CINQUANTE-SEPTIÈME LEÇON
Généralités sar les huiles essentielles. — Modes d'extraction des halles essentielles, i^ par l'expression ; 2® par la distillation avec de l'eau. — Classification des huiles essentielles. = Huiles hydrocarbonéos. — Essences de térébenthine , de citron, dNirange, etc. — Combinaisons de ces huiles avec l'acide chlorhydrique; camphres artificiels. — Camphres. — Camphre des Laurinées. — Camphre de Bornéo. — Essence de menthe. — Essence de thym. — Hydrate de thymyle et ses dérivés. — Essences de girofle et de piment. — Essence d'anis , do badiane, de fenouil. — Essences sulfurées. — Huile volatile de mou* tarde, de cocbléaria, d'ail, etc. = Résines; généralités; modes d'extraction. — Vernis.
§ 1231. Parmi les composés si variés que la nature organique nous présente , il en est un grand nombre qui , par Tensemble de leurs caractères, constituent une des familles les plus intéressantes de la chimie organique. Je veux parler ici des produits qui sont connus sous le nom d'essences ou d'huiles essentielles.
Il y a trente ans à peine , leur histoire était en quelque sorte à faire, on se contentait de les défmir, de tracer leurs caractères généraux ; aujourd'hui ces composés forment un groupe nombreux, important, l'un des mieux connus de la chimie organique. L'étude approfondie qui en a été faite dans ces dernières années par MM. Dumas, Vôhler, Liebig, Piria, Laurent, etc., a fait avancer rapidement la science sur cette partie fort obscure avant leurs savants recherches. Si pour ma part j'ai contribué, par des efforts constants , à éclairer quelques points de leur histoire , c'est en prenant pour modèles les travaux de ces homme« éminents.
Les huiles volatiles , véritables produits de sécrétion , se rencontrent en proportions plus ou moins notables dans les différents végétaux; elles se forment dans des circonstances encore incon-
nues, mais qu'il sera peut-être possible de déterminer un jour en appliquant à cette étude les ingénieux procédés que la chimie moderne a mis en œuvre, et qui ont permis de résoudre, dans ces derniers temps , des questions ardues que les anciennes méthodes n'eussent pas permis d'aborder.
§ 4232. Ces huiles ne sont pas indifféremment répandues dans toutes les |)arties des végétaux, et les différents organes d'un même végétal peuvent même souvent sécréter des huiles de nature fort différente.
Tel est l'oranger, dont les feuilles, les fleurs et les fruits produisent des huiles qui ne se ressemblent en rien.
Elles ne préexistent pas toujours dans les végétaux ; ainsi , les amandes amères , les fleurs d'ulmaire , la graine de moutarde, etc., ne contiennent pas d'huile volatile toute formée. Le concours de l'eau et d'un ferment spécial , contenu dans la semence ou dans la fleur, est nécessaire à leur production ; mais ces cas sont assez rares , et les huiles paraissent se former ordinairement pendant l'acte de la végétation.
Lorsque ces huiles sont directement sécrétées par le végétal , on observe que leur production peut singulièrement varier avec les circonstances physiques ; on sait , par exemple , qu'une vive lumière, qu'une température suflisamment élevée, exercent une influence favorable; cest ainsi que les espèces qui végètent dans le Midi donnent une proportion d'huile beaucoup plus forte que celles qui croissent dans un climat tempéré. En outre, on sait qu'aux approches de la maturation de la graine , elles deviennent beaucoup plus abondantes.
Dans les fleurs, l'huile parait se former constamment à la surface et se volatilise à mesure qu'elle prend naissance; de là l'odeur qu'elles exhalent. Dans la tige, les feuilles et les fruits, elle est ordinairement emprisonnée dans des cellules, ce qui permet de dessécher la plante , sans occasionner de perte d'huile.
§ 1233. Deux procédés peuvent être employés pour l'extraction des huiles volatiles : l'un , qu'on n'applique guère qu'aux zestes dont la partie charnue de certains fruits se trouve enveloppée, consiste à soumettre la matière réduite en pulpes à l'action d'une pression plus ou moins forte ; le second , qu'on met en pratique pour la majeure partie des essences , consiste à placer la plante dans un
alambic avec de Tcau , et à soumettre ce mélange à une distillation ménagée : Thuile , entraînée par les vapeurs aqueuses, vient alors se condenser dans un récipient.
L'alambic employé pour cette distillation ressemble entièrement à celui dont on se sert pour la distillation de Talcool ou de l'eau [fig, tt54). On fait d'ordinaire la cucurbite très-évasée dans
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le but d'augmenter la surface de chauffe et de rendre la vaporisation plus rapide. Un trou pratiqué dans la paroi de la partie supérieure du chapiteau, qu'on maintient bouché tant que dure la distillation, permet d'introduire de nouveau liquide dans la cucurbite sans être obligé de démonter l'alambic.
Si l'on ajoute aux plantes une quantité d'eau trop considérable, on n'obtient pas d'huile , mais seulement une eau distillée possédant l'odeur de l'essence; si pour éviter cet inconvénient on emploie trop peu d'eau , la plante s'attache au fond du vase , se décompose et fournit des huiles empyreumatiques qui, sq mêlant à l'huile essentielle, en détruisent la suavité.
On peut obvier à cet inconvénient en introduisant les plantes dansunbain-marie métallique et les faisant traverser par la vapeur; de cette façon la matière organique ne pouvant atteindre une température supérieure à loo degrés, ne saurait se décomposer et par suite fournir des produits étrangers.
La distillation ù la vapeur est surtout avantageuse pour les plantes dont l'odeur est douce et agréable. U\s produits ixîuvent
être employés immédiatement , ce qui ne saurait avoir lieu dans l'autre cas, en raison du goût do feu que les eaux faites avec le plus de soin , mais à feu à nu , conservent pendant assez longtemps.
Si i'huiie qu'on veut recueillir est plus légère que Feau, on fait usage d'un récipient particulier qu'on désigne sous le nom de récipient Jlorentin, C'est une sorte de flacon conique, large à la partie inférieure, étroit à la partie supérieure [fig, ^55), et muni Fiff. ISS d'une tubulure latérale, placée immédiate-
ment au-dessus du fond, mais qui ne monte pas aussi haut que son col. L'huile et Teau se rassemblent dans le récipient, l'huile surnage et gagne ainsi la partie étroite de l'appareil , tandis que l'eau occupe la partie la plus large. Dès que l'huile se trouve au niveau de la branche supérieure du tube recourbé, l'eau s'écoule à mesure qu'elle '"" '^ ' arrive par le bec de ce tube. De cette façon
l'huile se rassemble constamment dans le récipient, tandis que l'eau s'en échappe par le bec.
Pour les huiles pesantes , il faudrait employer un récipient présentant une disposition inverse , c'est-à-dire plus étroit à la partie inférieure.
§ 1234. De même que les huiles grasses, la plupart des huiles volatiles sont formées de deux principes : l'un , liquide à la température ordinaire, qu'on désigne sous le nom d'éiéopiêne; l'autre, solide > généralement fusible à une température peu élevée, qu'on désigne sous le nom de siearoptène. Le camphre, par exemple, est une véritable huile essentielle concrète.
Los imes, et celles-là sont en très-grand nombre, renferment deux éléments seulement, le carbone et l'hydrogène; et chose bien digne de remarque , il n'est aucun végétal qui ne renferme de ces huiles hydrocarbonées. Néanmoins la majeure partie des huiles volatiles contiennent, en outre, de l'oxygène. Toutes les huiles volatiles pesantes en renferment même ordinairement une pro[K)rtion assez forte; ainsi , l'huile de girofle en contient %% pour loo de son (K)ids, et Thuile volatile fournie parla fleur du Gault/ieria procumbens en renferme jusqu'à 3i ,5 pour loo.
Il est quelques huiles qui renferment , en outre , de Tazote et du soufre ; mais ces dernières sont en fort petit nombre.
Dans toutes les huiles volatiles connues , à de rares exceptions ( huiles de rhue , de menthe , etc. ) le carbone est à Thydrogène dans un rapport plus grand que celui de i à i , rapport qu'on rencontre dans le gaz oléfiant et ses congénères. On s'explique alors facilement pourquoi ces produits brûlent avec une flamme fuligineuse et de couleur rougeâtre ; car une proportion notable de carbone , échappant à la combustion , se dépose à l'état de noir de fumée dans l'intérieur de la flamme , et la refroidit assez pour lui ôter son éclat.
Les huiles volatiles oxygénées sont toujours accompagnées d'huiles hydrocarbonées. Les essences de cumin , d'ulmaire , de gaultheria, de piment, de girofle, de camomille, de valériane, etc., nous en offrent des exemples.
Ce carbure d'hydrogène possède ordinairement la composition de l'huile de térébenthine ; il joue' probablement un rôle important dans la végétation, et peut-être est-ce là le point de dé()art de la formation des huiles oxygénées. La séparation du carbure d'hydrogène de l'huile oxygénée est ordinairement assez facile à opérer, le point d'ébulUtion de cette dernière étant presque toujours de beaucoup supérieur à celui du premier. • Dans un travail que noua avons publié sur ces matières , M. Gerhanit et moi, nous avons constaté la présence de ce carbure d'hydrogène dans un grand nombre d'huiles oxygénées naturelles, en faisant usage d'hydrate de potasse chauffé à une température capable d'en opérer la fusion; dans cette circonstance, l'huile oxygénée, décomposant l'eau de l'hydrate alcalin, fixe son oxygène pour produire un acide qui possède toujours une relation de composition fort simple avec elle, tandis que l'huile hydrocarbonée, n'éprouvant aucune altération de la part de cet agent , se sépare et passe à la distillation.
Dans certains cas il existe entre le carbure d'hydrogène et l'huile oxygénée une relation des plus simples , qui tendrait à faire supl)0ser que la seconde dérive du premier par un simple phénomène de substitution.
Ainsi , la partie oxygénée de Tessence de cumin a pour formule ^•H"0».
tandis que le carbure d'hydrogène qui l'accompagne a pour formule
Ce dernier prend-il d'abord naissance dans la graine pour fournir ensuite, par un phénomène de substitution, l'huile oxygénée, ou bien ces deux produits se forment-ils simultanément? C'est ce qu'on ne saurait décider aujourd'hui. Dans le but de résoudre cett« question , nous avons fait agir sur le cymène CU'*, M. Gerhardt et moi , divers agents d'oxydation , tels que l'acide azotique faible, l'acide chromique, le peroxyde de plomb , un mélange d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse. Dans ces diverses circonstances l'huile s'oxyde , forme des produits cristallisés , doués de propriétés acides, mais ne donne pas de cuminol (principe oangêné de C essence de ciimin ).
§ 1235.* Ces huiles si diverses peuvent pour la plupart se ramener à un petit nombre de types bien définis , ainsi que l'a proposé M. Dumas, et l'on peut, dans l'état actuel de nos connaissances sur ces produits , établir, en ce qui les concerne , upe classification fort simple, entièrement basée sur l'observation des faits.
Je diviserai donc ces composés en quatre genres , ainsi qu'il suit:
f Essence de térébenthine. . C" H'*,
[ Essence de poivre C* H",
>dc citron C'*IP,
Genre HYDROCARBURE. ( ^ ,, /.«.i,*
I Essence d orange C" II'*,
Cymène ,
9". Genre alcool .
3°. Genre aldéhyde.
l Huile de pomme de terre. C'*H'*0%
Ess. d'amandes amères. . . C* H* 0',
Essence de cannelle C'*H' 0',
Essence de cumin C" H''' 0',
niuile volatile de piment . CMPO*,