ESSENCES SULFURÉES
§ 1250. Lorsqu'on distille avec l'eau les bulbes de l'ail [Allium sativum), les graines de moutarde noire [Sinapis nigra) , celles de cresson, le raifort, le Cochlearia, les fleurs de capucine, etc., on obtient des huiles volatiles, douées d'une odeur forte et désagréable, qui renferment du soufre. Ces huiles se séparent en deux groupes : les unes possédant une composition ternaire, à la manière de
Tessence d'ail et de ses analogues, contiennent simplement du carbone, de rhydrogène et du soufre; les autres renferment, en outré, de Tazote : telles sont les essences de moutarde, de raifort, de cochléaria. Ces produits s'obtiennent, comme toutes les autres huiles essentielles ) en distillant avec de Teau les parties végétales qui les contiennent; on les purifie par une digestion sur du chlorure de calcium et par la rectification. Ces composés peuvent se reproduire artificiellement; ce sont des éthers dérivant d'un alcool particulier bien défini, que nous avons récemment découvert, M. Hofmann et moi , et que nous avons désigné sous le nom d'à/cool acrylique. L'essence d'ail serait le monosulfure , et l'essence de moutarde le sulfocyanure de cette série. Ces produits présentent des propriétés curieuses : c'est ainsi que l'huile de moutarde fournit, lorsqu'on la mélange avec une dissolution aqueuse d'ammoniaque, une substance concrète, douée de propriétés basiques, désignée sous le nom de thiosinnamine, qui se transforme, sous l'influence de l'oxyde de mercure, en un alcali plus énergique, auquel on donne le nom de sinnamine,
La transformation de l'essence de moutarde en thiosinnamine et la conversion ultérieure de cette dernière en sinnamine peut s'exprimer au moyen des équations suivantes :
O W Az S' 4- Az H' = C* W Az' S'.
En. de moaUrde. Thlosinnamioe.
C'H* Az»S'-h aPbO = aPbS -4- 2HO -h C« H•^Az^
TbIosioDamiae. Stnatmloe.
Cette même huile de moutarde se transforme , par l'ébullition avec de l'eau et de l'hydrate de protoxyde de plomb, en un composé doué de propriétés alcalines , qu'on désigne sous le nom de sinapoline et qui n'est autre chose que la diacrylurée,
RÉSLNES.
§ iâal . On désigne sous ce nom des produits qu'on rencontre dans presque tous les végétaux , tantôt en proportions insignifiantes, tantôt en quantités assez notables pour qu'on puisse les exploiter avec avantage pour les besoins de l'industrie.
J)cux méthodes peuvent être mises en œuvre pour extraire les
résines des v^étaux qui les contiennent en proportion un peu notable. La première consiste à les retirer de ces végétaux , soit au moyen d'ouvertures accidentelles, soit à Taide d'incisions qu'on y pratique. Il s'écoule de la sorte un mélange d'huile volatile et de résine en proportion variable. Généralement assez floide au moment de son écoulement, ce produit s'épaissit ordinairement avec le' temps , soit par suite de la volatilisation de l'huile essentielle, soit par suite de sa résinification. En tout cas, rien n'est plus simple que de séparer l'huile essentielle de la matière résineuse ; il suffit pour cela de la distiller avec de l'eau dans un alambic, les vapeurs de ce liquide entraînant l'huile volatile, tandis que la résine reste pour résidu.
La deuxième méthode consiste à réduire la matière ligneuse en fragments très-minces et à l'épuiser par l'alcool bouillant. En soumettant ensuite ce mélange à la distillation, on retire l'alcool, tandis que la résine se sépare sous la forme d'une masse fondue qui se solidifie par le refroidissement.
§ 1252. A l'état de pureté, les résines sont généralement dépourvues d'odeur et de saveur. Elles sont solides, fixes, quelquefois incolores, le plus ordinairement colorées en jaune ou en brun. Insolubles dans l'eau , elles se dissolvent facilement dans l'alcool concentré et bouillant ; elles se dissolvent également avec facilité dans Téther, les huiles grasses et volatiles. Elles se séparent rarement de leurs dissolutions à l'état de cristaux , et , dans ce cas , leurs formes ne sont jamais bien nettement déterminées.
Les résines se comportent tantôt comme des acides, et, dans ce cas , elles agissent comme des acides faibles ; tantôt elles sont complètement neutres.
Soumises à l'action de la chaleur en vase clos , elles se décomposent en donnant naissance à des gaz carbures et à des produits liquides de composition variable; elles laissent, en outre, un résidu de charbon plus ou moins considérable. Chauffées à l'air libre , elles brûlent avec une flamme rougeâtre en répandant d'dpaisses fumées noires. L'oxygène et l'air, lorsqu'ils sont secs , n'exercent aucune action à froid sur la plupart des résines; il en est néanmoins quelques-unes qui peuvent absorber ce gaz en se modifiant d'une manière notable : tel est le cas de la résine copal qui, après une exposition prolongée à l'air, acquiert une solu-
bilité qu'elle ne possédait pas auparavant. Le soufre et le phosphore s'unissent par la fusion avec un grand nombre de résines.
Le chlore et le brome paraissent agir sur la plupart des résines, en donnant naissance à des produits dérivés par substitution ; du reste, cette action a été peu étudiée jusqu'à présent.
L'acide sulfurique concentré dissout à froid la plupart des résines sans les altérer. La dissolution possède une couleur rouge ou brune ; l'addition de l'eau détermine la séparation de la résine inaltérée. Opère-t-on à chaud, la résine se décompose, des acides sulfureux et carbonique se dégagent et l'on obtient une substance astringente possédant des propriétés analogues à celles du tannin et à laquelle , pour cette raison, M. Hatchett donna le nom de tannin artificieL
L*acide azotique attaque un grand nombre de résines, surtout à l'aide de l'ébullition; des vapeurs rutilantes se dégagent, et l'on obtient des produits azotés de nature résineuse qui se dissolvent dans les alcalis : dans quelques cas, il se produit de l'acide oxalique.
Les acides acétique et chlorhydrique concentrés dissolvent les résines à faible proportion. Une addition d'eau rend ces solutions laiteuses en raison de la précipitation de la résine qui se trouve Irès-divisée.
La plupart des résines se dissolvent dans une dissolution de potasse ou de soude ; l'évaporation sépare des produits d'apparence gommeuse qui se redissolvent dans l'eau , surtout à l'aide de la chaleur.
Les résines brutes sont, en général, des mélanges de plusieurs principes immédiats doués de propriétés spéciales et d'huiles volatiles. On sépare facilement ces dernières à l'aide d'une distillation avec l'eau.
Les résines sont quelquefois accompagnées par des produits de nature gommeuse, tels que l'euphorbe, la gomme-gutte, etc.; on les désigne alors sous le nom de gommes-résines.
On donne le nom de baumes aux produits résineux qui renferment en outre des acides benzoïque ou cinnamique.
Comme il existe le plus communément des relations de composition assez simples entre les matières résineuses et les huiles volatiles qui les accompagnent, plusieurs chimistes ont été conduits à admettre que les résines dérivaient de ces dernières par
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oxydation. D'autres pensent que l'huile essentielle perdrait une certaine portion d'hydrogène qui passerait à l'état d'eau et fixerait, en outre, une proportion d'oxygène plus considérable que celle qui équivaudrait à l'hydrogène enlevé. Jusqu'à présent cette question n'a pas reçu de solution bien satisfaisante.