QUARANTE-TROISIÈME LEÇON
Propriétés physiques et chimiques de Targent. — Action de Toiygène et de Tair, des aeides , des bases. — Oxyde d'argent. — Sulfure, chlorure, bromure et iodure d'argent. — Sels d'argent. — Azotate et sulfate d'argent. — Photographie. — Extraction de l'argent. — Méthode américaine. — Méthode saxonne. — Alliages d'argent. — Essais des alliages d'argent, i^ par coupellation ; 2^ par voie humide. — Carac* tères des sels d'argent.
§ 869. Ce métal , que les anciens désignaient sous le nom de Diane, en raison de sa belle couleur blanche, symbole de pureté, reçut plus tard celui qu'il porte aujourd'hui, du mot grec apyoç, qui signifie blanc. Par le polissage , il acquiert un éclat des plus remarquables; il réfléchit alors fortement la lumière. Après Tor, c'est le plus malléable et le plus ductile de tous les métaux. On peut, en effet, le réduire en feuilles tellement minces, qu'il en faut au moins superposer 100 000 pour faire une épaisseur de a centimètres, et de plus avec i gramme d'argent on peut obtenir un fil de 25oo mètres de longueur. La ténacité de ce métal est assez considérable ; un fil de o",oo2 de diamètre ne rompt , en effet , que sous un poids de 85 à go kilogrammes.
L'argent entre en fusion vers la température de 1 000 degrés. Si Ton fond ce métal dans un creuset , qu'on l'abandonne à un refroidissement lent, qu'on perce ensuite la croûte qui se trouve à la surface, puis qu'on décante rapidement le liquide intérieur, on obtient des cristaux qui présentent peu de volume et de netteté, dont la forme est celle de l'octaèdre. La nature nous le présente cristallisé sous cette forme. L'argent est peu volatil; néanmoins, lorsqu'on le maintient pendant quelque temps à la température d'une bonne forge , il éprouve une perte de poids très-sensible. Exposé au foyer d'une forte lentille, ou soumis à la
a88 ARGENT.
température élevée que produit le chalumeau à gaz oxygène et hydrogène , il se volatilise promptement ; ses vapeurs présentent une belle couleur verte.
L'argent conserve son éclat , môme à Tair humide. L'acide suifhydrique l'attaque facilement et le noircit ; aussi les vases d'argent dans lesquels on place des œufs , du poisson un peu avancé , ou qui sont exposés aux émanations des fosses d'aisance , noircissentils promptement.
§ 870. Chauffé au contact de l'air, l'argent ne s'unit à l'oxygène à aucune température; mais lorsqu'il est soumis à une chaleur supérieure à celle qui détermine sa fusion , il présente un curieux phénomène signalé pour la première fois par M. Samuel Lucas , essayeur de la Monnaie de Londres , et étudié depuis attentivement par M. Gay-Lussac. Si l'on maintient en fusion , dans un creuset de Hesse , au contact de Tair, i ou 2 kilogrammes d'argent pur, on observe une absorption rapide d'oxygène : c'est une véritable dissolution de ce gaz dans l'argent liquide , car il ne se forme dans cette circonstance aucune combinaison. On peut mettre plus facilement en évidence cette absorption d'oxygène on projetant à la surface du métal fondu du salpêtre par petites portions, ce sel maintenant constamment par sa décomposition une atmosphère d'oxygène dans le creuset. Vient-on nudntenant à refroidir brusquement l'argent en plongeant le creuset qui le contient dans l'eau, l'oxygène se dégage aussitôt avec une effervescence tumultueuse. Gay-Lussac a reconnu que l'argent pouvait absorber dans cette expérience jusqu'à vingt-deux fois son volume de gaz oxygène. On attribue au dégagement brusque de ce gaz le phénomène du rochage, sur lequel nous reviendrons lorsque nous parlerons de la coupellation. La présence d'une certaine quantité d'or suflRt pour faire perdre à l'argent cette propriété d'absorber l'oxygène à une température élevée.
L'argent, inaltérable à l'air à des températures élevées, no s'oxyde pas non plus au rouge, sous l'influence de la potasse et des azotates alcalins ; de là l'emploi de ce métal pour former des vases qu'on utilise dans les analyses chimiques quand il s'agit d'attaquer des minéraux par la potasse caustique ou le nitre, substances qui altéreraient profondément le platine.
L'acide chlorhydrique n'exerce aucune action sur l'argent, mémo
à la température de l'ébuUition , à moins que le métal ne soit trèsdivisé. L*acide sulfurique étendu n'attaque pas l'argent; concentré, il est décomposé par ce métal à Taide de la chaleur ; de Tacide sulfureux se dégage, et l'on obtient du sulfate d'argent, qui se dépose sous la lorme d'une poudre blanche. L'acide azotique Tatr taque, même à froid; du bioxyde d'azote se dégage en même temps que l'argent disparait; la liqueur abandonne par l'évaporation de beaux cristaux d'azotate d'argent. L'acide sulfhydrique l'altère rapidement ; la surface du métal se recouvre alors d'une couche noire de sulfure d'argent. Ce métal se ternit encore lorsqu'on le laisse en contact avec certains chlorures , et notamment avec du sel marin ; il y a formation de chlorure d'argent.
§ 871 . L'argent forme avec l'oxygène trois combinaisons définies, savoir :
Un sous-oxyde Ag' 0,
Un protoxyde Ag 0,
Et un bioxyde AgO*.
Un seul de ces composés jouit de propriétés basiques : c'est le protoxyde. C'est aussi le seul dont nous décrirons les propriétés.
§ 872. Le protoxyde (forgent est pulvérulent et de couleur olive foncé. Il est légèrement solubledans l'eau; sa dissolution possède une faible réaction alcaline. C'est une base puissante, qui se rapproche sous ce rapport des alcalis et du protoxyde de plomb. H s'unit à tous les acides et neutralise complètement les plus énergiques. Néanmoins, à l'état d'isolement, cet oxyde est trèS'peu stable; il suffit, en effet, d'une faible chaleur pour le détruire; la lumière solaire elle-même le noircit et le change en partie en argent métallique avec dégagement d'oxygène. Il se combine avec plusieurs oxydes métalliques, et notamment avec ceux de cuivre , de fer et de manganèse.
L'ammoniaque dissout le protoxyde d'argent ; par l'évaporation de la liqueur, il se sépare une poudre noire, susceptible de détoner violemment, soit par un choc brusque , soit par une légère élévation de température, et qu'on désigne sous le nom d'argent fulminant; la composition de cette substance n'est pas bien établie.
Le protoxyde d'argent s'obtient en décomposant une dissolution d'azotate d'argent par la potasse caustique ; il se sépare immédia- II. 35
tement uu précipité brun clair d'oxyde hydraté qui perd facilement son eau, soit par exposition dans le vide, soit sous Tinfluence d'une température ménagée.
§873. Le soufre s'unit facilement à l'argent; la combinaison s'etîectue d'une manière directe ; on obtient un composé cristallisable qui correspond au protoxyde d'argent. On peut Tobtenir également en décomposant un sel d'argent par l'acide sulfhydrique. Dans ce cas, il se présente sous la forme d'une poudre noire complètement amorphe.
Chauffé convenablement , il fond et se prend par le refroidissement en une masse cristalline. Ce sulfure d'argent se rencontre dans la nature sous la forme d'octaèdres réguliers de couleur gris foncé , doués d'un certain éclat. Sa densité est de 7,2.
Chauffé au contact de l'air, le sulfure d'argent se transforme eu acide sulfureux et en argent métallique. Les acides chlorhydrique« azotique et sulfurique le décomposent à l'aide de la chaleur.
Le sel marin et plusieurs autres chlorures le transforment . à l'aide de la chaleur, en chlorure d'argent.
Le sulfure d'argent s'unit à plusieurs sulfures métalliques, et notamment aux sulfures d'arsenic et d'antimoine. La nature nous ofifre plusieurs de ces sulfures à l'état cristallisé ; tels sont : l'argent antimoniosulfuré
3AgS, SbS=
et l'argent arséniosulfuré
3AgS, AsS\
La composition du sulfure d'argent est exprimée par la formule
AgS.
§ 874. Le chlorure (Pargent, qu'on rencontre dans la nature sous la forme de cubes, s'obtient par double décomposition. Récemment précipité , il est blanc , caillebotté , très-pesant. Il se réunit parfaitement par l'agitation, surtout lorsqu'on ajoute à la liqueur quelques gouttes d acide azotique.
Le chlorure d'argent, exposé à la lumière diffuse , devient bleu , puis violet et enfin noir. L'effet est beaucoup plus rapide sous l'influence des rayons solaires. C'est le plus insoluble de tous les corps connus.
ARGENT. îi*>i
Le chlorure d argent fond vers 400 degrés et forme une masse transparente, qui par ie refroidissement prend l'aspect de la corne ; de là les noms de Diane cornée, de Lune cornée, que lui donnaient les anciens chimistes.
Il n'est décomposé sous l'influence de la chaleur ni par l'oxygène ni par le charbon. L'hydrogène le décompose , au contraire, avec facilité. On met à profit cette propriété pour préparer de l'argent pur. Il se réduit encore très- facilement lorsqu'on le chauffe avec un mélange do charbon et d'un carbonate alcalin.
Le fer et le cuivre le réduisent à sec à la température ordinaire. La réduction se fait beaucoup plus promptement lorsqu'on le mouille avec une dissolution de sel marin.
Le chlorure d'argent est insoluble dans les acides azotique, chlorhydrique et sulfuriquc; il est pareillement insoluble dans les alcalis fixes, très-solublc, au contraire, dans l'ammoniaque. La dissolution ammoniacale exposée à l'air laisse déposer de petits cristaux cubiques de chlorure d'argent à mesure que l'ammoniaque s'évapore.
La potasse et la soude caustique, sans action à froid sur le chlorure d'argent, le décomposent rapidement à la température de l'ébullition; on obtient alors un chlorure alcalin qui reste dissous, et de l'oxyde d'argent qui se précipite. £n ajoutant du sucre à ce mélange, il se sépare de l'argent réduit. M. Levol recommande cette méthode pour préparer de l'argent pur.
Les chlorures alcalins dissolvent à chaud une certaine quantité de chlorure d'argent, et donnent, par le refroidissement, des composés cristallins. Le chlorure d'argent récemment précipité se dissout dans les hyposulfites solubles. Il se dissout également dans le cyanure de potassium.
On peut employer le chlorure d'argent pour argenter certains métaux* Avec 8 parties de ce chlorure, 3 de potasse, 1 de craie et I de sel marin , on fait une poudre propre à argenter le cuivre et le laiton.
§ 875. Le bromure (l^argent est entièrement analogue au chlorure ; il est un peu moins solubledans l'ammoniaque que ce dernier.
§ 876. Viodure (Purgent est analogue au précédent ; il est insoluble dans l'eau et exige 'iSoo parties d'ammoniaque [>our se dissoudre.
agu SELS D'ARGENT.
§ 877. \a fluorure rf'a/^D'^/?/, contrairement aux produits précédents, se dissout presque en toutes proportions dans Teau; il est déliquescent.
§ 878. Lorsqu'on calcine en vases clos des sels d'argent formés par des acides organiques , on obtient un résidu qu'on peut considérer comme un composé de carbone et d'argent.