue heure de repos, on relËve
les âchevesKx, on les lord, on les lave à grande eau et oa les sèche A l'ombre. On peut alors comparer la hauleup des nuances des rocoua. Le rocou essayé esl d'autant meilleur que la leinlo qu'il a donnée aux tissus s'éloigne moins de celle fournie par le rocou employé comme terme de comparaison; on peut donc voir si son prix est en rapport ' avec sa qualité tinctotiate.
Si l'on veut établir un rapporl mimérique e^act entre les deux rocous, ou, en d'aulrcs termes, déterminer leur valeurvénale comme matière coloranle, il faut recourir à l'emploi du colorimétre (fig.ii9S), en opérant sur des teintures alcooliques.
L'expérience m'a appris qu'il Taut 350 gram. d'alcool à ?2»,5 fractionnés en 7 parties, pour enlever â B dëcigrammes d'un bon rocou toute sa maliire colose servant d'alcool pour
pu II mkriintln.
rante. On agit comme pour la cochenille, étendre ou alTaiblir la teinture la plus forte (I).
', pour plus ds deuils, i
r Us falsifications qu'on fait
BIXINE ET ROUGE DE CHIGÂ. 305
Oq peut aussi doser lamatîère colorante dans les deux échantillonsycn les épuisant par de reau de soude ou de potasse, et sursaturant les deux dissoltitions par de l'adde chlorhydrique étendu. La bixine se précipite à peu près pure; on recueille les précipités sur des filtres doubles, on les lave soigneusement, et, après dessiccation à 100*, on a les poids comparatifs de bixine, ce qui permet d*établir la valeur réelle des deux échantillons.
■Izlae c«mMereUle. — Un Français établi à Gayenne depuis une quarantaine d'années, M. du Montel, frappé de l'imperfection du système de fabrication en usage dans la colonie, s'est efforcé d'y porter remède. Remplaçant dans la manipulation de la graine du rocouyer Técrasement et la pression par le lavage, prévenant par des agents chimiques et la célérité du travail l'action si nuisible de la fermentation, il obtient un précipité d'une extrême finesse, d'une odeur agréable et d'un très-beau rouge, ne contenant rien autre chose que la pulpe extérieure des graines. C'est ce produit, mis sous la forme de tablettes, qu'il a livré au commerce, dès 1848, sous le nom de Bixine. D'après mes expériences, CjSlte substance a un pouvoir tinctorial trois à quatre fois plus considérable que le rocou ordinaire en pâte ; les nuances aurore et orangé qu'elle donne sont bien plus vives et plus brillantes que celles fournies par ce dernier (1).
En 1857, M. Daubrîac, de Gayenne, a expédié, dans des bottes de ferblanc soudées, du rocou en pâte qui parait préparé avec soin et qui a un pouvoir tinctorial double de celui du rocou ordinaire. *n ne donne que 5 p. toc de cendres blanches, mais il renferme de 67 à 70 p. 100 d'eau. Sa couleur est belle et son odeur est agréable.
de chlea. — Une matière tinctoriale qui a beaucoup d'analogie avec le rocou, c'est celle que l'on retire des feuilles de la bignonia chioa de l'Amérique méridionale. Ces feuilles fournissent, par la décoction dans l'eau, une matière rouge qu'on ramasse et qu'on réunit en pains. C'est avec ce principe rouge, nommé cAica, mêlé à de la graisse de crocodile, que les sauvages des bords de l'Orénoque, de la Guyane, du Brésil se teignent le corps.
M. Boussingault dit qu'on emploie cette pâte rouge pour la teinture du coton et qu'elle donne une couleur plus belle et plus solide que le rocou. On en a expédié, il y a une vingtaine d'années, du Para en Europe sous le nom de Crajuru ou Carc^iru^ mais elle est restée à l'état de curiosité.
subir au rocou, — Joamal de Pharmacie et des Sciences accessoires, t. XXTI, cahier de mars 1836.
(1) Voir poar plus de détails, mon Mémoire sur la Bixine. (Journal de pharmacie et de chimie, 3« série, t. XXI, p. 174.)
GiiAnniR. — IV. 20
Atet Bâtard. ■
nënlement, mais u
- C'est, non la fleur entière, comme on le croit gée parli£ de l'organe femelle ou iHgmale d'un oigDoa de la famille des Eris, le Crocus sativui dea botanistes (Jttf. <196).
Cette petite ptaole, comme vous avez pu le remarquer dam nos Jardins, montre set fleurs dans le courant du mole d'octobre, avant l'apparition des feuilles. En Angleterre, en Autriche, en Hongrie, en Russie, en Grèce, en Sicile, en Italie, en Espagne, en France, surtout aux environs d'Avignon, d'Orange, de Carpentrâs et dans l'ancien GStinais (aujourd'hui arrondissement de Pithiviers dans le Loiret), des fcmmei récoltent les fleurs et ealëvenl de leur intérieur le stigmate qui a une couleur orangée foncée. On fait sËcher ces filaments au soleil ou sur de* tamis de crin chauffés par de la braise. Un kilogr. de aafran exige plus de deux cent mille fleurs, et encore faut-il S hilogr. de safran vert pour en faire un de sec; voilà pourquoi le prix en est si élevé; le kilogramme coûte, en mofenne, 73 francs.
i,-.g ii^i. Il 7 a deux centres principaux de culture du
5B<ran cu]iit«. safran : le GAlinais en France, et la province
d'Aragon en Espagne. La production annuelle de la France est estimée à I jOOO kilogr, dont la majeure parlie se consomme à l'étranger, principalement en Allemagne. On estime à près d'un million de francs l'exportation qui s'en Tait tous les ans. La produclion de l'Espagne est double de lanOtrc. En ojoutant â ces deux chiffres la récolte des autres pars, on arrive & une somme totale approximative de S à 6 millions.
Le safran de France est d'une qualité bien supérieure à celui de l'Espagne et de la plupart des autres pays, ce qui lient sans doute à la nature de son sol, à son climat tempéré et & l'intelligence de ses cultivateurs.
CoMpMlllon. — Le safran, pourvu d'une odeur pénétrante assez agréable, d'une saveur piquante et amërc, renferme plusieurs huiles volatiles, de la cire, de la gomme, de l'albumine et une maliârc colorante Jaune dont une très-petite quantité suffit pour colorer fortement en Jaune doré une grande masse d'eau ou d'alcool.
Cette matière, nommée sa/Vmnne ou eroeitu, a ceci de particulier, que l'acide sulfurique la fait passer au bleu et au lilas, et l'acide azo-
DB L*ÉPINE-TINBTTE. 307
tique au yert CTest pour rappeler ces propriétés qu'on l'avait appelée polyckrùtte^ ce qui reut dire phuieun caUeyrs.
C'est un glucoiide, puisque, d'après M. Mayer, Tébullilion avec l'acide sulforique étendu la dédouble en glucose et en un principe amorphe, rouge foncé, presque insoluble, qui a reçu le nom de CroeéHne :
Croeiofl. Gliieoie. CroeétiMw
Ci8HM0«i — 4H0 = î(Ct»H»H)W) + C^HMO*».
D'après M. Rochleder, la même matière colorante se trouve dans les fruits du Gardénia grandiflora et autres espèces du môme genre appartenant à la famille des rubiacées.
Elle se fixe sur les étoffes et leur communique une belle couleur, mais peu solide.
Uaayee. — Les anciens teinturiers employaient beaucoup le safran; mais aujourd'hui, il n'y a plus guère que les confiseurs et les médecins qui en fassent usage.
^mmmm €• Oaréesla. — En Chine, les fruits du gardénia^ désignés sous le nom de Hoang'tchyj et dans le commerce européen sous celui de Wungschy^ sont très-employés dans la teinture en Jaune et en vert sur coton, ainsi que pour donner un pied aux soies et aux cotons qui doivent être teints en écarlate, cerise et cramoisi avec le carthame.
RACINE d'ÉPINE-VINETTB.
JÊiat naturel. — L*épine-vînctte ou le vjoettier, connu des botatistes sous le nom de Berberis vulgaris (fig. i 197), est un arbrisseau de 2 à 3 mètres de haut, qui croit dans toute l'Europe, en Asie, et qu'on cultive dans les Jardins d'ornement à cause de ses Jolies grappes de fleun Jaunes auxquelles succèdent des baies d'un rouge de corail, ou violettes ou pourpres, d'une agréable acidité due aux acides malique et tartrique(i).
Compoaiiion. *- L'écorce et la racine de cette plante renferment un principe colorant jaune que Bucbner père et fils ont obtenu, en 1835, à Tétat de pureté et qu'ils ont nommé berbérine. C'est'un véritable alcaloïde qui donne des sels crlstallisables Jaunes, généralement peu solubles. On l'obtient très-facilement en concentrant la décoction aqueuse de la racine, y ajoutant de l'alcool àSO® qui précipite desma-
• (1) Les noms français donnés à cette plante viennent de ce qu'on peut faire avec ses baies mûres une espèce de petit vin ou piquette, par leur fermentation; On fait aussi avec ses fruito des confitures et des dragées. Le suc de berbérls est très en usage dans le Nord, où il remplace le citron.
liiïieï élrangéres, Slliant et distiUaat four recueillir l'alcool, La liqueur qui reste dan»
la cornue, abaadounée au repot dans ua lieu trcAd, dépose des aiguille»
lof euseï d'uD beau jau nCp qu'on purifie par plusieurs cris tsUisalioQS dan»
l'eau.
D'après H. Pleilmabn, qui a conslalé le premier les propriêlés alcalines de la berbérlne, ce curieux principe aurait la.
composition suivante :
v"^^3Si^^Ê ^" '" ''^"^^ depuis
^ ik^^wlfi^ ^"'^ '^ racine de co-
"£ ^^nlS^ \oaibo{CocculuTpaimatas)
de l'Arrique et de l'Inde, et dans d'autres végétaux exotiques des mêmes régions et de l'Amérique diiSud.
La racine d'épine-vinette qui est la seule parlie qu'emploient les teinturiers européens , est d'un jaune pur, A Fiç. 1117. — I. RiiniFOD «m fruin de l'ipncTiiiEtie giructtire rajounée. Ongrippe « curs, lapasse au moulin.
Caract^ra dIatiHCtIfa d« U» d^eoetlva. — Sa décoction aqueuse^ qui est d'un beau Jaune, se comporte ainsi qu'il suit avec les réaclirs ;
Alcslis Font ptsser la couleur aa rouge brun.
Acides Aflaib lissent ta couleur.
Alun j
Sels d'étain I Lui donnent une couleur jtune-ciiron sans former
Tirtrite et acËtilo de po- j de précipité sensible.
Sulfata de fer Rend la couleur plus foDcée.
Sulbte de cuirre Lui donne une nuance vert-pré.
Celte décoclioa peut le conserver longtemps sans passer au brun; aussi les extraits sirupeux du commerce sont-ils de meilleure garde que cenx des autres malièrei tinctoriales Jaunes.
DE l'indigo. 309
Umi^m. — En Pologne et en Asie, la racine d'épine-vinette est fréquemment eniployée pour teindre les cuirs et parfois les .bois. C'est aussi à la coloration des peaux et notamment du maroquin en Jaune de toutes nuances, que cette racine est presque exclusivement consacrée en Europe. Un s'en sert quelquefois aussi pour teindre la soie et la laine, à la place du curcuma. Les étoffes alunées prennent dans sa décoction un beau Jaune citron^ et avec addition d'alcalis un Jaune nankin.Cescouleurs sont assez solides; toutefois, comme tons les Jaunes Tégétaux, elles pâlissent promptement au soleil. En faisant intervenir tin pied de galle, on obtient un Jaune brun assez agréable qui a plus ^e fixité que toutes les autres nuaifces.