Leçons de chirurgie de guerre
Au moment d’écrire ces quelques lignes j’ai été pris d’un scrupule et, n’était le plaisir de rendre un public hommage au professeur J. Reverdin, j’aurais laissé cette préface dans l’encrier. En effet, est-elle utile ? N’aura-telle pas le sort habituel des préfaces de n’être pas lue ?
Tout médecin qui verra le nom de l’habile chirurgien de Genève sur la couverture de ce livre l’ouvrira à la bonne page, et sa hâte de lire le maître lui-même sera parfaitement justifiée. Pas n’est besoin en effet de résumer son œuvre. Après avoir pendant de nombreuses années enseigné à nos collègues de l’armée suisse les préceptes de la chirurgie militaire, comme le sage qui sait choisir son heure, le professeur Reverdin a jugé qu’elle était arrivée et il s’est décidé au repos. L’ouvrage qu’il nous donne doit donc être tenu pour un véritable testament scientifique. C’est l’expression réfléchie d’une longue expérience, c’est la forme définitive donnée aux leçons qui, professées à TUniversité de Genève, sont déjà connues de tous les chirurgiens militaires.
Ceux qui n’ont pas eu la bonne fortune d’entendre la parole toujours simple et claire du maître retrouveront dans son livre les qualités qui le caractérisent. La science et l’art de la chirurgie générale le comptent comme l’un des représentants les plus autorisés de cette génération qui, instruite par les désastres de l’ère préantiseptique, a su créer les merveilles de la pratique chirurgicale ac-
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tuelle. De la chirurgie militaire il a vécu les heures sombres dans une \dlle et un pays qu’il a toujours regardé comme une seconde patrie. Depuis il a suivi l’évolution des moyens de détruire, il a résumé au début de ces leçons toutes les données utiles pour la compréhension du mode d’action des projectiles. Gomme tout chirurgien véritable curieux du pourquoi des choses, il a exposé les théories diverses du mécanisme des lésions subies par les tissus après en avoir fait la critique au cours des expériences de tir sur le cadavre qui, pendant quelque trente ans, lui ont servi de base pour l’instruction des médecins militaires suisses, méthode de démonstration fort utile, car elle fournit à qui sait l’utiliser une représentation suffisamment approchée des désordres observés sur le vivant. Or, les dernières guerres ont bien établi que les blessures par les petits projectiles modernes différaient par certaines particularités importantes des blessures causées par les grosses balles de jadis. Aussi ne suffit-il plus de se reporter aux descriptions des anciens chirurgiens d’armée et cela tout aussi bien en ce qui concerne l’anatomie pathologique que la clinique des blessures de guerre. Nul mieux que l’auteur de ce livre ne l’a compris; il a grossi son expérience personnelle de toute la documentation fournie par les guerres récentes.
Au total, c’est grâce à un enseignement de quelque trente ans que le maître de l’Université de Genève a su résoudre le difficile problème de résumer en deux cents pages tout ce que la chirurgie d’armée a de spécial, tout ce dont les conditions sociales actuelles imposent la connaissance à tous les médecins. En ce faisant, le professeur Reverdin une fois de plus a été fidèle à la devise chirurgicale : Etre utile.
H. NIMIER.