‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 8 sur 114 · COMPOSITION IMMÉDIATE DES BOIS · texte numérisé non relu

COMPOSITION IMMÉDIATE DES BOIS

lésines, des substances axotées, des principes colorants, des sels organiques et minéraux, que la sève a accumulés dans ses tissus pendant tout le cours de la végétation, il reste une substance spongieuse ou pulvérulente, blancbe, d'apparence terreuse, que les anciens chimistes considéraient coomie une espèce de terre, un caput moriuum tout à. fait inerte, dont ils négligèrent complètement l'étude.

Les recherches des physiologistes et des chimistes contemporains, en tète desquels il convient de placer MM. Mohl, Payen, Fremy et Terreil, nous ont enfin appris la nature de ce résidu ligneux. D'après ces derniers, il se compose de trois parties principales, qu'il est facile de distinguer et même d'isoler au moyen d'un petit nombre de réactifs très-simples.

1. La partie la plus importante est de la cellulose, qui a pour caractères distinctifs, vous le savez déjà, de se dissoudre sans coloration dans l'acide sulfurique concentré, en produisant un liquide que l'eau ne précipite pas, et d'être difficilement attaquée par l'eau de chlore et Tacide azotique.

2. La seconde partie forme la couche cutanée des fibres et des cellules du bois : elle a la plus grande analogie avec l'épiderme ou la cuticule des feuilles; elle est caractérisée par son insolubilité dans l'acide sulfurîque, dans la potasse même concentrée, et par sa solubilité dans l'eau de chlore aussi bien que dans l'acide azotique. Elle a reçu le nom de Cuticule ligneuse.

3. Enfin la troisième partie du bois est une matière dure, fiîable, sous la forme de grains ou de concrétions, qui se dépose dans l'intérieur des fibres et des cellules, incruste leurs parois en couches d'inégale épaisseur, les rend opaques et paraît produire les différences si notables qu'on observe entre les nombreuses espèces de bois.

Elle se montre quelquefois seule dans les concrétions des poires, dans celles du liège et d'autres écorces qui sont assez dures pour émousser les instruments tranchants. Payen (i), qui l'a étudiée le premier,

(1) Payçn (Anselme) a été l'un des chimistes contemporains qui ont rendu le plus de services à l'industrie manufacturière et à l'agriculture. Né à Paris, le 6 Janvier 1795, il fit d'excellentes études qui le rendirent admissible à l'École polytechnique ; mais son goût le portant vers l'étude de la chimie, il suivit avec assiduité les cours de Vauquelin, do Tlienard, de M. Chcvreul, et bientôt il fut en état de succéder à son père qui était ii la tète d'une importante fabrique de produits chimiques h Grenelle. Il fut l'un des premiers à préparer en grand les cristaux de soude, le sirop de fécule, le borax artificiel^ le chlorure de chaux, etc. Mais il ne s'occupa pas seulement de fabrication, il se livra à des travaux de recherches, et son début dans cette direction, Mémcire sur les profifiétés décolorantes du charbon animai^ lui valut le second prix dans le concours ouvert sur cette question par la Société de pharmacie de Paris, en 1822. A partir de cette époque, chaque année vit paraître des mémoires ou notices sur les sujets les plus divers de chimie appliquée. Ses belles études sur la composition chimique des végétaux^ sur les transformations de la substance amylacée ; la découverte de la diastase, de la cellulose, de la nature des concrétions et incrustations

lui a donné les noms de Matière incrustante^ de Lignine^ de Cèlastase.

On la distingue des précédentes parties du bois par sa solubilité dans Tacide sulfurique qu'elle colore en noir et d'où l'eau la précipite en certaine quantité, par sa solubilité dans l'acide azotique et par son. insolubilité dans l'eau de chlore.

Cette matière est un produit assez complexe, puisque, sous l'influence des réactifs, MM. Fremy et Terreil en ont isolé : 1* des substances solublés dans l'eau bouillante; 2® des corps, probablement pectosiques, qui se dissolvent dans les alcalis étendus; 3<* une substance qui devient soluble dans ces mômes agents après qu'elle a subi l'action du chlore.

Les rapports de proportions entre les trois parties constituantes du ligneux dans les différents bois parfaits ne sont pas toujours les mômes. Voici la composition immédiate du bois de chêne sur 100, d'après MM, Fremy et Terreil :

Cellulose 40

Cuticule ligneuse 20

Matière incrusUinte 40. .

' Mat. solubles dans l'eau ]0

Corps solubles dans les alcalis. . 15

Corps solubles dans ces agents

100 [ après l'action du chlore 15

D'après Payen, la matière incrustante est plus abondante dans les bois qu'on appelle gris^ britnSy lourds et durs que dans les bois dits blancs^ légers et tendres. Elle est plus riche en carbone et en hydrogène que la cellulose ; il en est de môme de la cuticule ligneuse.

Composition élémentaire.' — De ce fait et de la prédominance de ces deux matières dans les bois parfaits, il résulte bien évidemment que ceux-ci, contrairement à l'opinion généralement adoptée, contiennent plus d'hydrogène qu'il n'en faut pour convertir leur oxygène en eau. On peut, en effet, représenter ainsi qu'il suit, en moyenne, la composition élémentaire des bois séchés à -f- 140° :

minérales des feuilles et des différents organismes des 'plantes ; ses écrits sur la structure de la betterave, de la canne à sucre et sur le siège du sucre dans leurs tissus, lui ouvrirent les portes de l'Académie des sciences, en 184 V.

Ses principaux ouvrages didactiques sont : un Traité des réactifs^ en collabo • ration avec M. Chevallier ; un Traité sur la fabrication des bières ; un Traité complet de la distillation des principales substances qui fournissent de ralcooi ; un Précis de chimie industrielle, qui a eu cinq éditions ; un Précis théorique et pratique des substances alimentaires,qMÏa. eu quatre éditions; un Précis (Tay ri' culture, en collaboration avec Richard.

11 succéda à Clément Désormes dans la chaire de chimie appliquée du Conservatoire des arts et métiers ; ses leçons, remarquables par leur lucidité, attiraient un nombreux auditoire d'industriels et d'ouvriers. Il devint plus tard secrétaire général de la Société centrale d'agriculture, puis membre du Conseil de salubrité, et, à partir de 1850, il fit partie du JU17 des expositions des produits do l'industrie. Il fut nommé commandeur de la Légion d'honneur en 1863.

Doué d'une activité peu commune, on peut dire que Payen est mort sur la brèche, car il travaillait encore lorsqu'une attaque d'apoplexie est venue terminer sa laborieuse carrière le 12 mai 1871.

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