‹ Leçons de chimieChapitre 1 sur 558 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

1. Corps* matière. Force. Inaltérabilité «le la matière et de la force. — La forme, la couleur et les autres caractères extérieurs des milliers d’objets qui nous entourent sont variables à l’infini; mais leurs propriétés essentielles sont identiques : tous sont inertes, impénétrables, doués d’une certaine étendue. Afin de rappeler à l’esprit cette similitude de constitution, on les désigne par un terme unique, celui de corps, et on donne au principe dont ils sont formés un seul et même nom, celui de matière .

Il règne un mouvement incessant dans la nature ; ainsi, la pluie, la neige, tombent des régions élevées de l’atmosphère, la vapeur d’eau s’élève des rivières, -et se répand en brouillards qui flottent dans l’air. Comme l’homme est étranger à ces mouvements , et comme la matière est inerte par ellemême, on a été conduit à supposer dans la nature extérieure des causes de ces mouvements, et on a personnifié ces causes sous le nom général de forces . Les principales sont : l’attraction , la chaleur, la lumière , l’électricité , le magnétisme.

On a cru, pour ainsi dire, jusqu’à nos jours, que la matière et la force se créent et se détruisent sans cesse dans la nature, et, il faut l’avouer, cette opinion a pour elle la vraisemblance. Ne voit-on pas le fer, qui se rouille à l’air, augmenter de poids, le charbon, qui brûle dans un foyer, s’y consumer? Ne voit-on pas naître de la chaleur lorsqu’on frotte une allumette, ou disparaître du mouvement quand un marteau vient frapper une enclume? Eh bien, ce ne sont là que des apparences; dans ces diverses actions, il ne se crée, ou il ne se perd, ni un

c2 INALTÉRABILITÉ

atome de matière, ni une dose de force capable de mouvoir un grain de sable.

C’est à un Français, à Lavoisier, que revient l’honneur d’avoir établi que la matière se conserve éternellement. Il a découvert cette grande vérité en introduisant labalance dansle laboratoire du chimiste, en pesant tous les corps qu’il mettait en réaction, et tous ceux qui naissaient dans l’opération. Cette idée a fait de la chimie une science dont les progrès merveilleux, depuis cette époque, sont un sujet inépuisable d’étonnement.

Si le fer augmente de poids lorsqu’il se rouille, c’est parce que ce métal absorbe et solidifie dans son intérieur l’humidité de l’air, et un de ses principes, appelé V oxygène . Si le charbon se consume dans le foyer, c’est parce que ce combustible s’unit à ce même principe de l’air pour donner un gaz invisible, appelé Y acide carbonique , qui se répand dans l’atmosphère. Ajoutez, d’une part, le poids du fer à celui de l’oxygène et de l’eau, et, d’autre part, le poids du charbon à celui de l’oxygène, et vous trouverez mathématiquement le poids de la rouille et celui de l’acide carbonique.

La découverte de l’inaltérabilité de la force est d’origine plus récente encore. Elle est due au concours d’un grand nombre de savants, au premier rang desquels sont Rumfort, Mayer, Joule, Hirn, etc.

De prime abord, cette vérité paraît aussi attaquable que semblait l’être celle de l’invariabilité de poids de la matière. Ainsi, quand le marteau tombe pesamment sur l’enclume, la force paraît anéantie. Erreur, le mouvement du marteau dans l’espace s’est transformé en une autre sorte de mouvement, en un mouvement intérieur, qui a lieu entre les particules de l’enclume et celles du marteau, et qui se manifeste par leur échauffement : ce mouvement intérieur est la chaleur.

Dans les expériences faites, ces années dernières, sur la résistance des plaques de blindage, on a parfaitement établi que, dans le cas où le boulet traverse le fer, sa température s’accroît d’une manière peu notable, tandis que si la plaque résiste, le

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