‹ Lecons de chimie élémentaireChapitre 93 sur 134 · DE LA COLORATION DU VERRE · texte numérisé non relu

DE LA COLORATION DU VERRE

SUITE DES MÉTAUX DE U QUATUrEMË SECTION.

SoHMitMi. — Suite de l'étude du verre. — Coloration du lerre. — Imitation des

pierres précieuses. — Du ilrasi. — Peinture sur verre. — Bleu (fatur. — Outremer factice. — [}ei EmftUK. — De ta gravure sur verre et de 1' Acide fidoaigoa qui sert pour cet objet. — Des lilicales alcalins et SiLiCiTisino.i. — De l'ËTAiN, — Oxydes et chiorurea. — Du Stl d'élain et de l'Oxi/muriaft des fa* briques. — Théorie des rongeanU par le sel d'étaln sur les tissus teints en tolUairt. — De l'étaln de vaisseile et autres alliagei de l'étaln. ^

Col*r*ilaM du Terre. — Les verres de couleur sont de plusieurs sortes. Les uns sont teints dans la masse, en ajoulant à la pftle du terre ordinaire en Tusion des oxydes mélalliques qui s'y dissolvent lotslement en lui donnant une couleur variable suivant leur nature. Ainsi ;

Le bleu taphir s'obtient srec l'oxyde de cobalt;

Le bUu céleste avec le bloiyde de cuivre;

Les pourpres, vioMs et carmini s'obtiennent ifeo ie pourpre de Cassius, le protoifde de cuivre, le silicate de manganèse ;

Le* rouges, bruni-rouges et bruni avec le peroxyde de fer ;

Le* cerf 1 avec le liUcatede cuivre, l'oiyde de chrome, un mfiange d'eiydBïdo cobalt) d'antimoine et de chlorure d'argent ;

Le* jaune], avec l'oxyde d'urane, le cliromate de plomb, certaines combioai- SOD* d'argent, des mélanges d'oxydes d'antimoioe et de plomb, le noir da

Les noirs, grit, etc., avec les oxydes de manganèse, de cobalt et de fer.

Il ne faut généralement que quelques centiËmcs de ces principes colorants pour donner à la pâte du terre ordinaire les teintes ci-dessus indiquées. Avec certains d'entre eux, il est fort diRtcile d'obtenir des Gouleura clairea, transparentes, tant est intense leur pouvoir tinctorial: tel est le cas de l'oxyde de cobalt, par exemple.

C'eat pour éviter cet inconvénient qu'on a imaginé les vems doubles, plaqués ou h deux couches, c'csl-â-dire dce verres qui n'olTrent de coloration que sur l'une de leurs Faces. On les obtient très- facilement on plongeant dans une masse de verre fondu, coloré d'une nuance détcrr minée, la canne du verrier qui sert au soufflage cl qui porte à son extrémité une quantité convenable de verre incolore ayant déjà une certaine consistance. En soufllant le tout sous forme de manchon, il est évident qu'on a deux feuilles superposées, l'inlërieuro incolore, l'extérieure colorée.

On fait mfme des verres ft trois et quatre couches superposées, dans le but d'enlever ensuite, au moyen de frictions opérées sur une meule recouverte de sable bumide, une partie de chacune de ces couches, et de produire ainsi des eCTets de coloration tièsvariés.

C'est avec des verres ainsi colorés par les oxydes métalliques qu*on pratique deux industries artistiques fort importantes : la fabrication des pieiTes précieuses et la peinture sur Terre.

V Pierres prèclevses fausies. — La première s'exerce au moyen dn strass incolore, qui sert à imiter le diamant, dont on lui donne la laiUe et h monture (1). Au moyen de très-minimes quantités des oxydes colorants dont j'ai parlé précédemment, on en fait à volonté des topazes, des rubis, des saphin, des émeraudes, des améthystes, etc., qui, une fois taillés et montés, rivalisent avec les gemmes naturelles dont ils portent les noms.

L'art de contrefaire les pierres précieuses avec le verre coloré est fort ancien, puisque Pline en parle comme d'un art très-lucratif, porté de son temps à un haut degré de perfection. Cette assertion est confirmée par TrébeUîas Pàlion. Cet art avait pris naissance en Egypte ; Thèbes était renommée pour les ouvrages en verre coloré qui sortaient de ses fabriques, et qui s'exportaient ao loin par l'intermédiaire des Phéniciens et des Carthaginois (2). Les livres de Zosime de Panopolis, ceux du moine Théophile, et le précieux ouvrage anonyme intitulé : Mappœ Clavicula^ écrits entre les troisième et treizième siècles, montrent que l'on faisait, au moyen âge, de très-beaux verres imitant les pierres fines. Ces imitations se trouvent, d'ailleurs, souvent entremêlées à des Joyaux véritables sur des châsses très-anciennes. Une fabrique de diamants faux était en activité au Temple du temps de Louis XIV.

Cet art d'imiter les diamants, les saphirs, les émeraudes, les rubis et les perles a toujours été très- développé en Allemagne. Mais, depuis 1819, cette branche importante de commerce a été enlevée à ce dernier pays par les artistes français, notamment par Douault-Wieland, bijoutier de Paris, qui s'est distingué dans la fabrication des pierres artificielles. Celles-ci sont aussi belles que les gemmes naturelles, et il faut une grande habitude paur les distinguer les unes des autres, au moins dans le plus grand nombre des cas. La Joaillerie des pierres précieuses factices de Paris est aujourd'hui la plus renommée dans toute l'Europe.

11 est à présumer que nos habiles fabricants trouveront les moyens d'industrialiser les belles expériences d'Ebelmen, qui a montré, en 1847 et en 18ôl, comment il est possible de créer de toutes pièces plusieurs pierres précieuses, le rubis spinelle^ le corindon^ Vémeraude, la chrysolUhe orientâtes etc., en cristaux identiques à ceux de la nature, doués non-seulement des belles couleurs vives, de l'éclat, de la dureté, mais encore de la composition chimique qui distinguent ces espèces minérales. Cet ingénieux chimiste a eu recours à un nouveau mode de cristallisation fondé et sur la propriété que possède l'acide borique de dissoudre par voie sèche tous les oxydes métalliques, et sur la grande volatilité de cet acide à une haute température.

En dissolvant dans de l'acide borique fondu de l'alumine et de la magnésie, dans les proportions qui constituent le spinelle, y ajoutant des traces de chromate de potasse comme principe colorant, et maintenant ce mélange pendant plusieurs semaines à la chaleur du blanc naissant dans un four à cuire les boutons en pâte céramique, l'acide borique se volatilise peu à peu et laisse enfin un aluminate de magnésie, MgO,Al*0\ cristallisé en octaèdres réguliers ou dîver-

(1) Le nom de strass donné au cristal en question rappelle celui de l'artiste allemand qui a inventé cette sorte de verre, à Paris, au commencement de ce siècle. On l'appela d'abord base de Mayence^ parce qu'elle recevait toutes les couleurs par le mélange des divers oxydes métalliques.

(2) Pline, Hist. natur., lib. XXXVII, cap. 26, 33, 38, 44, 66 ; — ibid., XXXVI, cap. 17. — Diodore de Sicile, 11, p. 163, 1. 1, édit. Wesseling.

DE LA PEINTURE SUR TERRE. 4fi7

tentent modifl^s, d'iin beiu rose, recannsissables k l'œil nu, et qu'il eït impoinble de dittinguer du mbii de lu nature.

Cette belle «ynthtïe, ippliquée aui tutrea pierres gRoimes, à des ailieitei fairasibU» par euX'infenieB, donne des réiultats luasi recnarquablei.

Je <Uru qu'annt Ebelmen, M. Gaudin avait obtenu, par nmoicnte chaleur du etialameau k gai, des eorindotu rouges et bleus, des aafihirs et rubit de petites dlmeDsionl ; maia la crisUllisstîon «'opérant, dans ce cas, avec une grande rapi* dite, Ikissit perdre toute transparence aux produits foruiés, qui, d'ailleurs, étaient platAten petites boulee qu'en rériubles crittiu) (i).

Les beaux résultats qne Jo Tiens de citer tous prouvent de plus en plus. Messieurs, qu'aujourd'hui la science, qui sait si bien détruire les combinaisons les plus stables, est devenue avtei puissante pour les reproduire dans toute leur Intégrité, alort même que les plus grandes difflcultés semblent, au premier abord, doToîrr mettre obsiaclA.

3* Pelatare aar Terre. — La peinture sur verre est de date besucoup plus récente que la fabrication des pierres rauases, et elle a été provoquée par le désir d'embellir les églises.

On commença d'abord par former, avec dea fragmenta de verre coloré, des compartiments de toutes sortes de couleurs, avant de représenter sur le verre mCme des sujets bïstoViqnes. Le pape Léon III Ht mettre, en 795, des vitres de couleur aux fenfitres de l'église de Latnn. Hais ce n'est que beaucoup plus tard qu'on imagina, en tVance, de dessiner et de peindre sur sa surface avec dM couleurs minérales, susceptibles de ae vitrifler et capables, par la chaleur du four, de se fondre plus ou moins complètement avec la surface du verre lui-mhne.

On arrive t ce résultai en mélangeant les oiydes colorants avec des fondants appropriés, vitrifiant le tout que l'on coule et qu'on porphyrise ensuite trèsfitieneni, brojant la poudre avec de la térébenthine et l'appliquant au idnceau sur l'une des face* d'une feuille de verre incolore. En cliauftant alon cette teiiille ainsi recouTsrte dans an moufle, i, une température surBsante pour tondre la couleur et ramollir seulement la surface du verre, la première s'ait*cbe fortement fc celui-ci et ne peut plus en être détachée.

C'est ainsi qu'ont été et que sont encore fabriqués les vitraux peints qui ornent les croisées de nos églises. Ia fkce du verre sur laquelle est appliquée la peinture eat placée k l'extérieur, de sorte qu'elle est vue par transparence à traven le verre cdoré; les ombres sont posées du cAté intérieur.

H eit impossible de déterminer exactement l'époque de l'invention de la peinture sur verre. Le Vieil et H. Langloia la placent au oniièmc siècle, et ils citent comme les plus anciens vitraux peints ceux que Suger, ministre de Louis le Gros, Ot poser dans l'abbaye de Saint-Denis pria Paris. Hais Eraerie David a découvert un document historique constatant que, vers le milieu du onzième •îécle, ou conterTail ï Djjon un très-ancien viirailpeint représentant le martyre de saint» PurcliMie, et provenant de la vieille église resuurée par Charles le CIiSDve. Ainsi, les premiers essais de la peinture sur verre auraient été faits dani le nemiéme aiècle.

Il est probable que les vitraux sont d'origine orientale ; mais l'Occident, et le

(!) C'est Berthler qui, le premier, en 1833, reproduisit de toutes pièces un nilnérti crisialUsé, le pyroxène, après l'avoir otnervÉ tout fait dans les laitiers des fbumeui. Oatre Ebelmen et Gaudin, il faut citer de Sénumout, Durocber.HH. Oubrée, Charleset Henri Sainie-Claire Devillc, comme a'éUnt at- UcbÉi à Ift repidductioa des minéraux cristallisés, et en particulier des pierres préciemee proprement dites. De SénarmonI et H. Daubrée ont fait intervenir pour cette syntliiae l'action de l'eau portée ii une température élevée et k une forte oressioD.

Nord surtout, en a fait sa chose propre. Le vitrail, par ses légendes et ses récits merveilleux, fait partie intégrante des édifices religieux de TOecident ; il suffit, au reste, de rappeler que Saint^Marc de. Venise, cette vieille église tout empreinte des œuvres de l'école byzantine, a, comme Sainte-Sophie de Gonstantinople, des verrières à ses fenêtres et des mosaïques splendides dans ses dômes et ses coupoles. ^ .

L'art de la peinture sur verre alla en se perfectionnant pendant les treisième, quatorzième et quinzième siècles ; il commença k décliner à partir des troubles de religion sous François II, et il était presque abandonné à la fin du dixhuitième siècle. On croit généralement, dans le monde, que les prétendus secrets de la peinture sur verre sont perdus : c'est une erreur partagée par les personnes les plus instruites, mais étrangères, toutefois, aux connaissances chimiques. Les dernières Expositions des produits de l'industrie ont présenté d'admirables verrières, dues à nos artistes modernes qui, formés à la manufacture de Sèvres, ont su donner à leurs peintures une perfection que les vieux peintres verriers n'ont Jamais atteinte. Il n'est que trop vrai, cependant, que la plus belle des couleurs fondamentales, le rouge purpurin, avait entièrement disparu. Mais cette magnifique couleur a été retrouvée par M. Bontems, ancien directeur de la verrerie de Choisy.

Bleu d'aznr. — Vazur (nommé aussi Smalt, Bleu d'azur ou de SmaU^ Bleu de Saxe, Bleu de safre, Bleu d'émail. Bleu d'empois, et enfin Verre de cobalt), dont on se sert pour donner une teinte azurée au linge, aux différents tissus^ à la pâte du papier, comme poussière à sécher Ji'écriture, comme couleur d'application à l'huile et pour le badigeonnage, enfin, pour colorer les verres, les émaux et toutes les matières céramiques, est un verre coloré par Toxyde de cobalt, ou plutôt, d'apn>s M. Ludwig, un silicate double de potasse et de cobalt môle à quelques oxydes terreux et métalliques.

La découverte de cette belle couleur minérale est attribuée à un verrier saxon, Christophe Schtiiver, qui était établi à Neudeck vers le milieu du seizième siècle. Il l'obtint en faisant foudre du verre avec du minerai de cobalt de Scbneeberg, qu'on prenait alors pour un minerai de cuivre. Pendant quelque temps il le vendit comme émail bleu aux potiers du voisinage. Son procédé ne tarda pas à ôtre connu des fabricants de Nuremberg, qui l'exploitèrent en Hollande. La fabrication passa ensuite à Venise (IJ.

Le minerai de cobalt qu'on exploite pour la préparation du smalt vaiie avec les localités où l'on s'en occupe. En Saxe, dans la Hesse, en Silésie, c'est surtout le cobalt arsenical ou smaltine, arséniure de cobalt

(1) Les anciens connaissaient des minerais de cobalt et les faisaient servir à la coloration du verre, car j'ai trouvé un grand nombre de verres antiques de fabrication gallo-romaine dont la couleur bleue est due au cobalt. D'autres, et sui*tout les verres opaques, sont teints en bleu par une matière analogue au smalt, mais qui est un verre à base de cuivre; c'est la fritte d* Alexandrie ou de Pouzzole, que les artistes romains employaient pour la peinture à fresque et la décoration des appartements. Cette belle couleur minérale est d'origine égyptienne (voir mes deux mémoires h\irV Analyse de plusieurs produits d'art d'une haute antiquité).

DU BLEU DAZUn. 469

ferrugineux, CoAs»; en Siifde et en Norwége, c'est le cobalt grit ou eobaltme, anénio-sulfure de cobalt, CoAg'+CoS*.

On commence par le griller dans un four h réverbère assez semblable k celui qui sert à griller les minerais d'anenic ( i ), avec canaux et cbambres de condensation pour recueillir l'acide anânieux. Le résidu, nommé ufre, qui contient le Ter et le cobalt i l'état d'oxfdes, est mélangé avec des proportions convenables de quartz bocardé et de poluBe, elcbauiïëau rouge blanc dans des creusets rérractaires placés cirGulairemenl, au nomttre de six, dans un fourneau de verrerie (fig. 614). Il en résulte un liquide pâteux que l'on projette brusque-

- Fabrinlka d«

ment dans l'eau IVoide ; le refroidissement instantané ne permel pas aux parlîculos solidifiées de Tairccorps, ensorle quola matière vilreuse reste en fragments irrf^gulici-s plus ou moins ténus {i). On fuil passer ceux-ci sous des meules horizontales ; la poudre obicnue est soumise à la lévigation, comme l'émcri, pour en obtenir divers degrés de finesse. Oa donne les noms d'azur de premier, de second, de troisième, de quatrième feu i ces produits, dont le prix eil d'autant plus élevé que la ténuité en est plus grande et la couleur plus pure.

La production annuelle de ces divers azurs z'élève jusqu'il 16000 quintaux métriques. C'tsl la Saxe qui en fabrique le plus. Mais leur emploi tend h diminuer depuis la découverte de l'outremer /'ucftce, dont c'est le lieu de vous parler.

(I) Voir la IT* leçon, Bgare 315, tome I", page tS5.

(1) Les pierres siliceuses trop dures pour Ëire broyées directement, telle* que le qotrU, tes sitei ou cailloux des crayères, les roches feldspalbiques, etc., sont toujours réduites k un état rragmeniaire par leur immersion dans l'eau froide tlorï qu'elles ont élé chauffées Jusqu'au rouge bUnc; le refroidisse menl inslan- Uiié causé par cette sorte de trempe détermine dans la masse entiËre des flssuresou des écartements, souvent mSine une division en fragments irréguliera, qui rendent plus Taclle l'action ultérieure du pilon ou du bucard. Celte opélstion préUminairn s'appelle itô/inement. .

Outremer factice. — Vous savez que V Outremer des naturalistes, dit aussi Lazulite ou Lapis-lazuU, est un silicate double d'alumine et de soude. Ce minéral était jadis fort recherché à cause de la riche couleur bleue qu'il fournit aux peintres; mais comme il ne venait qu'en fort petites quantités de la Perse, de la Chine et de la Grande- Boukharie, le bleu d'outremer qu'on en retirait se payait jusqu'à 2500 et même 3000 fr. le kilogr.

Aujourd'hui, grâce aux nombreuses fabriques de Saxe, de Bohême et de France, on produit de toutes pièces un bleu d'outremer aussi riche de ton et aussi solide que la lazulite naturelle, au prix de 50 fr. et même de 2 fr. le kilogr. suivant les nuances. C'est aux provocations de la Société d'encouragement de Paris qu'on doit ce magnifique résultat.

Le mode de fabrication de cette nouvelle couleur, qui joue un si grand rôle dans la peinture, l'azurage et l'impression des papiers ot des tissus, a été découvert presque en même temps par M. Guimet en France, et par M. Gmelin en Allemagne, vers 1827. Il y a, pour ainsi dire, autant de modes opératoires que de fabriques.

Les matières premières consistent en argile blanche plastique ou kaolin, en sable quartzeux, en sel de soude, en sulfate de soude calciné, en soufre raffiné, et en charbon de bois, ou mieux en brai sec de goudron de houille. Ces matières, broyées sous des meules verticales, blutées, amenées à un état de division aussi grand que possible et de mélange intime, sont renfermées et fortement tassées dans d'immenses moufles en terre réfractaire, assez semblables, pour la forme et la grandeur, aux cylindres ou œmues à gaz d'éclairage, et soumises enfin, pendant un temps variable, à une température comprise entra le rouge sombre et le rouge cerise. On cesse le feu lorsque la masse a acquis une couleur bleue prononcée.

Après son refroidissement hors du contact de l'air, la matière agglomérée est épuisée, dans des tonneaux, de tous ses sels solubles par des lavages à l'eau chaude, puis triturée sous des meules horizontales en granité, en présence de l'eau, et amenée par la lévigatlon à divers degrés de finesse, comme l'azur. Les qualités commerciales, qui sont assez nombreuses, sont distinguées par les numéros 0/0, 0, i , 2, 3, 4, etc. Leur couleur varie du bleu clair au bleu le plus éclatant.

Quelle est la cause de cette coloration de l'outremer, tant naturel qu'artificiel? C'est ce qu'il est impossible de dire dans l'état actuel des choses. Tout ce qu'on sait, c'est que l'un et l'autre consistent en un silicate d'alumine et de soude contenant seulement des traces de soufre et de fer.

Un outremer est d'autant meilleur qu'il est plus fin, plus spongieux, qu'il se laisse pénétrer plus facilement par l'eau, qu'il reste plus longtemps en suspension dans ce liquide, que son pouvoir colorant est plus intense et qu'il résiste davantage à l'action des acides et de l'alun. Ceux-ci le décomposent tn^s-vite; la couleur bleue disparait, il se dé-

DES ËMAVX. 471

poM QDe poudre blanche en même lemp» qu'il le dégage de l'Acide Eulftij-drique. Les bains de bleu dans lesquels on a employé l'outremer pour l'azurage du linge ne tardent pas à répandre une odeur infecle. Ces caractères, joints à sa décoloration par une haute température et à (A fusion en un verre presque incolore, permeltent de distinguer cette couleur bleue de l'azur Ve coball qui ne change pos dons ces diverses circonstances.

Éaaaax. — Quant aux Émaux dont il a été déjà question plusieurs fois, ce sont des verres opaques ou IransparenU, incolores ou colores, qu'on applique par la fusion sur les diverses poteries, la faïence et les métaux, principalement sur l'or, l'argent et le cuivre.

Us consistent en silicates de soude, de plomb et d'étain, au milieu . desquels se trouve interposé du slannale de plomb non vilritiË qui donne k la masse l'aspect blanc de lait et l'opacité qui distinguent surtout l'émail de la faïence, des cadrans de pendules et de montres, des échelles de thermomètres, etc.

t.' émail blanc entre dans la fabrication dei verres doublés ou triplés. I.e» abat-Jour des lampes sont ordinairement en cristal doublé d'émail. On s'en sort encore pour émailler la poterie de fer.

La coloration des émaux se fait ou moyen des substances employées pour les autres verres colorés, la dose en est seulement plus forte.

L'art de l'Amailleur ne pantt pas avoir été de beaucoup postérieur t la dé> couverte du verre ; les anciens le pratiquaient avec un très-grand succès. Dani Jes hypogées de la ville de Thèbes, on trouie de petits tubes d'émail coloré, des poteries émaillées de diverses couleurs. Les briques dont les murs de Babylmie furent construits étaient émaiUées. On voit encore sujourd'lmi, dans plusiears villes de l'Ëgrpte, des édiHces construits on briques émaillt-es recueilliei dans les ruines des villes anciennes. Cet art, après avoir été longtemps dans renfance, fit tout i coup dei progrès surprenanls k FaGnia et à Castel* Durante, dans le duché d'Urbin. Hicliel-Ange et Raphaèl florisaaient alors. C'est Bernard Paliasy qui, au milieu du seiiièiBe siècle, découvrit Is secret de, l'émail sur poterie et fUence, et qui éleva cet «rt céramique h un degré de perfection incoonn Jusqu'alors (1). On prétend que l'art de peindre en émail sur métaux

(1) Né en laiO à ta Cbapelle-Biron, petit village du Périgord, Bernard Palissy, Kéomètre, peintre verrier, a été le père de notre art céramique, le père de )■ chimie, le premier professeur d'histoire naturelle en France. Sus découVeries en histoire osturélle, en physique et en chimie sont encore considérées uiiiiutenant par les savants comme des titres de gloire pour la France. Le premier il a introduit dans les sciences la méthode eipérimentale, et, bien avant Bacon, il a proclamé que pour arriver h la vérité, il faut, avant tout, consulter I'eipâ~ rienee. Cet homme de génie, qui pénétra daus les révolutions du globe peutêtre aussi proronddmenc qne Cuvier, a donné la tliéorie des puits artésiens, l'origiae deseaui minérales; il aeipliqué parfaitemeutaussi l'action des engrais.. Artiste, il demanda k la science la cbusq des phénomènes qu'il observait avec' une sagaalté rare dans un homme de pratique ; puis, devenu savant, il. fSB), ports aux arts les fruits de ses 'méditations prafondes. - ' r? - -"^

L« hasard avait bit tomber entre ses main», vers l'année ISII, une eoupadC-

n'a commencé en France que vers 1632. C'est une erreur, puisque plusieurs des pièces de la vaisselle de Charles V étaient émaillées. Palissy lui-même fait connaître que de son temps (1580) les émailleurs de Limoges donnaient pour trois sols une douzaine de ces figures d'enseignes, en cuivre émaillé, qu'on portait alors «u bonnet. Il est vrai qu'au commencement du dix-septième siècle, les artistes employèrent des émaux clairs et transparents, qui produisirent plus d'effet. Jean Toutin, orfèvre de Chàl^audun, en 1630, se rendit célèbre par ses bijouvémaillés.

On se sert souvent de phosphate de chaux, ou simplement d'o6 calcinés, pour donner au verre l'apparence de Topale. Ces ornements, CCS dessins, ces figures d'aspect brillant et métallique, qu'on voit incrustés dans l'intérieur de certains vases de cristal, consistent simplement en petites pièces de porcelaine blanche et non vernies, qu'on enferme entre dqux couches de verre. Voici comment on s'y prend : le cristal est coulé dans le moule, et lorsqu'il est encore liquide on applique la figure de porcelaine, préalablement chauffée; on s'empresse de la recouvrir d'une couche de cristal qu'on aplatit pour ne laisser que la quantité d'air nécessaire à la production du reflet métallique. Souvent on incruste ainsi des pâtes colorées ou dorées, qui produisent un trôs-bel effet.

En enfermant dans du cristal, par un procédé à peu près semblable, des fleurs ou étoiles formées d'émaux diversement colorés, on obtient ces globes ou boules qu'on vend sous le nom de verres mosaïques ou de mille fiori. Les verres de Venise ou verres filigranes sont encore le résultat de rinterposîtion, dans la pAte de verre ou de cristal, de fils d'émail opaque et coloré. C'est à M. Bontems, de Choisy-le Roi, que Ton doit la renaissance en France de cette jolie industrie, exploitée dès le quinzième siècle par les Bohèmes et les Vénitiens.

terre parfaitement émaillée et d'une beauté rare. A cette vue, son imagination s'exalta ; il voulut deviner le secret qu'il admirait et parvenir à l'-imiter, s'il lui était possible. Simple ouvrier sans fortune, chargé d'une femme et d'enfants, gagnant à peine sa vie à peindre des images sur vélin et des figures sur verre, tout s'opposait au succès do sa tentative, car, indépendamment des dépenses considérables quelle exigeait, jamais il n'avait vu cuire ni travailler l'argile ; il ne connaissait alors ni la matière des fourneaux, ni celle des émaux et des terres dont il allait être obligé de se servir. Mais seize années de recherches et de privations de tous genres lui firent atteindre son but. C^est dans ses écrits qu'il faut lire ces détails pittoresques et attendrissants, où il raconte tout ce qu'il eut à souffrir. Ses poteries recouvertes d'émail coloré jouissent encore aujourd'hui de la plus grande réputation et font l'admiration dos hommes de l'art,

IHmrsuivi et traîné en prison comme calviniste, il n'échappa à la mort que par rint*»rvention du connétable de Montmorency, qui lui fit obtenir la protection •I la fkvour de Catherine de Médicis et de Charles IX . Ce roi lui conféra le br^wt KÏiM'enteur des rustiques figulines du roi. En 1588, affaibli par l'âge, |4>^iv)ai^ i^ti^génaire, il fut arrêté, enfermé à la Bastille et menacé du dernier suppÎKV> Il ttUHirut dans la prison en 158i), tel qu'il avait vécu : probe, incorruptible, ,t«^' uMe àtti« fi^ro et élevée.

DE L ACIDE FLUOBBYDttlQUE.

D£paIlBBa(s et |[r«v«re <!■ Terre. — Souvent'on dépolit le verre OU le cristal par des mojeng mécaniquei, soit dans toute l'étendue d'une pièce, comine pour les vitres ou glaces de devantures de magasins, soit psr places détenninées, de manière & pi-oduire* des dessins opaques sur un Tond poli et transparent, comme on le T(ât sur ces globes de cristal ilont on entoure les lampes. On emploie souvent aussi, soit dam le même faut, soit pour graver, un procédé chimique dont l'idée appartient à de Puymaurin, ancien directeur de la Monnaie des médailles. Ce n'est pas une des applications les moins curieuses des composés chimiques.

L'agent auquel on a recours, dans ce cas, est un acide Tort singulier, dont il est nécessaire de vous faire connaître la nature et les propriélés les plus saillantes.

Hpatk iDor. — 11 f a dans la plupart des filons métalliques une

substance minérale que ses propriétés physiques très -remarquables^ notamment les belles couleurs vertes ou riotetlea qu'elle alTccte, sa transparence, sa cristallisation en gros cubes ou en cubo-octatdrcs

FIg. SIS. — Pmibm crliUllinct Ici plui tréifUi

{flg. 61S^, ont su taire distinguer dès les temps les plus reculés. Au seizième siècle, elle Tut nommée flmr et spath fiuor, c'esl-à-dire.p/cn'e gui fait couler, parce qu'on l'emplofoit comme fondant de certains minerais siliceux.

Vers 1670, Schwenkhardt constata, à Nuremberg, que celle pierre, cbaufTêe avec l'acide suirurique, exhale une matière qui corrode le Terre. Étudiée par Scheele, en 1771 et en 1780, qui l'appela acide fluorique, à cause de ses caractères acides, cette matière n'a été obtenue à l'état de pureté qu'en 1808, par Cay-Lussac et Thennrd.

On sait aujourd'hui à n'en pas douter que l'acide fluorique se compose d'hjdrogëne et d'un métalloïde tout è. fait analogue au chlore, mais qu'il est Irès-dirticile d'isoler. On a donné i\ ce nouvel élément le nom Ai Fluor.

Acide flaorhydrlqae. — Le minéral dont Je parlais tout à l'heure, le tpath fluor, n'est que du fluorure de calcium (I). Si, après l'avoir pul-

(i ) Ce fluorure de calcium i guère. D'«pi^9 J. Nicklès, c («rmentdii bicarlMuiïtedocli

stlieaucoup plus répandu qu'on ne le suppostit na-

compMé eiista dans toutes les eïux qui renut, vaui potables de sources, de rivières, de fleuves.

474 TAENTE-TROISIÈUE LEÇON.

vérisé Irèt-Bnemenl, od le chauffe doucement arec 3 foù et demie ion poidi d'acide luKurique concentré, dsDi UD appareil diatîllatoire tout en platine od en plomb (ft- 616), on recueille dant le récipient, rebvidî par de la glace (flg. tflT), un liquide Incolore, fumant à l'air: c'est l'adtU fluorhydriqw concenlre, qu'on ne peut conierver que dans de petitei bouteillea en plomb, en argent ou en platine, munies de boucboni de même matière.

Fig. «n. — Appareil ta tooelioB.

Sa produclion, dans ce cas, s'explique comme celle de l'acide chlorhydrique ; en cITet

Fluorure Aeids Suir«t« Aelda

lie calcium. luUurique. de cbani. Osorhidriqne.

CaFl + SO»,H0 = C«0,SO» + HFl. '

eaui minéralM (de Plombièrei, da Contreiéville, d'Antogird, de ChttenoU, do Soulubsden, du HoDt-Dore, elc), comme aussi dtns les roches et mlnénui qui se sont formel pir voie de sédiment. Nickiès > encors canstitd la présence de petites quantités de tluor dans le sang, i'urins et les os des animaux. Les aources dans lesquelles l'organisme animal puise le Gaor dont il peut avoir besoia sont les eaux potables et les substances régécales ; mais, en raison des Irts'miDimes proportions de fluor que les unes etlesautreerenrerment, on ne peut en signaler des traces ptr l'analyse qu'en opérant sur 1 kilogr, au moins de cendres, on sur 10 produit de l'i^vaporation de quelques mille litres d'eau. L'une des eaux fluvialoi de France les plus riches en fluorures est celle de la Somme prise à Amiens. L'eau de la Seine, à Paris, l'eau du Rliin, i Strasbourg, sont i-elles qui en con- Uennent le moins. L'eau de l'Océan AUaniique paraît en être dépourvue.

DE l'acide FLUunnTDRlQUE. 475

Depnii une quinxaine d'annéei, l'emploi dei procédas de gravure parimpreMionet décalquage de la réserve, dont il »era parlé plus loin, a fait prendre une grande extension à la fabricalion de l'acide Ouorhydrique.

M. Kessler, qui eut k deEservir lei concessionnaires de ses brevels, recourut, pour le préparer, h l'emploi de cylindres en fonte semblables A ceux dont on fait usage pour la fabrication de l'acide chlorhydrique. L'appareil réfrigérant seul resta en plomb.

L'acide livré par lui fut pendant longtemps transporté dans des vases en gutla-percha. Sa densité variait de 35° Dauœé k 3S<> et 40°; à ce dernier état de concentration, l'acide fluorhydrique est le plus concentré des acides du commerce. Il sature deux fois autant de base que ion poids d'acide sulfurique à 66°. Le bois qu'on y plonge noircit aussitôt.

Aujourd'hui la maison Faure et Kessier, de Clermonl-Ferrand, qui a continué cette spécialité de M. Kessier, emploie avec succâs, pour le transport de l'acide fluorhydnque et pour sa conservation, des ^ases spéciaux qu'elle a fait breveter.

Us sont foi'més de deux tonneaux renfermés l'un dans l'autre, goudronnés cbacun et séparés par un interratlc dans lequel on coule une composition bitumineuse fondue qui se solidirie par le refroidissement.

C>r*c(èrea «HsiiBctlfi, — L'acide fluorhydrique est gazeux, incolore et très-soluble dans l'eau; mais tel qu'on l'obtient dans l'opération précédente, il est liquide parce qu'il a rencontrÉ un peu d'eau ; il répand à l'air des fumées blanches épaisses, qui rougissent fortement le papier de tournesol; il bout entre 15 et 20°. Une goutte qui tombe dans l'eau produit un sifQement comparable à celui d'un fer rouge qu'on y plonge.

C'est le plus énergique de tous les corrosifs ; il attaque les tissus animaux avec une violence et une promptitude difllciles à concevoir. La plus petite quantité, déposée sur la main, fait naître, presque instantanément, des douleurs insupportables, et produit des ulcérations profondes, lentes à guérir. Aussi a-t on le soin de se garnir les mains de gants de caoutchouc lorsqu'on doit le manier. Ses vapeurs sont mortelles, et alors même qu'elles sont répandues dans un grand espace, elles provoquent des douleurs sous les ongles, à l'extrémité des doigts, ainsi qu'une inllammalion des yeux plus ou moins graic.

Celle action si redoutable de l'acide lluorbydrique soil liquide, soit gazeux, dépend de sa plus ou moins grande siccité. La présence d'une suffisante quanti té d'eau le rend en elTet â peu près inolTensif, à moins qu'on ne le laisse se concentrer de nouveau par évaporation sur la partie dii corps qu'il a touchée.

H. Kessier a proposé comme moyen curalif des blessures occasionnées par ce corps, l'acétate neutre d'ammoniaque en inhalations ou en

compresses pour lu poitrine OU le voisinage des yeiix^ eirammoniaquc liquide pure en un bain d'un quart d'heure pour les oogles ou les parties plus difficiles k péoëlrer.

La douleur dure ordinairement un quart d'beure après le bain, puis elle cesse peu à pou complètement.

n attaque presque tous les mâtsni, les dissout avec une vive eRervescence, occasionnée par un dégagement de gai hydrogène, en produisant des fluorures métalliques. II n'j a guère que le platine, le plomb et l'argent sur lesquels il soit sans action.

Ce qu'il offre de plus singulier, c'est qu'il dissout iinniédiatement l'acide silicique Lbrc ou combiné, en donnant lieu i de l'eau et à du lluorure de ttlicium gazeux, qu'on appelle habituellement gai aeidt fittosiUciqve. Voici la réaction ;

SiO' + 3 HFI = 3 HO + SiFl",

Voilft pourquoi l'acide lluorbfdriquc attaque, ronge, dépolit et troue tous les vases de verre, de cristal, les porcelaines et autres poteries.

tous les objets enfin dans lesquels se trouve do l'acide silicique, par suite de la double décomposition- qui s'établit entre ces deux corps.

Flnvrare de ■Illclnm ou «eld« anoalllclvae. — Ce composi},

DE L ACIDE FLUOSILICIQUE.

qui se forme dans tous le* cas précédeat^, csl un gaz acide, incolore, excessivement fumant à l'air en raison de son extrême affinité pour l'eau, et qui, au contact de ce liquide, laisse déposer de la silice ea flocons blancs. En voici la preuve :

On a introduit dans un ballon ea verre A {/îg. SIS), t partie desabis blanc, HZ partie de fluorure de calcium et 2 parties d'acide sul^jnque concentré. En chaulTanl légèrement, la réaction se détermine et donne lieu k la production du fluorure de silicium ou gaz acide fluosilicique ;

6uir*te Kluorurt

Sibl«. Sptlli fluor. de cbtui. de tiliciniB.

SiO» + CaFI» + 3(SO',H0) = 3(CaO,SO») + a (10 + Si FI'.

Le gaz est conduit du ballon dans une ëprouvelte E contenant une colonne de mercure C de2 ou 3 centimètres, surmontée d'eau distillée D Le tube abducteur B plonge dans le mercure, afin qu'il ne soit pas obstrué pendant l'opé* ration.

Chaque bulle de gaz qui sort du mercure et arrive au conlact de l'eau est à l'instant même détruite et donne des petits flocons blancs, très-légers, qui restent en suspension dans le liquide devenu acide ; au bout d'un certain temps l'eau se prend presque en masse, par sultedelagrandequantilé de silice gélatineuse mise en liberté.

Si l'on Jette le tout sur un filtre {fia. B 9), on retient cette dernière ; la liqueur clsire renferme une combinaison de fluorure de silicium et d'acide fluorhydrique : c'est ce qu'on appelle Vacule hi/dro-flaositicique. I. 'équation suivante donne la clef de cette curieuse aclion de l'eau sur le Quorure de silicium :

fig.t\9.-

3SiFl' -\

L'eau peut absorber ou décomposer 26S fois son volume de fluorure de silicium gazeux ou I fois 1/4 son poids.

La silice ainsi obtenue est, apjès de nombreux lavages, dans ua très, graud état de pureté et de division.

478 TRENTE-THOISIÈME LEÇON.

Quant à la liqueur acide, on la concentre jusqu'à ce qu'elle cominence à répandre des vapeurs blanches et on la filtre pour la séparer d'un peu de silice qu'elle a laissée déposer. Dans cet état, c^est un agent d'analyse fréquemment employé pour l'isolement des alcalis, soude et potasse, qu'il précipite de tous leurs sels.

L'acide hydrofluosilicique est d'une conservation plus difficile encore que l'acide fluorhydrique. Il dissout môme le plomb, perce le verre et possède la curieuse propriété de faire fendre les tourilles en grès(Kessler); son prix moins élevé rendait d'ailleurs l'emploi des vases en gutta-percha plus onéreux, en sorte qu'on ne savait conunent le transporter.

Les tonneaux de MM. Faure et Kessler, dont J'ai parlé à propos de l'acide fluorhydrique, parent heureusement à ce défaut, et vont permettre à cet acide, dont les usages paraissent devoir être nombreux, de prendre dès à présent une place plus importante dans l'industrie.

On le fait déjà servir pour la fabrication du chlorate de baryte employé, en pyrotechnie pour les feux verts; pour la décomposition des sels de potasse et de soude; pour remplacer l'acide tarlrique en teinture, et pour l'isoler de la crème de tartre. Son innocuité à l'intérieur du corps et son acidité agréable ont même engagé à proposer de le substituer aux acides tartrique et citrique dans le traitement des vins, dans la fabrication de certaines bières, dans celle des limonades artificielles et des eaux gazeuses, etc.

M. Kessler l'utilise pour préparer en grand et très-économiquement la silice pure, employée aujourd'hui comme absorbant de la nitroglycérine, mélange auquel on a donné le nom de dynamite; voici sur quelles réactions cette fabrication est basée :

Quand on distille de l'acide hydrofluosilicique avec de la silice en excès, il repasse tout entier à l'état de gaz fluosilicique mélangé de vapeur d'eau, en entraînant ainsi une quantité de silice égale à la moitié de celle que pourrait former le silicium qu'il contient déjà.

La réaction est inverse de celle qui a servi à le former et Ton a :

Acide Silice. Acide E«u.

hydrofluosilicique. fluosilicique.

3 HFl, 2 SiFl' -f- SiO» = 3 SiFP -f 3 HO

Par le refroidissement, au contraire, la dissociation a lieu, la silice entraînée se précipite en totalité, et l'acide hydrofluosilicique se reforme en quantité égale à celle employée. On le retrouve par expression ou lavage, et l'on s'en sert pour recommencer. En attaquant, au lieu de silice, des feldspaths, des minéraux riches en alcalis, ou du cristal, on en isole facilement la potasse, la soude, l'oxyde de plomb, et les autres oxydes qu'ils renferment à l'état de tluosilicates ou de fluorures faciles à transformer en d'autres composés.

DE L ACIDE FLUOSJLICIQUE. 479

n BufBt par exempte de faire bouillir un fluosilicate alcalin avec de« ' doses définies de chaux pour en relirerroit le lluorure alcalin et de la BJlicc mêlée de fluorure de calcium, soil un silicate alcalin soluble el dn fluorure de calcium iosoluble, wil l'alcali caustique lui-mCme, Avec du fluorure de calcium et du silicate de chaux. Voici les réactions, en employant le iluoailicate de potasse :

FlanUiciK

Ctaldi.

Sili«.

Floorure

Flugrure

dn p,.««.

de palitiiui

SKFI.ZSiFl)

GCaO

= ssio»

+ GCaFl

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