ALCALIS ORGANIQUES
cristaux qu'on purifie par une compression entre des doubles de papier buvard et par de nouvelles cristallisations. Une fois qu'on s'est procuré le sel incolore et nettement cristallisé , on le redissout dans l'eau , puis on décompose la dissolution par un léger excès d'ammoniaque ; la base se précipite alors , on la jette sur un filtre, on la lave à l'eau distillée, puis on la dissout dans l'alcool concentré qui l'abandonne sous forme de cristaux.
Il n'existe pas de méthode générale pour isoler les bases de la deuxième classe. On cherche ordinairement à les faire entrer ou dans des combinaisons insolubles ou dans des combinaisons qui cristallisent avec facilité. A-t-on uni la base à l'acide sulfurique, on décompose le sel par l'eau de baryte; Ta-t-on combinée à l'acide chlorhydrique , on fait intervenir l'oxyde d'argent; l'a-t-on transformée en oxalate, on ajoute une quantité convenable de chaux. Dans tous les cas ou forme une combinaisoivinsoluble dans l'eau , tandis que la base, mise en liberté, reste dissoute dans ce liquide et peut en être séparée par l'évaporation.
On peut obtenir facilement les basns de la troisième classe en distillant le végétal ou les organes du végétal qui les contient avec une eau faiblement alcaline. Pour nous faire mieux comprendre , supposons qu'il s'agisse d'extraire le principe alcalin du tabac qu'on désigne sous le nom de nicotine. Cette substance n'existe pas à l'état libre dans le tabac , elle s'y trouve unie à l'acide malique , avec lequel elle forme une combinaison soluble. Si donc on hache les feuilles de ce végétal et qu'on en prépare une infusion avec de l'eau bouillante, celle-ci amenée à consistance d'extrait sera fortement chargée de malate de nicotine; si l'on introduit cotte matière sirupeuse dans une cornue de verre , qu'on y ajoute une lessive alcaline concentrée, puis qu'on soumette le mélange à la distillation , il se condensera dans le récipient une liqueur aqueuse, très-fortement chargée de nicotine. Soumet-on ce produit à une nouvelle distillation, en introduisant la boule d'un thermomètre au milieu du liquide, on verra la température s'élever graduellement jusqu'à 1S0 degrés. Si Ton change de récipient dès que ce terme est atteint, on recueille un liquide incolore, doué d'une odeur toute particulière, jouissant de propriétés alcalines très-prononcées, et qui constitue la nicotine parfaitement pure. On peut également obtenir cette nicotine en introduisant dans un flacon l'infusion de
63o MORPHINE.
feuilles de tabac amenée à consistance sirupeuse avec des fragments d'tiydrate de potasse et de l'éther. Si Ton agite fortement le mélange à plusieurs reprises , la potasse décompose le sel nicotique, met en liberté la nicotine, et celle-ci , se trouvant en présence de rélher, s'y dissout préférablement à l'eau. Si Ton décante la dissolution éthérée, puis qu'on la distille au bain-marie, le résidu représentera de la nicotine légèrement hydratée, qu'on purifiera par une nouvelle distillation.
Nous n'examinerons d'une manière particulière qu'un petit nombre d'alcalis naturels , et seulement pour vous donner une iâée des allures de ces composés sur la constitution desquels nous n'avons encore que des idées imparfaites, tandis que j'appellerai toute votre attention sur les alcalis artificiels dont la nature bien connue nous promet de jeter une vive lumière sur la constitution des alcaloïdes naturels.