COMBINAISONS DE L'OR AVEC LE CYANOGÈNE
§ 903. Le cyanure d'or Au'Cy s'obtient en traitant une dissolution de cyanure double de potassium et d'or par l'acide chlorhydrique en quantité suffisante. La dissolution laisse déposer des
3i8 ALLIAGES D'OR,
cristaux grenus jaunes pendant Tévaporation. il se précipite en même temps du cyanure de potassium , que Ton sépare par des lavages à Teau; il faut avoir soin d'opérer à l'abri du c!t)ntact de la lumière.
Si l'on traite par Tacide chlorhydrique étendu le cyanure d'or et d'argent, en ayant soin de ne pas décomposer le cyanure d'argent , le cyanure d'or Au' Cy^ se dissout dans l'eau, et en évaporant la dissolution dans le vide au-dessus d'une capsule renfermant de la chaux vive ou de la potasse caustique , on obtient un résidu jaunâtre que l'on reprend par l'alcool. Par l'évaporation de la dissolution alcoolique , le cyanure cristallise sous forme de tables.
Ces deux cyanures forment, avec les autres cyanures métalliques , des sels doubles.
ALUAGES D'OR.
§ 904. L'or s'unit avec plusieurs métaux ; nous n'examinerons ici que les alliages qu'il forme avec le cuivre et l'argent. Ces alliages, plus fusibles que l'or pur, sont employés à la fabrication des monnaies et des bijoux.
Nous allous donner, dans un tableau, la composition de ces différents alliages , en mettant en regard la tolérance accordée par la loi.
Titre. Tolérance.
Monnaie -^ —
lOOO lOOO
Médailles -^ -^
lOOO lOOO
lOOO
Bijoux ' --Η )
La soudure de la bijouterie d'or se fait avec un alliage de 5 parties d'or et I de cuivre. Cet alliage présente une couleur qui tire . sur le rouge. Ce résultat s'observe dans tous les alliages où la proportion du cuivre est un peu considérable. En ajoutant à l'or une
ALLIAGES D'OR. Sig
certaine quantité d'argent , on le verdit; l'or vert des bijoutiers est, en effet, un alliage dans lequel on fait entrer une certaine quantité d'argent.
On donne aux bijoux la mise en couleur, en dissolvant le cuivre qui se trouve à la surface , à l'aide de l'opération suivante : On commence par chauffer les objets au rouge sombre ; puis, lorsqu'ils sont refroidis , on les fait séjourner pendant un certain temps dans une pâte formée d'un mélange de nitre, d'alun, de sel marin et d'eau. Le chlore , devenu libre , dissout du cuivre , de l'argent et de l'or, mais ce dernier métal en moindre quantité. On termine l'opération en polissant la surface à l'aide du brunissoir.
§ 905. La valeur vénale de l'or étant trèsK^onsidérable, on comprend qu'on ait dû fixer, par une loi, le titre de ces alliages, et de plus rechercher des méthodes d'analyse d'une précision telle, qu'on pût déterminer leur teneur en or avec une très^rande approximation.
Les bijoux d'une petite dimension ne sauraient être essayés par le procédé que nous allons décrire plus bas sans être entièrement détruits, il faut donc leur appliquer une méthode particulière, au moyen de laquelle on ne leur fasse éprouver aucun dommage. A cet effet , on soumet les bijoux à des épreuves qui , tout en ne leur faisant subir aucune altération, permettent, avec une certaine habitude , de déterminer ce titre avec une approximation d'un centième. Cette méthode, qu'on désigne sous le nom é' essai par le toujchau, consiste à frotter l'objet sur une pierre quartzeuse trèsdure, colorée en bleu noirâtre, qu'on désigne sous le nom de pierre de touche; le bijou laisse une trace qui permet à l'essayeur de juger approximativement du titre d'après sa couleur et d'après la manière dont elle se comporte lorsqu'on la mouille avec une eau régale formée de g8 parties d'acide azotique de i , 34 de densité et de 2 parties d'acide chlorhydrique du commerce.
Afin d'apprécier exactement le titre , l'essayeur se sert d'une étoile qui porte. le nom de toucJuiu, aux extrémités des rayons de laquelle on a soudé des alliages do titres parfaitement déterminés. Supposons que l'essayeur veuille reconnaître si le titre accusé par le fabricant est bien de -VtV- ^ frottera le bijou sur la pierre de touche ; à gauche de ce trait il en formera un second avec l'alliage à iVA » P^*cé à l'une des extrémités d'un rayon du touchau ; à la
3ao ALLIAGES D'OR.
droite il formera un trait avec Talliage à ^Vm ? ^^^^ ^ l'extrémité d'un autre rayon. Il comparera ces traits , puis il promènera sur eux une petite quantité de l'eau régale précédente , retenue à i'extrémité du bouchon , terminé en pointe effilée , qui çert à fermer le flacon qui la contient, puis il examinera la couleur que prend l'acide sur 'chacune de ces traces, et la manière dont elles sont attaquées.
Ce mode d'essai n'est susceptible que d'une très-faible approximation, et, de plus, il exige une très-grande habileté de la part de l'expérimentateur : on ne saurait donc l'employer lorsqu'il s'agit de déterminations rigoureuses.
§ 906. Pour faire l'analyse exacte d'un alliage d'or et de cuivre, on le coupelle avec du plomb, en suivant la méthode que nous avons décrite pour l'analyse des monnaies d'argent par voie sèche. Si l'alliage ne renferme que du cuivre et de l'or, on peut considérer le bouton , résidu de la coupellation , comme représentant assez approximativement la quantité d'or pur qui entre dans l'alliage; mais si celui-ci renferme de l'argent, ce métal reste dans le bouton, et l'on obtient de la sorte des résultats entachés d'erreur. De plus , alors même que l'alliage ne contient pas d'argent, cette méthode fournit des résultats inexacts , en ce qu'un peu d'or peut s'imbiber dans la coupelle , tandis qu une certaine quantité do cuivre et de plomb peut rester dans le bouton.
Pour obvier à cet inconvénient, on ajoute à l'alliage une certaine quantité d'argent, puis on le passe à la coupelle; on obtient Gnalement alors un bouton formé d'or et d'argent, qu'on traite par un excès d'acide azotique, pour enlever ce dernier métal. Mais ici se présente une difficulté sérieuse : si la quantité d'argent qui entre dans le bouton est trop faible , l'acide azotique ne l'attaque qu'imparfaitement, et même, par une ébullition prolongée, on ne parvient pas à dissoudre la totalité de ce métal ; si l'argent est en quantité trop forte , l'alliage est complètement attaqué , l'argent est entièrement dissous, mais l'or se dépose à l'état pulvérulent, et il est à craindre qu'on n'en perde dans le dosage.
De nombreux tâtonnements ayant appris qu'un alliage formé de 3 parties d'argent et i partie d'or, traité par un excès d'acide azotique , abandonnait à ce réactif la totalité de l'argent qu'il renferme , tout en conservant son aspect primitif sans qu'il se sépare
ALLIAGES D'OR. i%i
la moindre trace d'or sous forme de poussière, on procède de la manière suivante dans les hôtels des monnaies pour faire ces essais.
Supposons qu'on ait à faire l'analyse d'un alliage d'or quelconque; on commencera par déterminer son titre approximatif^ au moyen du touchau , puis ou lui ajoutera une quantité d'argent triple de celle de l'or qui y est contenu, et enfin une proportion de plomb indiquée par les Tables. Cette opération porte le nom d*i'fiquartation.
La proportion de plomb qu'il faut ajouter à l'alliage varie, en effet , avec son titre. Ces proportions sont indiquées dans le tableau suivant :
QMDtités de plomb nècefuiret pour ealefer Tilres de Por allié ao calTra. complètement le cairre par coopellalion.
looo millièmes i partie.
800 9 iG A
5oo n 26 »
3oo 0 I
aoo » 1
§ 907. Considérons une monnaie d'or dont le titre est de r^. On pèsera o*',5oo d'alliage contenant, d'après le titre légal, o«^45o d'or fin ; il faudra donc , pour opérer l'inquartation , ajouter i»'^,35o d'argent , qu'on place avec le { gramme de monnaie dans un cornet de papier, et Ton emploie 5 grammes de plomb.
On commence par introduire le plomb dans une petite coupelle disposée dans la moufle du fourneau , et dont la température est portée au rouge; puis, lorsque le métal est en pleine fusion, on y introduit le petit cornet de papier renfermant le mélange d'argent et d'alliage. La coupellation s'effectue comme à l'ordinaire; elle exige même moins de précaution que pour les monnaies d'argent , car, dans ce cas , on n'a pas à craindre le rochage ; il est nécessaire, néanmoins, de retirer les coupelles après le phénomène de l'éclair, pour éviter des pertes par volatilisation. Quand le bouton est refroidi, on le retire de la coupelle, on brosse la
partie qui se trouvait en contact avec le fond, puis on Taplatit sur un tas d'acier, de manière à lui donner la forme d'un petit disque. On recuit ce dernier dans la moufle , après quoi on l'amène à l'état de feuille mince , à l'aide de deux ou trois laminages successifs ; on riecuit ces lames , puis on les roule pour leur donner la forme de cornets. On introduit enfin ces cornets dans un petit matras d'essayeur [fig, 209) renfermant 3o grammes d'acide azotique à 22 degrés Baume , que Ton fait bouillir pendant dix minutes ; on décante
FlK. t09.
Fig. f 10.
l'acide, qu'on remplace par une proportion un peu moindre d'acide azotique à 32 , et l'on fait bouillir le cornet avec cet acide à deux reprises différentes pendant une durée de dix minutes chaque fois, après quoi on décante l'acide en saisissant le matras avec une pince en bois (yF^g". 210), et on lave à plusieurs reprises, avec de l'eau distillée , le petit cornet d'or, qui a conservé la forme de l'alliage. On remplit alors le matras d'eau , on le renverse dans un petit creuset de terre, et, après avoir enlevé la presque totalité du
liquide par décantation , on le porte dans la mouQe afin de lui donner une cohésion suffisante pour qu'on puisse le manier sans craindre de le briser. L'or ainsi calciné est pesé exactement, ce qui permet d'obtenir le titre de l'alliage à un demi-millième près. Comme dans les hôtels des monnaies on fait un grand nombre de ces essais à la fois , on a trouvé beaucoup plus commode de remplacer le charbon, qui chauffe d'une manière inégale, par la flamme du gaz. RR' est une rampe à laquelle sont adaptés un grand nombre de becs [fig. an, aia, ai3, PL ^IIl); elle communique , à l'aide d'un conduit C , .avec un gazomètre ; une clef de boistySg'. a 14) permet d'ouvrir ou de fermer les robinets. F et F' sont deux flacons renfermant, l'un de l'acide azotique à 3a degrés,
Flf. tu FIg. fil.
l'autre l'eau distillée destinée au lavage. M , M', M", . . . , sont les matras qui contiennent les cornets. G, G', G" sont des flacons dans lesquels viennent se rendre, à l'aide de tubes de porcelaine P, P', P" communiquant avec des godets K, K', K" {^g, ai 5), les liqueurs renfermant l'azotate d'argent provenant de la première atU^que , l'acide azotique résultat des deux traitements suivants et les eaux de lavage.
§ 908. L'or, en raison de sa belle couleur et de son inaltérabilité , fut de tout temps employé pour recouvrir des métaux usuels, tels que fer, cuivre, bronze, etc. On peut, pour exécuter cette dorure, employer divers procédés; le plus ancien, connu sous le nom de dorure au mercure, et dont on trouve une description dans Pline, s'exécute en faisant usage d'un amalgame d'or qu'on obtient en triturant 8 parties do mercure avec i partie d'or en feuilles ; lorsque la dissolution est complète, on comprime la masse pour faire
écouler le mercure excédant; onobtienldela sorte une substance pâteuse renfermant environ a parties de mercure pour i partie d'or, n suffit de frotter la surface des objets avec cet amalgame et de les soumettre ensuite à l'action de la chaleur, aûn de volatiliser le mercure , pour produire la dorure.
Avant d'appliquer l'amalgame d'or à la surface des objets à dorer, il est important de leur faire subir des opérations préliminaires dont le but est de débarrasser la surface du métal des impuretés qui sont la conséquence du travail auquel il a été préalablement soumis , et qui s'opposeraient à ce que l'amalgame pût s'appliquer d'une manière uniforme.
À cet effet , on chauffe le métal au rouge , afin de détruire les matières organiques déposées à sa surface par les opérations antérieures qu'on lui a fait subir, mais en même temps il s'y forme une couche d'oxyde. En immergeant le métal chaud dans de l'acide sulfurique étendu , une partie de l'oxyde se détache sous forme d'écaillés; l'autre se dissout dans l'acide; on donne à cette opération le nom de dérochoge. Souvent , au sortir de ce bain , on plonge pendant quelques instants les objets à dorer dans de l'acide azotique concentré, afin d'obtenir un décapage plus parfait; cette seconde opération porte le nom de ravivage. L'objet ayant été lavé , puis séché . on dépose à sa surface l'amalgame à l'aide d'un grattebrosse, après l'avoir préalablement plongé dans une dissolution d'azotate do mercure. Enfin , lorsqu'il a été frotté dans toutes ses parties avec le gratte-brosse , on le chauffe sur une grille en fer au moyen d'un feu de charbon. Cette opération doit se faire sous une cheminée tirant bien, afin de soustraire les ouvriers à l'action dangereuse des vapeurs mercuriellcs. On achève l'opération en frottant l'objet avec une brosse trempée dans du vinaigre , et l'on polit avec le brunissoir les parties qui doivent devenir brillantes.
Ce procédé de dorure présente un grave inconvénient, en ce qu'on n'est pas maître de la quantité d'or que l'on dépose à la surface des objets à dorer ; mais il jDffre un avantage en ce qu'il se produit un véritable alliage entre l'or et le métal qu'il recouvre : ce n'est pas une simple superposition , il y a véritablement pénétration; aussi cette dorure présente-t^lle une trèsgrande solidité.
Cette méthode, quoique fort simple, n'est néanmoins applicable
DORURE. 3îi5
qti*aux métaux qui sont attaqués par le mercure, et dont le point de fusion est supérieur à la température de volatilisation de ce métal. On l'emploie pour dorer Targent , le cuivre, le laiton et le bronze : on pourrait l'employer également pour dorer le fer, à la condition, toutefois, de recouvrir préalablement ce métal d'une couche de cuivre.
§ 909. Dans ces dernières années, on a substitué à la dorure au mercure deux procédés qui présentent, il est vrai, l'avantage de ne déposer qu*uno couche excessivement mince d'or à la surface des objets , mais qui n'offrent pas , en revanche , à beaucoup près la même solidité que la dorure précédente. '
Le premier procédé, qu'on désigne sous le nom de dorure au trcmpéy s'applique spécialement aux bijoux de cuivre et objets divers qui ne sont pas soumis à des frottements journaliers. A cet effet, on se sert d'un bain qu'on prépare en dissolvant loo grammes d'or dans une eau régale formée de !i5o grammes d'acide azotique à 36 degrés, de aSo grammes d'acide chlorhydrique du commerce et 25o grammes d'eau ; d'une autre part, on introduit dans une marmite de fonte dorée à l'intérieur 3 kilogrammes de bicarbonate de potasse et 20 litres d'eau. Quand la dissolution de l'or dans l'eau régale est complète, on verse la liqueur dans une grande capsule, et Ton y ajoute successivement les 3 kilogrammes do bicarbonate de potasse. On remet de nouveau le liquide dans la marmite de fonte , et l'on fait bouillir pendant deux heures en remplaçant l'eau au fur et à mesure qu'elle s'évapore.
Le bain étant ainsi préparé , on y introduit les objets qui ont été successivement dérochés, puis ravivés, après toutefois les avoir préalablement plongés dans une dissolution d'azotate de mercure.
Quand les objets sont restés dans le bain d'or pendant environ une demi-minute, ils ont fixé toute la quantité de ce métal qu'ils sont susceptibles de prendre ; un contact plus prolongé ne présenterait aucun avantage. On les retire alors, on les lave à grande eau, puis on les sèche dans de la sciure de bois chaude; on termine l'opération par la mise en couleur, opération dont le but est de donner à l'or plus de brillant et d'éclat, et qui consiste à plonger les objets dorés dans un mélange de 6 parties de nitre, 2 de sulfate de fer et i de sulfate de zinc , qu'on dissout dans une petite quantité d'eau bouillante.