‹ Leçons de chimie générale élémentaireChapitre 19 sur 267 · SELS DE POTASSE · texte numérisé non relu

SELS DE POTASSE

de bitartrate de potasse. L'oxygène de l'acide azotique brûle l'hydrogène et le carbone de la matière organique , et la potasse de ces deux sels se combine à l'acide carbonique produit. Ce sel est très-déliquescent.

La formation du carbonate de potasse , par la réaction de ces matières , peut s'exprimer au moyen de l'équation suivante :

C'H*O^^KQ.HO + a(AzO^KO)=3(CO^KO)4-5CO'4-5HO+Az. Crème de tartre.

La manière la plus sûre d'obtenir du carbonate de potasse pur consiste à décomposer par la chaleur l'oxalate de potasse.

§ 537. La valeur de la potasse du commerce dépend de la quantité de carbonate de potasse pur qu'elle contient. Il est donc important de pouvoir déterminer, par des moyens précis et expéditifs tout à la fois, cette valeur vénale. Nous allons décrire la méthode employée par Gay-Lussac pour déterminer exactement cette proportion.

Cette évaluation peut se faire très-facilement en se basant sur la différence de coloration que les acides sulfurique et carbonique impriment à la couleur bleue du tournesol. On sait, en effet, que l'acide carbonique fait passer la teinture de tournesol au rouge vineux , tandis que l'acide sulfurique lui communique une teinte d'un rouge vif. Si Ton ajoute à une dissolution de carbonate de potasse , de la teinture de tournesol , et qu'on verse peu à peu dans cette dissolution de l'acide sulfurique , l'acide carbonique mis en liberté donne à la liqueur la première couleur; mais quand toute la potasse est combinée à l'acide sulfurique , il suffît d'une goutte de ce dernier acide pour faire passer la couleur au rouge vif.

Cela posé, on appelle titre pondéral d'un alcali brut le nombre de kilogrammes de matière alcaline pure qu'il renferme au quintal. Si donc on prend une quantité d'alcali telle, que si elle était pure elle exigeât 100 parties d'acide pour sa saturation, le nombre de parties d'acide employé pour saturer un même poids de potasse brute en exprimera le titre pondéral.

Or l'expérience démontre qu'il faut 5o grammes d'acide sulfurique monohydraté pour saturer 48^% 16 de potasse pure anhydre. Si donc on dissout, d'une part, les 5o grammes d'acide sulfurique dans une quantité d'eau telle, que la dissolution refroidie occupe

i8 SELS DE POTASSE,

un volume de } litre; si, d*une autre part, on dissout 48"', 1 6 de potasse pure dans une quantité d'eau telle, que la dissolution occupe un volume de { litre, on aura deux liqueurs qui se neutraliseront à volume égal. Si la dissolution de la potasse à essayer, préparée dans les mômes conditions, n'exige que la moitié de son volume d'acide sulfurique pour être saturée, nous en conclurons nécessairement qu'elle ne renferme que 5o pour loo de potasse pure. L'acide sulfurique employé pour cette épreuve doit être à son maximum do concentration, c'est-à-dire qu'il ne doit contenir qu'un seul équivalent d'eau, SO\ HO. Pour l'obtenir dans cet état, il faut distiller l'acide sulfurique concentré du commerce sur du sulfate de fer qui détruit les produits nitreux ; l'opération étant fractionnée en trois parties , on sépare le premier tiers qui passe à la distillation, et l'on ne recueille que le tiers intermédiaire. On pèse exactement lOo grammes de cet acide sulfurique que l'on met dans un ballon , et l'on y ajoute de l'eau distillée de manière à former exactement i litre. Cette dissolution , qui porte le nom ^acide sulfurique normaiy est capable de neutraliser un volume égal de dissolution de potasse pure renfermant par litre g6«% 32.

Pour faire l'essai d'une potasse , on en prend un échantillon bien homogène, dont on pèse très-exactement 48»%i6 que l'on

dissout dans l'eau ; cette dissolution, qui est faite dans un ballon { /î"^. 1 34) avec le moins d'eau possible, est passée à travers un filtre, afin de l'obtenir claire et recueillie dans une éprouvette de y litre [fi^, i35). On rince ensuite le vase et le filtre avec do f petites quantités d'eau , jusqu'à ce que l'on ait atteint le trait de repère marqué sur l'éprouvette.

On prend 5o centimètres cubes de cette liqueur avec une pipetle(yîi^. i36), on la verse dans un vase qui s'élargit vers le bas [Jig, 137), en ayant soin de faire tomber la dernière goutte, puis on la colore avec de la teinture bleue de tournesol. On emplit alors une burette en verre [fig, 1 38 ) de la liqueur normale d'acide sulfurique , et on la fait tomber goutte à goutte dans la liqueur alca-

Fig. 1S4

V\% ISS

line.

On a soin de donner au vase un mouvement continuel de

Fir iM.

ng . m.

Fig. m. rotation, a6n de mêler les liquides. Les premières quantités d'acide versées ne produisent pas de changement sensible dans la liqueur, et il en est ainsi jusqu'à ce qu'on ait ajouté la moitié de la quantité d'acide nécessaire pour produire la saturation , ce qui tient à la formation d'un bicarbonate ; à partir de ce terme , l'addition d'une seule goutte d'acide peut produire le rouge vineux. Quand la liqueur a pris cette teinte , on ajoute l'acide avec précaution, goutte à goutte, et aussitôt que la couleur pelure d'oignon apparaît, on arrête l'opération; on Ht alors sur la burette la division à laquelle on s'est arrêté. La difiérence entre cette division et le point de départ o indiquera la quantité d'acide versé. La valeur de la potasse soumise à cet essai est proportionnelle à ce volume.

Cette méthode fort simple permet d'obtenir la richesse d'une potasse brute avec une assez grande précision.

§ 538. Le carbonate neutre de potasse peut absorber de l'acide carbonique et se transformer en bicarbonate. Il suffît, pour l'obtenir, de faire passer un courant d'acide carbonique dans une dissolution de carbonate de potasse. Le bicarbonate en dissolution se transforme en sesquicarbonate à la température de l'ébùllition. Desséché et chauffé davantage, il repasse à l'état de carbonate neutre.

§ 539. L'acide sulfurique forme avec la potasse deux combinaisons défmies : un sel neutre et un sel acide.

Le sulfate neutre de potasse cristallise en prismes à six pans terminés par des pyramides à six faces. Ces cristaux sont anhydres et ne contiennent que do l'eau interposée ; ils décrépitent quand on les chauffe.

100 parties d'eau en dissolvent.

20 SILICATES DE POTASSE.

La solubilité de ce sel est représentée par une ligne droite. On le trouve mêlé à l'acétate de potasse et au chlorure de potassium dans les cendres des végétaux terrestres. Il a pour formule SO^, KO.

Il s'obtient par la réaction de l'acide sulfurique sur le carbonate de potasse.

Le bisulfate de potasse cristallise en fines aiguilles. Une haute température en chasse la moitié de l'acide sulfurique et le ramène à l'état de sulfate.

En ajoutant i équivalent d'acide sulfurique à i équivalent de sulfate de potasso et employant les deux matières en dissolution dans l'eau , on obtient par l'évaporation à chaud du bisulfate anhydre 2S0\ KO, correspondant à 2S0^ HO.

En employant un excès d'acide sulfurique et abandonnant les liqueurs à l'évaporation spontanée pendant quelques jours , il se sépare du bisulfate hydraté 2SO', KO, HO qu'on peut formuler ainsi :

SO», KO-f-SO», HO;

ce qui en fait un sulfate double de potasse et d'eau.

Le bisulfate anhydre cristallise en prismes et fond à 210 degrés. Le bisulfate hydraté cristallise en rhomboèdres et fond à 197 degrés.

SILICATES DE POTASSE.

§ 540. La potasse s'unit à la silice en plusieurs proportions. Les silicates qui sont riches en alcalis sont très-solubles dans Peau, c«ux qui contiennent beaucoup de silice s'y dissolvent , au contraire, en très-faible proportion.

La plus importante de ces combinaisons est celle qui porte le nom de verre soluhlc. Ce composé jouit de quelques propriétés remarquables, et entre autres do celle de pouvoir être appliqué comme un vernis sur les bois et les tissus inflammables, et de les rendre incombustibles à la manière de quelques autres sels.

Pour l'obtenir, on soumet à l'action d'une haute température un mélange de 45 ()arties de sable blanc pur, 3o parties de carbonate dépotasse, et 4 à 5 parties de charbon. Les matières doivent être d'al3ord bien mêlées, puis frittées et fondues ensuite dans un creuset réfractaire, jusqu'à ce que la masse soit liquide et homo-

gène. Le charbon est employé ici pour opérer la décomposition complète du carbonate de potasse.

Le verre brut ainsi obtenu est aussi dur que le verre commun. Il est d'un noir brun plus ou moins transparent sur les bords. Pour le dissoudre dans Teau , il faut préalablement le réduire en poudre. On doit éviter l'accès de l'air, car une partie de la potasse pourrait s'emparer de l'acide carbonique contenu dans cet air, ce qui produirait un efTet nuisible.

Quand la dissolution a atteint une densité de 1,24 à i,25, elle est suffisamment concentrée et bonne pour l'usage. Concentrée davantage, elle devient visqueuse et se laisse étirer en fils comme du verre fondu. Quand la dissolution a été appliquée sur les corps, elle sèche rapidement à la température ordinaire et forme un enduit analogue au vernis. Cette propriété permet de l'employer comme moyen préservatif contre l'incendie; et, en effet, les matières qui sont revêtues de cet enduit éprouvent une véritable distillation , mais ne peuvent brûler avec flamme , ce qui empêche le feu développé sur un point de se propager au delà.

§ S-li . Ce sel est connu dans les arts sous les noms de nitre et de salpêtre. Il cristallise en longs prismes à six pans , terminés par des pyramides à six faces : ces cristaux s'accolent quelquefois de manière à former des cannelures ; ils ne contiennent point d'eau de cristallisation, et éprouvent la fusion ignée. Sa saveur est fraîche et piquante. Chauffé au rouge , il perd une portion de son oxygène, et laisse pour résidu de l'azotite. Si la température est portée au rouge vif et maintenue longtemps à ce point, il perd tout son oxygène et se trouve ramené à l'état d'oxyde de potassium. Projeté sur des charbons ardents, il en active la combustion. C'est un oxydant très-énergique qu'on utilise fréquemment dans les laboratoires, en raison de sa propriété de fournir tout à la fois un alcali puissant et de grandes quantités d'oxygène.

L'azotate de potasse est très-soluble à chaud.

100 parties d'eau en dissolvent — 10,82 à 0,0

loo parties d'eau en dissolvent 76,60 à 45, o

Au delà de cette température, l'eau le dissout pour ainsi dire en toutes proportions. Il n'est déliquescent que dans un air presque saturé d'humidité. L'alcool ne le dissout point. L'azotate de potasse a pour formule

AzOS KO.

§ 542. Voyons maintenant comment les azotates se forment dans la nature , et par quels procédés on prépare le salpêtre. Il est bien évident aujourd'hui que la cause qui détermine la formation des azotates , et celle du salpêtre en particulier, est différente et varie suivant la nature des climats.

Quand un terrain humide contient tout à la fois des carbonates de chaux , de magnésie ou de potasse dans un grand état de division et des matières organiques azotées en décomposition , il se forme des azotates des bases qui existent dans le sol. On retrouve les mêmes azotates dans les murs de nos étables , de nos caves , de nos rez-de-chaussée où règne toujours une certaine humidité; le temps devient-il sec, le salpêtre amené à la surface par l'action de la capillarité vient s'y effleurir. L'Inde, l'Egypte, l'Espagne, etc., nous offrent des quantités plus ou moins considérables de ce sel eilleurics à la surface du sol, surtout dans les temps de sécheresse qui succèdent aux pluies.

Comment les azotates se forment-ils dans les lieux dont nous venons de parler? C'est ce qu'on n'a pas encore expliqué d'une manière complète. On remarque que ces sels se forment d'ordinaire en présence de matières organiques en décomposition. Cependant il n'est pas encore démontré que celles-ci soient indispensables à la nitrification. Nous savons que l'acido azotique peut se produire directement sous l'influence de Tétincelle électrique; nous savons aussi qu'en faisant passer de l'ammoniaque et de l'air sur de la mousse de platine, ce produit prend encore naissance. Enfin il résulte d'expériences récentes de M. Cloëz, qu'un courant d'air débarrassé de vapeurs acides et ammoniacales , en passant sur des

AZOTATE DE POTASSE. a3

corps poreux, peut donner lieu, dans certains cas, à la formation de Tacide azotique et des azotates.

Quoi qu'il en soit, on a étudié les circonstances qui accompagnent toujours la nitrification , et rpn a reconnu qu'il fallait un terrain calcaire , que ce dernier devait être humide, et que la formation des azotates était favorisée par la présence des matières organiques en décomposition. On a remarqué enfin que la production de ces sels n'a lieu qu*à une certaine température; la plus favorable parait être de 1 5 à 20 degrés.

Dans rinde et dans TAmériquc , on recueille les terres imprégnées d'azotate, on les lessive et on évai)ore la dissolution. Le nitro cristallise le premier, les eaux mères renferment une quantité notable d'azotate de chaux qu'on pourrait facilement transformer en salpêtre.

§ 543. On peut obtenir artificiellement le salpêtre en abandonnant à la décomposition spontanée, sous l'influence de l'air, des matières animales, après les avoir mêlées avec de la cendre et des terres calcaires. On peut employer à cet effet différentes dispositions; nous décrirons la méthode suivante : On établit, sous des hangars très-aérés, des tas ou mieux des murailles que l'on forme avec de la terre très-meuble, à laquelle on mêle des débris de matières animales et végétales, de la cendre et de la chaux; on allégit la masse en y mêlant des branchages et de la paille. Ces murailles, qu'on dispose en forme de gradins, sont arrosées de temps en temps avec de l'urine. Sous l'influence de l'air, les matières animales venant à se décomposer, l'acide azotique qui prend naissance par la combustion de l'ammoniaque se combine avec les alcalis , de manière à donner naissance à des nitrates. L'air qui circule sous les hangars desséchant la surface des murailles, il s'ensuit qu'elles se recouvrent d'efilorescences nitreuses. Lorsque le nitre est produit en quantité suffisante , ce qui demande environ deux à trois ans, on gratte la surface des murailles sur une certaine épaisseur, et Ton soumet ces débris à un lavage convenable.

§ 544. On peut remplacer ces ni trières artificielles par un lavage méthodique des vieux débris de démolitions, des plâtras salpêtres, que l'on retire des parties inférieures des vieilles maisons.

Ce lessivage doit s'exécuter de telle sorte qu'on retire de ces

matériaux le maximum de salpêtre tout en employant la moindre quantité d'eau possible, afin d'éviter Tévaporation de grandes masses de ce liquide , ce qui rendrait trop coûteuse Tex traction du salpêtre.

A cet effet, on place dans un cuvier environ i mètre cube de plâtras que Ton a préalablement concassés , et l'on y ajoute une certaine quantité d'eau , de manière à les imbiber complètement. Au bout de douze heures , on soutire , à l'aide d'une bonde placée à la partie inférieure du cuvier, tout le liquide qui veut bien s'écouler, et on le remplace par une nouvelle quantité d'eau , que Ton fait également écouler après un séjour de douze heures sur les plâtras qui ont déjà subi un premier lavage. Cette seconde quantité d'eau est remplacée par une troisième , par une quatrième , et ainsi de suite, jusqu'à ce que le liquide que l'on retire ne renferme plus qu'une quantité de nitre insignifiante. On peut aller ainsi jusqu a six lavages ; alors on peut considérer l'opération comme terminée.

Si maintenant on a placé à côté du premier cuvier une série de cuvicrs contenant des matériaux frais sur lesquels on versera successivement, et dans l'ordre qu'on les a obtenues, les différentes eaux de lavage, on arrivera à avoir une eau complètement saturée de nitre, et dont l'évaporation pourra se faire assez rapidement et à peu de frais.

Les plâtras contiennent , outre les matières insolubles , de l'azotate do potasse, des azotates de chaux et de magnésie; de plus , des chlonires de potassium , de sodium , de calcium et de magnésium qui sont entraînés par les lavages. Il faut maintenant éliminer ces chlorures et ramener tous les azotates à l'état de salpêtre. On y parvient en ajoutant aux lessives une certaine quantité de lait de chaux, qui décompose les sels magnésiens, puis une quantité convenable de carbonate ou de sulfate, de potasse, sels qui produisent un précipité que l'on sépare en laissant éclairctr la liqueur et en la décantant ensuite.

On sépare encore les azotates étrangers en filtrant les eaux de lessivage à travers une couche de cendre de bois , qui contient à la fois du carbonate et du sulfate de potasse nécessaires à la transformation.

Le chlorure de calcium , en contact avec le sulfate ou le carbonate de potasse , ayant été transformé à son tour en chlorure de

potassium , les liqueui-s renferment donc de l'azotate de potasse et des chlorures de sodium et de potassium qu'il faut séparer. On y parvient en les soumettant à l'évaporation. Il se forme d'abord des dépôts de matières boueuses qu'on recueille dans un petit chaudron (^g, 139) maintenu suspendu au moyen d'une chaîne

Ftf . 189.

au milieu de la chaudière. De temps en temps, on retire ce chaudron, on en vide les eaux, et Ton en extrait les matières terreuses, après quoi on le replace de nouveau au milieu du liquide bouillant. Ces chlorures, n'ayant pas une solubilité sensiblement plus grande à chaud qu'à la température ordinaire, se déposent au fur et à mesure que le liquide se concentre. On reconnaît que cette liqueur est suffisamment concentrée lorsqu'une goutte placée sur un corps froid se prend en masse par la cristallisation. On décante alors la liqueur dans des cristallisoirs où , par le refroidissement, il se dépose des cristaux d'azotate de potasse contenant encore des chlorures de potassium et de sodium.

§ 343. L'opération qui consiste à séparer les chlorures du salpêtre, porte le nom de raffinage; on le pratique de la manière suivante : Pendant la première cristallisation du nitre, et au moment où la liqueur se refroidit, on l'agite constamment et jusqu'à complet refroidissement avec de grands rabots, afin de diviser les II. 3

cristaux qui se déposent. Ces cristaux sont portés dans des vases qui présentent la forme de cônes renversés dont l'extrémité , percée d'un trou , permet aux eaux mères qui ont été retenues , de s'égoutter. On fait ensuite une dissolution saturée à froid de nitre pur dans Teau , et on la verse sur le nitre brut. Cette dissolution , en entraînant les chlorures, laisse déposer, à la place, du nitrate de potasse ; lorsque le liquide qui s'écoule n'est plus que du nitre pur, ce que l'on peut constater à l'aide de l'azotate d'argent, il ne reste plus qu'à soumettre ces petits cristaux à une nouvelle cristallisation , afm d'obtenir le nitre en pain , tel qu'on le trouve dans le commerce.

§ 346. Il importe quelquefois de déterminer la quantité d'azotate de potasse contenue dans un poids donné de nitre brut. On a recommandé divers procédés pour effectuer cette détermination; l'un des meilleurs est le suivant : On fait brûler 5 grammes d'azotate de potasse pur avec du charbon ; on obtient ainsi une quantité de carbonate qiii exige un certain volume d'acide sulfurique faible pour se transformer en sulfate neutre de potasse. Cette première expérience faite, on brûle avec du charbon 5 grammes de nitre brut ; l'azotate de potasse qu'il contient se transforme en carbonate ; les chlorures ne sont point altérés. On dissout ce mélange dans l'eau et Ton ajoute peu à peu à la dissolution de l'acide sulfurique au même degré de concentration que le précédent ; la qiiantité d'acide sulfurique employée est proportionnelle à la quantité de carbonate de potasse qui se trouve dans le mélange , et , par suite, au poids d'azotate de potasse qui se trouvait dans le nitre brut. Le dosage du nitre pur se trouve ainsi ramené à un essai alcali métrique.

§ 547. L'azotate de potasse est décomposé par le charbon. Les produits formés varient avec les proportions de matières employées.

Si l'on prend i équivalent de nitre et i de charbon, on a

AzO'\ KO H- C = CO», KO -4- Az -h 30,

il se produit ici 5 volumes de gaz.

Si l'on emploie a^ équivalents de charbon, on a

AzO\ KO 4- a i C = C0% KO 4- î C0»-+- Az.

On obtient encore ici 5 volumes de gaz permanents; mais la combustion étant beaucoup plus vive que dans le premier cas et la chaleur produite plus grande, la force expansive développée par la dilatation des gaz est plus considérable.

Enfin , si Ton emploie 4 équivalents de charbon , on a

AzOS KO 4- 4 C = C0% KO + SCO 4- Az.

U se produit dans ce dernier cas 8 volumes de gaz ; mais la combustion étant moins active que dans les deux cas précédents, la force expansive est plus faible.

Le soufre décompose aussi Tazotate de potasse à chaud; on a

AzOS K0-i-S = S0^,K0-h20 + Az.

Ce mélange est plus combustible que les précédents , mais il développe moins de gaz. Il ne se produit en effet ici que 4 volumes de produits gazeux. En doublant la proportion de soufre , on a

AzO*, K0 + 2S = S0', K04-S0»+Az.

Ici , comme précédemment , il ne se produit que 4 volumes de gaz, mais la température qui se développe est plus considérable.

Les mélanges de nitre et de charbon produisent donc un plus grand volume de gaz permanent que les mélanges de nitre et de soufre ; mais ces derniers sont plus combustibles.

En faisant un mélange de 3 parties de nitre . 2 de potasse et I de soufre , on obtient une poudre qui fulmine avec la plus grande force lorsqu'on la chauffe à une température un peu supérieure à la fusion du soufre. Il se forme probablement un sulfure de potassium, qui est combustible à une température plus basse que le soufre lui-même et qui , se répandant dans toute la masse, décompose instantanément lacide azotique.

§ 548. En associant le nitre, le soufre et le charbon dans des proportions convenables, on obtient des mélanges auxquels on donne le nom de poudre^ dont les usages sont bien connus de tout le monde. Le nitre et le soufre , qui sont employés dans la fabrication de ces mélanges , doivent être très-purs. Le premier doit être exempt de chlorures, qui rendraient la poudre déliquescente. On doit préférer le soufre distillé en masse à la fleur de soufre non lavée, qui retient toujours des acides sulfureux et sulfurique.

Tous les charbons ne sont pas également propres à la fabrication de la poudre. Il faut qu'il brûle presque sans résidu , qu'il soit léger, sec et facile à pulvériser. Le charbon de bourdaine est celui qu'on préfère dans les poudreries françaises. On emploie des branches ou des parties de branches refendues d'environ 2 centimètres de diamètre. La carbonisation s'exécute dans des fosse» ou des fours , quelquefois par distillation dans des cylindres de fonte.

Le charbon préparé dans les cylindres sert à la préparation de la poudre de chasse. Il a subi plutôt une torréfaction qu'une calcination ; il renferme encore une quantité notable d'hydrogène. La poudre qui résulte de l'emploi de ce charbon est brisante et ne saurait convenir pour le service des bouches à feu.

La poudre la plus convenable pour une arme donnée est celle qui , brûlant d'une manière complète dans le temps que le projectile met à parcourir l'âme de la pièce, lui imprime non d'une manière brusque, mais progressive, toute la force de projection dont elle est susceptible.

Indépendamment des causes précédentes qui ont une grande influence sur la qualité de la poudre, il en est quelques autres dont les effets sont bien constatés : ce sont la forme et la ténuité du grain, le lissage qu'il peut recevoir, et surtout la densité-qu*on donne à la pâte.

De là quatre espèces de poudres employées en France , qui sont formées des proportions suivantes :

Poodre

Poudre

Poudre

PoDdro

do ra«rre.

de chisse.

de miDO.

de traite.

Nitre

Charbon. . .

Soufre. . . .

§ 349. On emploie pour cette fabrication trois procédés dési gnés sous les noms de procédés des pilons , de la poudre ronde et des meules.

Le procédé des pilons, qui est le plus ancien , est encore celui qu'on suit préférablcment comme donnant des poudres de meilleure qualité.

Les mortiers qui servent à cette fabrication , disi)Osés sur deux

rangées de douze chaque, sont creusés dans une pièce de bois do chêne, et le pilon, qui est également en bois de même nature, est mis en mouvement par une roue hydraulique. >

On met dans chaque mortier 1*^,260 de charbon que l'on arrose de I litre d'eau environ , puis on fait marcher le pilon ; au bout de trente minutes , on arrête la marche et l'on mélange les trois matières avec la main , en ayant soin de les arroser de nouveau avec ^ litre d'eau. L'opération doit durer quatorze heures, en ayant soin de remuer la masse d'heure en heure avec une curette en cuivre. Là pâte sortie du mortier est grenée et soumise à la dessiccation à l'air libre ou par la chaleur artificielle.

Le procédé de la poudre ronde consiste à triturer ensemble , dans des tonnes en fer, i2,5 parties de soufre et 12,5 de charbon; lorsque ces deux matières sont sui&samment triturées, on y ajoute 75 parties de nitre, et l'on en fait un mélange très-intime. La matière est soumise à la granulation et à Tégalisage, au lissage et au séchage dans des appareils convenablement appliqués.

Dans le procédé des meules, on fait subir au charbon et au soufre une trituration préliminaire. Lorsque la trituration est terminée, que la poudre est impalpable et homogène, on ajoute au mélange le salpêtre, et Ton recommence de nouveau la trituration dans un mélangeoir convenable. La durée do cette seconde opération est de douze heures. La matière étant arrosée d'eau est portée sous des meules qui achèvent de la mélanger et la rendent compacte. Cette pâte sert à la fabrication de la poudre de chasse.

La poudre, réduite en grains et égalisée, est soumise ensuite à l'opération du sécfiagè.

On fait subir, en outre , à la poudre de chasse une opération qui porte le nom de lissage; son but est do donner à la poudre une surface polie et brillante qui augmente sa densité, et assure sa conservation.

§ 550. La poudre peut s'enflammer par le choc ou par une élévation brusque de la température.

L'étincelle électrique peut enflammer la poudre. Quand on l'expose à l'action de la chaleur, les résultats peuvent varier. Si la poudrent exposée au contact d'un corps incandescent, elle prend feu tout à coup et détone. C'est l'effet que produisent les globules de fer incandescents que la pierre à fusil détache de la batterie.

3o AZOTATE DE POTASSE.

Mais il ne faudrait pas conclure de là que la poudre peut prendre feu très-facilement : il faut réellement porter au rouge un point quelconque du tas qu'il s'agit d'enflammer.

Les produits de la détonation de la poudre sont assez nombreux : les uns sont gazeux , les autres sont solides. Les premiers se composent-d'acide carbonique , d'oxyde de carbone, d'azote , de vapeur d'eau, d un peu d'acide sulfhydrique; il reste pour résidu du sulfure de potassium. Ainsi les éléments de la poudre se transforment par la détonation en gaz dont la température est trés-élevée , ce qui explique la détonation et les effets si puissants de cette substance.

D'après Gay-Lussac , de i litre de poudre pesant 900 grammes on retire 45o litres de gaz à o et à 760 degrés. Ces expériences ont été faites en laissant tomber grain à grain la poudre essayée dans un tube rougi disposé pour recueillir les gaz. Pour que ces résultats puissent exprimer la puissance réelle de la poudre , il faudrait tenir compté de l'élévation de température qui a lieu au moment de la détonation.

Il est facile, du reste, de déterminer par le calcul, d'une manière approximative, le rapport existant entre le volume de la poudre et celui des gaz qu'elle fournit par sa détonation. Les poids respectifs de nitre, de charbon et de soufre qu'on fait entrer dans la composition de la poudre employée dans les armes s'approchent beaucoup du dosage :

Nitre 74,8

Carbone i3,3

Soufre 11,9

qui correspond à 3 équivalents de charbon pour i équivalent de soufre et d'azotate de potasse. Si la combustion d'un pareil mélange se faisait d'une manière normale, on n'obtiendrait pour résidu que du sulfure de potassium ; les produits gazeux se composeraient uniquement d'azote et d'acide carbonique. C'est ce qu'exprime l'équation suivante :

AzO*, KO-hS-h3C = KS-h3CO^-hAz.

Or on peut déduire facilement de cette équation le volume de {^az produit par i volume de ce mélange. En effet, supposons

CHLORATE DE POTASSE. 3i

pour un moment que la densité de la poudre soit égale à celle de l'eau, ce qui s'éloigne peu de la réalité, et remplaçons les différents symboles de cette équation par leurs valeurs numériques , nous trouvons que:

i35 grammes de poudre ou o"\i35 dégagent i4 grammes d'azote, soit n*",ao4-66 grammes d'acide carbonique, soit 33"*,4; ce qui fait en tout 44"S6 de gaz permanents.

Si maintenant nous posons la proportion

o"*, i35 : 44"S6 : : i litre de poudre : jc,

nous trouvons

D'où Ton voit que i litre de poudre fournit 33o litres de gaz à la température de o degré et sous la pression de ©",760. Si l'on admet maintenant qu'à la haute température développée par la combustion de la poudre le mélange occupe un volume triple , on voit que I litre de poudre sera bien près de donner 1000 litres ou i mètre cube de gaz. On comprend dès lors les effets balistiques que peut produire un semblable mélange.

§ 5bl . analyse (le la poudre. — On sèche à 100 degrés dans un courant d'air sec un poids connu de poudre dont on détermine ainsi l'humidité.

On prend un autre poids de poudre, on le lessive, puis on évapore les eaux de lavage pour avoir le nitre.

Au moyen du sulfure de carbone ou du sulfure de potassium on enlève le soufre , et l'on a le charl^n pour résidu.

§ 552. On obtient ce sel en faisant passer un courant de chlore jusqu'à refus dans une dissolution concentrée de potasse (^g. 140). La réaction peut s'expliquer de la manière suivante :

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