DISSOCIATION
une orientation particulière des molécules, dont le mouvement spécial consomme à ce moment, sans doute, une certaine quantité de chaleur ; elle est due ensuite à la contraction du corps tout entier sur lui-même et au rapprochement des molécules. Si vous détruisez cette contraction par la chaleur, et si vous rendez en outre à la matière la chaleur qu’elle a dépensée pour orienter ses molécules, vous lui enlevez sa cohésion, vous la fondez. Et, d’après la belle remarque de M. Person, le travail mécanique nécessaire pour rompre la continuité des corps solides, pour vaincre leur ténacité, est à peu près équivalent à la quantité de chaleur nécessaire pour les fondre. La chaleur joue donc ici le seul rôle comme pour l’affinité.
« Les gaz diffèrent des liquides par la nature et l’énergie du mouvement dont leurs molécules sont animées. Les liquides diffèrent des solides de la même manière.... Il n’y a donc aucune nécessité d’admettre une force nouvelle, la cohésion. Pour elle comme pourl’affinité, quand elle disparaît, on n’observe aucun effet spécial qui lui soit nécessairement imputable. Et, comme aucune force ne se détruit dans la nature, on peut dire que l’hypothèse de la cohésion estaux moins inutile et par suite doit être effacée de la science.... »
On peut donc appliquer à l’affinité et à la cohésion ce que M. Verdet disait du frottement :
c( Pourrions-nous y voir autre chose qu’une pure fiction mathématique, utile peut-être comme représentation provisoire d’un mécanisme ignoré, mais inacceptable comme expression de la réalité pour tout esprit qui ne voudra pas rejeter les notions les plus certaines de la science ? »
33 bis. Dissociation. — Lorsque, à l’imitation de Grove, on fait tomber dans un vase plein d’eau des gouttes de platine fondu ou même que l’on dirige un courant électrique dans un fil de platine plongeant dans l’eau, de manière à porter ce métal à l’incandescence sans le fondre, on voit se former autour du métal de la vapeur d’eau mélangée à des gaz non condensables que l’on peut recueillir, et qui sont de l’hydrogène et de l’oxygène.
DISSOCIAI ION.
I Au lieu de conclure de ce fait que beau se décompose à line température inférieure à celle de sa formation, car la Ichaleur à laquelle l’oxygène et l’hydrogène s’unissent est notablement supérieure à celle de fusion du platine, on attribua cette action décomposante à la présence du platine (106).
Ce n’est que beaucoup plus tard que M. H. Sainte-Claire- Deville émit cette idée aussi simple que logique, après avoir constaté que l’eau se décompose déjà vers 1000°, au point de fusion de l’argent.
Ses travaux sur ce point ne se bornèrent point à l’eau, ils furent le point de départ de recherches nombreuses, entreprises par lui et par ses élèves surtout, qui l’amenèrent à la découverte d’un phénomène général pour lequel il créa une dénomination spéciale, celle de dissociation que nous allons préciser.
Lorsque de l’eau ou un corps vaporisable est maintenu dans un espace clos, il produit une vapeur dont la tension, constante pour chaque température, croît avec la température : c’est le phénomène de V évaporation .
Lorsqu’on échauffe l’eau (158), le palladium hydrogéné (143), les combinaisons de l’ammoniaque avec le chlorure d’argent (266), le carbonate de chaux, etc., dans un vase clos muni d’un manomètre, on observe que, pour une température donnée, il y a une décomposition partielle qui donne naissance à des | gaz dont la tension atteint une certaine valeur maxima qu’elle ne peut pas dépasser. Si l’on élève davantage la température, cette tension s’accroît et atteint une nouvelle valeur constante à partir de laquelle le corps cessera de se décomposer. Laisset-onla température revenir au degré primitif, la tension décroît jusqu’à ce que le manomètre accuse la tension observée d’abord et s’y maintient stationnaire.
De même que, à une température donnée, onpeut vaporiser en entier de l’eau ou un liquide en enlevant la vapeur qui se forme; de même il est possible de décomposer un corps en totalité à toutes les températures où il se dissocie en enlevant les gaz de la décomposition, au fur et à mesure de la formation.
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De même, enfin, qu’en augmentant la pression d’une vapeur, elle se condense; pareillement, en accroissant la pression qu’exercent sur un corps en décomposition les gaz qu’il dégage dans sa destruction on peut le reconstituer à la même température où il se serait décomposé si on avait enlevé les gaz au fur et à mesure de leur production.
Donc il n’y a pas plus une température de décomposition qu’il n’y a une température d’ébullition. Ces températures varient avec la pression et, en résumé, un même corps peut se former et se détruire à la même température.
Des manifestations calorifiques de même ordre accompagnent ces phénomènes ; la décomposition des corps formés directement nécessite une absorption de chaleur qui devient latente comme l’évaporation.
Il y a donc l’analogie la plus étroite entre le phénomène de la transformation partielle d’un liquide en vapeur appelé f évaporation, et celui de la transformation partielle d’un composé dans ses éléments, c’est-à-dire entre deux phénomènes qu’on attribuait à deux forces distinctes, la cohésion et l’affinité.
Il étaitrationnel de donner un nom à ce dernier; M. Deville a choisi celui de dissociation.
La dissociation est donc une action chimique qui correspond à une action physique, l’évaporation, et qui est à la décomposition totale ce que l’évaporation est à la vaporisation subite produite à l’ébullition.
La tension de dissociation sera la tension que produisent les éléments gazeux séparés. Cette tension, constante pour chaque température, croît avec elle et d’autant plus rapidement, paraît-il, que la température est plus élevée.
33 ter. Dissolution. Les liquides ont la propriété d’absorber dans leur intérieur les solides, les liquides et les gaz sans que les propriétés de ceux-ci soient modifiées, car il suffit d’évaporer le liquide pour retrouver le corps absorbé avec son poids, et toutes ses propriétés chimiques : Ex. l’eau salée, l’eau sucrée (77). Tel est le phénomène de la dissolution. Quand on examine avec soin les faits, on observe que les actions de dis-
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solution et de combinaison sont liées entre elles d’une manière inséparable et qu’elles se confondent dans leurs termes extrêmes de telle sorte qu’on peut dire que la dissolution est la limite de la combinaison : ainsi, les alliages sont à la limite des combinaisons et des dissolutions. Dans beaucoup de cas nous ne pouvons pas dire si un acide, une base, un sel qu’on mélange à l’eau s’y combine ou s’y dissout. Si l’évaporation de la liqueur fournit la matière primitive, on ne peut pas en conclure absolument qu’il y ait dissolution, car l’eau se sépare de certains composés à la température ordinaire. Des solutions très-étendues de borate de soude et de carbonates alcalins présentent certains caractères chimiques différents de ceux des solutions très-concentrées des mêmes sels.
On ne peut donc établir de différences que dans les termes extrêmes qui se relient par des chaînons étroits. La combinaison directe s’accompagne généralement d’un dégagement de chaleur, et la dissolution d’un abaissement de température.
La combinaison s’opère entre les corps dissemblables, tandis que la dissolution a lieu entre les corps semblables. L’un et l’autre de ces phénomènes s’accompagnent d’un changement dJétat. Seulement, dans le cas delà dissolution, c’est presque exclusivement un changement d’état physique que l’on observe, tandis que, dans le cas de la combinaison, le changement d’état est plus profond : il est d’ordre chimique , et l’ensemble des propriétés est modifié.