‹ Lecons de chimie élémentaireChapitre 97 sur 134 · DE LA GRAVURE SUR VERRE · texte numérisé non relu

DE LA GRAVURE SUR VERRE

sont gravées les divisions des instruments en verre, des thermomètres, burettes, aréomètres, etc.

On obtient de cette façon depuis les chiffres et les armoiries les plus simples Jusqu'aux portraits, aux vues, aux vignettes qui peuvent servir pour impressions typographiques. On peut aussi introduire dans les traits plus profonds des fils métalliques d'or, d'argent, de plaline, d'aluminium, et obtenir ainsi des damasquineiies d'un excellent effet.

M. Kessler a composé, avec Tacide fluorhydrique et des fluorures alcalins, deux encres qui, lorsqu'on écrit sur verre ou sur cristal, laissent un trait blanc mat indélébile.

L'encre à écrire sur le verre oonlient un fluorhydrate acide d'ammoniaque, celle destinée au cilstal est acidulée par l'acide acétique. L'encre qui grave le verre ne gravant pas le cristal, et inversement, orr a ainsi un moyen rapide de distinguer ces deux matières.

Une encre de cette nature permet de réaliser le désir souvent exprimé du poinçonnage des aréomètres en verre par les vérificateurs de l'État. Il suffirait à l'employé chargé de ce service de signer son nom sur l'instrument. Il pourrait, en outre, y inscrire la limite de l'erreur pour chaque aréomètre.

Le mat produit par ces divers moyens, vu au microscope, est d'apparence cristalline. 11 résulte, en effet, de l'adhérence sur la partie gravée d'un fluosilicate alcalin cristallisé qui fait fonction de réserve pointillée, et qui ne permet à l'acide de creuser qu'entre ses grains : c'est cette succession de petits points en relief et en creux qui produit la dispei*sion des rayons luihineux nécessaire à l'apparition du mat.

On se sert également des mômes méthodes pour la peinture sur verre, la partie blanche corrodée pouvant recevoir ensuite, au feu de moufle, des couleurs variées.

Un autre moyen plus récent, qui a pris naissance en Angleterre, donne des teintes plates et des effets plus larges. La réserve formée de bitume de Judée dissous dans l'essence de térébenthine, n'est plus déposée uniformément pour être enlevée ensuite, elle est appliquée directement au pinceau, ce qui permet d'obtenir des tons unis gravés plus profondément, d'enlever par exemple une couche de verre bleu, rouge ou jaune, recouvrant un verre blanc, de manière à obtenir des dessins enlevés en blanc sur fond coloré, ou l'inverse.

Ce troisième procédé constituait déjà un progrès sur le précédent, mais il avait encore le défaut d'employer une main-d'œuvre trop coûteuse et trop rare, celle d'artistes peintres.

M. Kessler est parvenu à déposer en quelque sorte mécaniquement

la gravure représentait la cliimie et le génie pleurant sur le tombeau de Scheele qui a tant contribué à l'histoire de l'acide fluorique. Cet ouvrage^ dit Haùy, intéressa doublement l'Académie par le clioix du sujet et par le fini de l'exécution.

cette réserve, sous quelque forme que ce soit, et dès Jors l'emploi de la gravure chimique a pns un développement considérable.

Son procédé, aujourd'hui dans le domaine public, a été d*abord et est encore maintenant employé dans les cristalleries de Baccarat et de Saint-Louis, et dans la fabrique de vitraux de M. Maréchal, de Metz.

11 consiste à imprimer sur papier avec une encre composée de :

Bitume de Judée 3 parties.

Stéarine 2 —

Essence de térébenthine 3 parties, plus ou moins suivant

sa consistance,

le dessin qu'on veut réserver sur la piùce, à décalquer ce dessin sur l'objet à graver, puis à plonger cet objet dans un bain d'acide fluorhydrique; enfin à enlever la réserve à l'aide d'un bain de lessive alcaline ou d'essence.

Pendant la gravure il se forme des fluosilicatcs alcalins avec le verre, et en outre du fluorure de plomb avec le cristal. Ces corps tendent à s'attacher à la surface vitreuse et à rendre la gravure inégale. Pour éviter ce défaut, on imprime à l'objet placé dans le bain un mouvement de rotation, à l'aide d'un mouvement d'horlogerie ou d'une transmission spéciale, qui empêche l'adhérence des sels, et permet d'obtenir une gravure aussi transparente que le cristal.

On rehausse quelquefois l'efTet de cette gravure en matant les parties saillantes à l'aide d'une tôle enduite de sable fin ou d'émeri.

D'autres fois, on teint le creux de la gravure en jaune au moyen du chlorure d'argent.

Enfin, plus récemment, M. Kessler a trouvé, et MM. Tessié du Mottay et Maréchal fils ont propagé le moyen de graver en mat avec un mélange de fluorures alcalins et d'un acide étranger dissous dans l'eau.

M. Kessler emploie les fluorhydrates d'ammoniaque et de soude et l'acide sulfurique ou l'acide acétique. MM. Tessié et Maréchal ont recommandé un mélange de fluorhydrate de potasse et d'acide chlorhydrique saturé de sulfate de potasse ou d'ammoniaque.

La gravure mate, n'ayant pas de profondeur, ne produit tout son effet que lorsqu'elle succtMe à la gravure brillante, seule employée du reste pour les enlevages de couleur.

Silicates alcalin*. — Je ne terminerai pas l'histoire de l'acide silicique et de ses principaux composés sans voi:s dire quelques mots des silicates alcalins solubles et vous signaler les diverses circonstances dans lesquelles l'industrie et les beaux-arts peuvent en tirer parti.

Lorsqu'on chauffe fortement dans un creuset, à la forge, et jusqu'à fusion complète, un mélange de 15 parties de sable blanc ou de quarts puhérisé, 10 parties de carbonate de potasse et 4 parties de charbon,

DB LA SILICATISATION. 485

on obtient une marne vitreuse et bounouflée, brunfltre, qui n'est autre cbose que du Sîlicate de fi>ta$H coloré par un peu de charbon. Dans cette opâratiun, l'acide silicique déplace l'acide carbonique, qui se dégage avec effervescence ; la réaction peut donc se traduire ainsi :

Le cbarbcn est fort utile, parce qu'il facilite beaucoup la i-éaclion, et empêche qu'il ne reste du carbonate de potasse indécomposé.

LIqMCMr deBcalIloBi.— Verre aolnkle. — En traitant la roSEse calcinée par S à 6 fois ion poids d'eau bouillante, le «ihcate se dissout peu h peu, et fournit une lolulion incolore alcaline. C'est ce que les anciens chimistes nommaient la ligueur des cailloux, parce qu'ils employaient les silex ou caillota pour sa prëparatioo.

Si l'on concentre celte liqueur jusqu'en consistance sirupeuse, et qu'on l'applique au pinceau k la surface du bois ou d'une toile, elle se dessèche rapideme ni et forme un enduit vilreux; si on la chauffe dans une capsule Jusqu'à siccité, elle fournit une masse blanche, Iransluride, Titreute, sans dureté et insoluble dans l'eau froide, mais lentement soluble dans l'eau chaude. On l'appelle WassergUiss ou Vei-re lobUtle,

Lorsque, dans la dissolution du silicate de potasse, on verse un léger excès d'acides chlorbydrique ou sulfurique, on met en liberté l'acide silicique, qjii se dépose en gelée blanche plus ou moins épaisse, si les liqueurs sont suffisamment concentrées. En lavant bien cette gelée et la desséchant au rouge dans une capsule, il reste une poudre insipide, opaque, insoluble dans tous les acides, moins l'acide Ouorique. Tel est le moyen qu'emploient habituellement les chimistes pour se procurer de l'acide silicique pur.

En remplaçant, dans les opérations précédentes, le carbonate de po: lasse par le carbonate de soude, on obtient le lilicate de toude, qui a lei m^mes propriétés générales que le silicate de potasse.

Un chimiste biTarois, Fucbs, s'est servi, en tg}n, du Terre soluble pour prâf^Tter toulas les mstlËres comliusliblea des ilteintes du feu. Sa dissolution plus ou moins coDCSDtrdfl, appliquée sur les loîles, le papier, les bois, etc.. les rend incombustibles, parcs qu'il ss Torme à la Burfaci de ces matières, par la dessiccation, un enduit TÎtreui, lusible par la chaleur et capable de les garantir du contact da l'air nécessaire k leur combuslioii. Ualheureusomenl, les objets «ïnai préparés deiiennent tellement loides, qu'il est Impossible de s'en servir; de plus, le prix data toile et du papier en est considérablement augmenté.

Bien que le verre fusible de Fucbs soit un mojen imparfait et peu pi'aticable en grand pour «mpicber llntlioimation des maliËres combustibles, on l'a néanmoins fait servir i la préparation du bois et des mat ères employés lors de Is reconstruction du tbéltre ds Hunicb, 11 parait que mJme actuellement, grtce au doctaor Wilde, ce mojen de prëserver de l'incendie les boiseries et toutes

les charpentes des habitations, prend en Allemagne beaucoup de développement Les pièces de bois sont d'abord saturées d'une solution ti^-faible de lilkata de potasse, aussi neutre que possible, et quand elles sont sèches, on leur donne une ou deux couches de la même solution, mais plus concentrée.

Gay-Lussac avait proposé, en 1821, pour obtenir le même résnltftt, d'imprégner les objets combustibles de sels ammoniacaux, de borax, mais surtout d'an mélange à parties égales de sel ammoniac et de phosphate d'ammoniaque, ou de sel ammoniac et deborax. L'idée d'employer le phosphate d'ammoniaque poor préserver les corps de la combustion, date du siècle dernier; elle est due à uo certain Arfird, Saxon d'origine, qui en fit l'expérience en présence da doc Frédéric de Brunswick, en 1786. Mais le phosphate d'ammoniaque, outre qu'il altère les couleurs et les tissus^ a le grave inconvénient d'ôtre décomposé par le charbon à la chaleur rouge et de fournir du phosphore, ce qui ne serait pas k moyen, dans le cas d'un incendie intense, d'arrêter les progrès du feu. Le bonté d'ammoniaque serait préférable, si son prix élevé n'y mettait obstacle.

En 1841, M. de Breza a indiqué l'emploi d'un mélange de 60 grammes d'aloo, 60 grammes de sulfate d'ammoniaque, et 30 grammes d'acide borique, qu'on dissout dans un litre d'eau, auquel on ajoute 19 grammes de gélatine et 6 grammes d'empois. Les objets imprégnés ou revêtus de cette composition sontnooseulement ininflammables, mais préservés de l'attaque des insectes soustoosles climats. — M. Morin, de Genève^ a conseillé l'oxyde de zinc de préférence; mais les sels précédents sont d'un emploi plus commode. En tout cas. Us ne préservent pas d'une manière indéfinie les tissus exposés à la pluie, et il ait nécessaire de recharger ceux-ci de temps en temps de matières minérales pour les meitre à l'abri de l'inflammation. 11 en est de même pour les tissas expeiéi à être froissés ou plies fréquemment.

Les tissus de coton et autres étoffes légères trempés dans une simple dissolntion de sulfate d'ammoniaque ou de tungstate de soude, ainsi qu'on le fait en Angleterre, sont rendus complètement ininflammables, sans rien perdre delà vivacité de leurs couleurs. Comme ces sels no sont pas d'un prix élevé, voas comprenez l'utilité d'une méthode si simple, qui permet d'éviter les accidents déplorables qui ne sont que trop nombreux^ surtout dans les bals et sur les théâtres.

A l'occasion de la triste catastrophe qui, en 1856, a anéanti en quelques heures le superbe théâtre de Bruxelles, M. Henri Masson a conseillé, comme agent préservateur des tissus et du bois, le chlorure de calcium, qui résiste sans se décomposer à la température la plus élevée^ qui n'altère aucunement les couleurs, qui augmente la dureté du bois en le préservant des ravages des insectes^ et dont le prix est aussi modique que possible. Malheureusement ce sel est très-déliquescent et il est à croire qu'il ne resterait pas longtemps à la surface des corps. C'est h l'expérience à prononcer sur la valeur du conseil donné par le chimiste belge.

Au surplus, ces moyens de rendre les bois incombustibles ne sont pas, comme on l'a prétendu, une découverte moderne. Les architectes de la Grèce et de Rome connaissaient la propriété qu'ont les solutions de sels alcalins et alamineux de rendre le bois ininflammable. Aulu-Gelle raconte que Sylla, assiégeant le Pirée, ne put, malgré tous ses efforts, parvenir à brûler une tour en bois construite par Archélaûs. Il se trouva que le bois de cette tour était recouvert d'alun. En 17^0, J. Faggot communiqua à l'Académie des sciences de Stockholm j des observations sur le moyen de garantir le bois do l'action du féa et de la I pourriture. Ce moyen consistait à imprégner le bois d'une eau dans laquelle oo avait dissous de l'alun, du sulfate de fer ou un autre sel astringent. Salberg. en 1744, entra dans de plus grands développements sur cette question.

fiillcaïUaUon. — Depuis une vingtaine d'années, M. KuhlmaDa, de Lille, a donné une nouvelle importance au silicate de potasseï en

DE LA SILICATISATION. 487

l'en senant avec succès pour durcir la pierre à bAlir, le plAtre, et pour Bxcr des matièret colorantes à la surface des pierres, du verre, des métaux, du papier et des tissus.

Ce »Tant chimiste a été amené à ces importantes découvertes par l'atSiûté de la chaux pour la silice. En délayant cette matière alcaline ou de la craie en poudre dans une solution de silicate de potaese, il obtient un mastic durcissant au contact de 4'air. La craie, en moi-ceaux ou en pSte artificielle, étant plongée dans la même liqueur, puis evpo- Hée à l'air, perd sa texture poreuse, devient compacte et acquiert une dureté excessive. Le rôle de l'air, dans ce cas, est de séparer, par son acide carbonique, une partie de la silice du silicate, et cette silice, en présence d'une sunisanlc quantité de carbonate de chaux, passe à l'état de silicate de chaux .

Cette Iransrormaiion remarquable des calcaires tendres et poreux en pierres dures, a été nommée par H. Kuhlmann, Silicatxsttiifn. Vous comprenez focilement l'immense parti que l'art de bâtir peut en tirer. Des ornements inaltérables à l'humidité, et d'une grande dureté, peutenl être obtenus ù des prix peu élevés; et, dans beaucoup de cas, un badigeonnage fait avec une dissolution de silicate de potasse peut sertir A préserver d'une altération ultérieure d'anciens monuments conslniils en calcaire lendie; ce même badigeonnage peut devenir d'une application générale dans les contrées où, comme en Champagne, la craie forme presque l'unique matière propre aux constructions.

Le même procédé, appliqué au plâtre, lui donne la dureté du marbre.

Dans les travaux du nouveau Louvre, on a utilisé l'ingénieux mof en de M. Kuhlmann : les statues de pierre qui en ornent les façades ont reçu des couches de sa dissolution siliceuse. Il en a été de même pour les principaux ornements de Notre-Dame de Paris.

Dans l'opération de la silîcatisalion, certaines pierres restent trop blanches, do» que certains calcaires ferrugineux prennent une nuance trop sCHUbre. Dans le premier cas, on remédie h, l'inconvénient en fai- Mot usage du silicate double de potasse et de manganèse; dans le second, en mélangeant au silicate simple de potasse un peu de sulfate de baryte artificiel, qui entre en combinaison avec le silicate de chaut formé.

Pour remplir les Joints, M. Kuhlmann emploie un mortier obtenu avec du silicate de potasse et de la pierre calcaire, le tout réduit en poudre fine avant son emploi et appliqué à l'étal de pâte liquide.

Craigiiaiit que la potasse, qui devient libre dans la silicatisation des pierres, ne finisse par éprouver la nitriflcation (bien que, depuis 184f, des pierres silicalisécs n'aient fourni aucune trace de salpèlre), et poi r éviter, en employant la soude, les efllorescenccs que celle-ci provoque, H. Kuhlmann a eu l'idée d'enchaîner la potasse dans une combinaison tout & Tait insoluble au moyen de l'acide hydrofiuosilicique. Pour cela, après la silicatisation des pievres tendres et poreuses, il les imprègne

d'une dissolution de plus en plus forte de cet acide, ce q^uî donne liea à un fluosilicate de potasse insoluble, et prévient la formation ultérieure du salpêtre, aussi bien que toute humectation*

Les matières colorantes minérales qui servent dans la peinture, soit en détrempe, soit à l'buile, possèdent, comme la chaux, la propriété d'absorber l'acide silicique, en sorte qu'en les délayant dans du silicate de potasse et les appliquante au pinceau sur les surfaces à peindre, que ces surfaces soient en pierre, en bois, en verre, en porcelaine ou en métal, ces couleurs y adhèrent solidement et acquièrent très-rapidement une dureté excessive. Elles supportent impunément l'action de Fair et de Teau. Le silicate de potasse offre donc l'inappréciable avantage de supprimer l'huile cuite et l'essence de térébenthine, qui sont les excipients ordinaires des couleurs de la peinture dite à l'huile. Au double point de vue de l'hygiène et de l'économie, il y a là un immense progrès.

Sur verre, les couleurs préparées au silicate de potasse ont une demi-transparence qui permet de les utiliser dans la confection des vitraux, sans qu'il soit nécessaire de les vitrifier par l'action du feu.

M. Kuhlmann a encore appliqué ses procédés à la fabrication des papiers peints, à l'impression typographique, à celle des étoffes, à la dorure, etc. La manière d'opérer diffère très-peu du mode habituel pour chacun de ces cas. Avec le silicate de potasse, on fixe facilement sur les tissus l'or, l'argent en poudre ou en feuilles, l'outremer et les autres substances insolubles, pour lesquelles on a employé Jusqu'ici l'albumine, Les tissus ainsi imprimés peuvent être soumis au lavage et au savonnage, sans que les couleurs en soient aucunement altérées.

Fabrication dce silicates alcalins. — Dans ses usines du département du Nor.l, M. Kuhlmann il organisé la fabrication du silicate de potasse avec assez d'économie et sur une assez grande échelle pour permettre bientôt à chaque architecte d'effectuer la silicatisation à un prix qui ne dépassera pas i fr. par mètre carré de surface, et à chaque peintre décorateur d'en recouvrir les murs et les lambris à des prix qui ne dépasseront pas ceux des peintures ordinaires. La préparation de ce sel est devenue aussi simple que possible, puisqu'elle consiste à faire réagir à chaud, sous la pression de plusieurs atmosphères, la lessive caustique de potasse sur le silex pulvérisé ; la dissolution s'en opère, dans ces conditions, avec une merveilleuse facilité. Le silicate de potasse est livré au commerce en solution marquant 35®, au prix de 30 fr. les iOO kilogrammes.

Depuis 1852, le silicate de soude joue un assez grand rôle dans les fabriques d'indiennes de France et d'Angleterre comme sel à bouser. Je reviendrai plus tard sur cette application. On le trouve, dans le commerce, ou en masses translucides de couleur jaune de succin, ou en dissolution concenti*ée marquant 43^

DE LÉTAIM. 489

Oq peut a'en tenir arec avantage comme corp« collant ; il est, eoui

ce rapport, eupérieur à ceui qu'on a emplof ég Jusqu'ici pour réunir dei

h-agmeuts de verre et de porcelaine, pour recoller les vases de cetle

nature qui ne sont pas detlinés à recevoir de l'eau bouillante.

D« l'ÉUIa.

fllat*rl«>r. — La connaissance et la mise en œuvre de l'étain, preiqu'à l'enfance des Sociétés asiatiques, tes plue anciennes du monde, n'ont rien qui doive surprendre. II est trés-abondanf, sous forme d'oxfde, en Perse, en Chine et dans les Indes, et il te trouve, comme l'or, dans les terrains d'alluvion dont l'exploilulion est frës-facile. De pluSjle traitement du minerai n'offre pour ainsi dire aucune difHculté, puisqu'il suflil delechaulTiir avec du charbon dans un petit fourneau grossier pour obtenir pi-omptemeal un culot mélallique. Enfîn, il faut si peu de clialeur (.'28°) pour fondre celui-ci que lorsqu'il'est en cet état on peut le couler sur du papier ou du linge sans briller ces matières organiques.

Cette facilité d'extraction et de travail explique très-bien comment il se fait que les Espagnols, en pénétrant au Mexique, trouvèrent le mémo mêlai dans les mains des indigènes, sous forme de monnaie, ce qui implique l'ancienneté de son usage.

Longtemps avant l'ère chrétienne, les navigateurs phéniciens et carthaginoie, après avoir traversé le détroit de Gadès (Cadix), allaient s'approvisionner d'étain, de cuivre et de plomb, auxl>s CassUéridfS, situées dans l'Atlantique, h l'angle sud-ouest de la Grande-Bretagne, et qui ne sont autres que les tles Sorlingues (en anglais Scilly) de nos Jours, en face do comté de Coruouailles (I),

Après la destruction de Carihage par le^ Romains, ce furent les Phocéens de Marseille qui s'emparèrent de ce commerce, et ils transportaient l'étain anglaise Narbonne qui devint ainsi l'entrepôt général de cette marchandise.

L'tspagne, sous la domination l'omainc, fournissait aus^i à l'Europe et à l'Afrique des quantités assez considérables d'élain.

.aujourd'hui, ce métal provient surtout des anciennes mines lïe

[I] L'anecdote suivante racontée par Scrabon moulre que les Pliénicicns li.

ruent un grand bénèfirc du commerce do l'étain et des autres inélaui avec les habitants des Sorlingues et de Ciirnouaillea et voulaient on conserrer le monopole i 1 Dans les temps tes plus anciens, dit le géographe d'Amasis, les Phéniciens étaient les seuls qui fusaient le commerce de ces lies, qu'ils avaient soin de cacher aux autres. Ils furent une fois suivis par un vaisseau romain qui voulait découvrir où ils allaient ; le capitaine, s'en apercevajit, ht donner aon bïiimeiit dans des bas fonds, oïl les Bomains qui le suivaient furent pris, et d'où le Phénicien s'écbsppa en faisant Jeter il la mer une partie de sa cargaiton. Ses concitoyena furem si aatisfaits de sa conduite, qu'ils lui firent payer d(.'S dommages par la trésor public » (Strabon, lit, p. llb.)

490 TttENTE-TnOISlËUB LEÇON.

Devon el de Comouailles, qui sembleni inépoliables, de celles de la Bohême et de la Saxe, qui out commeucé à être exploiléei vert le milieu du treiiième siècle, du Mexique, et enBn desminei de la Halaisie, c'esl-i-dire de la presqu'île de Halacca, qui paraissent les plus étendues el les plus riches du monde. Ce fut seulement au commencement du siècle dernier qu'on découvrit, par hasard, les gisements de Banca, les plus productifs qu'on ait encore trouvés. C'est par la voie des Pays-Bas que l'Europe et même l'Amérique reçoivent la plus grande partie de l'étain provenant de la Malaieie.

Les chiiïres suivants vous donneront, Hcssieun, une idée de la production relative des mines d'étain de ces divers pajs :

Des mines de l'Angleterre, oa retire «nnuellemcnt l,f04,I00 kil. de méUI.

Des mines d'Allemagne 410,000 —

Des mines de la presriulle el de l'arcliipel matais. 3,450,000 —

filât patarel. — Le minerai qui constitue toutes ces mines est un

des oxydes de l'étain, celui que les chimistes nomment Adtk itoint^uc, SnO', et les minéralogistes CassiUrile, qui rappelle le nom grec de ce métal, cassileros (<}. U se montre en filons a, a ifig. S23],ou en amas

Fis-

puissants, dans des roches graphiloides 6, 6, *, ou sous forme de grains, de morceaux roulés dans des sables d'allution : c'est sous ce dernier état qu'il est le plus pur ; l'élain de la Malaisie ou des Indes, comme on l'appelle, appartient k cette catégorie.

La France ne possède que de faibles gîtes de ce minéral dans la

(1) Le mot frantsis Élain dérive du nom latin Slannum qu'on retrouve plus ou moins roconnaisMbtv dans toutes les langues européennes : ainsi slaett en celta ou breton, ilagno en iialteti, «ifaiio eu espagnol, zin en altemand, tin en anglais.

DE l'éTAIN.

Ixlre-lnrérieure, le Morbihan, la Creu«e et la Haule-Vienne. Tous ont été exploilés dans des temps Tort reculés ; de aos Jours les seuls qui le ■oient encore sont ceu\ de Pîriac, à l'emboucbure de la Vilaine et de la Loire, sur le rivage mfme del'Océan.etceux de Yautry, pr^s de Limoges; niaifl leur production est insigniflanle : aussi est-ce de l'élrunger que lu France lire annuellement les 3 ou 4 millions de kilogrammes d'étain dont elle a besoin.

EztraeiioB. — L'extraction du mêlai de son minerai est assez simple, surtout quand celui-ci provient des terrains d'alluvion. On trie, on bo-

carde les grains et cailloux rouléi, on lave ensuite la poudre sur des tables ou dans de grandes auges (Afi.fî!!^} pour enlever les matières terreuses, puis on la mdle avec du charbon de bois et on la jette dans un Tourneatl d'une Torme spéciale, dit foumean dnuinche, parce qu'il est alimenté par un soufflet {manika, en langue catalane). Ce roumeau(;!g.623)est uncflindre vertical J, J, en fonte, revêtu d'ai^ile, de 3 mètres ; dehauteur, dans lequel une macliine souillante lance de l'air par la tuyère D,

L'oxyde d'ëtain est réduit par l'oxyde de carbone qui se forme dans le bas du fourneau F, et, l'étain métallique liquéfie coule avec les scories tluidifiées dans un premier bassin I, placé <( ruxlëricur. On enlève de temps en temps les scories qui

montent à la surface du bain, et quand celui-ci remplit complètement le bassin, on débouche le trou de coulée pour que le métal passe dans un second bassin, dit de réceptim.

Là, rétain laisse déposer les métaui: étrangers (fer, cuivre), moins fusibles; on réduit les dernières traces d'oxyde et on isole les crasses encore interposées, en plongeant dans le bain, au moyen d'un chtois de fer, des morceaux de charbon mouillé, ou des fragments de bois vert ; l'eau qui se dégage en vapeurs, ou les gaz provenant de la carbonisation du bois, agitent toutes les parties métalliques et entraînent à la surface les matières étrangères. Enfin, on enlève les crasses et on coule l'étain dans des moules pour le livrer au commerce.

Lorsque le minerai provient de filons, on le soumet, avant son traitement par le charbon, à un grillage dans un fourneau à réverbère pour brûler et vaporiser l'arsenic, et décomposer les sulfures de fer et de cuivre qui l'accompagnent toujours; on jette la matière encore rouge dans des cuves pleines d'eau pour dissoudre les sulfates de fer et le cuivre formés pendant le grillage. L'oxyde d'étain $e dépose, en mélange avec des oxydes de fer et de cuivre ; mais comme ces der^iiers sont bien plus légers, on les sépare en majeure partie par des lavages sur des tables.

Imparelé de l'étais. — Parlfleatlon. — L'étaîn obtenu dans ce dernier cas est généralement allié à de petites quantités d'autres métaux, tels que fer, cuivre, plomb, antimoine, zinc, bismuth, et il renferme en outre plus ou moins d'arsenic. Ce sont surtout les étains d'Allemagne et du Mexique qui sont les plus impurs.

Deux procédés sont employés en grand pour purifier ce métal. L'un d'eux, connu sous le nom de liqiation, consiste à placer le métal impur sur la sole inclinée d'un four à réverbère à une température un peu supérieure à celle qui est nécessaire à la fusion de l'étain. La plus grande partie de celui-ci s'écoule hors du four, tandis qu'il reste sur la sole, comme étant moins fusible, un alliage d'étain et de tous les métaux étrangers.

L'autre procédé d'afflnage consiste à fondre le métal impur dans un f(fur où l'air n'a qu'un acci>s limité. Dans ces conditions, les métaux étrangers s'oxydent de préférenje avec une partie de l'étain, tandis que la majeure partie de ce dernier se maintient à l'état métallique; on enlève les crasses de la surface du bain avant de le diriger dans les moules.

lais de l'élaln commereiftl. — Les marchands jugent de la qualité de l'étain en le fondant à une douce chaleur et en examinant l'aspect de sa surface au moment où la solidification a lieu.

L'étain le plus pur est le plus bîan:, le plus brillant, et celui qui présente le moins d'indices de cristallisation.

DE LÉTAIN. 493

Si la surrace du mêlai figé est d'un blanc mat et ofTre des ramificaliom cri»lalliDêï, il est allié à des mélaux élrangcrs.

[| n'y a qu'un seul moyen d'avoir de l'étain abtolumenl pur, c'est de réduire par le charbon dans un creuset biasqué l'acide tIanniquK préparé arliSci^llement.

V»Tlél^ GoHmcrrialca. — Voici les diverses espèces d'étain du commerce, avec leurs caractères spéciaux, leurs modes d'emballage et leur destination.

(• Étain anglais. — Vient du comté de Coroouaillcs. (^mprend quatre variétés ;

A. Étain anglais ordinaire. Arrive sous diverses marques ; la plus anciennement connue est celle du mouton. — Dur, d'une aseei grande pureté, assez Tucile à Tondre et b Iravuiller, d'une blanc mal, quand il est coulé depuis peu.

Emballage. Dlocs de 150 à HO kil. — Lingots de 30 h 40 kil. — Baguettes de la grosseur du doigt, longues de 48 ii 40 ccnlimilre!', et du poids de I2i ik 131 grammes. Sous celle dernière Tonne, il est mis en baril» d'eniiron 200 kilogr.

EmjJoi. Poterie d'étain. Étamage du fer-blanc. Boutons de troupe. Alliages.

B. Étain amjlais raf/inf. D'un blanc plus pur que le précédent, plus souple, plus flexible, plus fusible, ayant un demt-brilluTil dont on lire p rii pour l'emploi qu'on en Tait.

Emballage, l'atame le premier.

Emploi. Élamoge des ustensiles de cuisine et du Ter-blaoc demibrillanl.

C. Êtaiii grain. Brillant supérieur au\ précédents; possède toutes les qualités du métal au plus haut degré de pureté.

Emballage, Comme le; précédents, en blocs cl en lingots. , Emploi, Teinture, fabrication des couleurs, élamage du Ter-blanc brillanl et des glaces.

D. Ètain grain en larmet. Supérieur au précédeni ; d'une pureté par- Taile ; présente l'apparence d'une cristallisation brillante et régulit^re.

Emballage. Barils de divers poids.

Emploi, Opérations les plus délicates, et surtout la teinture.

a'ÉTAiNBANCA.—Derile de Banca,danslamerdes Indes. Deux variétés:

A. Él'iin Banca brillant. Doux, souple, ductile, élastique, ployant, facile à fondre el à laminer, d'une très grande pureté et d'un blanc bleuâtre éclatant.

Emballage. Saumons d'environ 30 kilogrammes. Emploi. Ëtamagc du Ter-blanc brillant et des glaces. Teinture et produits chimiques.

B. Etain Banca terne. Couleur terne qui indique la présence d'un métal étranger.

Emballage. Comme le premier.

Emploi. Peu employé à cause de son infériorité.

3<> ÉTAiN Malacca.— De la presqu'île de Malacca. Rare dans le commerce. Le premier de tous les étains. Trôs-brillant, doux, souple, flexible, ductile, léger et d'une pureté parfaite.

Emballage. Blocs de forme carrée avec les quatre angles retroussés, pesant de 500 grammes à i kilogramme et appelés chapeaux. Barils de

divers poids.

Emploi. Propre à tous les usages, plus particulièrement à la teinture et à rétamage des glaces.

4® Étain du Mexique. — Un des moins estimés.

Gris noirâtre, dur, sec, cassant, non ductile, et allié à plusieurs métaux étrangers.

Il y en a de deux qualités : Yétam brillant et Vétain terne.

Emballage. Arrive par la voie de Bordeaux en blocs de 25 kilogr.

Emploi. Différents usages métalliques. Raffiné, il peut remplacer Vélain anglais ordinaire.

5<» ÉTAIN d'Allemagne. — Vient de la Bohûme, de la Saxe. C'est le plus inférieur de tous, en raison de la plus grande proportion de métaux étrangers.

Il a les mêmes caractères que celui du Mexique.

Emballage. En blocs et en saumons de divers poids.

Emploi. Alliages. Peu employé à cause de son infériorité.

Caractères dUtlncilfs. — L'étain est un métal blanc, qui se rapproche de l'argent par son aspect et son éclat, mais il se ternit trèspromptement à l'air par une oxydation superficielle.

Il communique aux doigts une odeur particulière.

Quand il est en baguettes, on le ploie aisément, mais alors il fait entendre un craquement qu'on appelle le bri de Vétairiy et qui est d'autant plus fort que le métal est plus pur; ce bruit est dû au brisement des cristaux rudimentaires que renferme la masse (i).

Il est mou et très malléable; on peut le réduire par le battage en feuilles excessivement minces.

Lorsqu'on le maintient en fusion dans un tôt au contact de l'air, il brûle comme de l'amadou, se couvre d'une pellicule grisâtre qui consiste en protoxyde, SnO, et qui se renouvelle à mesure qu'on l'enlève ; en continuant à chauffer, cet oxyde absorbe une nouvelle dose d'oxygène et se change en une poudre blanchûtre qui est du bioxyde ou acide stannique SnO*.

(1) Ce caractère n'appartient pas uniquement à Tétain ; le zinc pur et môme

en est de bismuth^

le zinc du commerce le possèdent également, d'après M. Boutigny ; il en est de même du cadmium coulé en petits lingots, d'après Lassaigne, et du bis

d'après Chaudct.

DE l'étain. 495

C'est cet acide, ainsi produit, qu'on appelle vulgaîremenl potée, et qu'on fuit servir A la fabrication des émaux ; on s'en servait jadis pour ]iolir les glaces.

Ilabilnellement on ajoutait un peu de plomb à l'étain qu'on voulait convenir en potée, de sorte que celle-ci était alors un slannaU d'oxjde de plomb. L'addition du plomb rend l'oxydation de l'étain beaucoup plus prompte, probablement & cause de l'ailinité des denx o\jdei; et en cITet, lorsqu'on cbaufTe au rouge un alliage de ces deux métaux, il l'enllamme et continue A brûler tout seul ; il se fait alors un stannate d'oxyde de plomb.

il n'est aucun de vous qui n'ait regardé ces ouvriers nomades, ces ittfistoJeunoa étameurs (<) qui, au coin des i-ues, refondent les vieilles cuillères d'étain, cl qui ne les ait vus enlever avec soin, de la surface du métal fondu, celle pellicule grisâtre qu'ils appellent la crasse. Plus ils chauffent, plus ils en obtiennent, et plus, par conséquenl, ils rajoutent d'étain à celui qu'on leur a donné. C'est là un double bénéQce pour eux,carcelle crosse, qu'ils ont l'air de dédaigner, leur fournit de l'étain pur, lorsqu'ils la calcinent avec du charbon ; ce qu'ils ne manquent pas de Caire, quand ils ne sont plus sons les yeux du public,

L'étain est un des m6taux les plus fusibles, car on peut le couler, dans son état de fusion, sur du papier ou du linge sans brûler ces matières organiques.

En raison de sa mnllessc, on ne peut le iréduire en poudre par la percussion. Pour l'avoir dans cet état, on le fond, on le coule dans une boite sphérique, dite botte à tavonnelte, et on l'agite vivement jusqu'à ce qu'il Boit solidifié; on passe ensuite au tamie pour sépareriez grenailles de la poudre fine. Aux Indes, on coule le m6tal fondu dans un bambou Iravei-sé, dans tous les sens et dans toute sa longueur, par un grand nombre de chevilles, et on imprime au bambou un mouvement rapide de va-et-vient. On oblienl ainsi une poudre impalpable qui sert à faire, sur le bob, des dessins auxquels on donne un vif éclat métallique, A l'aide d'un brunissoir en bois dur,

I.e meilleur procédé, loulefoig, pour avoir de l'étain Irès-divisé, c'est de le précipiter de ses dissolutions salines fi l'aide de lames de zinc

(1}C<» ouvriers, qu! descendent des montagnes dei'Auvergne.de laForCt-Noire, dïs Alpes et de la Hardi, sont désignés sous le nom i'fpingHtrt dans quelquesunes de nos provinces, et sous celai de ma;n;>f((, ou de PAi-«roux dans d'autres. Ils forgent, ils fondent et soudent tes métaux, font des clous, des pointes, Vxraudent des vis, raccommodent Ips serrures, nettoient les horloges, lont des couteaui, restaurent tes écumoires, rapiècent et élament les vaies de fer-blanc, ds fer battu, de cuivre, rhabillent les parapluies, rajustent les vases de faïencebrisés, moulent la fonte cl pratiquent mâme la fonte de l'acier. Obligés à voya^r arac un ittirail forcément réduit au strict nécessaire, ces artistes cumulsrds n'en sufOsenl pas moins ï tout. Ils ont dCi eiiater de tout temps, et ce sont probablement les premiers méuUurgisles connus. (Fourncl, Du mintar, son rû/e ttioiiin/lu:nixsur let progrè* de ladvilisalhn. 1 vol. in-è, Lyon, IStl.)

{fiy. 626) ; il est alors en poussière noire et sans éclat ; on rapplique sur le papier, et, par un lustrage, on obtient ce que l'on appelle le papier ètamé.

L'étain esta peine attaqué parracidesulfurique, mais l'acide aiotique

Fiç. 6Î6. — Précipitation de l'étain de ses Ffç. Cf;7. — Réaction de l'étain for l'aeîde

dissolutions par une lame de linc. axotique.

du commerce agit sur lui avec une si grande Tiolence, m^me à froid, que les alchimistes disaient que reau-forte dévore ce métal (fig. 6î7). Il se trouve converti en une poudre blanche insoluble, qui est un hydrate d'acide stannique, 5 (SnO*,2 HO), que l'on désigne sous le nom d'acide métastannique. Il y a toujours, dans ce cas, comme je vous l'ai déjà dit, formation d'une certaine quantité d'ammoniaque. Ce qu'il y a de curieux, c'est que l'acide azotique monohydralé n'a aucune action sur le métal ; mais aussitôt qu'on y ajoute quelques gouttes d'eau, l'attaque se produit avec une grande énergie.

L'étain se dissout trùs bien dans les dissolutions alcalines concentrées et bouillantes, en donnant lieu à un dégagement d'hydrogène et à la formation de st'innùtes solubles, par suite de la décomposition de l'eau. II se dissout également bien, par suile de la même cause, dans les solutions concentrées de sel ammoniac, d'alun, de sulfate de potasse, etc.

Chlorares d'étaln. — De mi^me qu'il y a deux oxydes de l'étain, un protoxyde SnO et un oxacide SnO*, dont il vient d'ôtre question, de même aussi il y a deux chlorures, ainsi composés :

Protochlorurc. Bi ou Pcrchlorure

Étain 62,39 45,34

Chlore 3:,(il &4,G6

IO<ViO 100,00

Symboles SiiCI SnCl*.

VE LÉTAIN.

Cgb chlorures, en raison de leur cmptoi t^uenl dans la leinture et Vimpreseion des tissus, méritent de nous arrëler pendant quelques instants.

I.Le protocMorure s'obtient en traitant l'étain en grenailles par l'acide chlorhjdrique concentré. On opère dans des vases de grès que l'on chauBe au bain de sable ; l'étain doit toujours être en excès. La réaction est très-vive ; il se dégage avec elTervescence du gaz hydrogène doni l'odeur ost tétide. Lorsque l'acide est saturé, on décante la dissolution que l'on concentre à 60 ou 06°; elle se prend en masse cristalline par le refroidissement. C'est là le sel d'étain du commerce

On pourrait l'avoir en octaèdres volumineux bien réguliers conlonant 2 équivalents d'eau : SnCl,2 HO ; mais les teinturiers et les indienneurs ne voulant employer que celui qui est en petites aiguilles brillantes, on est obligé de concenlrer assez les liqueurs pour avoir une cristallisation en musse.

Ce composé, blanc, d'une saveur astringente très-rorte, d'une odeur caractéristique qu'on a compai-ée b celle du poisson pourri, a une réaction trè&^aeidc au tournesol. Il faut le conserver à l'abri de l'air; car autrement il jaunit, il absorbe de l'oxygène, de l'humidité, et donne naissance alors à un mélange d'acide atannique, de biclilorure d'étain et d'acide chlorlijdrique.

Sa dissolution aqueuse s'altère encore plus vile, aussi ne doit-on la faire qu'au moment de s'en servir. Il faut toujours aciduler l'eau dans laquelle on veut le dissoudre, car l'eau pure le décompose en partie, en précipitant une poudre d'un blanc JauuAIre, qui est un oxychlorure : SnCl + SnO,

Le carartère essentiel de ce composé, c'est d'enlever l'oxygène et ie chlore à tous les corps t ,

quiensonlsaturés.Voilàpourquoiil joue unrAle '

si imporiant dans les laboratoires et dans les ateliers des indienneurs. Son action réductrice s'exerce même à froid ; en voici la preuve:

Je projette une certaine quantité de ce composé dans de l'acide .azotique concentré; immédiatement vous voyez apparaître des torrents de vapeurs rutilantes {fig. 628).

Je verse quelque peu de sa dissolution dans cette liqueur d'un rouge intense qui contient du permanganate de potasse ; aussitôt la couleur disparaît, parce que l'acide permanga ni que rouge redescend à l'état de protoxydc de manganèse incolore.

Les composés ferrugineux forment, comme v de rouille très-penistantes sur le linge; imbibez les endroits tachés

GlIASblK. — 11. 31

s le savez, des taches

496 TRlflNTE-TROISlÈME LEÇON.

(fig, 626) ; il est alors en poussière noire et sans éclat; on l'applique sur le papier, et, par un lustrage, on obtient ce que Ton appelle le papier étamé.

L'étain esta peine attaqué parl'acidesulfuriquey mais l'acide aiotique

Fiç. 626. — Précipitation de l'étain de ses Fiç. ^^j, ^ Réaction de l'etain sur l'acide

dissolutions par une lame de zinc. azotique.

du commerce agit sur lui avec une si grande violence, m^me à froid, que les alchimistes disaient que Teau-forte dévore ce métal (fig. 627). Il se trouve converti en une poudre blanche insoluble, qui est un hydrate d'acide slannique, 5 (SnO*,2 HO), que Ton désigne sous le nom d'aiide métastannique. Il y a toujours, dans ce cas, comme je vous l'ai déjà dit, formation d'une certaine quantité d'ammoniaque. Ce qu'il y a de curieux, c'est que l'acide azotique monohydralé n'a aucune action sur le métal ; mais aussitôt qu'on y ajoute quelques gouttes d'eau, l'attaque se produit avec une grande énergie.

L'étain se dissout tri^s bien dans les dissolutions alcalines concentrées et bouillantes, en donnant lieu à un dégagement d'hydrogène etàla formal ion de stonnates solubles, par suile de la décomposition de l'eau. II se dissout également bien, par suile de la môme cause, dans les solutions concentrées de sel ammoniac, d'alun, de sulfate de potasse, etc.

Chlorares d'étaln. — De mi^mc qu'il y a deux oxydes de l'étain, un protoxyde SnO et un oxacide SnO*, dont il vient d'être question, de même aussi il y a deux chlorures, ainsi composés :

Protochlorurc. Bi ou Pcrchlorure

Étain 62,39 45,34

Clilorc 3:,(;i &4,G6

Symboles SnCl SnCl*.

DE l'étain. 497

Ces chlorures, en raison de leur emploi fréquenl dans la teinture et l'impression des tissus, méritent de nous arrêter pendant quelques inglanls.

t. Le protûcMorure l'oblient en traitant l'étain en grenailles par l'acide chloihydrique concentré. On opère dans des vases de grès que l'on chauBe au bain de sable; l'étain doit toujours âtre en excès. La réaction est très-vive ; il se dégage avec effervescence du gaz hydrogène dont l'odeur est Fétide. Loraque l'acide est saturé, on décante la dissolution que l'on concentre à 60 ou t)6°; elle se prend en masse ciislalline par le refroidissement. C'est là le sel d'étain du commerce.

On pourrait l'avoir en octaèdres volumineux bien réguliers contenant 2 équivalents d'eau : SnCI,2H0; mais les teinturiers et les indienneurs ne voulant employé^ que celui qui est en petites aiguilles brillantes, on est obligé de concentrer asses les liqueurs pour avoir une cristallisation en masse.

Ce composé, blanc, d'une wveur astringente très-forte, d'une odeur caractéristique qu'on a comparée â celle du poisson pourri, a une réaction trè»^ucide au tournesol, tl faut le conserver à l'abri de l'air; car autrement il jaunit, il absorbe de l'ovfgène, de l'humidité, et donne naissance alors à un mélange d'acide stannique, de bichlorure d'étain et d'acide chlorli)drique.

Sa dissolution aqueuse s'altère encore plus vite, aussi ne doit-on la faire qu'au moment de s'en servir, il faut toujours aciduler l'eau dans laquelle on veut le dissoudre, car l'eau pure le décompose en partie, en précipitant une poudre d'un blanc jaunâtre, qui est un osychlorure : SnCI + SnO.

Le caractère essentiel de ce composé, c'est d'enlever ro\ygène et le chlore à tous les corps ^ , ,

qui en sont saturés. Voilà pourquoi il Joue un râle '

si important dans les laboratoires et dans les ateliers des indienneurt. Son action réductrice s'exerce même ù froid ; en voici la preuve :

Je projette une certaine quantité de ce com- '■'*^f

posé dans de l'acide .azotique concentré; immédiatement vous vojez apparaître des torrents de vapeurs rutilantes (/ig. 628).

Je verse quelque peu de sa dissolution dans cette liqueur d'un rouge intense qui contient du permanganate de potasse; aussitôt la couleur f. ^^^^ ^j,j^„ j^ disparaît, parce que l'acide permanganique rouge pnxocbiorun dytiin redescend à l'état de proloxyde de manganèse *" ' "'''' """i"'incolore.

Les composés ferrugineux forment, comme vous le savez, des taches de rouille très-persistantes sur le linge ; imbibez les endroits tachés

ClStRDlN. — II. SI

îioo

rure double, qu^on prépare en dissolvant dans l'eau I équivalent &a chlorure de potassium ou de sodium, ou de sel ammoniac avec 1 équivalent de bichlorure d'étain. La liqueur, évaporée convenablement, laisse déposer de très-beaux cristaux octaédriques ou prismatiques.

Ces chldrures doubles sont désignés par les chimistes sous Je nom de chlorostannates.

Le bichlorure d'étain anhydre, qu'un chimiste allemand du seiiiéme siècle, Lîbavius, a Fait connallrc, csl sous la forme d'un liquide très-mobile, incolore, qui répand â l'air d'épaisses tbmëes blanches en absorbant la vapeur aqueuse ; de Ik le nom de liqueur fitm<mte de Libaviut qu'on lui donnait autrerois.

On le préparait d'abord en Taisant réagir un amalgame d'étain sur le bichlorure de mercure à l'aide de la chaleur. Mais on préTère aujourd'hui faire passer un courant de chlore sec sur de l'étain en grenaille placé dans une cornue de verre tubulée qu'on chauffe léfèremcnl. On se sert de l'appareil suivant (fg. 6Î9]. Le chlore produit dans

le hallon A, so lave dans le flacon B, se dessèche dans la colonne C, et arrive dans la cornue D par la tubulure ; il s'unit à l'étain avec ignition, et le bichlorure qui en résulte distille et vient se condenser dans le récipient L refroidi par un filet d'eau. Mais comme il est coloré en jaune par un excès de chlore, on le reclille sur une petite quantité do mercure ou de sel d'étain.

DE l'ëtain. 501

Lonqu'on verse de l'eau dans le bichlorure anhjdre, il te précipite oussit6t une poudre blanche, qui est de Vaeide slannique, mais dans uo élat moléculaire dilTérent de celui qu'offre l'acide obtenu par la réac- tion de l'acide azotique sur l'étaîii. Sa formule est en effet: SnO',H0.

Pour distinguer ces deux variétés isomériquet du mfime composé, on conserve à la première le nom i'acide tttmniqtie, et on donne à la seconde celui d'dci'de mitasUmnique . Celui-ci, plus stable, se dislingue par son insolubilité dans les acides étendus, et par sa Taible capacité de saturation. Tous deux, d'ailleurs, quand ils sont secs et pun, contiennent les mf mes proportions d'oxygène et de métal, soit : 21 ,39 du premier et 78,61 du second.

■iftBMftlea eMrl«|éa dava l*lM«l«*trle. — Plusieurs stannates ou métastannates sont utilisés dans l'industrie. Ainsi, les teinturiers de l'Angleterre et de l'Allemagne font usage, depuis plusieurs années, du itanttate de soude comme mordant pour la teinture des fils et des tissus de coton, en rose et rouge de Brésil, lilas et violet de campffche, etc. On obtient ce sel en projetant de l'étain dans un mélange de soude caustique el de nitrate de soude chauffé vivement. Le métal passe à l'état d'acide mélastannique au moyen de l'oxygène de l'acide azotique. — Ce ael est blanc, de saveur alcahne ; il est trèssoluble dans l'eau, plus à froid qu'à chaud ; aussi sa dissolution se Irouble-t-elle par l'ébullilion. 11 peut cristalliser en tables hexagonales.

Les fabricants de faïence de l'Augleterre emploient, depuis longtemps, sous le nom de pnk-colour, une couleur rose qui donne, par impression sous vernis, ces ornements délicats el d'un rouge rosé agréable qu'on remarqué sur les faïences Gnes. Mous savons, grftce A U. Malaguli, que cette couleur est un slannale de chrome. On la prépare en mélangeant < 00 parties d'acide stanniquc, 34 de craie, et 3 à 4 parties de chromatc de potasse, auxquels on ajoute 5 parties de «lice et I partie d'alumine. On fait un mélange bien intime, qu'on expose à la température du rouge clair pendant quelques heures. La masse estd'un rouge très-sale, mais elle devient d'un beau rose en la lavant avec de l'eau faiblement acidulée pai- l'acide chlorhydiique.

En supprimant la craie, et calcinant à la température d'un four à porcelaine, on obtient une laque minérale d'une hellc couleur violette et fort stable, qui peut Hie apphquée non-seulement à la coloration des poteries et des papiers peints, mais aussi ii la peinture à l'huile et à l'aquarelle. M. Leykaufl la prépare en précipitant le bichlorure d'étain par le chromate neutre de potasse, laissant sécher le précipité sur une toile et chaufTant la masse jaune-brun&tre et translucide jusqu'au rouge. Cette laque fournit sur les poteries depuis le rose tendre Jusqu'au violet le plus sombre.

BUBlfari- 4'£t«lM. — Un autre composé de l'étain, le bisulfure, SnS', plus connu sous les noms d'or musiif ou musif, d'or mosaïque, d'or

de Judie, de brome des peintres, sert depuis des siècles dans la peinture d'ornement pour imiter les tons et les reflets du bronie, pour dorersur bois, pour bronzer les poteries et les statuettes de plâtre, pour faire la cire h cacheter de couleur d'or. Les phfsiciens rendent leurs machines électriques plus puissantes en frottant de cette même substance les coussins qui rnctionnent^le plateau de verre. Les médecins l'emploient contre k ténia ou ver solilain.

I.e bisulfure d'étain se présente soue la forme de lames bevagODftles brillantes, translucides, douces au toucher, d'une couleur Jaune de laiton tirant un peu sur le bronze.

On le prépare, depuis longtemps, â Nuremberg, de la manière suivante : On dissout (2 parties d'étain dans 6 parties de mercure, on broie cet amalgame avec T parties de Heur de soufre et 6 parties de ^I ammoniac, et on le chauffe doucement an bain de sable dans un malras ou balton de verre (t^g. 630) jusqu'à cessation de vapeurs blanches : on élèie ensuite la température peu à peu jusqu'au rouge obscur. Lorsqu'aprèi le refroidissement, ou casse le me- F!ç ne. — pr«|nriiii>D du bisuKun Iras, on trouve au fond le bisulfure <>'('"'•■ sous la forme d'une masse légère

composée de cea écailles Jaunes, d'aspect métallique, qui lui ont fait donner par les alchimistes le nom d'or massif.

Comme le mercure est très-cher, on peut le i-emplacer, en mt^me temps que rélain,pour celle préparation,par le tain des vieilles glaces, qui est un rebut chez les miroitiers, et dont le priii ne dépasse guère 3 r. le kilg.

Uaarea de l'étala. — Moins altérable que la plupart des autres métaux par l'air et les différents liquides, l'étain sert à confectionner une foule d'ustensiles pour l'usage domestique : des cuillères, des assiettes, des vases pour contenir les liquides. C'est l'argenterie du pauvre. Il sert aussi à étamer les casseroles.

On ajoute ordinairement du plomb à l'étain pour en diminuer le pri>; et le rendre plus facile à travailler. Voici la composition des principaUN alliages de ces deux métaux :

£uin. Plomb

Alliage pour les vases et mesures de capacitif. Vî |g

— pour cul:lèrpB, flambeaux, écritoire»,

sabliers, capsules de bouleillo?, etc. 80 it

— pour plats, vaisselle, fontaine, ctc 9J 08

— pour brill»iits de F»li'un ci i'J

DE LÉTAIN. Wi

ËOin. l'IuiDb.

Alliages pour joueis d'enbnta, eie 50 ùO

— pour feuilles des boIlM b thé, à enve-

lopper la chocolal, le sucre de pom-

■nes. le Ubu, etc 36 6i

— des lubes pour nses Bipboidea des fa-

bricants d'eaui gueusi^s ïOiiU 4t it 3'>

Lore de l'élablisscmenl de» nouvelles mesures métriques pour le» liquides, une Commission de chimiste» fui chargée de recliercher dans quelles proportions il était convenable d'allier ces deuK métaux pour que leur mélange ne fût pas nuisible h la santé. La Commission reconnut que l'on peut, sans danger, unir Jusqu'à tS partie» de plomb à 82 parties d'ëtain. En conséquence, le litre de l'âtain, pour la rabricalion des mesures et des vases de cuieine, fut fixé, par un arrêté du Gouvernement, A 82 centièmes, avec une tolérance de ( ceutième et demi.

S'il est vrai que cet alliage au titre soit presque inattaquable par l.i plupart des matière» alimentaires, il est certain aussi, quoi qu'on en ait dit , que, même à la température ordinaire, le vin, le vinaigre, le cidre, la bière, les eaux gazeuses enlèvent du plomb à tous les alliages dans lesquels ce dernier métal forme le cinquième de la masse.

Voilà pourquoi le Préfet de police de Paris, sur ta proposition du Conseil d'hygiùue, a rendu, le 23 février 1833, une ordonnance qui ne permet que 1 0 pour 1 00 de plomb ou de tout autre métal allié à l'ëtain pour les vases destinés A contenir, déposer ou préparer des aliments et des boissons, ainsi que pour les lames d'étaln qui recouvrent les comptoirs des marchands de vin. n serait à désirer que cette ordonnance fbt applicable à loule la France.

Comme le plomb est bien moins cher que l'ëtain, les potiers forcent autant qu'ils le peuvent la proportion du premier. Ainsi, il jr a beau- £Oup d'ustensiles cul in aires mis dans le commerce qui ont fourni à l'analyse des quantité» de plomb s'élevant jusqu'à 22, 39, 42 et même 79 pour 100. Vous concevcT! combien de tels alliages font courir de dangers à la santé pubhque.

Mai^graf, chimiste de Berlin, ayant avancé, en 1746, que Vétamage et la poterie d'élain étaientd'un usage dangereux eu raison de l'arsenic que l'étain renferme, l'alarme se répandit de toutes parts. Mais Bayen et Charlard, chargés par le Gouvernement de répéter les expériences du chimiste prussien, démontrèrent, en 1771, que les craintes qu'on avait sur la nocuité de l'ëtain de vaisselle n'étaient pas fondées, parce que la quanlité d'arsenic qu'il contient habituellement est toujours trop faible pour exercer une influence lâcheuse sur la santé. Bayen s'assura qu'une assiette d'étain, dont, depuis deux an», il faisait usage à tous ses repas, n'avait perdu que 21 centigrammes de son poids, et que l'arsenic qui pouvait être contenu dans ces SI centigrammes, enlevés plutôt par le récurage quotidien de l'assiette que par dissolu-

lion, ne montait pas probablement à plus d'un centième de milll« gramme par jour !

Les feuilles d'é tain, que Ton appelle job oupaUloH, dans le commerce, sont obtenues par le martelage ; mais pour qu'elles ne se déchirent pas sous le choc du marteau, on les met entre deux feuilles d'étain plus épaisses, en sorte que le choc reçu par la feuille supérieure se Iran»' met au\ feuilles intermédiaires, qui s'étendent sans se casser, queUe que soit leur ténuité. Pour avoir les paillons colorés, on étend à la surface de ces feuilles des solutions de carmin d'indigo, de carmin ammoniacal, une infusion de safran, etc., épaissies à la gélatine. La grande difficulté du travail consiste dans l'égalité des nuances.

Pour diminuer le prix des paillons, un Américain, M. Cooke, a imaginé, en 1854, de couler autour d'un lingot de plomb, maintenu au centre d'une lingotière, de l'élain fondu, qui se soude avec le premier ; ce double lingot dans lequel l'étain peut être en quantité trèsfaible, parce qu'il est tout entier à l'extérieur, est aloi-s soumis au laminage et étiré en feuilles aussi minces qu'on le désire, sans que le plomb s'échappe et se sépare de l'étain avec lequel il s'étend unifo^ mément. On obtient ainsi des feuilles qui peuvent être employées avec beaucoup d'économie pour un grand nombre des usages auxiiuels on consacre ordinairement de l'étain pur, ou des alliages riches en ce métal, comme les enveloppes à tabac, les capsules métalliques pour la fermeture des bouteilles, etc. Ces feuilles d'étain fourrées remplacent avec avantage celles que MM. Rousseau et Poisson, de Paris, fabriquaient avec un alliage d'étain, de bismuth, de zinc et de plomb pour préserver les appartements de l'humidité et empêcher la dégradation des papiers de tenture. Dans ce cas, on colle les feuilles tnétalliques sur les murailles, après les avoir enduites sur la face opposée d'un vernis gras. L'expérience a démontré l'efficacité de ces feuilles, puisqu'en 1844, les industriels que je viens de nommer en livraient à la consommation 40000 dans l'année, au prix de 2 francs le mètre carré.

Soudure des plombiers. — Mais de tous les alliages de l'étain, celui qui est consommé en plus grande quantité, c'est celui qui porte le nom de soudure des plombiers ; il se compose de i partie d'étain et de 2 parties de plomb. La soudure pour le fer-blanc renferme pour 1 partie d'étain 7 parties de plomb.

Soudure autog^ène. — Malheureusement la soudure des plombiers est rapidement attaquée par une foule d'agents chimiques qui respectent le plomb, et d'ailleurs elle est assez chère. Desbassyns de Richemont fils a eu l'idée de souder le plomb avec le plomb, c'est-à-dire d'opt^rer la réunion des parties à joindre par la fusion seule et sans addition d'aucun alliage, de telle sorte que la soudure et les morceaux soudésne forment qu'une masse homogène. Cette opération est pratiquée à l'aide de dards de flamme très-intense, rendus maniables comme de

DE LANTiMOINE. 505

v^ritablps outils, et qui «ont produïls au moyen du chalumesu A hydrogène el k air. Ce nouveau mode de soudure a reçu de son auteur le nom de toudure autogène, el il lui a valu une médaille d'or â l'Exposition des produits de l'industrie nationale en 1839.

Celte jolie invention rend d'immenses services à l'industrie. Désormais il n'y a plus de limites à la grandeur des tables de plomb d'un Kul morceau, sait coulé, soit laminé, puisqu'elle ne dépend plus que du nombre de celles qu'on veut réunir. Ainsi, les chaudières nëces- ■aires pour le rapprochement des acides et la concentration des dissoluIioQS salines, peuvent être Faites en plomb pur, quelle que soit leur étendue j il en est de même des bacs A dérocher les métaux, descristallisoirs, et généralement des vases de tous genres destinés à contenir des liquides pouvant attaquer les soudures à l'étain. La réunion immédiate du plomb permet encore de construire des serpentins li chauffage Tajlor ou à la vapeur pour les applications où le plomb doit être exclusivement emplovô, de doubler même des tubes en fer ou en cuivre, de telle sorte que la ténacité do ceux-ci se réunisse à la moindre altérabilité du plomb ; de recouvrir des vases en bois pour la conservation et le transport des acides, de l'eau de javelle. C'est surtout poucles fabriques d'acide sulfurique que la soudure aulogène est précieuse, car les chambres intégralement construiles en plomb pur ont une durée plus longue que celles soudées à l'étain, el rien n'est plus facile que de les réparer. L'invention de Desbassyns de Ricliemont est donc, comme vous le voyez, de la plus haute importance, et elle a été bien vile acceptée par les bijoutiers, les orfèvres, les fabricants de bronze, les émoilleurs, les dentistes, enOn par tûus ceux qui ont besoin de souder les métaux.

SLITE DES METAl'X DE LA QUATRIÈME SECTION. - MLTAU.\ DE LA CINQL'IÉME Sl^CTION.

SoHUAiPE. — Db I'Antimoike. — Sts oxydes, sulfure el chlorure. — Do ses nuiDbreui slliages. — PouJi-e J'Algarot/i, Kermij, Soufre doré ttanlimoine. — Du Cuivre i ses nombreuses espices minérales. — EitrMtiun. — Ses propriétés lËnéneuses. — Formation du Vert de gris ï la sui'face des vues de cuivre. — Hlamage. — Oiydes du cuivre. — Préparaliuii de l'azote et analyse de l'air par le cuivre. — Clilorures el sels de cuivre. — Carbonates, aïotaies, sulfates, arséniies et arséiiiaies. ,

Dti I'AbUmoIbc.

■Iiaiorlvae. — L'antimoine est un des métaux sur lesquels les Blchimistes ont le plus exercé leur patience. Sa couleur blanche, son

éclat métallique très-prononcé, leur avaient fait penser que sa transmutation en argent et en or serait facile. S'ils furent trompés dans leur attente, leurs longs travaux, toutefois, ne furent pas inutiles à la science ; car, en tourmentant ce métal de toutes les manières, ils découvrirent la plupart de ses composés, qui tous ont fourni à la médecine des remèdes très-puissants.

Les préparations antimoniales sont remarquables, en effet, par leurs propriétés émétiques et purgatives. Il en est deux surtout dont l'usage a survécu aux diverses révolutions médicales : c'est Vémétique (tartrate de potasse et d'antimoine), dont le nom est bien vulgaire ; c'est le AerméSy mélange d'oxyde et de sulfure d'antimoine. L'art vétérinaire fait encore aujourd'hui un assez grand usage des autres composés de ce métal.

Les anciens chimistes nommaient l'antimoine métallique régule itantimoine (i), et son sulfure antimoine cru. L'origine du mot antimom viendrait, dit-on, d'une circonstance assez singulière. Basile Valentin qui, le premier, sut extraire le métal pur de son sulfure et le proclama, sous le nom de Lion oriental, comme un remède à tous maux, ayant vu des porcs acquérir un embonpoint extraordinaire pour avoir mangé le résidu d'une de ses opérations sur l'antimoine, crut que ce ipétal pourrait rétablir la santé des moines de son monastère, exténués par les Jeûnes et les mortifications. L'administration de ce nouveau remède fut fatale à ces bons religieux, qui périrent en grand nombre. De là vint le nom d'antimoine (2).

Cela n'empêcha pas, cependant, que plus tard on ne tirftt parti des vertus remarquables de ce métal. Pendant longtemps on forma avec lui de petites balles que Içs malades avalaient pour se purger ; et, comme ces pilules servaient indéfiniment et se transmettaient, pour ainsi dire, en héritage, on les avait appelées pilules perpétuelles. On l'alliait aussi à l'étain pour faire des gobelets dans lesquels on laissait séjourner du vin qui acquérait ainsi une vertu émétique et purgative.

L'usage des préparations antimoniales a donné lieu à de longues et

(1) Les alchimistes ayant constaté que l'antimoine s'allie facilement à Tor, qu'ils qualifiaient de rot des métaux^ donnèrent au premier le nom de regulus (petit roi), parce qu'ils lui attribuaient des qualités nobles qui le distinguaient des métaux ordinaires.

(2) Il est bien présumable que cette historiette est controuvée et que c'est une de ces méchantes plaisanteries que nos ancêtres débitaient contre certains ordres religieux. Le savant minéralogiste Fournct pense que du mot arabe Ait' mad ou Atimad, et par corruption Atinwdium^ on a fait celui d'antimonium, qui ensuite a été francisé. D'autres font dériver antimoine de deux mots grecs^ afiti (contre, opposé) et monos (seul), qui signifieraient que ce métal ne se trouve jamais isolé dans les minerais qui le contiennent. Dans tous les cas, l'opinion que le sulfure d'antimoine, introduit à petites doses dans la nourriture des porcs à l'engrais excite l'appétit et exerce des effets favorables à la digestion, a toujours cours, et elle semble confirmée par les expériences de l'éleveur anglais Viborg

ret contestations entre les médecias du seizième ïiëde. La Faculté : Paris s'opposa à leur emploi, et le Parlement les proscrivit par un rtt en date de lS6ti. la prévention contre ces remèdes Tut si Torte l'un habile médecin, Paulmier, fut chassé de la Faculté, en tA09, UF s'en être servi. Après une lutte qui ne dura pas moins d'un sii'cle, Faculté permit l'usage du vin émétique, et le Parlement de Paris jtorisa enfin l'emploi de l'antimoine par un arrêt du 10 avril 1666.

Alllkffca de I'abIIbioIkc. — Aujourd'hui, on ne se sert plus guère l'antimoine métallique que pour durcir l'étain qu'on doit convertir

. couverts, ou le plomb avec lequel on fabrique les caractères d'im-

ïmerie. Le plomb serait trop mou et ne pourrait supporter l'elTort de presse; l'antimoine seul serait trop cassant. Leur union fournil un

ilal parfait pour celte application. Voici la composition des princî-

ux alliages usuels de l'antimoine.

Ëtiiu. Antimoine. Cuiire. BiunHlh. Plomb. ZilM. terie d'ctain des ouvriers de

?»riB 90m 0.' 0 1 ,00 » i> ■

ta] krgentin de P*ris Bô.tt 14,^0 ■ > 0,041 *

ttl du prince Robert pour

rniverts Si,75 ià.îS ■ . • >

'tal d'Alger pour couverts et

ilanches Iigraver la musique 60,00 5,10 > * 31, HO t

•ter des Anglais pour vases

> boire aSM 1.IC 3,&l 0,88 u »

uror pour ustensiles et cou.

erts St.M 17,00 4,37 » ■. 10,'0

tal de la Reine pour ttiéii-

«sanglaises 71,36 8,S8 " 8,88 8,88 »'-

iage pour les plancliBa sté-

'éotjpes 4 14,39 » f 85,71 s

tre alliage pour le même

ibjet ■> 15,00 • IS,00 70,00 •

iage pour caractères d'im- )rinierie el enseignes de

toutiques • :O,0O > B 80,00 n

tre alliage plus dur pour le

aime objet . 17,71 !S,SÎ » 50,00 a

tre « 5,3Î 59,58 « Ci,10 ■

ikge pour les clt^s d'inslru-

DCntsàvent » 33, 3t » ■• CG.GC ■

Les alliages d'étain et d'antimoine qui servent, sous les dilTércnts DOS indiqués ci-dessus, à Fabriquer les couverts, vases, théières el Ires ustensiles de cuisine, sont très-brillants au moment où ils sont rés au commerce, mais ils perdent leur éclat, se ternissent et deunent noirs. On leur rend leur premier lustre en les frûtlant avec l'huile dans laquelle on a délayé un peu de ronge d'Angleterre ou de re pourrie; on emploie pour cela un drap ou une flanelle. Lorsque le •tal est redevenu brillant, on le lave avec de l'eau de savon cliaudc,

on ressuie avec un linge fin et on le passe ensuite au blanc d'Espagne; on enlève ce dernier avec un morceau de peau, qui donne, en même temps, le dernier poli.

On fait maintenant, en France, des cafetières et des théières en métal anglais ou métal de la Reine, qui sont aussi belles que celles qui nous viennent de Londres.

Caractères dlsilnctlffi. — Oxydes et acide de l'antlmalse. —

L'antimoine métallique est d'un blanc argentin avec reflets bleuâtres; il possède un éclat très-vif; il est surtout remarquable par son tisio essentiellement lamelleux et par sa (Habilité.

Lorsqu'on le chauffe au contact de Tair, il s'oxyde très-facilement et répand des fumées blanches qui se condensent sur les corps froids en Jolis petits cristaux blancs et brillants, qu'on appelait jadis /leurs argeniineSy fleurs ou neige d'antimoine : c'est un sesqui oxyde, SIW. Outre cet oxyde basique, il existe un acide antimoniquey Sb'O^ et un oxyde intermédiaire = Sb'O' -h SbW, qu'on nommait naguère, fort improprement, acide antimonieux. Dans tous les cas, ces deux derniers composés oxygénés, qui sont en poudre blanche ou jaunâtre, insolubles dans l'eau, n'offrent qu'un intérêt scientifique médiocre. Mais un des seb de l'acide antimonique, le biantimoniate de potasse, qu'on obtient en fondant l'acide avec un excès de potasse, a pris, en 1843, dans les mains de M. Fremy, une haute importance, comme vous allez, Messieurs, en acquérir la preuve.

Les avantages pécuniaires que présente la substitution des sels de soude aux sels de potasse, ont fait développer une industrie frauduleuse, qui consiste à vendre, sous le nom de sels dépotasse, des sels qui contiennent des proportions considérables de sels de soude. Cette fraude peut avoir des conséquences fâcheuses pour la pratique des arts industriels, car, dans certaines fabrications, comme celles du cristal, du chlorate de potasse, du prussiatc de potasse, des savons, la présence des sels de soude dans les sels de potasse est toujours nuisible. Il était donc important de trouver un réactif qui eût la propriété de précipiter la soude sans entraîner la potasse, et qui pût, par conséquent, accuser, dans un sel de potasse, la présence d'un sel de soude.

C'est ce problème que M. Fremy a résolu en découvrant que la dissolution du biantimoniate de potasse, qui est sans action sur les sels de potasse, forme, dans les sels de soude dissous, un précipité cristallin, blanc et insoluble d'antimoniatc de soude ; elle accuse facilement, dans une liqueur, la présence de 1/350 de sel de soude. Le précipité ne se forme qu'aprùs quelques secondes d'agitation, et n'entraîne avec lui aucune trace de sel de potasse. Lors donc qu'une potasse ou un sel de potasse du commerce, étant dissous dans l'eau et neutralisé exactement par un acide, fournit avec le biantimoniate de potasse un précipité blanc, on peut Otre assuré que la potasse ou son sel a été fraudé avec

de la soude ou un sel de soude, et le poids du précipité peut, après la calcination, permettre de déduire la quantité de soude qui se trouvait dans le mélange.

HalfKre 4'Kfttlm»lne. — Parmi les composée naturels de l'antimoine, le sulfure Sb'S', nommé sUUne par les minéralogistes, est le seul qui soit assez abondant pour servir il l'extraction du métal. Il est reconnaissable à sa forme d'aiguilles plus ou moins volumineuses, appliquées parallèlement les unes contre les autres (Jtff. 631] ; il en résulte des masses tnlistendres el très- fragiles, d'un gris de plomb el d'un aspect métallique assez vif (1). Cesaiguilles très -cassantes fon?.

dent à la simple flamme d'une cbandcllc, et exhalent une odeur sulfurcusf.

On renconlre ce minéralgL, ' dans les terrains anciens, ei^ !*; Angleterre, en Suède, en ' Saxe, en BobÉme, en Hon-^ grie, au Hartz, en Prusse, et dani pli

dépArlemenls de la France.

(1) Les Syriens, les Babyloniens, les Arslies, les Hëbrcui et sutrea nations orientales de l'antiquité faisaient un fréquent usage du sulfure d'antimoine, non cumme agent de travail, mais comme objet de toilette ; c'est bien certainement le plus ancien fard dont il soit fait mention dans l'bistoire.

Job donne t l'une de ses Biles le nom de viue d'andmoine ou de boite à mettre du fard. Isale, dans le dénombrement qu'il fait dea parures des Slles de Sion, n'oublie pas les aiguilles dont elles se servaient pour peindre leurs paupières, en les trempant dans la poussière noire du minéral en question qu'elles étendaient même Jusque sur les sourcils. Ce cercle noir autour des yeux donnait t ceux-ci une expression plus langoureuse, en même temps qu'il les faisait paraître plus grands. La mode en était si bien établie, que Jésabel, ayant appris l'arrivée de Jéhu k Samarie, « mit tes yeux dans fanlimoint, coniaie disent îat Livres saints, c'est-i-dire les peignit avec du fard, avant de se montrer t cet usurpateur dont eQe voulait apaiser la colère.

Cet emploi du sulfure d'antimoine ne Bnit pas avec les filles de Judée ; il s'étendit et se perpétua partout. Les femmes grecques et romaines l'empruntèrent aux Aaiattques; et nous voyons Târtullien et saint Cyprien déclamer contreceiie coatnme encore usitée de leur temps en Afrique et qui s'est co m 1 nuée jusqu'à nos Jouis. C'est de cet usage que le sulfure d'antimoine re^ut le nom à'atcofo/, qu'Û porta dèi les premiers temps historiques. Le terme alcoot, appliqué aujourd'hui en chimie au liquide spiritueux qui constitue l' eiu-de-vie, fut d'abord donné au sulfure d'antimoine naturel, si l'on en croit Uomerus Pop pi^s Tiiallinus. Les Romains l'appelèrent ensuite itibium. Les alchimistes le désignaient

On le sépare de sa gangue lorreuse, en le chauffant dans des pois E, E {fiy. IÎ32), percëï de tious à leur Tond F, F et placés au dessus d'au-

tres pois plus pelils D, D faisant ofilce de récipients ; le sulfure fond et

coule dans ceux-ci; il y cristallise.

Eilracllonde l'anilmolnc— Ainsi purillé, on le pulvérise, on le grille dans des foui-s semblables à ceu\ qui servent à la conversion du salin en potasse {flg. 633), par charge de Is8 kilogr. au maTcimum, en ayant soin de rester au-dessous de la chaleur rouge afin d'éviter la fuàoo

BOUS un grand nombre de dûno m i nations absurdes, telles que ot/iia, aflauol, bili'r, Saturne des philosophes, fili et geiulrr de Saturne, etc.

La conniissancQ de ce minéral, dès les temps les plus anciens, n'i rien qui doive surprendre, car ses masses aÎEuilIpe», d'aspect si caractérisé, sont «ïseï répandues dans les terrains cristallins, et elles ont dû attirer de bonne heure l'attention des observateurs. La découverte faite par M. Grand d'un fr«gment de sulfure d'antimoine dans la caverne de Menton, au milieu d'instruments de silex, d'agates et de quaru hyalins, semblerait indiquer qu'il était déjti utilisé dis l'ige de pierre.

DE LANTlUOi:VE. 5||

du sulfure. La plus gronde partie du sourre se dégage h l'état d'acide BuKureux, avec quelques Tumées blanches d'oxyde d'antimoine et d'acide anénieux, attendu que le minerai est loujoun plus ou moins

araînift-re. On remue Tréquemment la malière avec un ringard de fer pour acliver l'oxydalion. L'opéralion dure en(iroii douze heures.

La poudre grise ou un peu rougeâli'e qu'on relire du fouf ap^^^ son refroidissement est, non de l'otfde d'anlimoine, mnis un oxysulfure contenant quelques matii^res teireuses. On miîle alors celte poudre avec 1^ p. 100 de charbon arrosé d'une solution de CHrbonatc de soude et on l'introduit dans des creusets qu'on place sur des banquettes construites des deux cOlés intérieure d'un fourneau de gnlire. On chauiTe Jusqu'au rouge vif. On recouvre les creusets d'un couvercle pour pré. venir l'oxydation. Le charbon réduit l'oxyde d'antimoine, tandis qu'une |tartie du sulfure se trouve également réduite par l'action combinée du charbon et du sel de soude. Il se forme en mi^me temps ù la surface du bain métallique une scorie constituée par un sulfure double de soude et d'antimoine mélangé d'une quanlîlë variable d'oxyBulfure qui a échappé à l'action réductrice et de matières terreuses (I). Quand la ré-

fl) C'est cette scorie que te* ilchimistei désignèrent sous le nom bien impropre de foie (TanVmoine en raison de» couleur d'un brun jaunilreiiu'ils companient ï cnlle du foie des snimiai.

Le produit da grillage du snlfure d'»ntimoine, qui est, comme Je lai dit, un oxpuifurp, mai; dons lequel les proportions d'oiyde et de sulfure virient h l'inllnî. refut aussi des slcliimistes <les noms qui ont encore cours dans les ouvrages de médecine et de pharmacie, tels que cent de verre d'antimoine, quand

duction est bien opérée, on coule rantimoioe dans des lingotières eo fonte, et on le refond avec un peu de minerai grillé pour le purifier. On obtient alors le métal en masses hémisphériques du poids de 5 i 8 kilogr. environ, recouvertes, à leur surface convexe, de belles cristallisations en étoiles dont les rayons ressemblent à des feuilles de fougère.

II y a, en France, quatre usines dans lesquelles on préparc le régule d'antimoine : elles sont situées dans les départements du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Lozère et de la Haute-Loire : leurs produits réunis en minerai ne s'élevaient, en 1849, qu'à 1084 quintaux métriques, représentant une valeur de 18317 fr. En 1853,1a production n'était plus que de 60 quintaux, soit 3472 fr.

100 parties de sulfure donnent de 44 à 45 de métal. Celui-ci est rarement pur ; il contient un peu de soufre^ du plomb, du fer, de l'arsenic, etc., matières étrangères qui toutes proviennent du sulfure d'antimoine qui les contient. On purifie l'antimoine en le fondant, à plusieurs reprises, avec i/20 de son poids de nitre. Les métaux les plus oxydables sont les premiers attaqués, ainsi que le soufre et Tarsenic, et ils se séparent avec la potasse sous formé de scories.

Préparation ém ipas acide •alfiiydrlqae. -* On emploie trèsfréquemment le sulfure d'antimoine dans les laboratoires pour préparer Tacide sulfhydrique.Pour cela, on le traitepar 4à 5 parties d'acide chlorhydrique dans un appareil convenable (^g. 634).

La réaction se comprendra aisément par l'examen de la légende suivante :

Sulfure i __ d'antimoine. . .. j

Acide chlorhydrique

Soufre-

Antimoine-

Chlorure d'antimoine.

Chlore-

Hydrogëne-

( Gaz acide ( sulfhydriquo.

Sb«S> -h 3 HCl = Sb«Cl» -f 3 HS.

Le gaz sulfhydrique, entraînant toujours avec lui un peu d*acide chlorhydrique, doit, avant d'ôlre recueilli sur la cuve à mercure,

il était fondu et coulé en plaques transparentes d'une couleur hyacinthe; crocus metalhf^m ou safran des métaux, quand il avait une couleur jaune-rougcâtro analogue à celle des fleure du safran ; rubine d'antimoine, quand il avait une couleur d'un rouge brun. Tous ces composés, pourvus de propriétés vermifuges €t purgatives, ne sont plus usités que dans la médecine vétérinaire.

{tauerdaas un flacoD laveur qui relient l'acide étranger. En place d'eau, on met dans ce flacon une tolution conceutrée de polTsulfure de Bodium ou de potassium.

F'i- Ut. — FrfpinU^D de l'acide iuUh;dri.|uc pir Iciulliin

C'hiararc «'«MllHolac. — Le réeidu de celle opÉralion consiste a

cWorwre(fan(i>n(»me,Sb*Cl',qu'onpeulaïoiràrétalsolide, en concentrant

la liqueur et la distillant {fin. 635). Le chlorure k voIatiUie et vient h

GiauDiN. — II. S3

figer dans le récipient B en une masse blanche, demi-transparente, d'un éclat gras et comme onctueux. C'est cette substance que les alchimistes appelaient beurre d'antimoine. C'est un caustique très-\iolent, dont les médecins se servent souvent pour cautériser certaines plaies, surtout celles produites par la morsure des animaux enragés ou venimeux.

Dans les arts, il est employé pour bronzer les métaux, et notamment le fer; les armuriers en font fréquemment usage pour donner aux canons de fusil cette teinte jaune-brunâtre, appelée improprement bnmze (1). 11 est probable qu'elle est due à une couche d'antimoine métallique, qui s'applique à la surface du fer, et qui provient de l'action décomposante que ce dernier métal exerce sur le chlorure d'antimoine.

Oxyclilorare. — Ce chlorure ne se dissout dans l'eau qu'autant que celle-ci est très acide et en petite quantité. Cette dissolution donne un beau précipité jaune-orangé avec l'acide suif hydrique ; c'est du sulfure d'antimoine hydraté. Versée dans beaucoup d'eau, elle produit de suite un précipité blanc abondant, grumelé, ressemblant assez au lait caillé. C'est que le chlorure d'antimoine, en décomposant l'eau, donne lieu à la formation d'acide chlorhydrique, et d'un oxychlorure d'antimoine insoluble. La légende suivante vous fera très-bien concevoir cette réaction curieuse de l'eau sur le composé binaire dont je parle.

\^ portion. Chlorure d'antimoine-

Chlorure i d'antimoine, j

(2* portion, i i Chlorure • = • . d'anUmoine.. ) (^hiore

Antimoine

< Oxychlorure

— ( d'antimoine.

Eau,

Hydrogène-

j Acide ( chlorhydriq.

^ ( Oxyde ( d'antimoine

' Oxygène

3 Sb'Cl» -f 7 HO = (Sb«Cls,-2Sb«0*,H0) -h 6 HCl.

(l) On préfère aujourd'hui les sels de fer pour cet emploi. On vend, dans le commerce, un liquide servant à bronzer les canons de fusil, qui est composé de I litre d'eau, 45 grammes de couperose verte, et quelques gouttes d'alcool nitrique et d'éther. Cependant ce liquide agit lentement ; on peut remédier à cet inconvénient en mettant une dose un peu plus forte d'alcool nitrique, ou 4 à 5 grammes par litre d'acide azotique à 3G<>.

Dans les fabriques d'armes, on arrive à do meilleurs résultats en suivant un procédé indiqué par M. Thirault, pharmacien de Saint-Étienne. On détermine à U surface du fer ou de l'acier Ut formation d'une couche adhérente de ses-

DE l'antimoine. 51!)

Cette poudre blanche, cet oxjclilorure d'anlimoîne, fut longiemps nommée mercure de vie, poudre iPAlgaroth, du nom d'Algarothî, médecin et cbimitle italien, qui l'a, le premier, recommandée et emplofée comme médicament purgatif el émélique.

On avait touIu, dans ces derniers temps, appliquer cette poudre à la peinture k l'huile, de mCme que l'oxyde blanc d'antimoine, mais on y a renoncé, parce que leur emploi n'est pas sans quelque danger pour les indueiriels qui les fabriquent, pour les peintres qui les broient, et que, d'ailleurs, les peintures exécutées arec ces substances deviennent Jaunes sous l'influence du gaz hydrogène sulfuré.

Malr da fer. — Lorsqu'on plonge une lame de zinc dans la solution légèrement acide du chlorure d'antimoine, on en précipite ce dernier mêlai BOUS la forme d'une poudre noire excessivement ténue. C'est celle poudre, lavée el séchée, qu'on désigne dans le commerce bous le nom de Noir de fer (eiseiischwari) ; elle est principalement employée pour enduire les objets en plaire et leur donner un aspect de fonte grise.

Lorsqu'on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré dans la solution du chlorure d'antimoine, ou lorsqu'on l'addilionne de sulfure de sodium, on oblienl un précipilé d'une magnifique couleur jauneorange, qui n'est autre chose, cependant, que du sulfure d'antimoine hydraté, Sb'S',110. En chauffant ce précipité à 200°, il perd son eau, devient noir et crislalliu ; il est alors en tout semblable au sulfure nalurel.

Ter^IlloB oa Clnkbva d'ull^olne. — Mois si, comme l'a \u M . Mathieu Plessy, on ajoute à du chlorure d'antimoine une solution d'hypOBuIfite de soude, et qu'on chautTe lentement entre 30 el 3S°, en remuant conlinuellement, Jusqu'à ce qu'il ne se dépose plus rien de la liqueur, on obtient du sulfure d'antimoine anhydre qui, au lieu d'êlre noir, est d'un rouge cramoisi, d'une beauté extraordinaire. Pour lui conserver cette nuance h l'étal sec, on laisse bien égoullerle précipité sur un filtre, on le lave avec de l'acide acétique trcs-Élendu, puis aiec de l'eau. On donne à cette modification isomérique du sulfure d'antimoine le nom de Vermillon ou Cinabre d'antimoine.

Ce n'est pas la seule, du reste, dont soil susceptible le sulfure d'anlimoiae ordinaire. Ainsi, Fuchs a reconnu qu'en faisant refroidir brusquement ce sulfure noir Tondu, il devient amorphe et rouge brun, moins dense, plus dur, et mauvais conducteur de l'électricité, sans

quioxjde da fcr, puis on la irtnsforme, soui llnfliiaiice de l'esu & une tempânture élevéo, en oxyde Doir {oxyde ferroso-ferrique] ; on renouTello k plusieurs reprises les mËmei actioni, pais on enduit ]■ surface avec un sulfure alcalin, et enSn avec un peu d'buile d'olive. Le méLil eous-jacent est dès lors parhilement protégé contre l'oxydation et prend une coulnur brune fonci!e avec un éclat et un poli du plus bel kITcI.

avoir pour cela changé 4e nature chimique ; ce sulfure rouge repasse à l'état de sulfure noir et cristallin par une chaleur de 200<>.

Ainsi, comme tous le voyez, voilà quatre modificatîoiift bien tranchées que nous oJBTre le même composé chimique. C'est là^n nouvel exemple de Tinfluence qu'exerce l'état moléculaire sur les propriétés physiques et chimiques des corps.

Kermè*. — Quant au kermès des pharmacies, c'est un sulfure d'antimoine divisé, comhiné ou associé à une pelite quantité de sulfure alcalin et retenant, à l'état de mélange, des proportions variables d'oxyde d'antimoine. 11 est d'un rouge-brun foncé et d'un aspect velouté (1).

On l'obtient le plus habituellement en faisant bouillir pendant deux heures environ 1 partie de sulfure d'antimoine en poudre trèsfine avec 22 parties 1/2 de cristaux de soude dans 250 parties d'eau. La liqueur jaune filtrée laisse déposer, par un refroidissement lent, de beaux flocons veloutés de kei^més.

Sionfre doré d'antimoine. — Si l'on abandonne à l'air pendant quelque temps la liqueur qui a fourni le kermès, et si alors on y verse de l'acide chlorhydrique, il se dégage de l'hydrogène sulfuré et il se dépose un précipité léger, couleur de feu, que les anciens chimistes ont désigné sous le nom de soufre doré d'antimoine. C'est un mélange de sulfure d'antimoine ordinaire (Sb*S^) et de pei'sulfure (Sb*S'), en proportions assez variables. Ce composé est quelquefois utilisé comme matière colorante dans l'impression des tissus.

Dn Cuivre.

Importance de ce métal. — Après le fer, le cuivre est certainement le métal dont on fait le plus usage dans les arts. Vous savez, Messieurs, le nombre infini de vases et d'ustensiles de ménage qui sont fabriqués avec lui ; vous connaissez les alambics et les chaudières qu'il fournit à l'industrie, la monnaie commune dont il est la base, ces feuilles si minces qui servent à préserver la coque des vaisseaux de la destruction par l'eau de mer et les animaux marins. Uni à plusieurs métaux, il forme des alliages très-utiles que je vais bientôt vous faire connaître; enfin, la plupart de ses sels ont de fréquentes applications. La privation de ce métal serait assurément une calamité pour nos sociétés modernes.

Historique. » Dès l'antiquité la plus reculée^ il a été connu et mi» en œuvre. Son abondance sur presque tous les points du globe à l'état natif, par-

(1) Le nom de kermès a été impasé par les alchimistes à ce composé à cause de sa couleur qui se rapproche beaucoup de celle que donne à la laine la cochenille du chêne vert nommée par les Arabes kermès^ c'est-à-dire petit ver. Dès le quinzième siècle, Basile Valentin en indiquait la préparation.

roi* rnSme «n m*mea ««mi considérables, b* belle eoulear roage, son brillsnt et ss malléabilitâ presque aussi grands que celle de l'or et da l'argent, eipliqueni trè»-bien qu'on ait dû le remarquer presque ausaitAt que ceux-ci.

En raiaon de la Tacilité avec laqDelIe on peut le travailler au moyen du marteau, à froid comme à chaud, en raison aussi d'une certaine dureté qu'il possède, on ne tarda pat !t le substituer au boii, aui oi, fc la corne, aui pierres dures, aui silci taillés et fstoiinés, pour en faire des arme* et des outils.

Hys le cuitre a deui graves inconvénients qui ont arrftié son emploi h l'élat depnreté; il ne Tond qu'k une tempémtivre très-élevée (109!°), et il se solidiflfl presqtie instantanément dans les moules.

L'étain, dont la décoaverto fut presque contemporaine de celle du cuivre, donna les moyens de remédier aux inconvénients de celui-ci. L.es plus anciens peuples de l'Asie, les Aryas 'avant leur départ delaBactriane, découvrirent qu'en -associant au cuivre une faible quantité d'élain, on obtient un alliage qui e«t beaucoup plue Ctiiible, plus dur et qui se prftte plus facilement au moulage que le cuivre pur.

La connaissance de cet alliage, qui porta les noms d'Xs, de Cholcot, é'Ait' richalque ou orichafque, que noua traduisons indifféremment pur airaia, cuivre, bronze, laiton, remonte donc très-haul dans l'bistoire des nations; c'est I» dispersion des premières tribus asiatiques qui la répandit dans le reste de l'Orient, de mime que l'invasion dea Galli on Celles, aa seiii^me siècle avant l'Ère chrétienne, dans les pays ibéro- hispaniques, l'apporta en Europe.

Ce sont lea Indiens qui reconnurent les premiers que cet alliage, aussi fragile que du verre lorsqu'il vient d'être coulé, peut être rendu malléable et façonnable au marteau, si, après avoir été fortement chauffé au rouge cerise, il est subitement plongé dana l'eau froide. Cette trempe, loin de le durcir, ainsi que cela arrive pour l'acier, lui donne la mollesse, la malléabilité et laténacilé convenables pour être réduit en lames excessivement minces. Si, alors, on lecbauSé àe nouveau pour le laisser refroidir lentement. Il reprend sa dureté premiers et peut supporter sana sa briser des vibrations et des chocs trèa-forts.

C'est après celte importante découverte que le bronze remplaça bientôt la pierre, le silex et même le cuivre pur, pour la confection des armes de toute nature, aussi bien que pour celle des instrumeuls et outils des arts mécaniques. Les lames de sabre etd'épée furent elles-mêmes coulrei, et ce n'est que pour les rendre tranchantes qu'on fit intervenir, comme pour tous les autres insirumaatt coupants, le marteau en pierre lisse et dure.

Cet usage général du brome dura pendant une période fort longue chot toutes les nations de l'antiquité et persista chei iva Grecs, les Romains, les Gaulois pendant bien des siècles. Jusqu'à l'épaquEoù la métallurf^ie, ayant fait de grands progrès, put livrer le fer en assez grandes quantités et k des prix assez bas pour qu'il devint k son tour le métal usuel par excellence.

Ainsi dans l'histoire primitive des races humaines, l'usagede ia pierre a précédé l'emploi des métaux, et le cuivre ou le brome a été connu et mis en œuvre avant le fer. Ces irois périodes successives, si clairement établies par les études des savants du Kord de l'Europe, ont reçu de ceux-ci le» noms d'Ages de lapîerre,du bronze et da fer (1).

£t*( «Blarel. — C'est, sans contredit, un des mf (aux les plus communs à la surface du globe, el celui qui s'offre sous les formes les plus

;i)Le.nomdu cuivre, Jfj/proi chez les Grecs, Cj/f'ïum, puis Cupnim chez les Latins, rappelle l'un des noms de la déesse Cypiis ou Vénus, qui avait un temple célèbre dana l'tle de Cypre ou Chypre. Celte île renfermait des mines d'or, d'argent, et surtout de cuivre auquel on imposa le même nom. Les akhi> mistes, dans leur langage llguré et poétique, lui donni'renC celui da Venta, probablement à cause dfî sa facilité à s'unir k presque tous Ic^ autres niélaui.

variées. Il ne constitue pas moins de vingt-trois espèces minérales bien déterminées. Après Tor, c'est lui que Ton rencontre le plus souvent à l'état natif ; il n'est jamais pur ; il contient du fer, de l'or ou de l'argent. 11 accompagne les autres minerais de cuivre, mais on le voit aussi en masses isolées dans des sables, au Brésil, au Cbili, au Canada. Une de ces masses, trouvée à peu de distance de Bahia (Brésil), pesait 1308 kilog. Les mines de Corocoro, situées dans les montagnes de la Bolivie, à plus de 300 kilomètres de la côte, fournissent un minerai d'une grande richesse, consistant en un mélange de petits grains de cuivre natif et de quartz sableux. Ce minerai arrive maintenant en Europe ; il est exploité à Romilly (Eure), à la Yillette près Paris, etc.

On a découvert, il y a une quinzaine d'années, des mines considérables de cuivre natif très-pur sur la rive méridionale du lac Supérieur, aux États-Unis ; le métal est disséminé, en fragments irréguliers et de volumes très-divers, au milieu d'un vaste terrain de porphyre. Il faut bien que cette exploitation ait paru fort avantageuse, puisque, en 1848, cent vingt compagnies s'occupaient à l'envi d'arracher aux entrailles du sol cette riche dépouille. En 1850, ces mines ne fournissaient pas moins de 000 tonnes de métal; en 1856, elles en produisaient déjà 3600 tonnes, et cet accroissement rapide ne s'est pas arrêté (I).

Un fait entièrement nouveau pour la science, c'est que, vers une extrémité de ce dépôt, là où le cuivre est le moins abondant, on trouve de l'argent également natif en très-petits fragments. Par suite de cette association remarquable des deux métaux, lorsqu'on fond ce minerai, on obtient un alliage de cuivre et d'argent, dans lequel la proportion de ce dernier peut s'élever jusqu'au vingtième.

Mais c'est surtout à l'état de sulfure double de fer et de cuivre, ou de cuivre jpyriteux y qu'il est abondant. Presque tous le spays en possèdent des mines, où l'on trouve aussi du carbonate de cuivre, du protoxyde ou cuivre oxydulé, des arséniates, du phosphate, et des sulfures plus ou moins argentifères, appelés cuivre gris.

Le Cuivre pyriteux. Pyrite cuivreuse ou Chalkopyrite des minéralogistes, Cu*S-|-Fe'S', qui ressemble beaucoup à la pyrite de fer par son éclat métallique, s'en distingue à sa couleur plus jaune-rougefttre et par des teintes irisées très-belles.

C'est dans les terrains anciens, granitoïdcs, que se trouvent surtout les minerais de cuivre en fllons ou en amas puissants. Les pays les plus riches, sous ce rapport, sont l'Angleterre, la Suède, la Saxe, la Bohème,

(I) Ces mines du lac Supérieur furent exploitées, dans des temps très-reculés, par des tribus indiennes qui se servaient de ce mt^tal natif pour leurs armes et comme objet d'échange. Elles détachaient péniblement, à coups de hache de pierreries angles les plus saillants des blocs naturels qui sont parfois d'un volume considérable. Les morceaux étaient façonnés, à froid ou à chaud, avec le marteau, et ensuite les instruments obtenus étaient transportés au loin dans le Mexique et jusqu'au Pérou.

la Thuringe, la Hongrie, la Transylvanie, en Europe; et dans les aulre« parties du monde, le Mexique, le Chili, le Pérou, le lac Supéi-îeur aux Étals-l'nÏB, laPene, le Japon, la Chine, la Sibérie, etc.

Dans les monts Ourals (Sibérie), let minet de Ourinsti et de Goumecbefski sont constituées, non par du ouvre pj/ritaix, mais par un sulfure simple, Cu'S, nommé par les minéralogistea Cuivre sulfuré, Cuivre vitreux, Chalkosine, qui renrermeSO p. 100 de métal et qui est par coa- ■équent plus richeque le cuivre pyriteux qui n'en contient que 35 p. 100. ËD France, on connaît bien 8S gisements de cuivre, mais 4 seulement ont été exploités, à savoir : à Chessj et & Saint-Bel, près de L;on, i Baigorr; dans les Pyrénées, à Poultaouen et Ruelgoél en Bretagne. La plupart de ces glles sont maintenant épuisés.

Plusieurs mines de cuivre ont été découverte!, il y a quelques années, en Algérie : depuis 1844, celles de la Mouzaia, au nord de Hédéab, sont en exploitation ; celles du cap Tenez le sont depuis 1849.

Let plus anciennes mines de cuivre connues sont celles de Rammelsberg, près de Gotlar dans le Hanovre; elles ont été ouvertes en 968.

L'extraction du cuivre, dans le monde entier, fournit annuellement 578104 quint, métriq., qui représentent une valeur de 175821000 fr, dont l'Angleterre reçoit à peu près la moitié ; car c'est dans ce pa;s que le traitement des minerais a atteint le plus haut degré de développement et de précision (I). Ce a' est qu'en 1689 qu'on fil revivre en Angleterre l'art d'extraire le cuivre et de le raffiner, principalement dans le comté de Cornouaillet. Cet art précieux avait été oublié et négligé depuis longtemps, el même depuis l'époque de l'entrée des Saxons en Angleterre.

La production de la France s'élève à peine à 20 millions de quinlaux métriques ; aussi l'importation annuelle des cuivres étrangers, et surtout du cuivre biut anglais, va-t-elle de 90 b 120000 quint, mélr., qui sont presque intégralement mis en œuvre par nos diverses induelries : celle des capsules en consomme à elle seule de SOO à lOOOOO kilogr. Nos usines reçoivent aussi, par an, de 4 à S millions de kil. de minerai brut, notamment de la Bolivie. Les minerais de l'Algérie arrivent en grande partie à Marseille, où ils sonl traités dans l'établissement de

(1) c'est dans la comtâ de Cornouailles, dans le Devonsliire, dans l'Ile d'Aiiglesey, d»ns le pays de Galles, etc., qu'existent les mines de cuivre les plus considérablea. Mais ce sont sans contredit celles de Cornouaîlles qui sont let plus productives) on n'y compte pu moins de Si mines en exploitation ; quelc|Ucs-uneB sont exploitées à 43S mëtres lu-dessous du niveiu do h mer, et à i36 mètres tu-dessous do la aurraca lerreitre. C'est l'eicavation la plus profonde de It Grande-Bretagne. La puissance des macbines employées à l'eiploitalion des seules mines dites arnsolidées, est égale i cc)le de 1000 chevaux. On y compte 110D mineurs qui y travaillent sssidilmeni, non compris une Toiile d'ouvriers qui sont appelés dans certaines occasions. Elles ont produit, en 1833, an bénéfice net de 1 ISUDO fr.

520 TRENTE-QUATaiËME LEÇON.

Caronle. C'est principalemenl dans tes départements do l'Bure, de la Seine-Inrérieure, de la Sciae, des Ardennei, du Rhdne, des Bouchesdu-RhOne et de la Haute-Garonne, que sont situés les établissement! métallurgiques qui fournissent le cuivre conomerciol.

BstraellOB. — L'extraction du métal des minerais non sultbrés, tel> que cuivre natif, cuivre oxjdulé, carbonates, ne prétente aucune difflcullé : on les chsufTe, en présence du charbon de bois on du coke, dans un fourneau à réverbère ; la réduction s'opère très-rapidement; on coule le produit dans des moules pour en faire des taumont.

Mais autant ce traitement est simple, autant est long, compliqué, dispendieux celui des diiïérents sulfures, et notamment du cuwrepynleux, qui est surtout l'espèce qu'on exploite généralement. Je n'entrerai, A cet égard, que dans les détails les plus essentiels.

On commence par giiller le minerai dans de grands fourneaux à réverbère ifig. 636) ; une assez forte porlion du soufre disparaît, parlie en

vapeurs, partie A l'état de gaz acide sulfureux. Le résidu se compose d'oxydfs de fer et de cuivre, mélangés de sulfates et de sulfures échappés au grillage. On y ajoute une certaine quantité de quartz pour convertir l'oxjde de fer en silicate, et environ 50 p. 100 de scories provenant d'opérations antérieures ; on chaulTe le tout dans un fourneau à manche {fig. 637). Il se forme de nouvelles scories renfermant la plus grande partie du fer de la pyrite ; et au-dessous se trouve un produit brun cl fragile, nommé matle, qui contient beaucoup plus de cuivre f 1 bien moins de fer et de soufre qu'auparavant.

La maîle, cassée en petits fragmenls, est soumise à un très-grand nombre de grillages et de fusions successifs en présence de quartz, afin

d'ëliminerdeptmenplut lewaAvet leTer, eU'onflnil par obtenir du cuivre impur, appelé cuivre noir, qui reorerme cnviraa 90 à 93 p. 100 <le cuivre.

On affine ce métal impur en le tenant en fusion pendant plu- «ieunheureggur la sole A d'uD four à rëferbère ifig. 638), et en dirigeant à la surface du bain métallique le vent de ■ieux forts soufffets (, i- Le soufre brfllc, le fer et les autres métaux étrangers, plus oxydables que le cuivre, s'oxydent et passent dans les scories avec une ceiiaine quantité d'oxyde de cuivre; on énli^ve CCS scories à mesure. Lorsque le cuivre offre une belle couleur rouge et ne produit

plus d'écumes, on le p;,. ,„. r„„ à m.ucW pou, fait couler dans des bas- grïiié<.

Bios de réception B, B;

on verse un peu d'eau à la surface pour liûler le refroidissement ; on enlève avec un ringard la croûte solide qui s'est formée, et on continue ainsi, successivement, jusqu'à ce que tout le cuivre ail étéconverti eu plaques rendra, couvertes d'aspérité» , d'un beau rouge, qu'on appelle rosdki.

Comme le cuivre rotetfe n'a pas toute la malléabililé désirable, à cause du protuxfde qu'il renferme et auquel il doit sa couleur rouge-rose, on le raffine

en le maintenant fondu sous une couche de charbon de bois et en le brassant avec une grosse perche de bois verl. Les gai carbonés pro-

ie la pjrlU

duits par la décomposition de ce bois font bouillonner toute la masse métallique, réduisent le protoxyde et favorisent l'expulsion des matières étrangères interposées. On juge que l'affinage est complet, lorsqu'un peu de métal coulé en lingot et essayé sur l'enclume s'y aplatit sans se gercer. On procède alors au coulage dans des lingotières ou dans des moules, suivant les formes qu'on veut donner au métal.

Les difficultés que présente l'exploitation de nos minerais de cuivre, font supposer que les anciens^ qui possédaient et travaillaient une quantité prodigieuse de c% métal, avaient à leur disposition des mines, épuisées aujourd'hui, de cuivre natif et carbonate, qui ne demandent guère d'autre préparation qu'une simple fusion. Pline nous apprend qu'on exploitait le cuivre pyriteux en Chypre et dans FAcarnanie, et qu'on en retirait le métal en calcinant le produit du grillage (oxyde de cuivre) avec du miel. Le miel, substance riche en carbone, agissait de la même manière que le charbon employé aujourd'hui pour la réduction des oxydes. Ce fait nOus explique le prix élevé des métaux chez les anciens.

Variétés eommereialea. — Dans le commerce, le cuivre est désigné par les lieux de provenance. Voici les espèces qu'on trouve sur nos marchés :

i. Cuivre d'Angleterrej venant particulièrement des mines de Cornouailles et d'Anglesey. — On en connaît plusieurs qualités. La première réunit tous les caractères d'un métal bien affiné et se prête à tous les usages. Les deuxième et troisième qualités n'offrent qu'un métal mal affiné, sec, dur et cassant.

Les cuivres anglais sont en lingots et plaques de divers poids, plus généralement de 7 à 8 kil. pour les lingots, de 25 à 40 kil. pour les plaques.

2. Cuivre de Russie. — Généralement très-bien épuré, d'une cassure finement grenue et brillante. En lingots de diverses formes et de divei-s poids.

3. Cuivre de Suéde, —Variant pour le degré de finesse et d'épuration. En général, d'un beau rouge vif partout uniforme ; les parties les plus saillantes des rosettes ont un reflet argenté. En gâteaux, dits rosettes, de différents poids et diamètres.

4. Cuivre de Norvège. — Moins bien affiné et moins estimé que le précédent; mêmes formes.

^.Cuivre du Chili et du Pérou, -^ De qualités très-diverses pour le degré de pureté ; souvent noirâtre, aigre, cassant, contenant encore beaucoup de fer et de soufre. On en reçoit cependant de bien épuré, surtout celui nommé Corocoro, Celui de Coquimbo (Chili) Test beaucoup moins. En lingots et en barres de diverses formes et de divei-s poids.

Impureté du eniTre commercial. -^ Les cuivres du commerce renferment toujours des traces do fer, d'étain, de plomb, d'argent,

j charboD, du protoxfde de cuivre. Il y en a miSme qui contienneDl i l'antimoine. Ils sont plus purs après qu'ils ont été laminés, lesmém étrangers l'oxydant pendant les chaulîeB multipliées qu'on fait ironver au métal pour te soumettre à l'aclioo des laminoirs. Les >eub moyens d'avoir du cuivre réellement pur, c'est de réduire aijde noir ou bioxjde par l'hydrogëDe {fig. 639}, ou de décompo-

r le suirate criBlallisé et dissous par le courant de la pile électrique, ! tuivre galvanoplastique est dans ce cas.

CaractferM dlatlnclirg. — Le Cuivre pur a une belle couleur rouge li lui est particulière ; il possède l'éclat métallique h un haut degré ; a aae saveur sensible, et lorsqu'il est ttotlé, il communique aux igts une odeur fort désagréable et nauséabonde. C'est un des métaux t plus sonores, les plus ductiles et les plus malFlabtes. Malheureu- (neut ces précieuses qualités sont contre-balancées par plusieurs opriétés tScheuses qui circonscrivent ses applications. Ainsi, il est )»-vénéneux, surtout à l'élal d'oxjde ou de carbonate, et il tend à se anger en ces composés dt^s qu'il a le contact de l'air ou des aliments ides ou gras.

En efTel, il se ternit beaucoup h l'air et se couvre d'une légère coue verte d'hydrate et de carbonate de bioxyde de cuivre, qui est plus nnue sous le nom de vert-de-gris. C'est ce qu'on remarque très-bien \a surface des statues de bronze qui décorent nos places et nos jaris publics. Cet enduit, que les antiquaires nomment patine antique, éserve le métal intérieur d'une altération plus profonde, en sorte e, protégées par cette espèce de manteau, les statues doivent leur nservQtion à la cause mériic qi^i avait paru d'abord menacer leur isteocc (Raûy).

Les casseroles et autres vases dans lesquels on fait cuire les aliments ne leur communiquent aucune qualité nuisible, tant qu'on ne lesy laisse pas refroidir ; mais ceux qui y séjournent deviennent vénéneax, parce que, sous l'influence des acides ou des matières grasses contenus dans ces aliments, le cuivre s'oxyde aux dépens de l'air, et se diaBOut dans la masse. C'est parce qu'ils n'ont pas égard à cette observation, que les domestiques exposent si souvent la vie de leurs maîtres et la leur, en servant des mets cuits et refiroidis dans des vases de cuivre.

Ce motif fit proscrire le cuivre des usages domestiques en Suède, sous la reine Gbristine, et la reconnaissance publique vota une statue ^u célèbre professeur Schoffer, qui sollicita cette réforme.

Gbez noUB, pour diminuer les dangers de l'emploi des vases de •cuivre dans les ménages, on a pris l'habitude de les recouvrir d'une -couche d'étain, c'est-à-dire de les étamer (1). Voici comment on opère •cet étamage :

Éiamafj^e da enivre. -;- On commence par décaper ou désoxyder la pièce de cuivre, en la saupoudrant de sel ammoniac, la chauffant -et 'la frottant vivement avec un tampon d'étoupe , pour étendre la poudre sur toute sa surface. L'ammoniaque du sel réduit, par son hydrogène, une partie de l'oxyde à l'élat métallique, tandis que le chlore transforme l'autre en protochlorure de cuivre qui se volatilise. Lorsque, par cette double réaction, la surface du métal est devenue trôs-brillantc, on met une quantité d'étain convenable sur cette pièce qu'on tient toujours sur le feu. Le métal étant en pleine fusion, on l'étend avec l'éloupe, par un frottement plus ou moins rapide, sur toute la surface du cuivre, et l'on continue à frotter jusqu'à la fin de l'opération, en ayant soin de rassembler l'excédant d'étain de manière à le détacher de la pièce. Pour prévenir l'oxydation, on jetle souvent sur le bain une petite quantité de résine qui fond et couvre toute sa superficie.

11 faut avoir l'attention de renouveler au moins tous les mois cette €Ouche préservatrice, loi-sque les vases sont d'un usage habituel, car le récurage, le frottement des cuillères, les sauces acides, en enlèvent journellement de petites portions, et mettent bientôt le cuivre à nu.

(1) L'étamage du cuivre est une opération fort ancienne, et c'est aax Gaulois que revient, d'après Pline, l'honneur de cette belle découverte, si utile & la santé de l'homme. Mais le naturaliste romain ne nous dit pas si les Gaulois employèrent rétain comme une précaution contro le vert-de-gris ou seulement comme un objet de luxe pour divers ornements de leurs meubles. Cependant, ce qui ferait croire qu'ils commencèrent d'abord par étamer leur batterie de cuisine, ce^t que par la suite ils substituèrent l'argent à Tétain pour étamer les mors d« leurs chevaux, les harnais de leurs attelages et même jusqu'à leurs voitures. Los habitants de Bourges excellaient surtout dans ce genre d'induatiie, imagi:ié à Alise, aujourd'hui Provins. |

Voua com prendrez mieux l'importance de la recommandation que Je fais en ce momenl, lorsque vous saurez que la couche d'étain appliquée sur le cuivre n'a pas plus de O-'fiGlâ d'épaisseur, el que, d'ailleurs, elle n'est point unie au cuivre, mais simplemeul superposée.

L'élamage pratiqué avec l'élain fin est brillant el d'un beau blanc d'argent; il prend un ton jaunSlre dés qu'il éprouve un commencement d'oxydation. Hais mallieureu sèment Vétain dont se servent le» élameurs est le plus souvent allié à des proportions très-variables de plomb, en sorte que le cuivre recouvert d'un pareil alliage oITre tout autant de dangers que dans son état normal. Les ordonnances de police prescrivent depuis longtemps de ne faire usage que d'étain pur pour rétamage de tous les vases deslinés au\ usages alimentaires, mab comme il n'y a pas de surveillance à cet égard, presque partout, si ce n'es! à Parb, les êtameurs, et surtout les étameurs ambulants, ne se roni pas scrupule d'employer de l'étain contenant de S5 & 60 p. 100 de plomb; on reconnaît facilement ces étamages dangereux à la nuance bleuâtre et terne qu'ils présentent.

Dès 1778, Biberel ptre a fait connaître un mode d'étamage qui dure sept fois aujanl que l'étamage ordinaire, et qui est tout à la fois plus économique et plus salubre. Il consiste à faire usage d'un alliage de 6 parties d'étain el de i partie de fer. Cet alliage est beaucoup plus dur que l'élain commun, et bien moins fusible, aussi peut-il être appliqué sur le cuivre en coucbes aussi épaisses que l'on désire. C'est à ces deux circonstances qu'il faut attribuer la plus grande durée de l'élamage de Biberel : en effet, par la méthode ordinaire, il est impossible d'augmenter à volonlé l'épaisseur de la couche d'étain, parce qu'il n'y a alliage qu'au contact des deux métaux, et que tout l'étain excédant se sépare et coule ausâitôt que la pièce est exposée tk une chaleur suŒsan le. En 1811, Biberel fib Ht revivre l'invention de son père, et dans ces demiérei années une compagnie s'est formée, à Paris, pour l'élamage des vases de cuivre et de tous les ustensiles de cuisine, au moyen du nouvel alliage ; elle a donné à son procédé le nom d'«amage polych-one. II est à désirer qu'on adopte ce nouveau procédé, recommandé avec raison par la Socicté d'encouragement el le Conseil de salubrité. Napoléon t*' avait donné l'ordre auv intendants de sa maison de confier à Biberel tous les étamages qui y deviendraient nécessaires.

Ricbsrdson et Motte ont proposé de substituer à l'alliage de Biberel un composé plus l^cile à appliquer, plus blanc et plus adhérent, fait avec : élain 90,4, nickel 3,7, fer 3,9. L'alliage Budi est analogue ; il se compose de : étain 89, nickel 6, fer 5.

Un étameur de Paria, le sieur Guanilh, a pris, en 1833, un brevet d'invention pour un nouvel élamage qu'il fait avec de l'élain allié avec un peu de fer et de platine. Cet alliage est appliqué sur le cuivre d'après la méthode ordiaoire, et par-dessus on étend une couche d'étain

pur. On étame de la môme manière le fer, la fonte, môme le plomb et les autres métaux.

Oxydes Au calTre. — Lorsque le cuivre est en contact avec la flamme, il s'oxyde et communique à celte dernière une teinte verte; c'est ce qu'on voit très-bien sur les fourneaux de cuisine, où la flamme des charbons qui touchent les casseroles se colore souvent d'une magnifique couleur verte ; c'est ce qu'on voit encore mieux en interposant un fil de cuivre dans un bec de gaz. Les artificiers tirent parti de cette propriété pour produire ces belles étoiles vertes qui Jaillissent des fusées et des bombes; ils ajoutent simplement à leurs poudres da cuivre pulvérisé très-fin.

A la chaleur rouge, le cuivre se recouvre d'une couche de protoxyde, nommé vulgairement oscyde rouge ; il s'en détache en écailles, qu'on appelle battitures. Par une calcination plus longue, il se produit du bioxyde d'un brun noirâtre désigné habituellement sous le nom d*oxyde noir de cuivre. Le premier oxyde sert aux verriers pour colorer en un beau rouge les verres employés à la décoration des monuments reUgieux. Le bioxyde donne aux verres et aux émaux une teinte verte ou bleue plus ou moins intense. La teinte bleue se produit surtout quand les fondants sont alcalins.

Ces deux oxydes du cuivre ont la composition suivante :

Protox]fde. Bioxyde.

MéUl 88,80 79,86

Oxygène 11,20 20,14

Formules Cu*0 CuO.

Le bioxyde est le seul qui se combine intégralement aux acides; c'est la base de tous les sels de cuivre.

Le protoxyde ou sous-oxyde, qu'on rencontre quelquefois en poudre rouge cristalline à la surface de certains minerais de cuivre, est un oxyde singulier qui, en présence des acides, se dédouble en cuivre métallique et en bioxyde : Cu*0 = Cu -i- CuO.

On connaît encore deux autres composés oxygénés, mais qui n'ont qu'un intérêt scientifique : l'un, nommé peroxyde, est représenté par CuO*; l'autre, acide cuivrique, peu stable, encore mal étudié, et qu'on symbolise, à tort sans doute, par Cu*0'.

Préparailon de l'asole aa moyen du cuivre. — Dans les laboratoires, on tire parti de la facilité avec laquelle le cuivre s'oxyde au contact de l'air chaud pour se procurer l'azote dans un plus grand état de pureté qu'avec le phosphore et sous forme de courant gazeux qu'on peut recueillir commodément dans des cloches ou des flacons convenables.

Pour cela^ on fait passer de l'air préalablement dépouillé d'eau et d'acide

Fig-Ma. — Préparation

lions, le méul s'empare de l'oxygène pour former du bioiyde, et l'aiate te rend, par le tube abducteur E, dans la cloche F.

Pour déterminer le courant d'air, on Tait tomber de l'eau d'un vate Bupérieur G dans un flucon vide à deux tubulures A, qui est relié avec un tube B renferœïut de la pierre-ponce imbibée de potasse caustique. Il faut que le courant d'air soit lent, ta colonns de cuivre assez longue, colle ci maintenue au rouge sombre pendant toute la durée de l'expérience, afin que l'uote soit complètement pur.

Pracéd^ de HM. Dnmat el BoMMlnc>nlt pour l'analrae da

l'air. — Vous cntrevoyei déji, Mi!Bsieurs, que ce procédé, légèrement modidé, peut servir de moyen eudiométriquo : en effet, de tDUS ceui qui ont été proposés jusqu'ici, c'est le plus eiaci, sans contredit, et celui qui permet le niii>iix de constater les plus légères variations dans les proportions respectives de l'oxygène et de l'azote, parce que l'on opère sur de très-grands volumes d'air. MM. Dumaï et Boussingault l'ont employé, en 1810, pour leurs belles recherches sur la véritable constitution de l'air atmosphérique.

Va autre avantage de ce procédé, c'est de pouvoir peser directement l'oiy* gène et l'aiote. Maltieureusement il n'est pas à la portée de tous les eipérimentateurs, k cause des frais considérables qu'il ciige en achat da ballons, de tubes et de balance très-sensible. Voici en quoi il consiste :

On prend un ballon A (/ijr. 041) de IS ti !0 litres de capacité, muni d'une armature en cnirre traversée par un robinet fl" et pouvant se visser sur le plateau de la machine pneumatique ; on le met en rapport avec un tube en verre

TRENTE-QUATRIËHE LEÇON.

vertBB' plein de cuivre méuUlqae réduit par l'hydrogène et ftnnd de robinet» R', Rqui permettent d'y faire le vide; ce tube est placé sur une grille k combnl* ti«Li j on en a pria ciactejnent le poids, ainsi qae celui du biUan vide d'air.

Tout éunt ainsi disposé, on chauffe peu à peu le tube h cuivre jusqu'au touri, puis on ouvre celui des robinets qui donne accès k l'air, qui se précipite ilon aur le métal, auquel il cède immédiatement aon oxygène. Au bout de qaelquaa minutes, on ouvre le second robinet, ainai que celui du balloDi et le gai aiote se rend dans ce demînvase. Les robinets demeurant on-' verts, l'idr at!1ue, et i meaare qu'il passe dans le tube à cuifre il y abandonne son oxygène : C'eat dont de l'aiole pur que le ballon retint Quand il en est plein ou II peu pcitt on Ferme tous tes robinets. On pAia ensuite séparément le ballon et le tube plein d'azote, puis on les pèse de nouveau après y avoir fait le vide. Les différences de cei pesées donnent le poids du gai aiote.

Quant au poids de l'oiygènei il est fourni par l'excès de poids que le tube L cuivre a acquis pendant la durée de l'expérience.

doit lui enlever son oiygèue, l'air se dépouille d'abord d'acide carbonique en passant dans un appareil k boulea de Liebig C qui contient une disaolution concentrée de potasse, et dans une série de tubes à deuxbranchesD, E, F, G conteninl des fragments du potasse caustique rougie au fi'ii. Il se dessèche ensuite complètement en passant dans un tube de Liebig H plein d'acide sulfurique récemment bouilli et dans des tubes ii branches I, K garnis de ponce humectée du même acide.

La ponce doit avoir été k l'avance calcinée avec l'acide sulfurique , iuii!> quoi elle pourrait dégager dans les tubes des vajieurs d'acide chlorhydrique qui rendraient l'ana-

Voutavcz déjà vu avec quelle facililé le bioxydi; de cuivre est réduit à des Icmpératures lr(»-bagges par l'hydrogène et le charbon; j'ajouterai que toutes les matières organiques agissent de inâmc, parce qu'elles renferment ces deux éléments; Je vous apprendrai plus tard le parti qu'on tire de ce fuit pour opérer l'analjte élémentaire de ces matiërei.

Ce bioxyde Tonne avec l'eau un hydrate, CuO.IlO, d'un très-besu bleu, qui appar&lt en flocons dèt qu'on verse un excès de potasse ou de soude dans un sel de cuivre ; ces flocons disparaissent su^1e-champ dans runmoiiiaque, parce qu'il se forme un atmaoniitre de cuivre, qui est nluble el d'une superbe couleur bleu-^iuré. C'est cette liqueur que lei pharmacieiu appellent eau céleste, et dont ils décorent la devanture de leurs ontcines.

Le bioxyde de cuivre vous oiTre un exemple bien remarquable de l'influence qu'exerce la présence de l'eau sur la coloration des corps. Sec, cet oxyde est d'un brun presque noir; à l'état d'bydrate, il est bleu; et, d^s qu'on dessèche cet hydrate, il reprend la couleur propre k l'oxyde pur. Pour lui conserver sa couleur bleue, il faut le mêler, avant de le faire sécher, avec des matières étrangères, telles que silice, ebaux, alumine, blanc d'œuf ou gélatine. C'est ainsi qu'on agit quand on vent Taire usage de cet hydrate bleu danslahbrication des papiers peints.

En 1861, M. Péligol a découvert le moyen d'obtenir un hydrate de cuivre très-stable, conservant sa couleur à 100°. Il Butllt d'ajouter beaucoup d'eau & une solution faiblement ammoniacale d'azotate de cuivre. II se forme un précipité cristallin, trèa-divisé, d'un beau bleu turquoise, qui se substituera avec avantage fi l'hydrate précédent dans la peinture, l'industrie des tissus et des papiers peints.

Anhydre ou hydraté, le bioxyde est Irès-soluble dans les huiles. Voua ave» pu remarquer, peut-être, que ces liquides, de même que tous les corps gras en général, deviennent verts en très-peu de temps par leursÉjour dans les lampes ou dans tout autre vase de cuivre. Cette couleurestdue à la dissolution de l'hydrate et du carbonate de cuivra produits par le contact de l'air.

Il a déjà été question tant de fois de l'action des principaux acides Mir le cuivre que je crois inutile de revenir sur ce sujet. Je vous dirai seulement que sous l'influence des plus petites traces d'acides, ce métal absorbe rapidement l'oxygène de l'air : ainsi, en le mouillant d'a- «tâe tulfurique faible et mùmt de vinaigre (acide acétique), il se trouve promptement converti en sulfate ou en acétale de bioxyde. C'est tin moyen assez commode de se procurer de l'aiote sans autre appa- 'Ail qu'une cloche sous laquelle on enferme la limaille de cuivre humectée d'eau acide.

n en est de même des alcalis, et notamment de l'ammoniaque. En présence de cette dernière et de l'air, le cuivre se change en protoxyde qui se dissout dans l'alcali sans le colorer, tant qu'il y a du métal en excès. La liqueur isolée de celui-ci reste incolore en vases fermés, mais elle bleuit bientôt en vases ouverts, parce que le protoxyde passe ft l'état de bioxyde qui forme un ammoniure bleu.

"blorarcB de c«itr«. — Le chlorure de sodium en dissolution GlRAibiN. — II, 14

concentrée n'attaque pas sensiblement le enivre, mais il en est tout autrement lorsqu'il est en dissolution très-étendue. U se fait d'abord du protochlorure de cuivre, GuK^l, incolore, qui à l'air verdit en secbangéant en bichlorure, GuCl. Voilà pourquoi l'eau de mer met hors de service en quelques années les feuilles de cuivre dont on double ki navires destinés à la navigation au long cours et dont le bois serait rapidement percé par les animaux marins sans cette précaution.

La dissolution du protochlorure de cuivre dans l'ammoniaque, qui est incolore tant qu'elle n'a pas le contact de l'air, absorbe Toxygène avec rapidité et devient bleue. Doyère a fondé, en i848, un procédé eudiométrique sur cette propriété, iiini 850, il a constaté, avec M. F. Le-^ blanc, que cette môme dissolution absorbe le gaz oxyde de carbone avec non moins de rapidité que l'oxygène, et depuis cette époque on l'emploie au dosage du premier de ces gaz, dans les mélanges, toutefois, qui ne contiennent pas d'hydrogène bicarboné, car ce dernier est également absorbé par elle.

La propriété que possède le protochlorure de cuivre d'absorber l'oxygène de l'air et de se transformer en oxychlorure (CuCl,CuO), qui, à son tour, abandonne son oxygène et repasse à l'état de protocblorure quand il est exposé à une température de 400<>, a été mise à profit par M. Mallet pour se procurer de l'oxygène à très-bas prix, puisque c'est toujours le même protochlorure qui sert ; il ne s'agit que de le révivifier convenablement après chaque opération. Lorsqu'on opère en grand, la perte est minime : en effet, elle se réduit à 1 kilogr. de protochlorure pour 4 mètres cubes de gaz. Chaque kilogramme de ce composé fournit de 28 à 30 litres d'oxygène suffisamment pur. La matière cuivreuse, renfermée dans des cornues horizontales animées d'un mouvement de rotation, ne sort Jamais de ces vases ; la calcination et la révivification se font dans le même récipient. On ajoute au prolochlorure une substance inerte, sable ou kaolin, pour l'empôcher d'éprouver la fusion ignée. La température nécessaire ne dépasse pas celle de la décomposition du chlorate de potasse, puisqu'on petit on peut opérer dans du verre. La révivification est rapide, si la matière est un peu humectée et le courant d'air convenable. Trois ou quatre heures suffisent, avec la rotation des cornues qui égalise la température et permet le contact incessant de l'air et de la matière.

Quant au bichlorure, il s'unit au bioxyde en diverses proportions et constitue alors des oxychlorureSj dont l'un, d'un beau vert foncé, se trouve à l'état naturel en petits prismes ou en octaèdres au Pérou, au Chili, dans le Massachusetts, aux Antilles, au Vésuve. 11 est connu des minéralogistes sous le nom d'atakamite, du nom d'Atakama, district du Pérou. Après l'avoir réduit en poudre, on l'emploie comme sable à mettre sur récriture. Il a pour formule : CuCl,3CuO,3 HO.

Le vert de Brunswick des peintres est le môme composé préparé de la manière suivante : on humecte des feuilles ou des copeaux de cuivre

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