‹ Leçons de chimie générale élémentaireChapitre 123 sur 267 · AMALGAMES · texte numérisé non relu

AMALGAMES

§ 863 Le mercure forme avec un grand nombre de métaux des composés auxquels on donne le nom ^'amalgames. Le mercure domine-t-il, l'amalgame est liquide; dans le cas contraire, il est solide. D'après Borzelius, le mercure forme avec les métaux des combinaisons bien définies , et , quelle que soit la quantité de mercure qu'on ait ajoutée, cette combinaison reste en dissolution : mais, si l'on presse dans un nouet formé d'une peau de chamois , un amalgame quelconque rendu liquide par une grande quantité de mercure, et qu'on vienne à exprimer ce nouet, il passe à travers la peau tout le mercure en excès, contenant, il est vrai, un peu de métal étranger, mais il reste dans le nouet une combinaison bien définie du métal avec le mercure.

Le mercure se combine directement à froid avec certains métaux; avec d'autres, dont l'union ne saurait s'effectuer directement, on a recours à l'amalgame de potassium, que l'on traite par une dissolution neutre du métal à amalgamer.

Le potassium et le sodium se combinent avec le mercure avec une telle énergie , que la masse devient incandescente. Ces alliages décomposent l'eau ; les amalgames de zinc et d'étain contenant du mercure en excès, abandonnent des cristaux d'une composition définie, quand on les exprime dans un nouet. La combinaison de l'argent avec le. mercure cristallise avec facilité; on la rencontre souvent toute formée dans la nature , sous la forme de dodécaèdres réguliers, dont la composition est représentée par Ilg^ Ag. L'or se combine également au mercure avec la plus grande facilité : cet amalgame était autrefois employé pour dorer le cuivre.

Le cuivre forme un amalgame que les dentistes emploient pour plomber les dents. Cet amalgame possède des propriétés remarquables : chauffé à une température voisine de l'ébuUition du mercure , il se gonfle et se recouvre de mercure ; mais qu'on le broie dans un mortier afin de le bien mélanger, il se ramollit et peut être pétri entre les doigts , môme longtemps après son refroidissement.

38a EXTRACTION DU MERCURE.

Au bout d*un certain temps , il devient très^lur et possède une

texture cristalline à grains très-fins.

On le prépare de la manière suivante : On fait dissoudre une quantité quelconque de mercure dans Tacide sulfurique , et le sulfate obtenu est trituré avec du cuivre en poudre fine et de l'eau à 60 ou 70 degrés. L'amalgame est ensuite lavé et exprimé dans un nouet pour séparer le mercure en excès : on le divise en petites tablettes qui durcissent au bout de quelques heures.

L'amalgame d'étain , qui est l'un des plus importants , est appli que à rétamage dés glaces , et est connu sous le nom de tain,

L'étamage des glaces s'effectue de la manière suivante : On prend une feuille d'étain qui doit avoir la dimension de la glace ^ que l'on a d'abord bien polie ; on étend cette feuille d'étain sur une table bien dressée , et après l'avoir imprégnée de mercure dans toutes ses parties, on fait glisser la glace, qui chasse devant elle le mercure en excès ; on la recouvre ensuite de blocs de plâtre sur toute sa surface , en ayant soin d'incliner légèrement la table : le mercure en excès s'écoule , et au bout de quinze à vingt jours , l'opération étant jugée complètement terminée, l'amalgame adhère suffisamment à la glace. La composition de cet amalgame est environ de 4 parties d'étain pour i de mercure.

L'amalgame formé de i partie de bismuth et de 4 parties de mercure présente la propriété d'adhérer fortement aux corps sur lesquels on l'applique» Lorsqu'on verse cet amalgame dans un ballon bien sec et qu'on le promène successivement sur tous les points de la surface intérieure, on produit un très-bel étamage.

§ 864. Le mercure se rencontre à l'état libre dans la nature , mais toujours en petite quantité sous forme de globules disséminés dans une matière bitumineuse. Le minerai de mercure le plus important est le sulfure qu'on désigne sous le nom de cinabre. Les deux gisements les plus importants de ce sulfure sont : celui d'Aïmaden en Espagne , dans la province de la Manche, et celui d'Idria en Camiole. On rencontre également un gisement de cinabre dans le duché des Deux-Ponts; mais la matière est moins abondante et surtout moins riche.

Le principe de l'extraction du mercure au moyen du cinabre est

EXTRACTION DU MERCURE. *a83

des plus simples : il consiste à en opérer le grillage dans un appareil distillatoire ; de cette façon , le soufre se brûle et passe tout entier à Tétat d'acide sulfureux ; le mercure révivifié, ne pouvant à cette température s'unir à l'oxygène atmosphérique, se dégage en vapeur et peut être condensé dans des appareils convenablement disposés.

La réaction s'exprime facilement au moyen de l'équation

HgS-|-îi0 = S0'4-Hg.

§ 865. A Almaden, le traitement consiste [fig, 198) à intro-

Flg. IM.

duire de gros morceaux de cinabre sur la sole d'un four percé de trous; auKlessus on dispose des fragments de plus petite dimension , puis des briquettes formées par un mélange d'argile et de minerai pulvérulent. On place sur la grille, et au-dessous de la sole, des broussailles qui ser\'ent de combustible. A la partie supérieure du four et latéralement , sont pratiquées six ouvertures qui communiquent avec des fils d'allonges en terre emboîtées les unes dans les autres, auxquelles on donne le nom à'aludels, et qu'on dispose sur deux plans inclinés en sens contraire. Le combustible étant allumé, la flamme pénétrant à travers les trous de la sole et venant lécher les morceaux de cinabre , le sulfure se décompose , l'acide sulfureux se dégage sous forme gazeuse par la cheminée , tandis que les vapeurs mercurielles se condensent dans les aludels, pour aller de là se déverser dans un réser\'oir. La portion de va-

peur mercurielle qui ne s'est pas condensée dans les aludels arrive finalement dans une grande chambre où la condensation s'achève ; il n'y a que très-peu de vapeur qui s'échappe dans l'atmosphère.

§ 866. A Idria, le traitement est le même, seulement les appareils de condensation sont plus parfaits ; le fourneau dans lequel on opère est formé de plusieurs voûtes [fg, 199 et 200). Sur la pre-

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mière on place les plus gros morceaux » sur la seconde on dispose de^ morceaux plus petits , enfm sur la troisième on charge du minerai pulvérulent et des résidus mercuriels d'opérations précédentes, qu'on introduit dans des capsules en terre. Lorsque le four est chargé de matières, on allume le combustible et Ton élève graduellement la température; les vapeurs mercurielles entraînées arrivent successivement dans des chambres de condensation CCCC, en ayant

soin de contrarier la vapeur mercuriello , c'est-à-dire que celle-ci arrivant dans la première chambre par la partie supérieure , en ressort pour passer dans la seconde chambre par la partie inférieure. La presque totalité du mercure se condense dans les trois premières chambres , d'où il coule dans des rigoles qui ramènent dans un réservoir commun. Afin que la condensation des vapeurs soit complète, on dispose dans les dernières chambres des planchettes inclinées sur lesquelles on fait constamment couler de Teau.

§ 867. Le minerai qu'on exploite dans le duché des Deux- Ponts est du cinabre mélangé d'une forte proportion de calcaire. Pour en retirer le mercure, on se contente de le distiller dans des cornues de terre auxquelles on adapte des récipieiils de même nature, au fond desquels on introduit une certaine quantité d'eau. On établit dans un fourneau de galère plusieurs rangées de ces cornues ; les récipients sont placés en dehors du fourneau et refroidis par le contact de l'atmosphère. La réaction est facile à comprendre : le sulfure de mercure est décomposé par la chaux ; il se forme du sulfure de calcium et du sulfate de chaux qui reste comme résidu , tandis que les vapeurs mercurielles viennent se condenser dans les récipients.

CARACTÈRKS DISTINCTIFS DES SELS d'oXYDULB ET DE PROTOXYDE DE MERCURE.

§ 868. Quand on verse de la potasse, de la soude ou de l'ammoniaque dans la dissolution d'un sel d'oxydule, il se forme un précipité noir, qu'un excès de réactif ne dissout pas. Ce précipité, chauffé, abandonne du mercure métallique. Avec les sels de protoxyde , le précipité formé avec la potasse ou la soude est jaune, et l'ammoniaque produit un précipité blanc.

Les carbonates alcalins produisent, dans les sels d'oxydule, un précipité jaune sale, qui passe facilement au noir. Avec les sels de protoxyde , le précipité est blanc.

Le cyanofcrrure de potassium forme, avec les sels d'oxydule, un précipité blanc; il en est de même dans les sels de protoxyde; ' mais, dans ce dernier cas, le précipite exposé à l'air ne tarde pas à tourner au bleu.

L'acide suif hydrique produit un précipité noir dans les sels

d'oxydule; même précipité avec les hydrosulfates. Dans les sels de protoxyde, Tacide suif hydrique produit un précipité blanc quand Tacide est en petite quantité ; s'il est employé en grande quantité, il est jaune-orangé, et si on le fait digérer avec le réactif , il devient noir. Les hydrosulfates en petite quantité donnent des précipités blancs ou jaunes , qui deviennent noirs dans un excès de réactif.

L'iodure de potassium donne , avec les sels d*oxydule , un précipité jaune-verdàtre , soluble dans un excès d'iodure. Avec les sels de protoxyde, le précipité est d*un beau rouge; ce précipité se redissout facilement dans un excès d'iodure ou dans un excès du sel mercurieL

L'acide chlorhydrique et les chlorures solubles donnent, avec les sels d'oxydule même très-étendus, un précipité blanc de chlorure de mercure insoluble ; avec les sels de protoxyde , il ne se forme aucun précipité dans des liqueurs étendues. Ce caractère sert à distinguer facilement les deux sels. Lorsqu'ils sont à l'état de mélange, on précipite d'abord tout l'oxydule à l'état de chlorure , et dans les eaux qui surnagent , on verse de la potasse qui produit un précipité jaune.

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