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ÉTHEBS SIMPLES ET COMPOSÉS

CENQIAJNTIÈME LEÇON.

Éthen simples. — Étber chlorhydriqne , ou chlomre d'éthyle. — Bromure d*éthy]e. — lodare d'éthyle. — Cyanure d'éthyle. — Sulfure d'éthyle. — Snlfhydrate de sulfure d'éthyle, ou mercaptao éthylîqne.

— Bisulfure d'éthyle. — Séléninre d*éthy]e. — Tellnrure d'éthyle. — Zincnre d'éthyle. = Éthers composés. — Carbonate d'éthyle. — Axotile d'éthyle.— Azotate d'éthyle.— Cyana te d'éthyle. — Cyanurate d'éthyle.

— Sulfite d'éthyle. — Sulfate d'éthyle. — Borates d'éthyle. — Phosphates d'éthyle. — Silicates d'éthyle. — Formiate d'éthyle. — Acétate d'éthyle. — Bntyrate d'éthyle. — Benzoate d'éthyle. — Salicylate d'éthyle. — Oxalate d'éthyle. — Succinate d'éthyle. = Considérations générales sur les éthers simples et composés.

ÉTHERS SLMPLES ET COBIPOSÉS.

§ 4024. Nous avons vu dans la dernière leçon que ralcool , par son contact avec les différents acides , engendrait des produits importants et nombreux qu*on désigne sous le nom & éthers simples ou composes.

L'acide que Ton fait intervenir est-il très-avide d*eau, tel que Tacide pbosphorique ou l'acide sulfurique, maintient-on en outre la température entre i3o et i4o degrés, l'alcool se dédouble en éther et en eau; certains chlorures anhydres produisent des effets analogues : tels sont ceux de zinc et d'étain. Fait-on agir un hydracide sur lalcool , il y a formation d'eau et production d'un éther simple dérivant de l'éther ordinaire par la substitution de i équivalent de chlore, brome ou iode, etc., à la place de l'équivalent d'oxygène. Les acides qui déterminent la production de Téther sont-ils mis en contact avec Talcool à la température ordinaire, le mélange s'échauffe fortement et donne naissance à des composés doués de propriétés acides auxquels on donne le nom diacides viniques, et dont l'acide sulfovinique peut être considéré comme le* type. Ces

CHLORURE D'ÉTHYLE. 447

mêmes acides, sous rinfluenco d'une température convenable, engendrent des produits qui n'agissent en aucune façon sur la teinture de tournesol et qu'on désigne sous le nom iï et fiers neutres.

Tous les acides sont susceptibles de former par leur réaction sur l'alcool des composés de cette nature. Si l'acide est monobasique, il ne forme qu'un seul éther qui est neutre ; l'acide est-il bibasique, il en produit deux, l'un neutre et l'autre acide; l'acide (stril tribasique comme les acides phospborique et citrique, il en résulte trois éthers distincts,' dont l'un est neutre et les deux autres acides.

Nous allons passer successivement en revue d'une manière sommaire les éthers simples et composés les plus importants, et nous verrons quelles sont les déductions qu'on peut tirer de l'histoire complète des alcools et de leurs dérivés, dont l'étude approfondie a jeté une si vivo lumière sur la constitution d'un grand nombre de composés qui viennent s'y rattacher de la façon la plus heureuse et déterminer les progrès si rapides de la chimie organique.

CHLORURE D'ÉTHYLE (ÉTHER CHLORHTORIQUE).

§ 1025. Ce composé, que connaissaient les anciens chimistes, se produit par l'action réciproque de l'acide chlorhydrique et de l'alcool. Il se forme pareillement lorsqu'on fait agir certains chlorures métalliques anhydres sur cette substance, il accompagne alors l'éther. Le meilleur procédé qu'on puisse employer pour sa préparation, consiste à saturer par du gaz chlorhydrique de l'alcool absolu refroidi par un mélange de glace et de sel, puis à distiller le mélange au bain-marie (fg, 245). On dirige les produits de la distillation dans un premier flacon renfermant de l'eau pure, puis dans un second contenant de l'eau alcalisée dont la température est maintenue entre 25 et 3o degrés ; l'éther chlorhydrique se débarrasse par ce lavage de l'acide libre qu'il entraine toujours au sortir du flacon laveur. Ce produit , qui est gazeux à la température précédente , se ^end dans un flacon refroidi par un mélange de glace et de sel dans lequel il se condense ; on achève de le purifier en le rectifiant sur de la chaux ou sur de la magnésie.

§ 1026. Ainsi préparé, 1 éther chlorhydrique est un liquide incx)-

448 CHLORURE D'ÉTHYLE.

lore, d'une odeur aromatique pénétrante et légèrement alliacée.

Fi(. S45.

Suivant M. Thenard, sa densité sous forme liquide est de 0,874 à -1- 5 degrés; la densité de sa vapeur est égale à 2,219 ; il bout à 4- 1 2 degrés sous la pression de l'atmosphère et brûle avec une flamme lumineuse bordée de vert. Une dissolution aqueuse de potasse ou de soude ne l'altère pas sensiblement; une dissolution alcoolique de ces bases l'altère rapidement au contraire, surtout si Ton fait intervenir la chaleur. Lorsqu'il est bien pur, il n'agit pas sur une dissolution aqueuse d'azotate d'argent ; il en est de même d'une dissolution alcoolique , bien que , dans ce cas , les deux produits, étant solubles dans l'alcool , soient mélangés de la manière la plus intime. Si l'on introduit dans une éprouvette une dissolution d'azotate d'argent, puis quelques grammes d'éther chlorhydrique, et qu'on agite vivement le mélange, il ne se produit rien ; approchet-on de l'ouverture de l'éprouvette un corps en ignition , l'éther s'enflamme aussitôt, et si, après avoir couvert l'orifice de la cloche par un obturateur, on agite fortement le mélange, il se forme immédiatement un abondant précipité de chlorure d'argent. Le chlore existe donc à l'état latent dans ce produit à la manière du charbon dans les matières organiques, et il n'a* pas moins fallu (lue la destruction du composé pour le mettre en évidence.

CHLORURE D'ÉTHYLE. 449

Lorsqu'on fait passer la va|)eur d'éther chlorhydrique à travers un tube de y)orcelaine chauffé au rouge , il se décompose en un mélange d'acide chlorhydrique et de gaz oléfiant.

L'éther chlorhydrique est absorbé par plusieurs chlorures anhydres et notamment par les perchlorures d'antimoine et d'étain, avec lesquels il forme des liquides fumants à l'air et décomposables par l'eau.

L'éther chlorhydrique dissout le soufre, le phosphore, les huiles grasses et volatiles, les résines et plusieurs autres substances d'origine organique.

Le chlore agit vivement sur l'éther chlorhydrique, surtout à la lumière solaire ; dans ce cas, l'action est quelquefois tellement énergique, que la matière s'enflamme et qu'on obtient un dépôt de charbon. Si, au contraire, on opère à la lumière diffuse [fig, ^46),

Fig SM.

l'action se produit avec lenteur, et l'on peut au bout d'un certain temps faire intervenir la lumière solaire sans aucun inconvénient; il se forme dans cette réaction cinq produits successifs résultant de la substitution de i, de 2, de 3, de 4 et do 5 molécules de chlore à un nombre égal de molécules d'hydrogène. Leur composition est exprimée par les formules

C* H'^CI 4 volumes de vapeur.

c'irci^ »

45o BROMURE D'ÊTHTLE.

C*H*a' 4 volumes de vvpear.

CHQ^

qui présentent ceci de remarquable, qu'ils possèdent le même groupement mécanique que Télber chlorhydrique d*où ils dérivent. Nous n entrerons ici dans aucun détail relativement aux propriétés de ces différentes substances; nous ferons seulement remarquer que le premier produit de la substitution exercée dans la mole-' cule de Tétber cblorfaydrique est isomérique avec la liqueur des Hollandais; qu1l en est de même à l'égard du second produit et de la liqueur des Hollandais monochlorée, et qu'enfin cette isomérie se poursuit jusque dans le dernier terme qui est un chlorure de carbone. Ce produit final est seul identique dans les deux séries; quant aux autres, il n'y a qu'isomérie, résultat qu'on peul mettre en évidence au moyen d'une dissolution alcoolique de potasse qui agit vivement sur la liqueur des Hollandais et ses dérivés, et n'exerce aucune action sur les produits dérivés de Téther chlorhydrique par substitution.

BROMURE D'ÉTHÏLE (ÉTHER BROMHIDRIQUE ).

§ 1027. Ce composé s'obtient à la manière de l'éther chlorhydrique en saturant l'alcool de gaz brombydriquc et distillant au bain-marie. Il est préférable d'introduire dans une cornue 20 parties d'alcool du commerce et i partie de phosphore, et de verser graduellement par la tubulure de la cornue 8 parties de brome. Il se produit ainsi du bromure de phosphore qui , par sa réaction ultérieure sur l'eau de l'alcool , donne naissance à de l'acide phosphoreux et à de l'acide bromhydrique. Ce dernier, réagissant sur l'alcool à mesure de sa production , donne naissance à de l'éther bromhydrique qu'on peut condenser dans un récipient refroidi. Pour le débarrasser do l'alcool qu'il entraîne toujours en proportion plus ou moins notable , on le lave avec de l'eau qu'on alcalisc légèrement ; on le fait digérer ensuite sur du chlorure de calcium ; enfin on le distille.

L'éther bromhydrique parfaitement pur est un liquide incolore, son odeur et sa saveur ont quelque chose de pénétrant et d'élhéré ;

lODURE D'ÉTHYLE. 45i

sa densité est de i ,43. La densité de sa vapeur est égale à 3,754. Il bout à 4- 4o°,7.

Lorsqu'on fait passer sa vapeur au travers d'un tube de porcelaine chauffé au rouge, il se décompose, à la manière de Téther chlorhydrique , en acide bromhydrique et en gaz oléfiant.

Il brûle difficilement avec une flamme verte, en dégageant beaucoup d'acide bromhydrique. Sa composition est exprimée par la formule

C*H*Br = 4vol.vap.

lODURE D'ÉTHYLE (ÉTHER lODHYDRIQUE).

§ 10S8. Ce composé s'obtient par un procédé tout semblable à celui que nous venons de décrire pour la préparation de l'éther bromhydrique , en substituant l'iode au brome.

A cet effet , on introduit dans une cornue de verre bitubulée i5o grammes d'alcool absolu et 5o grammes d'iode ; on desrend alors dans la liqueur un fragment de phosphore attaché à l'extrémité d'un fil de platine. Dès que la liqueur est décolorée, on en retire le phosphore, on y ajoute une nouvelle dose d'iode, puis on y plonge de nouveau le phosphore comme précédemment, et l'on répète ce traitement un certain nombre do fois. Pour saturer la proportion d'alcool précitée, il faut employer 170 grammes d'iode et .5o grammes de phosphore. Quand l'opération est terminée , on procède à la distillation et l'on recueille le produit dans un récipient refroidi; on le lave avec de l'eau, on le fait digérer sur du chlorure de calcium , on l'agite avec du mercure, puis on le distille.

§ 1029. Ainsi purifié, l'éther iodhydrique est un liquide incolore, neutre aux réactifs colorés , d'une odeur éthérée et pénétrante ; sa densité est de 1,976 à o degrés; la densité de sa vapeur est égale à 5,47; il brûle difficilement en répandant des vapeurs abondantes d'iode ; il se colore rapidement à l'air, surtout sous l'influence de la lumière solaire.

Chauffé avec de l'eau à i5o degrés dans un tube scellé à la lampe, il se transforme en éther et en acide iodhydrique; c'est ce qu'exprime l'équation

2(CMrr)4-'iUo-CMro' 4-2111.

45a lODURE D'ÉTHYLE.

Sa vapenr, comme celle des éthers précédents , se décompose au rouge sombre; ici les produits sont différents : on obtient du gaz oléfiant, de Téthylène iodé et de l'hydrogène libre.

Le chlore l'attaque très-facilement; il se dépose de l'iode, et Ton obtient de Téther chlorhydrique. La potasse en dissolution aqueuse n'agit pas sur lui d'une manière immédiate; en dissolution alcoolique , elle l'attaque au contraire très-rapidement.

L'oxyde d'argent l'attaque promptement à la température de l'ébuUition ; en présence de l'eau , ce produit se convertit alors en alcool et en iodure d'argent.

L'ammoniaque, surtout en dissolution alcoolique, l'attaque à l'aide de la chaleur en produisant des bases qui n'en diffèrent que par la substitution de l'éthyle à l'hydrogène; nous reviendrons plus tard avec détails sur le mode de formation et les propriétés de ces curieux produits.

L'action des métaux , et notamment celle du zinc sur l'éther iodhydrique, est des plus remarquables. En effet, lorsqu'on chauffe à i5o degrés au bain d'huile dans un tube scellé à la lampe un mélange d'éther iodhydrique bien sec et de zinc en poudre , il se produit des cristaux d'iodure de zinc, il se forme un gaz, et l'on obtient en outre un liquide très-mobile qui renferme tout à la fois du charbon , de l'hydrogène et du zinc. Le gaz qui se dégage dès qu'on brise la pointe effilée du tube est un mélange d'élhylc et de gaz oléfiant. La formation de ces différents produits peut s'expliquer au moyen des équations suivantes :

C» HM -h aZn = C* H* Zn -h Zn I, aC*H4-h2Zn=:aZnI-f-C"ir% 2C*H'H-aZn = 2ZnH-C*H«4-CMr.

Lorsqu'on ajoute au mélange précédent une petite quantité d'eau, on n'obtient que de l'hydrure d'éthyle et de l'oxyiodure de zinc. La réaction s'exprime au moyen de l'équation

2CMPl4-2nO + 4Zn - 2(CH«)-f-2(ZnI, ZnO).

Remplace-t-on l'eau par de l'alcool absolu , on obtient do l'hydrure d'éthyle, de l'éther et de l'oxyiodure de zinc

•ACMlU-haC4l'0^+4Zn =:= •2C*UM-CMrH)'4- '2(ZnI, ZnO).

CYANURE D'ETHYLE. 453

L'étain, aune température de 160 à 180 degrés, attaque rapidement réther iodhydrique; on obtient un liquide jaunâtre qui se concrète par le refroidissement en une masse formée de longues aiguilles blanches. Ce produit renferme tout à la fois du charbon , de l'hydrogène , de Tétain et de l'iode. Lorsqu'on brise la pointe effilée du tube, il ne se dégage pas trace de gaz. La réaction fort simple s'exprime au moyen de l'équation

C*HM-|- aSn = Snl4-C*H*SnL

C'est Tiodure d'un composé ternaire fonctionnant à la manière d'un radical , auquel on donne le nom de stannéthyle.

Le plomb , l'arsenic , le phosphore et l'antimoine attaquent vivement réther iodhydrique sous l'influence d'une température de 160 à 180 degrés, en donnant naissance à des produits sur l'étude desquels nous reviendrons plus tard.

L'éther iodhydrique précipite immédiatement une dissolution alcoolique d'azotate d'argent. Cet éther jouit de la propriété de décomposer tous les sels d'argent à l'état sec , ce qui fournit un moyen d'éthérification précieux qui pourra s'appliquer d'une manière heureuse à la préparation d'un certain nombre d'éthers difficiles à obtenir par les méthodes ordinaires.

La composition de l'éther iodhydrique est représentée par la formule

C*H*I-. 4voLvap.

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