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CARACTÈRES DISTINCTIFS DBS SELS DE MAGNÉSIE

§ 633. Les sels de magnésie possèdent une saveur amère trèsprononcée.

Leurs dissolutions donnent :

Avec les bicarbonates de potasse ou de soude, pas de précipité à froid, précipité de carbonate à chaud;

Avec les carbonates alcalins neutres, on obtient un précipité blanc d'hydrocarbonate de magnésie ;

Avec la potasse ou la soude, il se forme un précipité blanc d'hydrate insoluble dans un excès du réactif.

L'ammoniaque donne, avec une dissolution neutre, un précipité blanc identique au précédent. Si la liqueur contient un sel ammoniacal , ou bien si la liqueur est suffisamment acide pour former avec l'ammoniaque un sel ammoniacal , il ne se produit pas de précipité.

Le carbonate d'ammoniaque ne précipite pas à froid les sels de magnésie, la précipitation est fort incomplète à chaud.

Le phosphate de soude, en présence des sels ammoniacaux, donne un précipité cristallin de phosphate ammoniaco-magnésien . Enfin au chalumeau , les sels de magnésie humectés avec de l'azotate de cobalt, donnent par la calcination une masse couleur de chair.

§ 634. On peut se procurer Taluminium par deux méthodes applicables à Textraclion de tous les métaux de ce groupe. La première et la plus ancienne , que nous avons indiquée § 623 , dont on doit la découverte à M. Wôhler, consiste à décomposer le chlorure d'aluminium anhydre par le potassium , en introduisant les matières disposées par couches alternatives dans un creuset de platine chauffé à la température de la lampe. Cette méthode , modifiée récemment par M. Devillc, et appliquée par lui sur une grande échelle , a permis à ce chimiste d'étudier d'une manière aussi complète que possible les propriétés de ce curieux métal. Le second procédé, calqué sur la méthode de préparation du magnésium imaginée par M. Bunsen , et qui consiste à faire agir la pile sur le chlorure double de sodium et d'aluminium , a permis également à M. Deville de se procurer ce métal en assez grande quantité.

Nous allons décrire successivement ces deux méthodes d'une manière suffisamment détaillée pour les faire nettement comprendre.

§ 635. Pour obtenir l'aluminium à l'aide du sodium, on prend un gros tube de verre de 4 centimètres de diamètre environ ; on y introduit 200 à 3oo grammes de chlorure d'aluminium qu'on isole entre deux tampons d'amiante ; puis par l'une des extrémités du tube on fait arriver de l'hydrogène bien purgé d'air et sec. On chauffe dans le courant du gaz le chlorure d'aluminium à l'aide de quelques charbons, afin de chasser l'acide chlorhydrique , ainsi que les chlorures de soufre et de silicium dont il est toujours imprégné. On introduit ensuite dans le tube des nacelles de porcelaine, aussi grandes que possible , contenant chacune quelques grammes de sodium préalablement écrasé entre deux feuilles de papier à filtre bien sec. Le tube étant plein d'hydrogène, on fond le sodium, on chauffe le chlorure d'aluminium qui distille et se décompose au contact du métal alcalin avec une incandescence que l'on mo-

dère au point de la rendre nulle. L'opération est terminée lorsque tout le sodium a disparu et que le chlorure de sodium formé a absorbé asse% de chlorure d'aluminium pour en être saturé.

On retire les nacelles du tube de verre : on les introduit dans un gros tube de porcelaine muni d'une allonge et traversé par un courant d'hydrogène sec, puis on chauflFe au rouge vif. Le chlorure d'aluminium, qui est très-volatil , distille sans décomposition ; on le recueille dans l'allonge ; on trouve après l'opération , dans chaque nacelle, tout l'aluminium rassemblé en petits culots; on les lave ensuite dans Feau pour en séparer un peu de sel et de silicium qui s'étaient formés aux dépens du vase. Enfm, pour réunir tous les petits culots en un seul , on fait fondre du chlorure d'aluminium et de sodium dans un creuset de porcelaine , et quand les vapeurs d'acide chlorhydrique ont disparu, on introduit l'aluminium et l'on chauffe jusqu'à une température voisine de la fusion de l'argent ; l'aluminium se réunit en un seul culot qu'on laisse refroidir. On sépare le fondant par décantation , et quand Taluminium est complètement froid , on le lave avec de l'eau pour enlever le chlorure double qui est adhérent à sa surface. L'aluminium ainsi obtenu est extrêmement pur. Dans le cas où l'aluminium renferme des substances étrangères, M. Deville conseille, pour s'en débarrasser, de le chauffer avec du nitre à la température d'un fourneau d'essai.

§ 636. Pour obtenir l'aluminium à l'aide de la pile, on opère de la manière suivante :

On chauffe dans une capsule, à la température de 200 degrés environ, 2 parties de chlorure d'aluminium et i partie de sel marin sec et pulvérisé. La combinaison s'effectue bientôt avec dégagement de chaleur et l'on obtient un liquide très-fluide. C'est ce liquide que l'on soumet à l'action de la pile.

On prend , à cet effet , un creuset en porcelaine vernie que l'on place dans un creuset de terre; le tout est fermé d'un couvercle percé d'une fente longitudinale destinée à donner passage à une lame de platine large et épaisse qui sert d'électrode négative, et d'un autre trou plus large destiné à introduire , à frottement , un vase poreux qui est maintenu un peu au-dessus du fond du creuset et dans lequel on place un cylindre de charbon servant d'élément électropositif. Ce vase a aussi pour but de retenir les parcelles de

charbon qui, en se détachant, se mélangeraient à Taluminium formé.

L'appareil étant convenablement disposé, on fait arriver le courant électrique produit par deux éléments de la pile de Bunsen, à travers le chlorure d'aluminium et de sodium, que Ton maintient constamment fondu. L'aluminium qui se produit se dépose sur la lame de platiné, et lorsque cette dernière est sufiBsamment chargée du dépôt métallique et salin, on l'enlève du creuset pour l'en détacher, et l'on introduit de nouveau la lame dans le courant.

Lorsque la quantité de métal brut obtenu de cette façon sur la plaque de platine est en quantité suffisante , on l'introduit dans un creuset de porcelaine qui est lui-même placé dans un creuset de terre, et on le soumet à la fusion. Après le refroidissement, on reprend par l'eau qui dissout le sel marin, et l'on obtient une poudre métallique, grise, qu'on réunit en culots par plusieurs fusions successives , en employant comme fondant le chlorure double d'aluminium et de sodium.

§ 637. L'aluminium est un métal d'un beau blanc , présentant une teinte un peu bleuâtre par rapport à l'argent. Il est trèsductile, très-malléable, susceptible d'être étiré en fils très-minces et jouit d'une grande ténacité. Il possède une sonorité remarquable qu'on ne rencontre dans aucun autre métal simple , et que présentent seulement quelques alliages. Frotté entre les doigts, il exhale une très-légère odeur ferrugineuse. Il conduit très-bien l'électricité ; sous ce rapport , il est comparable à l'argent. C'est un métal très-fusible ; son point de fusion est intermédiaire entre celui du zinc et celui de l'argent.

La densité de Taluminium est égale à 2, 56. Cette densité s'accroît par le laminage jusqu'à devenir égale à a, 67, ce qui explique les diflérences qu'on observe entre les propriétés du métal , selon qu'il est recuit ou écroui.

L'oxygène, de même que l'air, ne lui fait subir aucune altération sensible à la température ordinaire; il en est de même à une température élevée. On peut le soumettre à la température la plus élevée qu'on puisse développer dans un fourneau de coupelle ?ans craindre de l'oxyder.

L'eau n'exerce aucune action sur l'aluminium, soit à la température ordinaire, soit à la température de l'ébullition. Il ne la dé-

compose pasà b température rouge sombre; mais à une température beaucoup plus élevée, le métal la décompose et se recouvre a sa surface d'une très-légère pellicule d*a)umine.

L*acîde azotique faible ou concentré n'agit pas à la température ordinaire sur Taluminium. Il lattaque très-faiblement à la température de rébullition. Il en est de même de Tacide sulfurique.

Le véritable dissolvant de laluminium est Taciée chlorhydrique faible ou concentré. La dissolution est rapide et l'action très-énergique. L'acide chlorhydrique gazeux lattaque paiement et produit du chlorure d'aluminium très-volatil. L'hydrogène sulfuré n'exerce aucune action sur l'aluminium.

Mis en contact avec une dissolution très-étendue de potasse ou de soude, on observe un d^agement d'hydrogène, et il se forme de l'alumine. D est inattaquable par les alcalis monoh^-dratés.

L'aluminium, comme le fer, ne s'allie pas au mercure; il prend par la fusion à peine quelques traces de plomb qui s'en séparent par le refroidissement et qu'on retrouve à la partie inférieure du culot d'aluminium. Il donne avec le cui\Te des alliages légers , trèsdurs et cassants. D s'unit également avec le fer et l'argent.

n forme avec le carbone et surtout avec le silicium une combinaison analogue à la fonte; cette combinaison est grise, grenue, cassante et susceptible de cristalliser.

Les propriétés intéressantes que nous venons de rappeler permettront de tirer un parti fort avantageux de ce métal dans les applications, lorsqu'on pourra se le procurer d'une manière véritablement industrielle.

§ 638. L'aluminium forme avec l'oxygène une seule combinaison , coimue depuis longtemps et désignée sous le nom à^ alumine.

Cet oxyde, combiné en diverses proportions à la silice, constitue les produits importants connus sous le nom à' argiles; il entre aussi dans la composition d'un grand nombre de minéraux.

Plusieurs pierres précieuses employées dans la bijouterie , et entre autres le rubis et le saplUr, ne sont autre chose que de l'alumine colorée par quelques oxydes métalliques. Il en est de même du corinrion, qui est de l'alumine pure, incolore et cristallisée, et de Yémeri, qui doit sa coloration à de l'oxyde de fer. Toutes ces

substances sont, ainsi que l'alumine calcinée, inattaquables par les acides et les alcalis.

L'alumine peut s*obtenir soit anhydre , soit en combinaison avec Teau. On peut facilement se la procurer sous cette dernière forme en décomposant le sulfate d'alumine ou Talun en dissolution dans Teau par Tammoniaque ou mieux par le carbonate d'ammoniaque ; il se forme uir précipité gélatineux qui est de Talumine hydratée. Si on la chauffe jusqu'à une température voisine du rouge . elle perd son eau d'hydratation et constitue alors l'alumine anhydre.

On peut encore obtenir directement l'alumine anhydre en décomposant par la chaleur le sulfate d'alumine et d'ammoniaque ou l'alun ammoniacal ; il reste dans le creuset qui a servi à opérer la calcination une matière blanche très-légère, qui est l'alumine anhydre. Nous avons indiqué, § 271, comment Ebelmen s'est procuré cet oxyde à l'état de cristaux.

L'alumine hydratée est insoluble dans l'eau ; elle se dissout facilement dans les acides, ainsi que dans une dissolution de potasse ou de soude ; dans ce dernier cas , si l'on évapore lentement la liqueur, on obtient un composé cristallin qui a pour formule

KO, Al'O*,

et qui est de l'aluminate de potasse.

Là solubilité de l'alumine dans l'ammoniaque est très-faible , néanmoins on ne saurait se servir de ce réactif pour précipiter l'alumine s'il s'agissait de la doser; il faut dans ce cas employer le carbonate ou le sulfhydrate d'ammoniaque, qui n'exercent aucune action dissolvante sur l'alumine.

L'alumine anhydre et chauffée au rouge devient insoluble dans les acides et dans la potasse ou la soude.

L'alumine hydratée s'unit aux matières colorantes d'origine organique, et donne naissance à des composés de couleurs trèsvariées qu'on emploie dans la peinture sous le nom de laques.

§ 639. L'alumine est infusible au feu de forge le plus violent ; mais elle fond à la température produite par le chalumeau à gaz hydrogène et oxygène. Quand on soumet l'alun , mêlé avec une faible quantité de chromate de potasse, à l'action de cette température, on obtient de véritables rubis artificiels, mais qui ont un trop petit volume pour qu'on puisse en tirer parti.

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